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OPÉRA-COMIQUE EN UN ACTE

Les affiches sont obligatoires. A Paris, elles ne peuvent mesurer plus de 0™,63 sur 0™,43, ni être apposées au-dessous de 0™,50, ni au-dessus de 2°", 50, à partir du sol. Tout cbangement dans le spectacle du jour doit être indiqué par des bandes de papier blanc collées sur les affiches avant l'ouverture des bureaux.

\Saffche est le contrat qui lie la direction envers le public.

A Paris l'affichage des théâtres se fait dans des endroits déterminés, et les théâtres y sont placés d'après leur ordre hiérarchique , le grand Opéra qh tête. V. Appendice (ord. 1864).

AGE. — S'il est vrai de dire qu'on n'a que l'âge que l'on paraît avoir, c'est surtout au théâtre.

M"" Debrie jouait encore les INGÉNUITÉS à l'âge de 65 ans, et le public ne voulait qu'elle dans le rôle d'Agnès.

Qui s'est jamais inquiété de l'âge de M"^ Mars? Elle avait 15 ans, 30 ans, 60 ans ; Elle avait l'âge qu'elle voulait avoir. Qui a pu dire au juste l'âge de Virginie Déjazet ? Elle eut autant d'extraits de naissance qu'elle a créé de rôles. Etait-ce un Richelieu enfant? Etait-ce une Golombine? Etait-ce la douairière de Brionne? Le talent n'a pas d'âge.

AGENT DRAMATIQUE. — Négociant qui fait la traite des comédiens, tient magasin de rois et de bergères, de Lucrèces et de Marcos, de Scipions et d'Antonys, de roulades et d'entrechats, de corps de ballets et de dames de chœurs... et de cœurs. Il expédie en province, s. G. D. G., en prélevant d'avance une prime de dix, quinze ou vingt pour cent — mais toujours en sens inverse de la valeur du sujet — sur chaque engagement qu'il fait faire. Le port et la casse sont au compte du demandeur. — Synonyme : CORRESPONDANT.

AGRÉMENT (Avoir de 1'). — Signifie, en termes de coulisses, obtenir des applaudissements, biSy rappels, quelle qu'en soit la source.

Nous connaissons des acteurs qui se procurent de V agrément à leurs frais... Ça fait toujours plaisir. V. Egayer^ Reconduire.

AIR. — Complément indispensable de la pensée et des expressions : Y air noble, majestueux, fin, rusé, bonhomme, naïf, niais, bête, etc.

Celui qui voudrait raconter les naïvetés de Jocrisse, de Janot ou de Calino avec un air fin, rusé, ou avoir Vair de comprendre la chose, manquerait son EFFET. L'a?>est souvent un don naturel qui détermine le choix de l'EMPLOl, comme firent Tiercelin, Potier, Arnal, Odry, Bouffé, Sainte-Foy, etc., etCc

AISANCE. — Liberté de corps et de mouvements qu'il ne faut pas laisser aller jusqu'au sans-gêne, comme le font certains acteurs qui semblent plutôt jouer avec les spectateurs qu'avec leur interlocuteur.

Quelques auteurs prétendent que le manque à*aisance de beaucoup d'acteurs provient de leur état de gêne. Ce sont de mauvais plaisants.

ALLUSION. — Malheureuse ou désobligeante application que le public fait de quelques passages d'une pièce.

Les allusions politiques ou contre certain personnage marquant sont fréquentes au théâtre, et ont, à plusieurs reprises, motivé la suspension d'œuvres dramatiques complètement innocentes de l'intention.

Quelquefois la malice du public se tourne contre les interprètes. C'est ainsi qu'il en arriva pour un ténor à Rouen. Il chantait, dans l'opéra d'HÉROLD , Marie ; arrivé à la romance : « Je pars demain... y> Non ! non ! partez de suite ! lui cria le parterre.

Une autre fois, nous avons entendu un amoureux dire : « Puisque vous ne rn aimez pas, je ne reviendrai jAus ! »

Tant mieux ! tant mieux ! dit la salle entière.

AMATEUR. — On distingue deux classes à' amateurs .* 1° ceux qui aiment le théâtre et tout ce qui en dépend ; 2° ceux qui jouent la comédie sans faire partie d'une troupe, ce qui constitue le théâtre d'amateurs, plus généralement dénommé théâtre de société.

