BILLETS D'AUTEUR. DE FAVEUR
Les correspondants de la Société des auteurs ont, indépendamment de leur entrée personsonnelle, le droit de signer quatre billets d'une personne à chaque représentation. Ces
billets, vendus aux abords des théâtres avec quelque diminution , jouissent des mêmes avantages que ceux pris au bureau; ils doivent être échangés au contrôle contre la contremarque du jour et ne peuvent être assimilés aux billets de faveur qui, eux-mêmes, donnent des droits identiques à ceux qui les ont reçus et en sont possesseurs à titre non onéreux.
BIS . — Cri, synonyme de « répétez » , poussé par le public à la. suite d'un morceau de chant ou d'un couplet. Ce cri varie beaucoup, suivant le lieu et l'époque. Tout ce qui attaque les classes supérieures est « bissé » dans les théâtres populaires ; ce qui attaque le pouvoir est (c bissé » partout. Jadis tout couplet farci de chauvinisme était « bissé » avec frénésie : c'était le bon temps des colonels du Gymnase et celui du grand succès de la Cocarde tricolore ; la fibre patriotique était encore tendue. Aujourd'hui on demande bis pour Le Pied qui r mue ^ ou A Chaillot! C'est un signe des temps.
BONHOMIE. — Une des phases du NATUREL et la plus précieuse qualité du jeu de Geof-
FROI.
BOUCHE-TROU. — COMPARSE intelligent auquel on confie quelquefois un rôle de Douze. Les notaires, les postillons, les témoins, un joueur, un agent de la force publique rentrent dans les bouche-trous.
BOUFFES. — Les éowyf es italiens, ou bouffons, débutèrent à Paris en 1752, et obtinrent un grand succès. Ils avaient été précédés, dès 1724, par une troupe italienne; ce fut cette troupe qui joua en t7'46 la Se7'va padrona (la S élevante maîtresse)^ de Pergolèse.
En 1786 , Léonard , coiffeur de la reine Marie-Antoinette, obtint un privilège à' opéraitalien et le vendit à Giotti qui, avec l'aide de Gherubini, forma une troupe excellente qui débuta en 1789. Effrayée par le mouvement politique auquel donna lieu la Révolution, elle repartit en 1792.
Pendant les campagnes d'Italie, les Français prirent goût .à Vopera-buffa^ et M"° Montansier fit venir des bouffes en 1802. Après quelques alternatives de succès et de mauvaise fortune, ils furent organisés en troupe privilégiée sous la direction de Picard et la surveillance du grand chambellan, M. de Rémusat. C'est la source de V Opéra-Italien actuel. V. Italiens.
BOUFFES-PARISIENS (Théâtre des). — Ce fut le 5 juillet 1855 qu'eut lieu, à la salle des Folies-Marigny ^ aux Champs-Elysées , l'ouverture des Bouffes-Parisiens, dont le privilège venait d'être accordé à M. Offenbach, alors chef d'orchestre au Théâtre -Français. Le répertoire de ce nouveau théâtre devait se composer d'OPÉRETTES à trois personnages au plus, de SAYNETTES, de PANTOMIMES et d'arlequinades. Le prologue fut écrit par Méry sous ce titre : Entrez, messieurs, mesdames! musique d'OFFENBACH. Yidi Nuit blauche, musique d'ÛF- FENBACH, les Deux Aveugles, musique d'OF- FENBACH , et Arlequin barbier, pantomime , complétaient le spectacle de cette première représentation.
Le succès croissant, les Bouffes- Parisiens se trouvèrent bientôt à l'étroit dans leur petite salle des Champs-Elysées et vinrent, vers la fm de 1857, s'installer au passage Ghoiseul, dans la salle du physicien Comte, avec un nouveau privilège qui permettait à l'heureux maestro Offenbach d'élargir son cadre et de donner de véritables petits opéras-comiques.
Ce théâtre qui aurait pu rendre de grands services à l'art musical, en permettant aux jeunes compositeurs de se produire, en fut-* empêché en ce sens qu'il fut d'abord presque
entièrement accaparé par les productions de son directeur privilégié, dont la musique fit florès et créa une pernicieuse école de littérature dramatique qui a fini par envahir toutes les scènes de genre.
