‹ La lanterneChapitre 16 sur 26 · VOUDRAIS · texte numérisé non relu

VOUDRAIS

Toute la méthode jésuitique est là. On ne dit pas à l'enfant de

mentir, c'est trop dangereux : et puis, un enfant ne sait pas bien mentir.

Mais on le laisse libre de dire tout ce qu'il voudra, sans lui défendre de dire autre chose que ce qui est vrai. On le prépare à répondre évasivement, à dissimuler, à atténuer ce qu'il y a de trop compromettant :

" Nous vous tenons lieu de père, mon enfant, nous remplaçons Dieu pour tous ; rappellez-vous tout ce que vous nous devez, combien il est dangereux de répandre l'esprit de révolte chez vos camarades en écoutant vos ressentiments secrets. Quel mauvais exemple vous deviendriez, et quel tort vous feriez à cette sainte maison où votre enfance a trouvé un refuge contre les mauvaises tendances de notre époque "

Et l'enfant, endoctriné, presque effrayé, à qui on ne recommande pas directement de mentir, mais d'être faux et de déguiser la vérité, répond tout ce qu'il veut.

Poursuivons. .

Quatrième témoin. — Léon de Montfort, 13 ans et demi, de l'école des PP. Jésuites, à Tivoli. Un jour de Tannée dernière, comme je venais de commettre une faute grave, après en avoir commis un certain nombre depuis très-peu de temps, je demandai au P. Commirë de me châtier en m 'administrant des coups de discipline. Il a fait ce que je lui demandais, il me les a donnés. (Hilarité.)

C'est un plaisir comme un autre, et les Jésuites tiennent à être agréables à leurs élèves. Ils ont pour tactique, très habile du reste, . de ne jamais contrarier les goûts de ceux qu'ils dirigent

C'est cette tactique qui encombre leurs confessionnaux de pénitentes. Ils sont indulgents, faciles, pleins de compromis, se font à tout, composent avec les faiblesses humaines et savent tout encourager en pardonnant tout.

Mais on peut voir combien vite ils arrivent à dégrader les esprits et les cœurs, par l'exemple de cet enfant qui demande lui-môme à être traité par le fouet, comme la brute.

IX Mon enfant, si ce que vous dites là est vrai, il faut avouer que vous êtes l'écolier. le plus extraordinaire, le plus singulier, le plus excentrique, non-seulement de Bordeaux, mais encore peut-être du monde entier. Comment ! c'est vous qui demandez à votre maître de vous administrer le fouet ! c'est vous qui priez qu'on veuille bien vous fouetter ! — R. Oui, monsieur.

D. Et vous avez reçu, avez-vous dit dans l'instruction, soixante coups de fouet ? — K. Oh ! ceci est bien sans doute un peu exagéré. Je ne pense pas. en avoir reçu autant

B. Enfin, quel qu'en soit le nombre, cela vous a-t-il fait du mal? R. Non monsieur.

Mais alors, à quoi sert une discipline qui ne fait pas de mail Quelles fautes expie-t-on par des coupe de fouet qui ne font rien ?

Voilà un enfant qui a reçu soixante coups de fouet, et qui en a éprouvé autant de bien que lorsqu'on se caresse le menton avec des feuilles de roses.

Il faut croire que ceux qui demandent la discipline ne sont pas dans les mêmes dispositions que ceux qui la reçoivent sans la demander.

Dans le premier cas, ça tous fait l'effet d'un duvet passé entre les doigts de pied ; dans l'autre, ça vous met la figure, les fesses et les cuisses comme une compote de chair meurtrie.

Léon de Montfort, qui n'a que treize ans et demi, sera intuable quand il en aura vingt.

Si l'éducation jésuitique fait de vous une brute intellectuellement, du moins, au point de vue physique, elle a l'avantage de vous tourner en rhinocéros. 9

U y aurait un curieux chapitre à faire sur les bienfaits de la discipline, de la discipline demandée, bien entendu.