AMBIGU-COMIQUE (Théâtre de 1'). — Ce théâtre^ fondé par Audinot, en 1770, au boulevard du Temple, en face la rue Chariot, était le reste des marionnettes de la foire,

auxquelles on adjoignit des enfants, comme plus tard fit M. Comte. En 1772 les marion- • nettes disparurent tout-à-fait. C'était le moment de la grande lutte entre Audinot et NicoLET, V. Gaîté (Théâtre de la), lutte qui se continua jusqu'en 1784, époque où l'on reprit le privilège d'AuDiNOT. La liberté des théâtres, proclamée en 1791, rendit la vie à V Ambigu- Comique^ mais ne lui rendit ni la vogue, ni la fortune, malgré le succès de if^"^ Angot au SéraiL

En 1827, ce théâtre fut incendié. Il ne fut pas reconstruit à la même place, mais où nous le voyons aujourd'hui , par les architectes HiTTORF et Lecointe, et il devint alors une des curiosités monumentales de Paris. Il fut inauguré le 8 juin 1828, et continua depuis cette époque à faire fleurir le drame et le mélodrame.

AME. — L'acteur qui n'a pas d'rt7?2e, qui ne sent pas ce qu'il dit et ne le fait pas sentir au public, qui n'obéit qu'à la mémoire et à la routine, n'entraînera pas la foule et ne la subjuguera jamais. IJâme est d'essence supérieure ; le talent ne vient qu'après.

AMENDE. — Punition pécuniaire infligée à

l'acteur qui manque la RÉPÉTITION, ou son ENTRÉE, ou arrive en retard, etc. Le plus malheureux , c'est que V amende n'amendti personne.

Il y a à Paris, dans ce qu'on est convenu d'appeler les théâtres de genre (?), des pensionnaires — au féminin — qui payent en amendes^ chaque mois, deux ou trois fois le montant de leurs appointements annuels, et qui n'en sont pas plus pauvres... au contraire. Ce que c'est pourtant que l'économie !

AMOUREUX, AMOUREUSE. - Emploi généralement tenu par trop de personnes dans une troupe.

AMOUR-PROPRE. — Sentiment qui tient le milieu entre l'orgueil et la VANITÉ, et que Voltaire a défini ainsi : « L'amourpropre est un ballon gonflé de vent dont il sort des tempêtes quand on y fait une piqûre. »

Si cette définition peut s'appliquer à quelqu'un, c'est à coup sûr aux comédiens, qui n'admettent ni les conseils, ni la critique. C'est encore avec raison que Imbert a dit :

L'amoiir-propre fait peut-ôlre Autant de tyrans que l'aniour. ..

AMUSER L'ENTR'AGTES^ — Petite comédie qui se joue dans la salle, quelquefois par la volonté et avec la participation du directeur, qui trouve ainsi moyen de dissimuler la longueur des entr actes. Exemples : Si un monsieur s'approche trop près d'une dame pour causer avec elle, aussitôt un loustic de crier : // l'embrassera ! et un autre de répondre : Il ne V embrassera pas! — Cela amuse V entr actes. — Un spectateur des loges ou des galeries se tourne-t-il pour parler derrière lui : Face au parterre ! face au parterre ! crie une voix d'en bas , bientôt accompagnée d'un formidable chorus. — On amuse V entr actes. — Un enfant, qu'une mère a eu la malheureuse idée d'amener avec elle , vient-il à crier, aussitôt on entend de tous les coins de la salle : Donnez-lui à téter ! Asseyez-vous dessus! Au vestiaire ! — On amuse l'entr actes, et le public ne s'est pas aperçu de sa longueur quand le rideau se relève. Cette pratique théâtrale s'est introduite dans la politique : à la Chambre, on amuse la séance.

' C'est à tort, suivant nous, que l'Acadt^mie et tous les grammairiens écrivent le mot entr'acte au sinijulier. — Qu'est-ce qu'un entractes? — Je temps qui s't'TouIe entre deux actes. — Peut-il y avoir entr'actes sans cette condition iil)soluo de deux actes? — Non. — Que sifînifie loj;i(|nemcnt , nitionncllomcnt ce mot, sans tenir compte de l'cli.-ion ? — cntie les actes. Donc, grammaticalement. entr'actes, comme on écrit etitrejiwts.