Plusieurs directions se sont succédé à ce théâtre depuis celle de M. Offenbach ; le genre seul n'a pas changé, et M. Comte fils, le directeur actuel, ne pourrait plus mettre en tête de ses affiches le distique qu'y mettait son père :
« Par les mœurs, le bon goût, modestement il brille, « Et sans danger la mère y conduira sa fille. r>
BOUIS-BOUIS. — Terme populaire désignant les petits théâtres d'ordre inférieur.
BOUQUET. — Bien qu'on étudie peu le langage des fleurs au théâtre, le bouquet y ioue cependant un grand rôle. C'est une arme de guerre entre deux bonnes petites camarades qui ne peuvent se souffrir. Celle qui peut se faire jeter un bouquet par son... admirateur, ou à ses frais, ne manque jamais de le faire à l'occasion ; malheureusement, l'ouvreuse ou le vendeur de programmes chargés du jet se trompe souvent de moment et le jette trop tôt ou tard ; quelquefois aux pieds de la rivale
seule en scène ; quelquefois dans l'orchestre ou sur le pompier de service. // ny a pas de roses sans épines.
Nous admettons cependant qu'il y a parfois, surtout lors des représentations à bénéfice ou d'adieux, des bouquets jetés en signe d'encouragement ou de regrets ; mais , comme dit Bassecour, c'est la minorité.
BRULER (Se). — S'approcher trop près de la RAMPE, soit dans la chaleur de l'action, soit pour tous autres motifs, tels que se faire mieux remarquer, PRENDRE DU SOUFFLEUR, indiquer le moment au CHEF DE CLAQUE, plonger un œil inquisiteur dans les baignoires d'avantscène.
BRULER LES PLANCHES. — Se dit principalement des comiques auxquels la véritable verve fait défaut et qui la remplacent par une chaleur factice, beaucoup de mouvement, de bons poumons et une grande volubilité. Quelques bons acteurs brûlent les planches; alors c'est pour sauver la pièce, ou bien parce qu'elle les ennuie, ou qu'ils ont un souper fin qui les attend.
CABALE. — Se dit indistinctement d'une réunion qui se concerte pour faire réussir ou tomber une pièce ou un acteur. Dans la première catégorie se placent les applaudisseurs^ bissew^s, ?neu)'s, chatouilleurs, pleureurs, pleu?^nicheurs, mousseurs, bonnisseurs, emblêmeurs, enleveui's, enthousiasmeurs, exclama teur s.
Dans la seconde les siffleurs, chuteurs, éternueurs, tousseurs, remueurs et crieurs.
CABOTIN. — Terme de mépris qui s'adresse à un acteur nomade et sans talent. Le cabotin est généralement envieux, potinier, et pousse le réalisme jusqu'à ses dernières limites. Il vit sans habits, sans chapeau, sans chaussures ; fléau de ses camarades, il pratique l'emprunt sur une large échelle et ne rend jamais.
CACOPHONIE.— La plupart des OPÉRETTES jouées sur les scènes de province avec un piano ou la musique municipale.
CACHET. — Le cachet est à un rôle ce que le bouquet est à un vin. Donner un bon cachet
n'est pas chose commune : Talma, Rachel imprimaient celui du génie à leurs rôles ; M"^ Mars, celui de la grâce et de l'intelligence ; Dressant celui de la distinction.
— Se dit aussi de certaines primes accordées par la direction pour services exceptionnels. Quelques acteurs, même parmi les plus fameux, ne jouent qu'au cachet, c'est-à-dire sans engagement.
CADRE. — Le personnel du ballet et des comparses se classe par rang de taille. C'est ce qu'on appelle le cadre.
CAMARADE. — On est prié de ne pas confondre avec ami ; ce mot est ici comme synonyme de collègue.