Voilà dix coups, mon enfant, qu'est-ce que ça vous fait 1

— Ça me chatouille.

— Pif, paf, zing. . . . ! vingt coups, «h bien l

— jouissance !

— Boum, bang, crac, trente-cinq coups, ah ! ah !

—Volupté des voluptés !

Au cinquantième coup, l'enfant est dans l'extase et perd dans l'océan des félicités célestes le sentiment des choses d'ici-bas.

C'est alors que le Père Commire est grand. Son visage est inspiré et il jouit presque autant que le bienheureux qu'il lacère. ?- C'est égaL Ce Montfort promet d'être un fier Jésuite, s'il continue d'avoir le même aplomb.

Que ne peut-on pas en effet faire croire aux gens, quand, à treize ans et demi, on est déjà capable de dire en pleine cour de justice que soixante coups de fouet sur le dos sont un vrai bonheur !

D. Tout au contraire, sans doute, vous en avez été très satisfait ? — E. Oui monsieur.

(Il en a été très satisfait ! Nom d'un gendarme 1 Ah ça, mais, «'est done avec le cable transatlantique qu'il faut fesser ce gaillard-là, pour qu'il s'en sente !

D. Je répète que vous êtes un prodigieux écolier 1 (Les Jésuites ont toujours fait des prodiges.) ' Dans l'instruction, votre déposition, légèrement différente de celle que vous venez de faire, quoique encore bien étonnante, serait cependant plus croyable. Vous y disiez que le P. Commire vous ayant offert de vous administrer la discipline, vous

y aviez consenti Aujourd'hui, vous renchérissez là-dessus* Ce n'est plus le P. Commire, qui tous a offert, c'est vous qui avez demandé. Je dois dire que votre première version est conforme, et non pas celle d'aujourd'hui, à la déclaration du P. Commire. — R. Monsieur le président, qui accepte demande ! (Mouvement très marqué dans l'auditoire.)

Qui accepte demande, ça devient trop raide pour moi

Je sais bien, jésuitiquement parlant, qu'il y a t plusieurs façons de demander, comme il y a plusieurs façons d'accepter, sans en avoir l'air, et de façon à faire croire qu'on refuse, mais accepter en demandant me renverse tout du long.

Envoyer- des enfants chez les Jésuites pour apprendre que demander, c'est accepter, je ne trouve pas que ça paie.

Si, encore, ils se contentaient de fausser, de violer le sens des mots, je ne dis pas, mais c'est le sens intérieur, c'est la conscience qu'ils faussent et dénaturent.

On sort de chez eux avec des idées horribles qu'on exprime avec des mots qui n'ont plus le sens convenu, et dès lors toute honnêteté dans les relations, toute franchise disparait.

M. le président. — Bans l'instruction, mon enfant, vous avez déposé ce qui suit : que vous étiez dans la cour de récréation avec le jeune Ségéral ; que celui-ci vous raconta les sévices dont U avait été l'objet le 22 novembre, qu'alors vous lui dites avoir été fustigé vousmême peu de temps auparavant, mais dans un autre cachot et avec un martinet à manche, au lieu d'une corde à nœuds. Cette déclaration de votre part était corroborée par le témoignage de Ségéral qui rapportait votre conversation dans les mômes termes. Aujourd'hui, vous prétendez que tout cela est mensonge ; qu'au moins il est faux que vous ayez jamais été battu. — R. Oui, monsieur, j'ai bien dit cela à Ségéral, mais cela n'était pas vrai.

Vous avez donc menti ! Mais comment se fait-il que vous appreniez à mentir si facilement dans une maison sainte ?

