La langue théâtrale
L'ouvrage que nous offrons au public témoigne^ par son sous-titre^ de la modestie de nos prétentions pour cette œuvre où notre collaborateur « ciseaux » a joué un rôle aussi important que notre plume; nous croyons cependant qu'il pourra être utile aux personnes qui aiment le théâtre : c'est là notre seul but.
Notre idée n'est pas neuve dans la forme, car il existe plusieurs ouvrages sous les titres
de DICTIONNAIRE DES THÉÂTRES, DICTIONNAIRE THÉÂ- TRAL, etc., etc. ; mais elle est nouvelle dans le
fond, en ce sens que les ouvrages précédemment ptibliés, en outre qu'ils remontent au milieu du siècle dernier pour quelques-uns^ et à l'année iS9,4 pour les plus récents ^ ne s'occupent en aucune façon à satisfaire la curiosité du spectateur 'j les uns, beaucoup trop longs, offrent, dans leurs huit ou neuf volumes, un catalogue ou répertoire des pièces jouées depuis l'origine de notre théâtre jusqu'à la date de leur publication; les autres, surtout les derniers^ se sont attachés à faire une courte biographie critique ou apologétique des comédiens qui étaient au théâtre à ce moment, plutôt qu'à traiter des choses du théâtre. Cette méthode, qui pouvait piquer la curiosité au moment de la mise en vente, n offrait plus aucun intérêt quelques mois après, par suite des nombreux changements survenus dans le personnel des théâtres.
Laissant de côté la bibliographie comme trop aride, et la biographie, comme trop sujette à partialité, nous n'avons fait entrer dans notre vocabulaire que les mots qui peuvent
intéresser le spectateur; donner matière à son jugement, à son appréciation, à sa critique, tout en V initiant aux choses du théâtre. ISlous avons rejeté presque entièrement /'argot de coulisses et n'en avons conservé que quelques mots qui sont du domaine général, et en quelque sorte passés dans la langue du monde. Cet argot, du reste, est trop fantaisiste, et surtout trop élastique, pour être classé dans un vocabulaire, à moins d'en faire un spécial, comme fit le regretté joachim duflot.
Nous avons omis, à dessein, la technologie du machiniste et ne lui avons emprunté que quelques mots indispensables au spectateur pour qu'il puisse se rendre compte des manœuvres qu'il voit opérer; le reste serait fatigant et sans intérêt pour lui.
Enfin, pour faire passer quelques réflexions de notre cru, nous avons agrémenté notre vocabulaire d'une certaine quantité d'anecdotes dramatiques ; mais, craignant qu'on y voulût voir des personnalités, nous les avons
prises assez anciennes pour ne blesser personne^ ce qui ne veut pas dire que l'application n'en puisse être faite de nos jours ; de cela, nous nous lavons les mains.
La partie historique, on le comprendra facilement, doit être fort écourtée dans un ouvrage aussi restreint que le nôtre; cependant on y trouvera, sommairement il est vrai, les origines du théâtre, en G?'êce, à Rome, et chez nous; celles de nos grandes scènes : Opéra, Opéra-Comique, Théâtre-Français, ainsi que l'histoire et la fondation des principaux théâtres de Paris.
Nous avons terminé et complété notre volume par U7i Appendice contenant les documents historiques de fondation, ainsi que les lois, décrets, ordonnances, règlements de police qui forment la législation théâtrale. Le lecteur y trouvera de précieux et intéressants renseignements qui lui expliqueront bien des choses; il y verra que tandis qu'il se livre insouciant au plaisir des yeux et des oreilles, ses plaisirs,
sa santé, sa sûreté^ sa vie même sont protégés par les lois existantes et par des agents qui les font observer.
Du reste, à la grâce de Dieu !