Yoici un exemple bon à suivre que nous ont laissé trois comédiens : Beil, Buck et Opfland :
• « Nous étions les uns pour les autres un juge « sévère ; souvent nous nous moquions de « nous-mêmes ; nous nous fâchions sans mé- « nagements de nos gaucheries, de nos mala- « dresses, soit dans les gestes, soit dans le « débit, et, lorsque l'un de nous avait aperçu « dans l'autre quelque mouvement d'une ve-
« rite frappante, il le serrait tendrement dans « ses bras. »
C'étaient de bons camarades. L'espèce en est rare au théâtre.
CANARD. — Ne cherchez ni petits pois ni navets ; le canard en question sort, de temps à autre, des instruments à vent de messieurs de l'orchestre. Il a pour prénom : Couac.
CANTONADE (Parler à la). — L'acteur qui parle à un personnage qu'on suppose placé dans la coulisse, parle à la cantonade. Également ce qu'un acteur dit dans la coulisse avant d'entrer en scène, et généralement tout dialogue de coulisse appartenant à la pièce est à la cantonade,
CAPOT.— Nom donné à la boite du SOUFFLEUR.
CARACTÈRE. — Physionomie particulière donnée par l'auteur à ses personnages et que l'acteur doit chercher à rendre. L'Avare, le Tartuffe^ le Menteur^ le Misanthrope., le Glorieux^ le Joueur^ sont des caractères.
— Désignation d'emploi : Rôles de caractère.
CASAQUE. — (Grande, petite).
Costume des anciens valets de comédie ; ce
terme indique l'emploi de la grande et de la petite LIVRÉE.
CASCADE. — Jadis on appelait « lazzi » ce que nous nommons aujourd'hui Cascade, c'està-dire depuis que l'abus qu'on a fait de ce genre dans quelques vaudevilles, et surtout dans les opérettes Belle-Hélène, Duchesse de Gérolstein, Petit Faust, Œil crevé, Chilpéric, a créé en quelque sorte l'emploi de « cascadier ». Le mot cascade est, du reste, parfait d'application : la cascade tombe de haut en bas ; nous croyons que, de ce côté, l'art dramatique et l'art musical font de même.
CASSER DÛ SUCRE. ~ Quand deux actrices — ou deux acteurs — disent du mal d'une camarade absente, elles cassent du sucre.
CÉLIRAT. — Le mariage n'est pas obligatoire au théâtre, au contraire ; cependant les engagements prévoient le cas où les dames appartenant à l'ordre de notre mot ne pourraient paraître en scène, par suite d'un empêchement... momentané. Il y est dit que leurs appointements seront suspendus jusqu'au jour où elles pourront reprendre leur service de Jeanne d'Arc, de Virginie, d'Agnès et de Lu-
crèce. A défaut de mœurs, sauvons la caisse. V. G7'ossesse.
CENSURE. — Administration d'opérations chirurgicales pratiquées sur les œuvres de l'esprit au nom de la politique, de la religion et de la morale.
Le principe de la censure est apparent avec les origines de notre théâtre. Dès 1448 et 1488, le Parlement dut rendre des arrêts pour réprimer la licence des FARCES, SOTIES, et MORALI- TEZ que jouaient les clercs de la basoche, et même faire fermer leur théâtre, qu'ils rouvrirent sur un ordre du roi daté du 8 mars
Gomme ils avaient joué Louis XII sous la figure de l'avarice et qu'on voulait qu'il sévit contre eux, il répondit : « Je veux qu'on joue « en liberté, et que 'les jeunes gens déclarent a les abus qu'on fait à ma cour, puisque les tt confesseurs et autres qui font les sages n'en a veulent rien dire, pourvu qu'on ne parle pas a de ma femme, car je veux que l'honneur « des femmes soit sacré. »
Aussitôt après la mort de Louis XII, le Parlement rétablit les défenses, et quelques années après, en 1538 et 1540, la censure; enfin, en 1609, Henri IV, dans une ordon-
nance du 12 novembre sur les théâtres et les comédiens, dit :
« Leur défendons de représenter aucune « comédie ou farce qu'ils ne les ayent com- « muniquées au procureur du Roi et que leur « rôle au registre ne soit de nous signé ». V. cette ordonnance à V appendice.
