‹ La langue théâtraleChapitre 8 sur 43 · GUILLEMETTE · texte numérisé non relu

GUILLEMETTE

Il m'est souvenu de la fable Du corbeau qui étoit assis . Sur une croix de cinq à six Toyses de haut; lequel tenoit Un fromage au bec : Là venoit Un renard qui vit ce fourmaige, Pensa à luy : « Gomment Tauray-je? »

Lors se mit dessoubz le corbeau :

« Ha! fist-il, tant as le corps beau, « Et ton chant plein de mélodie I »

Le corbeau, par sa conardie, Oyant son chant ainsi vanté.

Si ouvrit le bec pour chanter, Et son fourmaige chet à terre Et maistre renard vous le serre A bonnes dents et si l'emporte.

La Farce de Pathelin est de 1470, ou quel-

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ques années avant ; on en ignore la date précise et le nom de l'auteur.

FARCEURS. — hd. farce devait naturellement faire naître les farceurn. Les noms des plus célèbres sont parvenus jusqu'à nous : ce sont ceux de Tabarin, Gros-Guillaume, Gautier- Garguille, Turlupin, Guillot-Gorgu et Bruscambille. Tabarin débitait ses farces, ou plutôt ses obscénités, sur la place Dauphine, en compagnie de son associé Mondor, quand tous deux ne couraient pas la province.

Gautier- Garguille , dont la femme était fille de Tabarin, et dont le nom était Hugues GuERET DE Fleschelles , appartenait à la troupe de l'HOTEL DE BOURGOGNE. Il mourut à soixante ans. Sa veuve se remaria avec un gentilhomme normand.

Gros -Guillaume se nommait Guérin ; il était garçon boulanger avant de faire partie de V hôtel de Bourgogne. Ivrogne, gros, gras et ventru, il se cerclait le corps au haut des jambes et sous les bras de façon à représenter un tonneau. Il vécut quatre-vingts ans.

Turlupin, de son vrai nom Henry-le- Grand, (pas Henri IV) était, comme les précédents, attaché à la troupe de V hôtel de Bourgogne, où il joua la farce pendant cinquante-cinq ans.

C'était un très-bel homme, et de plus un excellent comédien.

Guillot-Gorgu avait nom Bertrand Har- DUYN ; il avait étudié la médecine et exercé la profession d'apothicaire. Après avoir joué la farce pendant huit ans, il s'établit médecin à Melun, — pays des anguilles sensibles, — et y gagna une maladie noire ou spleen^ dont il vint mourir à Paris.

Bruscambille^ nommé Deslauriers, auteur et acteurdel'/id^e/^/e^owr^ro^we, vint longtemps après débiter des facéties dans les entr'actes ; il a laissé un recueil sous ce titre : Fantaisies et Paradoxes.

FAUX-CHASSIS. — Ils se composent de deux montants de sapin, reliés en haut et en bas, en forme de cadre et s'emmanchant par la GOSTIÈRE dans le chariot logé sous le plancher de la scène ; ils sont garnis d'une échelle et servent à guinder (attacher) les décors ou châssis sur les côtés.

FÉERIE. — Pièce à grand spectacle, où le sujet est remplacé par les décors, le dialogue par les trucs, l'esprit par des actrices deminues, quand elles ne le sont pas tout à fait, au maillot près. Ce genre a pris depuis quelques

années un développement beaucoup trop grand. On croirait que MM. h&s auteurs s'en tiennent aux fées à défaut de génie.

FEMMES. — Dans le théâtre antique, tous les rôles de femmes étaient joués par des hommes. Il en fut de même chez nous jusqu'au commencement du xvii^ siècle ; mais il n'en était pas ainsi chez les étrangers, puisque la troupe des Gelosi, qui vint en France vers 1577, (V. Italiens) et la troupe espagnole, qui vint quelques années plus tard, avaient des actrices. Deux acteurs de la troupe espagnole furent même roués pour avoir assassiné une de leur camarade, bien qu'elle leur fût commune. On ne sait ni dans quelle pièce ni dans quel rôle parurent les premières femmes dans des pièces et sur des scènes françaises. Il y avait encore en 1616 un acteur qui jouait les rôles de femmes sous le nom de Perrine; en 1637 Alison jouait les rôles de soubrettes et de nourrices. Plus de trente ans après, Molière fit spécialement pour le comédien Hubert les rôles de la comtesse d'Escarbagnas, de M'^^Pernelle, de M""^ Jourdain et de M"'^ de Sottenville. Hubert ne quitta le théâtre qu'en 1685.