ANNÉE THÉÂTRALE. — Voici une circulaire ministérielle en date du 20 février 1815, qui décide la question :

(( D'après les règles précédemment établies, « Vannée théâtrale finissait le 20 avril de chaque a année, et recommençait le 21.

« Mais, à partir de 1816 et par la suite, « Vannée théâtrale finira le dimanche avant « Pâques, et ne recommencera que le dimanche « après cette fête. »

ANNIVERSAIRE. — Au Théâtre- Français, il est de tradition de célébrer les anniversaires de la naissance de Corneille, Molière et Racine. La cérémonie pour Corneille a lieu le 6 juin, celle pour Molière le 15 janvier, et celle pour Racine le 21 décembre.

Ce jour-là, la représentation est entièrement composée des œuvres du maître fêté. Celle en l'honneur de Molière est la plus attrayante, parce qu'elle comporte ordinairement une pièce qui permet à tout le personnel de la Comédie- Française , sociétaires et pensionnaires, de paraître sur la scène.

ISOdéon , subventionné par l'État et considéré comme second Théâtre- Français ^ suit les errements de son chef de file.

11 serait à désirer que les grandes villes

assez heureuses pour être honorées par la naissance d'une célébrité dramatique, célébrassent dignement l'anniversaire de leurs glorieux enfants. Ces hommages, tout en satisfaisant l'orgueil local , ne pourraient qu'être profitables à l'art.

ANNONCE. — U annonce incombe ordinairement au RÉGISSEUR, qui est tenu d'endosser l'habit noir et de mettre des gants pour venir annoncer aux spectateurs, après avoir fait les trois saluts traditionnels, que M. ***, ténor, ayant attrapé un rhume en allant à la chasse au marais, réclame l'indulgence du public,

' ou bien que M"® Virginie Lucrèce , venant d'être enlevée « subitement » , M'^° Blanche Hermine veut bien se charger, par complaisance, et pour ne pas faire manquer la représentation, du rôle de M"^ Lucrèce. On annonce encore les représentations au bénéfice d'un camarade.

Aux xvii° et xviii" siècles, Vannonce du spectacle du lendemain était faite chaque jour, au Théâtre-Français^ entre les deux pièces, par un acteur de la troupe. Il profitait de cela pour faire l'apologie de la pièce en vogue et pour indiquer celles qui étaient en répétition. Ces harangues demandaient un certain talent

d'élocution; il fallait vanter sa marchandise, sans passer les bornes, et surtout savoir tourner un compliment au public. Aussi voyonsnous figurer parmi les comédiens-orateurs : Bellerose, Floridor, Mondory, Laroque, Molière, de La Grange, et enfin Lecomte qui fut le dernier annoncier en titre du Théâtre- Français.

Dans la dernière moitié du xviii® siècle , Vannonce continua d'être faite, non par le premier venu, mais par le dernier venu de la, troupe. Cet usage fut entièrement aboli en 1793 et se réfugia dans les spectacles forains , où il subsiste encore : Vannonce s'y fait après la parade sous le nom de « boniment ».

APARTÉ. — Petit écueil semé sur la route théâtrale. L'aparté est en quelque sorte un monologue que l'acteur doit se dire à lui seul, et non au public, comme beaucoup ont la mauvaise habitude de le faire. — Le public ne doit pas exister pour l'acteur en scène. — Dans Vaparté, l'acteur doit encore économiser les gestes, autrement il attirerait l'attention de ses interlocuteurs.

Dans une réunion de beaux esprits où se trouvaient Lafontaine, Boileau, Molière, on discutait sur les apartés , que plusieurs trou-

valent inutiles et peu naturels. Lafontaine surtout se déchaînait contre leur invraisemblance, et ne pouvait comprendre qu'on fit dire tout haut des paroles que Tinterlocuteur n'entendait pas.

BoiLEAU , pendant ce temps , disait tout haut : Le butor de Lafontaine ! l'entêté^ l'extravagant^ que ce Lafontaine! sans que le fabuliste y prît garde tant il mettait de vivacité dans son dire. Tout le monde partit d'un grand éclat de rire dont Lafontaine demanda la cause. « Vous déclamez contre les apartés, lui dit BoiLEAu ; il y a une heure que je vous débite aux oreilles une kyrielle 'd'injures sans que vous y ayez fait attention. >' Le procès était jugé.

