‹ La langue taensaChapitre 6 sur 7 · TRADUCTION LITTÉRALE · texte numérisé non relu

TRADUCTION LITTÉRALE

Je te prie (je demande) bon Père, qui oublies le mal, entends ayant pitié de nous,

beaucoup, beaucoup je suis malheureux.

Au dernier degré je suis misérable,

offensant, j'ai offensé toi

au-sujet- du nombre de mes péchés, &

ilfautqueje me cache (de honte).

Ne pense pas cela,

beaucoup je t’ai fâché ;

beaucoup cela me repend (me fait repentir)

jamais (plus) ne sera fait cela.

Ton fils, pour nous

versa-t-1l (son) sang,

pour nous mourut-il,

c’est pourquoi j’espère (en) toi.

Dieu qui créas nous,

n'oublie pas de penser (à) moi,

toujours garde-moi dans ta pensée,

et conserve-moi en pensant (à) moi,

RE, |: pres TEXTE TANSA. TRADUCTION LITTÉRALE.

Bremiter enikswar-ho m yevin, Toujours je te penserai,

bremier essohen-ho m yevin, toujours je te remercierai, bremter esyamyan-ho m yevin. toujours je t'écouterai, bremter erewan-ho m yevin. toujours je t’aimerai.

Quand je relis ces textes, quand je compare la publication de 1880 et celle de 1882, quand je rapproche la lettre de M. Parisot du 24 février 1880 de ses déclarations en 1882 et en 1885, les doutes s'accumulent dans mon esprit, les questions se pressent sur mes lèvres. Pourquoi cette variation de noms: Tansa, taensa, tansaïque ? Pourquoi M. Parisot déclarait-il en 1880 n'avoir, en fait de textes laensas, que deux récits (la fleur qui se ferme et le colibri) et les trois principales prières catholiques, s’il reconnaît, en 1835, avoir eu deux séries de chants, dont le colibri et la fleur, annotées, étaient comprises dans la première série ? Pourquoi en 1882 avoir supprimé le Signe de la croix et le Credo publiés en 1880? Comment les matériaux qui, incomplets et simplement mis en ordre, avaient formé en 1880 onze pages de la Revue, ont-ils pu deux ans plus tard donner quarante-deux pages d’un format plus grand? Comment a-t-on pu les augmenter ou les compléter en 1882, puisqu'on déclarait en 1880 que, faute de livres, c'était impossible avec les manuscrits seuls? Où notamment M. Parisot a-t-il trouvé le nombre 9 et tous les autres qui lui manquaient en 1880? Sur quoi s’est-il fondé pour changer son orthographe et porter de 35 à 40 les signes de son alphabet ? Où a-t-il pris en 1882 les caractères distinctifs des deux dialectes septentrional et méridional dont il n’était pas question en 1880, et

où a-t-il trouvé en 1882 les éléments d’un duel inconnu en 18807? Il faudrait admettre que les cartons de M. Haumonté, véritables boîtes à double fond, auraient permis, d'août 1880 à mars 1882, — passez, muscade, — une seconde découverte de papiers taensas, ce qui est incompatible avec toutes les affirmations du nouveau Bénédictin de Solesmes. Ombres des savants travailleurs qui ont illustré la Congrégation de Saint-Maur, que pensez-vous de vos successeurs ? De vous à eux, il y a toute la distance qui sépare un Saumaise d’un Jacolliot !

La cause est donc entendue. M. Parisot, qui a fait l’hymne et le cantique, a pu faire de même les autres textes qu'il a publiés et qui, de son aveu, n’existaient pas, le 24 février 1880, dans les papiers de son grand-père. Son collaborateur ou complice, M. Dejouy, pourrait, s’il le voulait, — car lui seul a pu voir les papiers de M. Haumonté, — nous faire connaître s’il y avait réellement des notes sur le {aensa ou si cet idiome mystérieux n’aurait pas plutôt été fabriqué à coup de livres, peut-être sur des notes anonymes sans importance, pour « s’amuser », par d’innocents séminaristes, dont les Congrès de Nancy, de Luxembourg, de Bruxelles (les comptes-rendus des deux premiers, car ceux du troisième sont encore à l’état de mythe, ont été abondamment répandus par toute la Lorraine), auraient surexité la jeune imagination. Faut-il être après tout si lettré pour fabriquer une langue? Les braves gens qui s’évertuent à nous prêcher le volapük sont de médiocres linguistes et cependant leur soi-disant idiome universel est très logiquement conçu et très bien fait (4).