Voilà donc un acte bien caractérisé de censure qui sera cimenté cent ans plus tard, en 1702, par la nomination de censeurs.
La censure peut avoir du bon, car d'après les immoralités — nous pourrions dire les obcénités — qu'on débite sur certaines scènes, on peut supputer la qualité de ce qu'elle coupe par ce qui' reste. Malheureusement les censeurs sont des hommes, et c'est l'esprit d'appréciation qui seul est juge. De là des énormités et des naïvetés dont voici quelques exemples.
Un auteur avait donné le nom de Dubois à un valet fripon. La censure fit changer le nom de ce valet, parce que le préfet de police d'alors se nommait Dubois et qu'il n'était pas convenable de donner à un fripon le nom de celui qui les faisait arrêter. Une autre fois, on dut changer le nom de « barbe de capucin », et choisir une autre salade, sous le prétexte de respect pour la religion !
h' Esope à la cour\ de Boursault, fut fort maltraité par la censure qui lui coupa beaucoup de beaux vers, entre autres les quatre' suivants, qui semblent cependant sortir du miroir de la vérité et qui se trouvaient dans la bouche de Grésus :
Par là je m'aperçois, ou du moins je soupçonne, Qu'on encense la place autant que la personne; Que c'est au diadèjne un tribut que l'on rend Et que le roi qui règne est toujours le plus grand.
Les censeurs sont aussi chargés de régler la longueur des jupes des danseuses et des figurantes dans les ballets ^i féeries^ seulement, quand ils les rallongent par en bas, ces dames les raccourcissent par en haut. Le diable n'y perd rien.
CHAMBRÉE. — Synonyme du mot salle, en tant seulement qu'on veut parler du nombre des spectateurs qui sont dans la salle : une moyenne chambrée ; une bonne, une pleine chambrée.
CHANGEMENT A VUE. — C'est toujours un attrayant spectacle pour l'œil, qu'un changement à vue, soit de décors, soit de costumes. La rapidité en faisant généralement la beauté, il faut que les machinistes soient à leur poste
et que tout soit bien équipé avant. Au signal convenu, les TREUILS et les CONTRE-POIDS font leur office : un TRAPILLON engloutit une feuille de décor tandis que son voisin en fait surgir une autre ; les plafonds , les rideaux , les BANDES D'AIR s'envoient et disparaissent dans le CINTRE, tandis que ce qui doit les remplacer descend. Tout cela se fait en un tour de roue.
Il y a aussi les changements sans déplacement qui se font à l'aide de volets doublant le châssis et qui se manœuvrent à l'aide de FILS tirés par derrière, et d'un seul coup. Il y a quelquefois plus de cent volets sur un châssis.
Les chan'gements de costumes se font toujours par les trapillons et à la main. Le costume qui doit disparaître ne forme jamais que deux morceaux, rattachés par un lacet, avec rosette en haut que défait l'acteur au moment voulu, et un anneau en bas qui est saisi par la main du costumier placé au trapillon.
CHARGE. — Exagération voulue par certains rôles, mais dans les limites de la raison. Ainsi le rôle'de Werther^ qui fut créé par Potier, est une charge du sentiment. Tiercelin, Odry, Mazurier, Monrose, Arnal, Lesueur, sont connus par leurs charges^ mais toutes plaisantes
et de bon goût. Grassot n'était que la charge d'une charge.
Nous voudrions que MM. les comiques comprissent bien que la charge est au NATUREL ce que la caricature est au dessin : elle ne passe qu'à force d'esprit.
CHARGEZ! — Terme employé dans la manœuvre des décors, pour indiquer le mouvement de descendre. Toutes les parties qui descendent du CINTRE ou qui s'enfoncent dans les DESSOUS, se meuvent au commandement de « Chargez I »
CHASSIS. — Tous les décors qui ne sont pas rideaux sont sur châssis, construits en sapin du Nord, très-légers, très-solides néanmoins, et chantournés suivant le besoin. Les châssis manœuvrent généralement sur le côté et s'accrochent — se guindent — sur les FAUX CHASSIS ou MATS. Les FERMES se font aussi ^\xt châssis.