APLOMB. — Contre-partie du mot aisance.

Pour beaucoup d'acteurs il remplace le talent et y supplée souvent; le public auquel il jette de la poudre aux yeux l'accepte comme tel : c'est déjà quelque chose.

APPLAUDISSEMENTS.— Monnaie de satisfaction avec laquelle le public paye l'acteur. A voir la manière dont elle se dépense, on la croirait de peu de valeur. Elle devrait être d'or fin et distribuée à qui de droit. Heurcu-

sèment que les comédiens acceptent facilement la fausse monnaie. . . Ils sont si habitués aux mauvaises pièces. V. Claque.

APPOINTEMENTS. — Nous n'avons pas besoin d'expliquer ce mot ; nous nous contenterons de mettre en parallèle les appointements anciens et nouveaux.

D'après des documents trouvés par M. Nuit- TER, les premiers sujets du chant, à V Opéra- Comique^ touchaient 350 fr. par mois; les danseurs, 100 fr. ; le maître de ballet et le maître de musique, 200 fr. chacun.

Avant 1740, les premiers sujets de V Opéra touchaient par an 2,000 à 2,500 fr. ; les autres variaient de 800 à 1,000 fr. Au commencement de ce siècle , le maximum était de 9,000 fr. Aujourd'hui ces mêmes sujets touchent de 60,000 à 100,000 fr. et plus ; voici pour le chant.

Dans la comédie, nous voyons Lekain, pour ne pas remonter plus loin, toucher, en 1757, 2,000 et 2,500 fr. par an.

Maintenant voyons ce que touchait Rachel. En 1838, elle fut engagée à 4,000 fr. ; mais elle força bientôt la caisse, car en 18i0 elle touchait 37,000 fr. de fixe, plus soixantequatre feux à 281 fr. 25 c. ; plus un BÉNÉFICE

garanti 15,000 fr. ; plus trois mois de congé, et elle ne s'arrêta pas là. Chacun la suivit bientôt dans cette voie, et nous savons des GRUES des Folies et des Délassements mieux appointées que ne l'étaient la Malibran et M^^^ Mars.

Pour donner une idée du prix de revient de ce que chante un ténor à 100,000 fr., c'est le bas prix aujourd'hui, prenons un exemple dans Guillaume Tell. Arnold chante :

a Ma (1 fr.) présence (3 fr.) pour vous est peut-être un outrage (9 fr.).

« Mathilde (3 fr.), mes pas indiscrets (5 fr.)

« Ont osé jusqu'à vous (6 fr.) me frayer un passage (7 fr.). »

Total pour Arnold : 34 fr. Mathilde répond :

« On pardonne aisément (3 fr. 50 c.) des torts que l'on partage (3 fr. 50 c).

« Afmold{i ÎT.),je vous attendais (2fr. 50).»

Total pour Mathilde : 10 fr. 50 c. Remarquez que nous ne comptons la prima dona qu'à 50,000 fr. Ainsi, cinq petits vers coûtent à la direction 44 fr. 50. C'est roide! Qu'on vienne donc après cela parler de l'économie des chants.

11 faut encore remarquer que dans le tarif ci-dessus nous supposons au moins sept repré-

sentations par mois, et un rôle de 1,100 notes chaque fois.

APPUYEZ. — Terme de machiniste qui veut dire « enlevez » . Tout ce qui monte , soit du DESSOUS, soit dans le cintre se commande à la manœuvre par le mot appuyez I

A-PROPOS. — L'esprit à'à-p7'opos n'est pas donné à tout le monde , pas plus aux gens d'esprit qu'aux autres; on ne peut donc rien reprocher aux acteurs qui ne l'ont pas , tout en félicitant ceux qui, l'ont eu et qui l'ont. C'est une qualité professionnelle.

M'^°Fanier, jouant le rôle de Lisette, de la Métromanie , fut arrêtée par un défaut de mémoire, après avoir dit ce vers :

« Et je prétends si bien représenter l'idole.., »

alors songeant qu'elle jouait une soubrette étudiant un rôle, elle fit ce vers :

« Mais j'aurai plutôt fait de regarder mon rôle. »

qu'elle tira en effet de sa poche. Elle eut l'air de le parcourir et continua , sans que le public y vît rien. C'était de Yà-propos.