(1) Je ne voudrais pas que les volapükistes se fissent des illusions

CPR),

Psalmanazar, dont on a naturellement parlé à propos du taensa et qui n’a jamais publié ni Grammaire ni Dictionnaire, Psalmanazar était fort jeune quand il inventa le formosan : il n’était guère plus âgé que le séminariste des Vosges, il avait certainement fait des études bien moins étendues et il n’avait aucun livre à sa disposition. Il avait manqué sa rhétorique, il n’avait pas fait sa philosophie ; précepteur pudique renouvelant avec la mère de son élève la scène de Joseph et de Mme Putiphar, mendiant galeux, soldat fainéant, bohème éhonté se donnant comme un Japonais victime des Jésuites et de l’inquisition, l’Avignonnais qui a inventé les philosophes formosans Zeroaboabel et Psalmanaazaar et qui a fini par devenir un anglican prétiste et convaincu, a très bien su faire un alphabet et une langue. L’alphabet est un mélange de lettres grecques et latines et de caractères empruntés à cette cryptographie dont, paraît-il, les francs-maçons se servaient naguère encore, le tout arrangé dans un ordre bizarre. La langue est très simple: c’est, dit le faussaire, le vieux japonais, pur, bien conservé, où tous les cas sont sem-

sur la portée des compliments que je leur adresse. Leur langue, entre autres défauts, présente celui d’avoir un alphabet et un vocabulaire basés surtout sur l’allemand; or, une langue universelle devrait être fondée de préférence sur les trois langues les plus répandues dans le monde, l'anglais, l'espagnol et le français. Du reste, il ÿ a déjà des concurrences. On me communique une Grammaire élémentaire de la langue universelle, par Ch. Menet (Paris, 1886, 15 p. in-8°); la langue de M. Menet ne vaut ni plus ni moins que celle de M. Schleyer; l'invention la plus drôle de M. Menet est peut-être d'avoir pris pour adjectifs numéraux cardinaux les syllabes ba, bé, bu, do, dè, du, fo, fè, fu. — Je ne m'attarderai pas davantage sur ces puérilités.

blables, où il n’y a qu’un singulier et qu’un pluriel, où les trois genres sont distingués par trois articles (tout ce qui est inanimé est du genre neutre), où enfin — idée de génie — « le temps passé est distingué du présent en élevant la voix et le futur en la baissant ». Le vocabulaire est très composite: koriam seigneur, pagot dieu, bot fils, boti fille, pornio père, porniin mère, etc. ; kay et, khau non, ne pas, chin dans, {uen de (génitif et ablauf!), etc. Les articles sont : oi le, ai la, os les. Le pluriel est terminé en os, en, in. Les pronoms sont jerk moi, sen toi (sai ton), où il (ande son), ant nous (anri notre), otos ils. Les nombres ordinaux sont terminés en br, charbi troisième, meniobi septième. Les suffixes verbaux sont : première personne singulier ow, n ; deuxième pers. sing. et (fut. er, ar), première pers. pl. em, troisième pers. pl. n : je suis véé, tu es viey, ils sont vien, je Crois n0shion, je fais gnadou, nous pardonnons redonem. C’est purement aryen, mais n’y a-t-il pas du tzigane là-dedans? Voici le commencement des commandements de Dieu :

Gistaye, o Israel, jerh vié oi korian sai pagot. Écoute, Ô Israël, je suis le Seigneur ton Dieu.

Page 1