CHAT. — Animal sournois qui se loge subrepticement dans la gorge des chanteurs — voire même des chanteuses — puisqu'on dit communément : il a un chat dans le gosier.
GHATELET (théâtre du). — Inauguré en 1862,
ce théâtre, le plus grand de Paris , puisqu'il contient 3,600 places, peut se prêter à tous les genres ; par sa dimension, il semble surtout destiné aux drames de cap et d'épée et aux féeries qui peuvent y déployer largement leur pompe et leurs nombreux cortèges.
CHAUFFER LA SCÈNE. — Se remuer, s'agiter, s'évertuer pour faire rendre à un rôle plus qu'il ne contient. De chauffer à BRU- LER LES PLANCHES, il n'y a qu'un pas.
CHEF DE CLAQUE. — V. Claque, Claqueurs.
CHEF D'EMPLOL-- Chaque acteur portant dans son engagement Y emploi qu'il doit occuper dans une troupe, stipule ordinairement qu'on ne pourra distribuer ses rôles à d'autres que lui sans sa volonté ; il devient par ce fait chef d'emploi. Cet usage, qui peut être excellent comme mesure d'ordre, a cependant l'inconvénient de fermer la carrière aux jeunes acteurs qui montrent du talent. On ne leur laisse jouer que les PANNES ; ou il faut un accident arrivé au chef d'emploi pour les mettre en évidence. V. Double.
CHIEN. — Y . Avoir du chien .
CHOEUR. — Troupe réunie pour chanter ou danser ensemble. Dans la tragédie antique, le chœur faisait l'office d'un personnage et donnait en quelque sorte la RÉPLIQUE.
Dans le théâtre moderne, le chœur n'existe plus que comme une masse chantante ou dansante, et encore cette dernière est-elle plus communément appelée CORPS DE BALLET.
CHORÉGRAPHIE. —Science de la composition des BALLETS.
CHORISTE ou COMPARSE chantant. — Dans les grands théâtres, les choristes ne sont admis qu'au concours. Ils sont conduits par les coryphées ou chefs d'aljtaque, qui donnent le premier coup de g... osier; aussitôt chacun de suivre de la voix et du geste, avec un ensemble — pour le geste — à faire mourir de honte une mécanique.
Ce sont ces mêmes choristes qui chantent :
Allons, marchons!
Allons, courons!
Et saisissons Ce coupable!..
pendant vingt minutes sans bouger de place. CHUTI — Ilya deux sortes de chut! l'un est
approbateur : c'est quand le public impose silence à quelques brouillons jaloux ou cabaleurs par un chut! bien accentué ; il équivaut presque à des applaudissements; l'autre qui tue net une pièce ou un acteur : c'est quand il s'adresse aux applaudissements que la claque ou quelques amis maladroits tentent pour sauver une mauvaise pièce ou pour faire plaisir à un mauvais comédien. Alors il change de sexe : ce n'est plus un chut! c'est une CHUTE.
CHUTE. — Insuccès d'une pièce ; mais au théâtre, comme ailleurs, toutes les chutes ne sont pas mortelles, et l'exemple, n'est pas rare de pièces tombées à la première représentation, qui ont fourni une brillante carrière et sont même devenues la gloire du théâtre français. Ainsi Britannicus et les Plaideurs de Racine furent siffles ; le Cid^ ce chef-d'œuvre ! éprouva le même sort ; les Fables d'Esope^ de Bour- SAULT ; le Grondeur^ de Bruys et Palaprat, également. Les citations dans le répertoire moderne nous entraîneraient trop loin. Nous en traiterons les causes au mot PUBLIC.
Quelquefois, la chute d'une pièce tient à des circonstances imprévues, impossibles à prévoir. Le Coriolan d' Abeille marchait au
succès quand un personnage eut à dire ce vers :
Ma sœur, vous souvient-il du feu roi notre père?
Un farceur du parterre répondit aussitôt : Ma foi, s'il m'en souvient, il ne m'en souvient guère î
Un fou rire s'empara de la salle, et la pièce ne put se relever.