W^° Deligny, dans V Avare, rôle de Marianne, perdit complètement la mémoire à la

-obscène XI du troisième acte , où elle devait répondre aux compliments de Gléante. L'acteur BoNNEVAL , voyant son embarras , s'écria soudain : « Elle ne répond pas, elle a raison : à sot compliment pas de réponse. » C'était de Và-propos.

Chassé conduisait une marche de soldats courant. En traversant la scène , il tombe ; mais prévoyant que cet accident allait arrêter la marche des soldats et troubler la représentation , il crie aux exécutants : « Marchez-moi sur le corps et passez. » C'était de Yà-propos et du feu sacré.

ARLEQUIN. — Principal personnage de l'ancienne comédie italienne^ dont l'esprit, la souplesse et la gaité amusèrent nos pères jusqu'en 1789. D'après Ménage le premier comédien italien qui vint à Paris jouer ce personnage , sous Henri III , allait souvent chez le président du Harlay , ce qui fut cause que ses camarades le surnommèrent Harlequino, ou petit Harlay. Ce surnom resta au personnage.

Les plus remarquables parmi les arlequins furent Dominique , Gherardy , Thomassin , Francisque et le fameux Carlin. Le dernier arlequin fut Laporte, du Vaudeville; il quitta

le théâtre vers 1828, et avec lui finit le personnage &' Arlequin.

ARMES A FEU. — Au théâtre l'usage des armes à feu est quotidien, le pistolet surtout. Il faut bien décharger fusils et pistolets sur le traître ou sur la victime ; de là deux graves inconvénients à éviter : les blessures et l'incendie. Pour éviter l'un et les autres, on remplace la bourre en papier par une bourre en poil de vache , qui ne brûle pas et s'éparpille au sortir du canon.

Les armes sont chargées d'avance par l'artificier ou l'armurier, et, par mesure de précautions, la baguette qui sert à bourrer est attachée au mur par une chaîne. Les armes chargées en scène — ce qui n'a guère lieu que pour les fusils, et dans les pièces militaires — ne sont chargées qu'à poudre ; la cartouche, toujours plus grosse que le canon, ne peut y être introduite et y est forcément versée. Deux ou trois coups de crosse sur le plancher tassent suffisamment la poudre pour déterminer l'explosion. F. Fusillade^ Tringle.

ARRANGEUR. — Tout le monde connaît l'annonce de ce chapelier, qui dit : « Donnezmoi un vieux chapeau, je vous en rendrai

un neuf. » — Eh bien ! il y a des arrangeurs dramatiques qui font le même métier : ils prennent les vieilles pièces et coupent un acte à l'une, quelques scènes à l'autre; une situation par-ci , un dénouement par-là , et retapent ainsi une pièce, qu'ils font jouer sous leur nom.

ARTISTE. — Cette dénomination à' artiste^ prise généralement par MM. les COMÉDIENS , quel que soit d'ailleurs leur talent affirmatif ou négatif, nous la trouvons un peu ambitieuse et non justifiée.

Artiste^ pour nous, veut dire créateur, ou celui qui avec une matière rudimentaire , et même avec rien , crée quelque chose. Dieu est le premier artiste ! Le peintre qui , avec quelques vessies de couleurs et un morceau de toile, produit un tableau ; le sculpteur qui, d'un bloc de marbre ou de pierre, dégage une statue, un groupe; le graveur qui a fouillé avec son burin une planche de cuivre ou d'acier; l'architecte qui a conçu et fait élever un édifice; le musicien qui enfante des mélodies, sont des artistes : ils ont créé, ils meurent dans leur chair et vivent dans leurs œuvres ; ils se nomment : Raphaël, Véro- NÈSE , Michel- Ange, Rembrandt, Yignole,

Palladio, Soufflot, Goustou, Jean Goujon, Ganova, Germain Pilon, Pradier, Mozart, RossiNi , AuBER. Que créent les comédiens? que reste4-il après eux? rien. Ils sont des interprètes intelligents , soit ; d'excellents COMÉDIENS, oui; mais des artistes^ non!

Notre remarque n'a rien d'offensant pour le talent des vrais comédiens ; c'est même ce mot qui les distingue, car nous défions qu'on nous montre une carte du dernier CABOTIN qui ne porte pas , après le nom , la mention : « artiste dramatique ».