FERME. — On nomme ferme tous les grands

décors de fonds portant bois et ferrures, portes, fenêtres, balcons. A de rares exceptions près, les fermes montent du dessous et se plantent par les TRAPPILLONS.

FEUX. — On appelle ainsi les sommes données aux comédiens en dehors de leurs appointements fixes. Assez généralement les feux sont consignés dans les engagements, mais ils résultent toujours d'une circonstance variable et intermittejite : feux par répétition; feux par représentation; feux pour déplacement; feux pour costumes ou toilette.

Ce mot, assez obscur appliqué à l'usage actuel, vient de ce que jadis les acteurs recevaient le bois et la chandelle pour se chaufi'er et s'éclairer dans leurs loges, et ce, en dehors des appointements. Cette distribution en nature fut plus tard faite en argent et prit le nom de feux, ce qui s'explique ; la chose disparut, mais le nom resta, bien qu'appliqué à de nouveaux usages. En somme, c'est une rémunération.

On supposera naturellement que les feux sont un accessoire ? ce serait une erreur. MM. les comédiens eu vogue en ont fait le principal. Le chiffre des appointements est là pour la forme; les feux sont là pour le fond ;

3,000 fr. d'appointements et 25,000 fr. de feux. La sauce vaut mieux que le poisson. — V. Cachet.

FICELLES. — Ce mot tiré des fantoccini ou marionnettes, qui ne remuent qu'autant qu'on tire les ficelles — c'est-à-dire n'empruntent rien à la nature — s'applique à quelques comédiens qui arrivent, à force de travail, d'études patientes , à produire de grands effets où le NATUREL n'a aucune part. Quelques-uns approchent si près de la nature qu'on ne voit pas les ficelles] mais le plus grand nombre, dédaignant ce travail, frappent un grand coup et laissent voir les ficelles. Heureusement pour eux qu'il y a des myopes.

FIGURANT. — V. Comparse.

FIL. — Pour le machiniste, tous les cordages employés pour la manœuvre se nomment fils, et la réunion de plusieurs fils, poignée.

FINANCIER. — EMPLOI dont le titre indique suffisamment le genre.

FOLIES-DRAMATIQUES (Théâtre des). — Ce théâtre fut construit après la révolution

de juillet 1830 sur l'emplacement de l'ancien Ambigu-Comique^ incendié en 1827; il fut inauguré en 1831 et eut coup sur coup deux immenses succès avec la Cocarde tricolore^ des frères Cogniard, et la Fille de Vair, féerie ; ensuite vint le Robert Macaire^ avec Frédéric Lemaitre. Il fut, en outre, une pépinière d'où sortirent d'excellents sujets, parmi lesquelles ^,j^|mes Judith et Nathalie.

Démoli avec les autres théâtres du boulevard, il transporta son titre heureux à la salle qu'il occupe actuellement, et qui fut érigée en 1862. UopérettQ à cascades semble être le genre qu'il affectionne le plus et qui lui réussit le mieux : VŒU crevé ^ le Petit Faust ^ Chilpéric^ Héloise et Abeilard, en ont fait les beaux jours. La Fille de i)/"*« Angot, d'un genre plus relevé, y a fait courir la France entière et les étrangers; elle y est encore reprise chaque fois qu'il faut remplir la caisse.

FOUDRE. — Une fusée allumée descendant rapidement sur un fil conducteur produit l'effet voulu. Un transparent eu zig-zag, éclairé subitement par la lumière électrique, est encore un moyen employé pour imiter la foud)'e et produit un bel effet.

FOUR. — On écrivait jadis fourre, probable-

ment du verbe « fourrer » : ^q fourrer dedans, ce qui est à peu près la signification actuelle du mot ; ainsi, compter sur une pièce, compter sur un succès, compter sur une recette, et échouer, c'est faire four.

FOYER. — Salle des pas perdus où le public vient se promener dans les entr' actes. C'est un salon commun où l'on discute du mérité d'une pièce ou des acteurs, surtout au moment des débuts ou d'une première représentation. Il existe derrière le rideau un foyer pour les acteurs. Quand nous disons un foyer, comptons; car, dans cette république théâtrale, la fraternité et l'égalité existent comme... partout ailleurs. Nous avons donc le foyer des acteurs, foyer du chant, foyer de la danse, foyer des musiciens, foyer des comparses. C'est donc au théâtre qu'on devrait trouver la paix, la douceur et la vertu du foyer... Allez-y voir !