Pareille chose arriva pour le Siège de Paris de d'Arlincourt. Un soldat vient dire :
Pour chasser loin des murs les farouches Normands, Le roi Charles s'avance avec vingt mille Francs.
Il est plus riche que moi, cria un habitant du PARADIS, jouant sur les mots : Vingt mille francs. Le rire général qu'excita cette saillie faillit compromettre la pièce; l'auteur dut supprimer les vingt mille francs.
Les drôleries de ce genre ne sont pas extrêmement rares ; on connaît dans ce genre :
Mon pauvre père, hélas ! seul à manger m'apporte.
malheureuse inversion. Et puis :
J'habite la montagne et j'aime à la vallée!..
c'est pis que Gargantua. Et encore :
Voici ces chevaliers que l'on nomme les preux !..
Le plus extraordinaire, c'est que ces choses,
qui sautent à l'oreille, aient échappé aux auteurs et aux acteurs pendant les répétitions.
CINTRE. — Toute la partie supérieure de la scène, jusqu'au GRIL, se nomme cintre. Il est divisé en deux ou trois étages et desservi par des corridors qui en font le tour et qu'on nomme premier, deuxième et troisième corridors du cintre^ en commençant par celui du bas.
Pour éviter de faire le tour et activer le service, les corridors de droite et de gauche sont mis en communication par des PONTS- VOLANTS suspendus au comble par des FILS ou des tiges de fer. C'est dans les corridors du cintre que se trouvent les TREUILS et TAMBOURS qui servent à la manœuvre.
CLAQUE, CLAQUEURS. — La c/a<?«e est fille de l'intérêt et de la VANITÉ. Directeurs , auteurs et acteurs s'entendent pour la soutenir; le public la subit.
Elle remonte loin. Néron, chantant dans l'amphithéâtre, avait des claqueurs, d'où le nom de romains donné à ceux d'aujourd'hui.
Ses origines, chez nous, sont assez difficiles à saisir. Ce sont les auteurs qui, les premiers,
ont distribué un grand nombre de billets pour faire soutenir leurs pièces. Ce n'étaient pas proprement des claqueurs; c'étaient des spectateurs bienveillants.
A la représentation de V Accommodement imprévu, de Lagrange, un individu du parterre applaudissait à tout rompre en même temps qu'il s'écriait : Que cela est mauvais ! que cela est exécrable/ — Pourquoi applaudissez-vous alors? lui dit un de ses voisins. — C'est, répondit notre homme, que j'ai reçu un billet pour applaudir, et, comme je suis honnête, j'applaudis; mais je n'ai pas promis de me taire et je crie ce que je pense.
DoRAT, voulant satisfaire sa vanité d'auteur, n'eut pas une claque comme nous l'entendons; mais il distribua tant de billets, à la condition qu'on applaudirait, qu'après la représentation d'une de ses pièces il s'écria : « Encore un ou deux succès comme celui-là et je suis ruiné! » Il avait semé en France la graine des applaudissements payés, elle prospéra et devint bientôt une institution.
Nous maintenons le mot institution : la claque possède un chef, des lieutenants et des soldats.
Le chef de claque traite directement avec les directeurs, les auteurs et les acteurs : il
reçoit des trois mains. Il a tant de places de la direction, tant de billets d'auteurs et d'acteurs, ou une somme fixe de ces derniers. Ses troupes sont divisées en trois classes. La première est composée des purs, des intimes : ceux-là entrent à lœil et ont les figures patibulaires que l'on connaît ; la deuxième comprend ceux qui paient un léger droit, et est, par conséquent, mieux composée : on les appelle les lavables^ (en argot, laver veut dire vendre) parce que quelques-uns revendent leurs contre - marques avec bénéfice : aussi, on les surveille ; la dernière est composée des solitaires qui paient leur billet d'entrée presque aussi clier qu'au bureau, quelquefois plus cher, mais ne sont pas forcés d'applaudir. Ils évitent ainsi de faire la QUEUE : c'est tout l'avantage qu'ils ont.