ATTITUDE. — i: attitude au théâtre est le complément du geste et , souvent , de l'idée dramatique. La manière de se poser, d'écouter, de regarder, d'épier, de saluer, de donner, de recevoir, de parler, etc., indique au spectateur le sens qu'il doit attacher à ces différents actes. Un comédien consciencieux doit faire une grande étude de la science des attitudes.

ATTRAPER LE LUSTRE. - Se dit d'un ténor qui ouvre une large bouche pour laisser passer une note qui s'obstine à rester dans le gosier.

AUTEUR. — Machine humaine chauffée avec

du génie , de l'esprit ou du savoir-faire pour fabriquer tragédies, comédies, drames, vaudevilles, revues, voire même des ours et des fows.

AUTORISATION. — Aucune œuvre dramatique ne peut être représentée sans avoir été préalablement autorisée par le ministre de rintérieur, pour Paris , et par les préfets , pour les départements. V. Appendice (décrets des 30 juillet 1850, 30 décembre 1852 et loi du 6 janvier 1864, art. 3).

AUTORITÉ. — V. Police, et les lois à l'appendice.

AVANCES. — Somme que le directeur verse à son pensionnaire avant l'ouverture de la saison, ou au moment de l'ENGAGEMENT. Assez ordinairement, pour les engagements de province, cette somme représente un mois d'appointements, et se déduit proportionnellement chaque mois.

AYANT-SCÈNE. - Trébuchet, sous forme de loge, placé aux deux côtés de la scène, pour prendre les étourneaux.

Ces places ne sont probablement pas à

l'usage de ceux qui veulent voir le spectacle, puisque nous avons un jugement du 22 octobre 1869 , qui déclare que « celui qui a loué une loge d'avant-scène ne peut se plaindre de ne pas voir le spectacle ». Gii^ardin, C. Montigny.

— Se dit aussi de la partie de la SCÈNE comprise entre la RAMPE et le RIDEAU. Dans les théâtres de chants, cette partie est plus avancée dans la salle, ce qui empêche la voix de se perdre dans le cintre.

AVERTISSEUR. — Employé dont le titre indique la mission. Il n'existe à l'état de titulaire que dans quelques grands théâtres. A V Opéra il y a V avertisseur du chant et celui de la danse ; dans les autres , cette fonction est dévolue au second RÉGISSEUR, quelquefois au premier.

AVOIR DE QUOI. -- Cette phrase, qui sent son Calvados de quatre kilomètres, s'applique, en termes de coulisses, aux actrices dont la position financière est satisfaisante. Que ce soit les appointements réguliers... ou irréguliers qui en soient cause, cela ne change rien à la phrase.

AVOIR DES PLANCHES. — Se dit d'un acteur qui est aussi à l'aise sur la scène que s'il était chez lui. C'est ce qu'un matelot appellerait avoir le pied marin.

AVOIR DU CHIEN. — C'est avoir de l'entrain , le diable au corps , une parcelle du feu sacré. Se dit principalement d'une actrice qui joue les SOUBRETTES, les DUGAZONS, les TRAVESTIS.

AZOR (Appeler). — C'est une périphrase pour dire siffler. En voici l'origine :

Un mauvais acteur du nom de Fleury — ne pas confondre avec le grand Fleury — jouait le rôle d'Achille dans Iphigénie en Aulide ; il avait coutume d'amener son chien avec lui au théâtre et le donnait en garde à son père (pas celui du chien) qui le tenait en laisse dans la coulisse. Achille entre en scène. Le public, qui reconnaît Fleury, le reçoit à coups de sifflets. Le père, furieux de l'accueil qu'on fait à son fils, laisse échapper le chien qui vient en scène caresser son maître. Sur ce, les sifflets redoublent, et le père, furieux, tirait son épée pour aller embrocher les siffleurs, quand un acteur (c'était Gaussin) lui dit : « Ne voyez-vous pas qu'on siffle le

chien !... » Effeativcment, il entend son fils qui lui criait de la scène : « Mon père , sifflez donc ! Mon père , appelez Azor ! »

Nous devons, pour être véridique, dire que le chien se nommait Tarquin , et qu'on a substitué Azor à Tarquin.

BAIGNOIRES. — Logesplacces.au niveau et au fond du PARTERRE, et tirant probablement leur nom des bains de vapeur que leur emplacement fait prendre aux spectateurs qui les occupent. Il y a aussi les baignoires d'avantscène.