FRISE. — Toutes les bandes de toile peinte qui descendent du CINTRE pour venir porter par les extrémités sur le sommet de la coulisse se nomment frises. Jadis les plafonds étaient figurés par des frises, ce qui offrait une grande difficulté pour l'effet d'optique qu'on n'obtenait jamais d'une façon satisfaisante pour

tous, par suite des diverses positions qu'occupent les spectateurs. Aujourd'hui les plafonds sont d'une seule pièce.

FUGUE. — Déménagement spontané d'un ou d'une pensionnaire. La fugue n'est pas rare, et cause parfois un grand préjudice au directeur. La fugue des dames est bien plus fréquente que celle des hommes, et cela se conçoit : l'enlèvement d'Hélène est un terrible précédent... 0 amour!

FUSILLADE. — Les effets de fusillades sont assez communs au théâtre, même dans les pièces qui ne sont pas militaires ; dans ce cas la fusillade se passe à la CANTONADE et s'imite avec une forte crécelle sur pieds qu'on fait tourner avec une manivelle. Dans les pièces militaires, où la fusillade a lieu en scène, ce sont les ARMES A FEU et la TRINGLE qui fonctionnent.

GAITÉ (théâtre de la). — C'est le doyen des théâtres du second ordre; il remonte à 1760

et fut fondé par le fameux Nicolet, dont la devise était : « De plus fort en plus fort ! » Il eut pour premier titre : Théâtre des grands danseurs du Roi. La danse de corde, les pantomimes et les funambules, de petites pièces grivoises ou bouffonnes, formaient son répertoire ; l'acteur Taconnet, un des plus grands buveurs dramatiques connus, en faisait les délices.

En 1792, un nouveau baptême lui donna le nom de Théâtre d'émulation) enfin, sous la Terreur, il prit celui de la Gaîté — le moment était bien choisi — qu'il a toujours conservé depuis.

Le théâtre de la Gaîté ayant trouvé son nouveau nom à l'époque ci-dessus indiquée devait — naturellement — être le berceau du mélodrame : il n'y manqua pas. Victor, DucANGE et GuiLBERT de PixÉRÊcouRT y donnèrent leurs premières œuvres. Thérèse ou l'Orpheline de Genève y fit verser de tels torrents de larmes qu'on aurait pu se dispenser de remplir les réservoirs. Cependant, on n'y pleurait pas toujours, puisque c'est là que l'éternel Pied de Mouton a vu le jour. Ce n'était qu'un pied d'agneau en comparaison du Pied de Mouton actuel qui a grandi, bien qu'il ne soit pas espagnol.

La salle de la Gaîté construite sur le boulevard du Temple, dit du Crime^ en 1808, fut incendiée en 1835 et reconstruite la même année sur le même emplacement. Le succès semblait s'être attaché à ce théâtre : la Belle écaillère^ le Sonneur de Saint-Paul^ le Courrier de Lyon^ les Cosaques^ la Grâce de Z)?ew y attirèrent le public pendant de longues années.

L'expropriation des théâtres du boulevard du Temple en chassa celui de la Gaîté^ qui vint s'installer au square des Arts-et-Métiers, où nous le voyons aujourd'hui. Il fut construit en 1861-62 par l'architecte Hittorf. Une nouvelle combinaison vient d'en changer le titre en en faisant le THÉÂTRE LYRIQUE.

GANACHES et PÈRES DINDONS. —

Personnages remplis par les comiques GRIMES.

GARDE-ROBE. — On nomme ainsi la collection de costumes appartenant aux comédiens et dont la valeur représente, pour d'aucuns, une somme de plus de cinquante mille francs. Un comédien ou comédienne, chanteur ou chanteuse, qui n'aurait pas de garde-robe^ trouverait difficilement un engagement en province, où les directeurs n'ont pas de MA- GASIN de costumes, si ce n'est pour les figu-

rants et les utilités. Il n'est pas nécessaire d'avoir absolument tous les costumes de son RÉPERTOIRE, mais il faut en avoir assez pour y faire face, en les rafistolant un peu.

GARGARISER (Se). — Ce mot, inventé par le chanteur martin, s'applique au roulement des notes dans la gorge, ce qui, en effet, imite assez bien le bruit d'un gargarisme. Il se dit aussi d'un acteur de drame ou de comédie qui fait RONFLER les R.

GAUTIER-GARGUILLE. — V. Farceurs.

