‹ La langue théatrale, vocabulaireChapitre 6 sur 42 · TRAVESTIS · texte numérisé non relu

TRAVESTIS

AZOR (Appeler). — C'est une périphrase pour dire siffler. En voici l'origine :

Un mauvais acteur du nom de Fleury — ne pas confondre avec le grand Fleury — jouait le rôle d'Achille dans Iphigénie en Aulide; il avait coutume d'amener son chien avec lui au théâtre et le donnait en garde à son père (pas celui du chien) qui le tenait en laisse dans la coulisse. Achille entre en scène. Le public, qui reconnaît Fleury, le reçoit à coups de sifflets. Le père , furieux de l'accueil qu'on fait à son fils, laisse échapper le chien qui vient en scène caresser son maître. Sur ce, les sifflets redoublent, et le père, furieux, tirait son épée pour aller embrocher les siffleurs, quand un acteur (c'était Gaussin) lui dit : « Ne voyez-vous pas qu'on siffle le

chien I... » Effectivement, il entend son fils qui lui criait de la scène : « Mon père , sifflez donc I Mon père, appelez Azor ! ^

Nous devons , pour être véridique, dire que le chien se nommait Tarquin , et qu'on a substitué AzùT à Tarquin.

BAIGNOIRES. — Loges placées au niveau et au fond du PARTERRE, et tirant probablement leur nom des bains de vapeur que leur emplacement fait prendre aux spectateurs qui les occupent. Il y a aussi les baignoires d'avantscène.

BAILLER AU TABLEAU. — Terme de coulisses qui s'applique à un acteur qui voit au tableau la mise en répétition d'ime pièce dans laquelle il n'a qu'un bout de ROLE.

BAISSER. — La caisse est le thermomètre de la valeur d'une pièce ou du talent d'un acteur.

On arrête le cours de rune quand la recette vient à baisser au-dessous d'un degré convenu, et on ne renouvelle pas rengagement de l'autre par 1b même motif.

BALLET. — Pièce où Ton ne parle qu'avec les bras et les jambes, et qui n'en est pas plus morale pour ça. Il y a dans presque tous les OPÉRAS et les grandes FÉERIES une partie dansante qu'on nomme ballet.

Le premier ballet représenté en France est Circé et ses Nymphes^ du sieur de Beaujoyeuse, dont le véritable nom était Baltaza- RiNi ; les airs étaient de Beaulieu et Salmon. Il fut exécuté au Louvre devant Catherine de MÉmcis, en 1581.

Jusqu'en 1681, aucune femme ne figura dans les ballets; les rôles de Bergères, de Nymphes, de Déesses étaient remplis par de jeunes garçons. Ce ne fut que le 21 janvier de cette même année que quelques dames de la cour, la Dauphineen tête, y dansèrent des rôles dans le Triomphe de l'Amour. Cette innovation porta bientôt des fruits, car, le 16 mai suivant, quatre véritables danseuses débutèrent dans la même pièce avec un véritable succès d'enthousiasme; elles étaient élèves de LuLLi, et se nommaient : M"«* La Fontaine ,

Roland, Lbpeintre et Fernon. Bientôt des écoles de danse s'établirent et formèrent des danseuses de théâtre, dont les plus célèbres furent M"*** Prévôt, Salle, la Gamargo, Allard, Gardel, la Guimard, Taglioni, Fanny ësler , Carlotta Grisi et la malheureuse Emma Livry, dévorée par les flammes.

Le ballet faction, tel que nous le voyons aujourd'hui, est dû aux frères Gardel et à Noverrb, qui l'importèrent sur la scène aux lieu et place de V opéra-ballet. Ils eurent la gloire plus grande de faire disparaître les paniers, les tonnelets^ ainsi que les costumes bizarres et ridicules dont on affublait les danseurs et les danseuses ; ils furent grandement secondés dans cette œuvre intelligente par M^^* Salle.

Cette célèbre danseuse était la rivale en grâces et en talent de la Gamargo, ce qui veut dire qu'elles se voyaient d'un mauvais œil. Voltaire , appelé à juger leur talent , fut plus prudent, et surtout plus diplomate, que le berger Paris, lequel ne réussit qu'à se faire deux ennemies des déesses évincées par lui ; il leur adressa les vers suivants :

a Ah ! Gamargo, que vous êtes brillante !

tt Mais que Salle, grands dieux , est ravissante I « Que vos pas sont légers I et que les siens sont doux.

t Elle est inimitable , et vous êtes nouvelle ; € Les Nymphes sautent comme vous ; a Mais les Grâces dansent comme elle. »

C'était une véritable réponse de Norme Les danseurs eurent jadis une grande im tance, aujourd'hui réduite à presque rien, effet , ils ne servent guère que d'accompaj teurs à la danseuse et leur talent, si gi qu'il soit, touche peu le. public. Les dans< restés célèbres sont Dupré, Gaétan Vesi Auguste Vestris, son fils, surnommé pai le Diou de la danse, et Petipa. Les hom ont commencé par danser les rôles de femn espérons qu'avant peu les femmes danse:

tous les rôles d'hommes.