BAILLER AU TABLEAU. — Terme de coulisses qui s'applique à un acteur qui voit au tableau la mise en répétition d'une pièce dans laquelle il n'a qu'un bout de ROLE.

BAISSER. — La caisse est le thermomètre de la valeur d'une pièce ou du talent d'un acteur.

On arrête le cours de Tune quand la recette vient à baisser au-dessous d'un degré convenu, et on ne renouvelle pas l'engagement de l'autre par le même motif.

BALLET. — Pièce où l'on ne parle qu'avec les bras et les jambes, et qui n'en est pas plus morale pour ça. Il y a dans presque tous les OPÉRAS et les grandes FÉERIES une partie dansante qu'on nomme ballet.

Le premier ballet représenté en France est Circé et ses Nymphes, du sieur de Beaujoyeuse, dont le véritable nom était Baltaza- RiNi; les airs étaient de Beaulieu et Salmon. Il fut exécuté au Louvre devant Catherine de MÉDicis, en 1581.

Jusqu'en 1681, aucune femme ne figura dans les ballets; les rôles de Bergères, de Nymphes, de Déesses étaient remplis par de jeunes garçons. Ce ne fut que le 21 janvier de cette même année que quelques dames de la cour, la Daupbine en tête, y dansèrent des rôles dans le Triomphe de l'Amour. Cette innovation porta bientôt des fruits, car, le 16 mai suivant, quatre véritables danseuses débutèrent dans la même pièce avec un véritable succès d'enthousiasme ; elles étaient élèves de LuLLi, et se nommaient : M"" La Fontaine,

Roland, Lepeintre et Fernon. Bientôt des écoles de danse s'établirent et formèrent des danseuses de théâtre, dont les plus célèbres furent M."^^^ Prévôt, Salle, la Gamargo, Allard, Gardel, la Guimard, Taglioni, Fanny Esler , Garlotta Grisi et la malheureuse Emma Livry, dévorée par les flammes.

Le ballet d'action, tel que nous le voyons aujourd'hui, est dû aux frères Gardel et à Noverre, qui l'importèrent sur la scène aux lieu et place de V opéra-ballet. Ils eurent la gloire plus grande de faire disparaître les paniers, les tonnelets , ainsi que les costumes bizarres et ridicules dont on affublait les danseurs et les danseuses ; ils furent grandement secondés dans cette œuvre intelligente par W Salle.

Cette célèbre danseuse était la rivale en grâces et en talent de la Gamargo , ce qui veut dire qu'elles se voyaient d'un mauvais œil. Voltaire, appelé à juger leur talent, fut plus prudent, et surtout plus diplomate, que le berger Paris, lequel ne réussit qu'à se faire deux ennemies des déesses évincées par lui ; il leur adressa les vers suivants :

« Ahl Gamargo, que vous êtes brillante ! u Mais que Salle, grands dieux, est ravissante ! u Que vos pas sont légers! et que les siens sont doux.

« Elle est inimitable , et vous êtes nouvelle ; « Les Nymphes sautent comme vous ; « Mais les Grâces dansent comme elle. »

C'était une véritable réponse de Normand.

Les danseurs eurent jadis une grande importance, aujourd'hui réduite à presque rien. En effet , ils ne servent guère que d'accompagnateurs à la danseuse et leur talent, si grand qu'il soit, touche peu le public. Les danseurs restés célèbres sont Dupré, Gaétan Vestris, Auguste Vestris, son fils, surnommé par lui le Diou de la danse, et Petipa. Les hommes ont commencé par danser les rôles de femmes ; espérons qu'avant peu les femmes danseront tous les rôles d'hommes.

BANCS. — F. Parterre.

BANDE D'AIR, DE MER. — La première est une DÉCORATION flottante suspendue en l'air à chaque plan et arrêtant l'œil du spectateur qui, sans cela, se perdrait dans le CINTRE ; il y a aussi la bande de plafond, destinée au même usage, et la bande de mer, qui se pose sur la scène, comme son nom l'indique, et se fait mouvoir des coulisses.