GENRE. — Les différentes productions dramatiques sont classées par genre : genre lyrique, ^enre tragique, genre comique. Gomme la logique est bonne, fille, et qu'on la respecte juste autant qu'on feyit des Constitutions, on appelle « théâtres de genre » ceux qui n'en ont pas de défini; ainsi les Variétés, le Vaudeville , le Gymnase sont des théâtres de genre. Le décret du 27 avril 1807, que nous donnons à Y Appendice , donnera une idée exacte des genres tels qu'ils étaient compris et exploités à cette époque.

GLOIRE. — Quelques philosophes ont pré-

tendu que la gloire est une fumée. La nôtre est de toile et de bois, et descend du CINTRE sous forme de nuage lumineux contenant une déesse, un dieu, un génie ou une. fée quelconque, le tout attaché avec des cordes. Il y a quelques périls pour celui qui descend ainsi ; il peut s'écrier, comme le Cid :

« A vaincre sans périls, on triomphe sans gloire. »

GOURER (Se). — Ce mot, conservé dans la langue des coulisses, est presque synonyme de (( CONTRE-SENS ». Ainsi, jouer un rôle de mendiante, ou celui de Mignon, au premier acte, avec des boucles d'oreilles en diamant et des bagues aux doigts, ou celui d'un aveugle avec un lorgnon, écrire sur un carnet moderne quand l'action se passe avant Jésus- Christ, mettre des souliers de satin pour traverser un glacier, c'est se gourer.

GRANDE CASAQUE. — V. Casaque.

GRANDE COQUETTE. — V. Coquette.

GRATIS. — Le répertoire des représentations gratuites est toujours, surtout à Paris, choisi avec goût ; les comédiens , sachant qu'ils ont affaire à un public d'autant plus difficile

qu'il ne paye pas, apportent le plus grand soin à leur JEU. Il n'y a pas de claque ce jour-là ; cependant, il n'y a pas, un mot marquant, une situation intéressante, une tirade remarquable qui ne soient saisis , appréciés et applaudis par ce public. Auteurs et acteurs peuvent être fiers de ces applaudissements de bon aloi.

GRATTER au FOYER. — Cette locution, très-ancienne , provient d'un acteur de la Comédie italienne qui, n'ayant jamais rien à faire, « sa valeur attendant le nombre des années », s'amusait à gratter les murs du foyer. Aujourd'hui, on dit d'un acteur qui attend un rôle et d'un auteur qui attend le tour de sa pièce, qu'ils « grattent au foyer ».

GRÊLE. —V. I^iïe.

\ GRIL. — Premier plancher général au-dessus de la SCÈNE, après les corridors du CINTRE. Son nom vient de ce qu'il est effectivement fait comme un gril, aucune des pièces de bois ou de fer qui le compose n'étant proche l'une de l'autre et laissant un intervalle entre chacune d'elles. C'est sur ce plancher que sont attachées les poulies où passent les nom-

breux FILS qui supportent et font manœuvrer les rideaux de fond^ bandes d'air ^ frises^ plafonds ^ etc., à l'aide des treuils et tambours auxquels ils communiquent. Il y a souvent au-dessus du gril un petit gril.

GRIMAGES. — J.-J. Rousseau a dit :

« L'expression des sensations est dans les gtn- « maces , et l'expression des sentiments est « dans les regards... » Il faut croire que le philosophe de Genève a forcé le mot pour mieux exprimer la chose, car le bon comédien ne doit jamais aller jusqu'à la grimace, ce qui serait fausser et forcer l'expression : Dépasser le but n'est pas l'atteindre.

GRIME. — EMPLOI. Il consiste principalement dans les rôles de vieillards qui représentent un caractère comique , ridicule ou sérieux par la tête. L'art de se grimer, ou, pour mieux dire, l'art de se faire une tête est difficile à grtteindre; il demande une longue étude et des notions de peinture et de dessin. Les rôles de l'Avare, de Bartholo, de Sganarelle sont des grimes.

GROS -GUILLAUME. — V. Farceurs.

GROSSESSE, — On ne s'attendait certes

pas à Couver ce mot dans un vocabulaire théâtral, et il ne s'y trouverait pas s'il n'était urgent d'apprendre au spectateur qui pourrait s'étonner de voir paraître en scène une ingénue qui aurait besoin de la sage-femme que, par jugement du tribunal de commerce de la Seine, en date du 2 janvier 1857, il a été décidé « qu'une actrice non mariée ne peut invoquer son état de grossesse pour se dispenser de remplir les devoirs de son engagement ». Il nous semble que, dans l'espèce, ce n'est plus un engagement, mais un contrat à la grosse.