BANCS. — F. Parterre.

BANDE D'AIR, DE MER. — La prem est une DÉCORATION flottante suspendue l'air à chaque plan et arrêtant l'œil du s tateur qui, sans cela, se perdrait dan CINTRE ; il y a aussi la bande de plafond, tinée au même usage, et la bande de mer, se pose sur la scène, comme son nom '.

dique, et se fait mouvoir des coulisses.

BANQUE. — Peu de nos lecteurs se dou

qu'il existe une banque — nous deyrions dire mont-de-piété — dramatique. L'opération est simple. Un auteur jeune et inconnu enfante mie pièce et va, le naïf qu*il est, frapper à la porte d'un directeur. On refuse de la lui ouvrir, ou, quand on la lui ouvre, on refuse sa pièce. Comment donc, un inconnu !

Le banquier, lui, est plus humain ; il avance de l'argent et se charge de faire jouer la pièce, à condition qu'il touchera les DROITS D'AUTEUR, moins la somme donnée ; qu'il pourra adjoindre des collaborateurs à l'auteur, et môme faire disparaître son nom de l'œuvre. Il y a quelques risques, c'est vrai, mais en entretenant des relations avec des fournisseurs attitrés, on peut s'en tirer.

BARYTON. — Emploi du chant. Voix mixte entre la voix de TÉNOR et la voix de BASSE et la plus naturelle comme voix d'homme.

Le baryton Martin, qui fit la fortune de V Opéra-Comique, a laissé son nom à Vemploi^ dans le répertoire de ce théâtre. On se rappelle les succès de Baroilhet, à l'Opéra, dans la Favorite, la Reine de Chypre, Charles VI.

Le présent n'a rien à envier au passé sous ce rapport, puisque nous pouvons entendre M. Faurb, un des meilleurs barytons connus.

et M. Lassalë, dont le talent grandit chaque jour.

BASSE. — Emploi du chant. Se subdivise en basse chantante et basse profonde. On compte dans une troupe par première, deuxième et troisième basse. Lablache, des Italiens, a été la plus belle basse chantante connue et n'a pas été remplacé.

BATI. — On appelle bâti une construction qui doit être chargée de personnages et de décoration, et qui doit descendre du CINTRE ou monter des DESSOUS. Les gloires, les apothéoses , les songes , les fées avec cortège nécessitent l'emploi des bâtis. Les féeries en consomment beaucoup.

BATTRE DES AILES. — Cette onomatopée s^applique à Tacteur qui gesticule avec ses bras et se frappe souvent les flancs du coude.

BEAUTÉ. — La beauté n'est pas indispensable au théâtre, mais à la condition d'y suppléer par le talent qui , seul, peut faire oublier la laideur — nous parlons principalement des femmes, bien entendu.

Quelques actrices, dont les noms sont restés

parmi les plus célèbres : la Champbieslé , M"* DuMESNiL, les sœurs Sainval, la Desœuil- LET, étaient laides, même très-laides; mais elles avaient plus de talent que de laideur.

Ajdriennb Lecouyreur et Duchesnois étaient également laides; on n'y songeait pas.

Pour beaucoup d'actrices du jour la beauté tient lieu de talent, ou du moins en fait pardonner l'absence. Nous ne citons pas de noms propres, le lecteur y suppléera sans peine, et nous éviterons ainsi de nous faire quelques belles ennemies.

BÉNÉFICE. — Représentation dont la recette appartient à l'acteur au bénéfice duquel elle a lieu : 1" quand le directeur ne s'est pas réservé le droit d'user à son profit du nom de son pensionnaire ; 2** quand la recette brute fi'est pas inférieure au chifiBre de frais réclamés par le directeur, comme cela se voit souvent en province ; 3** quand... quand... quand. Voir, pour plus de détails, la spirituelle comédie de Théaulon, ayant pour titre : le Bénéficiaire.

Au Théâtre- Français la représentation à bénéfice n'a lieu qu'à la retraite du comédien et est réglée par la loi. Dans les autres théâtres de Paris , elles ont lieu en récompense de

longs services ou dans des cas urgents d'accidents, d'infortunes, subis par le bénéficiaire ou sa famille. En province, elle fait partie de rengagement annuel de chaque acteur.

BILLET.— Petit morceau de carton ou de papier imprimé indiquant la place que vous devez occuper. C'est contrairement à l'ordonnance de police que certains billets portent l'indication de plusieurs places du même prix. Le billet ne doit indiquer qu'une seule espèce de places , et y donne droit. V. appendice (ordonnance du 1" juillet 1864).

— On appelle aussi billets les lettres ou écrits jetés par le public sur la scène. L'autorisation de lire ces billets dépend du commissaire de service.

— Se dit encore d'une affiche manuscrite collée chaque jour au foyer des acteurs, et indiquant l'heure des RÉPÉTITIONS, ainsi que les pièces en DISTRIBUTION.

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