Les claqueurs étaient toujours groupés dans le parterre, sous le lustre, ce qui leur avait valu \q s,\ivnom. ÔlQ chevaliers du lustre. Aujourd'hui que la nouvelle distribution des salles a pris le PARTERRE pour en faire des stalles, on met la claque un peu partout.
La position de chef de claque est un joli avoir et équivaut à un bon notariat. Auguste avait acheté sa charge à l'Opéra 80,000 francs ; nous ne savons ce qu'il l'a revendue à David,
le titulaire actuel, mais il y a eu certainement une belle plus-value.
CLAQUE. — Un jugement du tribunal de commerce de la Seine dit « que le traité passé « pour assurer par des applaudissements sala- « ries le succès d'une pièce, est déclaré illicite, « et ne peut donner lieu à une action en jusce tice, quand bien même ce traité serait dé- « guisé par une vente de billets ».
COLIN. — Emploi d'amoureux comique dans les anciens opéras-comiques. On en a fait dans le monde un qualificatif : c'est un colin.
COMÉDIE. — Terme générique de toutes nos productions dramatiques jusqu'à Racine, car M^® de SÉviGNÉ dit encore « la comédie du Cid^ » « la comédie de Cinna, » <( la comédie de Phèdre, » et, bien que les genres soient aujourd'hui parfaitement définis, on dit encore « aller à la comédie » , comme disaient nos pères, pour aller au spectacle, quand bien même on n'irait voir que la tragédie.
Proprement, le mot comédie s'applique au genre de pièces dans lesquelles les caractères, les mœurs, les ridicules, particuliers ou généraux, sont exposés sans apporter à leur suite aucune action sanglante.
Aristote définit la comédie : « Unp. imitation des plus méchants hommes dans le ridicule. » Cette définition prise à la lettre serait un peu sévère pour le genre et nous rapprocherait du drame. Nous aimons mieux la définition de BouRSAULT. (c La comédie, dit-il, est un poëme ingénieux pour reprendre les vices et les rendre ridicules ». Dacier ajoute : « ha. comédie ne soufi're rien de grave et de sérieux, parce que le comique et le ridicule sont l'unique caractère de la comédie. »
Enfin nous finissons par cette définition qui semble les résumer et les confirmer toutes : « La comédie est l'usagé ou la représentation delà vie ordinaire des hommes ; on y représente leurs actions les plus communes, et on y répand du ridicule sur leurs défauts, afin d'en préserver les spectateurs ou les en corriger. » C'est à peu près ce que dit Racine auquel il serait inconvenant de ne pas laisser la parole en cette matière : « La comédie doit représenter au naturel les mœurs du peuple pour lequel elle est faite, afin qu'il s'y corrige de ses vices et de ses défauts, comme on ôte devant un miroir les taches de son visage. »
N'en déplaise à Racine, il n'en est pas des vices comme des taches du visage, qu'on ôte avec une éponge. Il y a des taches qui tiennent
à la peau comme les vices tiennent à nos passions, et nos passions à la race humaine; de plus, l'œil de l'homme est ainsi fait que lorsqu'on lui présente un miroir, ce sont toujours les taches, ou pour parler vrai, les vices et les ridicules du voisin qu'il croit y voir. C'est Lafontaine qui a raison :
Lynx envers nos pareils et taupes envers nous.
COMÉDIE FRANÇAISE. — V. Théâtre- Français.
COMÉDIEN. — Nous avons déj à traité ce suj et au mot ACTEUR, mais pas avec le développement qu'il comporte et qui trouve mieux sa place ici.
Etre un bon comédien^ c'est posséder le plus beau, le plus rare et le plus difficile des talents ; c'est percevoir, comprendre, analyser, rendre et exprimer toutes les passions de l'humanité. « Le bon comédien^ a dit Rousseau, est celui qui oublie sa propre place à force de prendre celle d'autrui; il feint les passions qu'il n'a pas. » C'est probablement pour cela que les hommes politiques sont de grands comédiens, Lekain divisait l'art du comédien en quatre parties : 1° l'âme; 2° l'intelligence; V la