GRUES. — Les savants prétendent que c'est un oiseau de l'ordre des échassiers ; d'autres, que c'est une construction mécanique destinée à soulever les fardeaux.

Nous sommes fort embarrassés, car les caractères de la grue, oiseau, sont d'avoir les jambes demi-nues, d'aimer à voyager, d'avoir le sommet de la tête nu et rouge ; et la ^rwe

* mécanique se^compose d'engrenages, de pignons, de treuils, est mobile ou fixe, simple ou double.

Notre grue participe un peu des deux : elle est simple, a souvent les cheveux rouges, beaucoup d'engrenages et les jambes assez

nues, — sans compter le reste ; — a quelquefois pignon sur rue; est mobile et voyageuse. Elle vit un peu partout et s'acclimate surtout dans les petits théâtres de Paris. Appartientelle à l'ornithologie ou à la mécanique ? Nous sommes perplexes.

GUILLOT-GORGU. — V. Farceurs.

GYMNASE-DRAMATIQUE (Théâtre du).~ La création de ce théâtre fut autorisée en 1820 comme succursale du Théâtre- Français et de V Opéra-Comique, Son privilège lui donnait le droit de jouer les pièces d'auteurs lyriques morts depuis dix ans au moins.

Son existence assez précaire se vit assurée solidement par le titre de Théâtre de Madame, que son directeur, M. Poirson, obtint le droit de prendre par la faveur de la duchesse de Berry^ après une saison dramatique passée à Dieppe, où madame prenait les bains, et par l'engagement que prit Scribe de travailler exclusivement pour ce théâtre. Après la révolution de 1830, il reprit son premier titre.

Ce théâtre est le seul où les traditions du bon goût se soient conservées au milieu du dévergondage de la littérature dramatique moderne. Toujours peuplé de comédiens de

valeur et alimenté par des auteurs comme Emile Augier, Sardou, Dumas fils, il voit ses acteurs et ses pièces passer au Théâtre-Français.

HABILLEMENT.— Le mot habillement n'a pas rapport au mot COSTUME, comme nous l'avons traité, mais bien à la manière de le mettre, de l'endosser, de s'en vêtir ; il s'applique également à l'habit de ville.

L'acteur doit veiller à ce que son habillement n'ait pas l'air d'un musée dont chaque pièce appartient à une époque ou à une nation différente, ce que nous voyons trop souvent. Si vous voulez vous rendre compte de la manière dont on procède à cet article, regardez le chœur des Écossaises de. la Dame blanche; vous n'en trouverez pas deux chaussées de même : vous y verrez des pantoufles, des souliers à rubans, des souliers lacés, des bottines à boutons, à lacet, à caoutchouc, et des bottes à glands. Gomme tout cela est couleur locale !

HABILLEUSE. — Préposée de l'administration pour remplir les devoirs de sa charge, et ayant la discrétion du dieu Terne.

S'il n'y a pas de héros ni de grand homme pour son valet de chambre, y a-t-il de belles actrices pour V habilleuse? 0 spectateurs éblouis, ravis, transportés, enchantés par la richesse des formes que votre lunette, lorgnon, binocle ou jumelle vous révèlent, allez demander à Y habilleuse ce qu'il en est.

« Gardez-vous de vouloir, faibles et curieux,

« Pénétrer des secrets qu'on voile à tous les yeux. »

On prétend que V habilleuse , bien que n'étant nullement reçue par l'administration des postes, en fait le service : toujours des méchancetés ! Il est possible qu'elle s'exerce à débuter en disant :

« Et voici-z-une lettre,

« Qu'entre vos mains, Madame, on m'a dit de re-

[mettre, »

mais en tout bien, tout honneur.

HERSE. — Pour obtenir un jour égal sur la scène et éviter les ombres, il fallait l'éclairer par en haut comme elle l'est par en bas : c'est l'office de la hei^se, galerie lumineuse, suspendue librement, se déplaçant suivant le besoin et rattachée au grand tuyau du gaz par

des tuyaux en cuir ou en caoutchouc. L'illumination des édifices publics par le gaz donne l'idée de la herse; seulement dans celle-ci le rayon lumineux est renvoyé sur la scène par un réflecteur.

HEURES. — Les ordonnances de police, tant générales que locales, portent que les représentations ne doivent pas passer minuit, sous peine d'amende. Ces ordonnances sont assez peu observées et les amendes encore plus rarement appliquées. C'est plutôt une mesure d'ordre qu'une mesure de rigueur.