BANQUE. — Peu de nos lecteurs se doutent

qu'il existe une banque — nous devrions dire mont-de-piété — dramatique. L'opération est simple. Un auteur jeune et inconnu enfante une pièce et va, le naïf qu'il est, frapper à la porte d'un directeur. On refuse de la lui ouvrir, où, quand on la lui ouvre, on refuse sa pièce. Gomment donc, un inconnu !

Le banquier, lui, est plus humain ; il avance de l'argent et se charge de faire jouer la pièce, à condition qu'il touchera les DROITS D'AUTEUR, moins la somme donnée ; qu'il pourra adjoindre des collaborateurs à l'auteur, et même faire disparaître son nom de l'œuvre. Il y a quelques risques, c'est vrai, mais en entretenant des relations avec des fournisseurs attitrés, on peut s'en tirer.

BARYTON. — Emploi du chant. Voix mixte entre la voix de TÉNOR et la voix de BASSE et la plus naturelle comme voix d'homme.

Le baryton Martin, qui fit la fortune de VOpéra-Co7nique, a laissé son nom à V emploi ^ dans le répertoire de ce théâtre. On se rappelle les succès de Baroilhet, à l'Opéra, dans la Favorite^ \d, Reine de Chypre, Charles VI. Le présent n'a rien à envier au passé sous ce rapport, puisque nous pouvons entendre M. Faure, un des meilleurs barytons connus,

et M. Lassale, dont le talent grandit chaque jour.

BASSE. — Emploi du chant. Se subdivise en basse chantante et basse pi^ofonde. On compte dans une troupe par première, deuxième et troisième basse. Lablache, des Italiens, a été la plus belle basse chantante connue et n'a pas été remplacé.

BATI. — On appelle bâti une construction qui doit être chargée de personnages et de décoration, et qui doit descendre du GLNTRE ou monter des DESSOUS. Les gloires , les apothéoses , les songes , les fées avec cortège nécessitent l'emploi des bâtis. Les féeries en consomment beaucoup.

BATTRE DES AILES. — Cette onomatopée s'applique à l'acteur qui gesticule avec ses bras et se frappe souvent les flancs du coude.

BEAUTÉ. — La beauté n'est pas indispensable au théâtre, mais à la condition d'y suppléer par le talent qui, seul, peut faire oublier la laideur — nous parlons principalement des femmes, bien entendu.

Quelques actrices, dont les noms sont restés

parmi les plus célèbres : la Ghampmeslé , M"° DuMESNiL, les sœurs Sainval, la Desœuil- LET, étaient laides, même très-laides ; mais elles avaient plus de talent que de laideur. Adrienne Lecouvreur et Duchesnois étaient également laides; on n'y songeait pas.

Pour beaucoup d'actrices du jour la beauté tient lieu de talent, ou du moins en fait pardonner l'absence. Nous ne citons pas de noms propres, le lecteur y suppléera sans peine, et nous éviterons ainsi de nous faire quelques belles ennemies.

BÉNÉFICE. — Représentation dont la recette appartient à l'acteur au bénéfice duquel elle a lieu : l*^ quand le directeur ne s'est pas réservé le droit d'user à son profit du nom de son pensionnaire ; 2° quand la recette brute n'est pas inférieure au chiffre de frais réclamés par le directeur, comme cela se voit souvent en province ; 3° quand... quand... quand. Voir, pour plus de détails, la spirituelle comédie de Théaulon, ayant pour titre : le Bénéficiaire.

Au Théâtre- Français la représentation à bénéfice n'a lieu qu'à la retraite du comédien et est réglée par la loi. Dans les autres théâtres de Paris , elles ont lieu en récompense de

longs services ou dans des cas urgents d'accidents , d'infortunes , subis par le bénéficiaire ou sa famille. En province, elle fait partie de l'engagement annuel de chaque acteur.

BILLET. — Petit morceau de carton ou de papier imprimé indiquant la place que vous devez occuper. C'est contrairement à l'ordonnance de police que certains billets portent l'indication de plusieurs places du même prix. Le billet ne doit indiquer qu'une seule espèce de places , et y donne droit. V, appendice (ordonnance du 1*''' juillet 1864).

— On appelle aussi billets les lettres ou écrits jetés par le public sur la scène. L'autorisation de lire ces billets dépend du commissaire de service.

— Se dit encore d'une affiche manuscrite collée chaque jour au foyer des acteurs, et indiquant l'heure des RÉPÉTITIONS, ainsi que les pièces en DISTRIBUTION.

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