Les heures des représentations ont beaucoup varié depuis l'origine de notre théâtre. Les MYSTÈRES se jouant dans les rues avaient lieu le jour. Quand les comédiens abandonnèrent les tréteaux pour se loger dans des salles, la police réglementa les heures. Ainsi, sur la plainte du curé de Saint-Eustache, le Parlement, à la date du 6 novembre 1574, condamna « les maîtres et gouverneurs de Vhôtel de Bourgogne à faire ouvrir les portes de la salle dudit hôte., pour les représentations de comédie, à t7'où heures sonnant, et non plus tôt». En 1609, les théâtres devaient ouvrir leurs portes à une heure, commencer à deux et avoir fini à quatre et demie. Au xviii^ siècle,

les représentations avaient lieu de cinq à neuf heures; de 1800 à 1815, de sept heures à dix et demie, onze au plus tard. Du temps que florissait le mélodrame, on commençait à cinq heures; aujourd'hui c'est de sept à huit et Ton finit quand on peut. « // ny a pas d'heure pour les braves. » — (V. à V Appendice Tord, du 12 nov. 1609 et l'art. 61 de l'ord. du 1" juillet 1864.)

HOQUET. — Respiration bruyante qui approche du râle et qu'on nomme le hoquet dramatique. Quelques comédiens le doivent à une mauvaise manière de respirer, d'autres à la faiblesse de leur organisme ; un petit nombre croient faire plus d'EFFET en l'affectant. Quel que soit le motif qui le fait naitre, il est trèsdésagréable et fatigant pour le spectateur.

HOTEL DE BOURGOGNE. — Cet hôtel joue un trop grand rôle dans l'histoire du Théâtre-Français, dont il fut en quelque sorte le berceau, pour que nous le passions sous silence ; il existait sur des terrains situés rue Mauconseil et rue Française.

Lorsque les Confrères de la Passion durent abandonner l'hôpital Saint-Laurent, ils achetèrent ce qui restait des bâtiments ruinés de

Tancien hôtel des ducs de Bourgogne et les terrains en dépendant , ainsi que les hôtels d'Artois et de Flandres, dont la vente eut lieu le 20 décembre 1543, et y firent construire leur théâtre, qui fut terminé en 1548, ce que confirme un arrêt du Parlement du 17 novembre de cette même année, où il est dit : « Qu'il est permis aux maîtres de la confrérie « de pouvoir représenter jeux profanes, hon- « nêtes et licites, et défend à toutes personnes « de jouer et représenter, sinon au profit de « ladite confrérie et sous le nom d'icelle. »

Les Confrères jouèrent jusqu'en 1588*, époque à laquelle ils louèrent leur salle à une troupe de comédiens français permissionnés par le roi.

En 1600, cette troupe se divisa en deux parties dont l'une fut s'établir à l'hôtel d'Argens, rue de la Poterie, et bientôt après rue Vieille-du-Temple, et enfin rue Michel-le- Gomte. C'est ce qu'on nommait la troupe du Marais , à laquelle vint se réunir celle de

' Cette date de 4588, indiquée par tous les auteurs, semblerait fautive devant le document suivant, d'où il résulterait que cette concession a été faite en 1578.

-< 2i juillet 1578. — Marché fait entre les maîtres de l'Hôtel de « Bourgogne et Agnan Sarat, Pierre Dubuc et autres compagnons « comédiens, par-devant Marchand et Brugait, notaires, par lequel « iceux compagnons comédiens promettent de représenter comédies, « moyennant le prix porté au marché. »

Molière après la mort de cet illustre maître.

La troupe de V hôtel de Bourgogne continua d'y jouer jusqu'en 1680, où elle prit le titre de Comédiens du roi, en même temps que la troupe du Marais se fondait avec elle par ordonnance royale. Les comédiens français quittèrent alors la salle de Vhôtel de Bourgogne ^omv venir s'installer rue Guénégaud. — V. Théâtre- Français.

Une troupe italienne jouait alternativement avec la troupe depuis 1662; en 1680, elle y demeura seule et y joua jusqu'en 1697, où le théâtre fut fermé, pour réouvrir de 1716 à 1783, où il ferma définitivement. Ce fut dans cet ancien théâtre qu'on établit la halle aux cuirs. On avait déjà dû y en entendre plus d'un.

ILLUSION. — Au théâtre, tout est fiction et illusion. Le comble de l'art est donc de faire approcher ces deux filles du mensonge le plus près possible de la vérité, de la réalité. Tout doit y concourir : la décoration, la mise en

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