Examinons. Quand vous avez dit cela .a ' Ségéral, vous n'aviez aucune raison de menjbir. Qui pouvait vous porter à donner des détails précis sur un châtiment que vous n'aviez jamais reçu %

Mais lorsque vous venez dire tout le contraire au tribunal, qui ne voit clairement que la leçon vous a été dictée d'avance, et que les menaces qui votts ont probablement été faites l'emportent sur la honte de vous donner à vous-même un démenti public 1

D. Sien n'était vrai? Ces détails, ces circonstances d'un autre

cachot, d'un autre instrument, des coups qui tous auraient laissé des traces aux jambes et aux reins pendant fruit jours, cette particularité, que vous étiez puni pour avoir appelé un de vos professeurs asperge, tout cela est de votre invention t--R. Oui, monsieur.

D. Et pourquoi aviez-vous menti, mon enfant % — R. Parce que le jour où Ton m'a interrogé, j'étais en colère, ayant été puni le matin.

D. Mais quand vous avez confié à Ségéral qu'on vous avait battu, vous n'étiez pas en colère f Pourquoi lui avez vous fait cette histoire 1 R. Une idée ! mais c'était faux, et la vérité est que jamais on ne m'a

battu. .

Moi, je soutiens que vous avez été battu. Les chers Pères ont l'air d'en avoir tellement l'habitude et vous mettez une persistance, si manifestement suggérée, à soutenir que non, après l'avoir affirmé positivement que, pour moi, la preuve de la vérité du fait éclate et brille' comme une fusée.

Je déclare donc sans plus de détour que vous avez eu tout aussi raison d'appeler votre professeur Asperge, que vous avez tort aujourd'hui de le nier.

Sixième témoin. — Maydieu, 18 ans, ancien élève de l'école des PP., Jésuites, de Tivoli ; " Il y a cinq ans et demi environ, j'étais élève de Tivoli. Un jour, pour une faute d'écolier, je fus mis au cachot Le soir venu, le sous-préfet d'alors, qui n'était pas le P. Co*mire, et dont j'ai oublié le nom, mais que je reconnaîtrais à merveille, si on me le représentait, m'invita à le suivre et me fit monter au quatrième étage de la maison, au grenier. Là, il me dit que j'allais recevoir une correction manuelle. Je le priai, je le suppliai, mais en vain. Il me déshabilla de vive force, puis, à son appel, un garçon arriva, le visage dissimulé par une barbe postiche et un masque d'escrime. Malgré mes plaintes, mes instances^ mes cris, cet homme m'administra plusieurs coups de bâton, jusqu'à ce que le. Père eût dit que c'en était assez."

Le septième et le huitième témoins ne disent rien d'important >

Neuvième témoin. — De Longat, père, ancien officier de marine, demeurant à Bordeaux : " J'ai mis mon fils en pension chez les révérends Pères Jésuites de Tivoli et je leur ai donné tous les droits de correction sur lui. Je ne crois pas qu'ils l'aient jamais frappé. Mon fils ne me l'a jamais dit Mais s'ils l'avaient fait, convaincu que c'eût été pour son bien, je les aurais remerciés.

M. le président. — Témoin, que voulez-vous dire ! Admettez-vous, donc que ce soit un bon moyen d'éducation que de corriger les enfants en les frappant 1 — R. Oui, monsieur, quand il y a lieu.

M. le président — Monsieur, un maître qui frappe un enfant ne le corrige pas, il l'abrutit Ne pensez pas d'ailleurs que le père ait le droit de battre son enfant. La loi interviendrait alors pour protéger l'enfant et nous condamnons ici, au nom de la loi, les pères qui

abusent de leur autorité et de leur force pour sévir cruellement contre un être plus faible qu'eux. Vjoua n'avez donc pu déléguer aux PP. Jésuites un pouvoir que vous-même n'avez pas. Ce n'eat pas ainsi que Ton peut espérer former l'intelligence et le cœur des enfants (Applaudissements dans l'auditoire)

Oh! quant à cela, ce n'est pas du tout ce que les Jésuite3 cherchent ; ce qu'ils veulent, ce n'est pas de former, mais de déformer l'intelligence et le cœur.

Aussi, voyez comme ils réussissent.

Voyez comme la jeunesse canadienne, élevée par les Jésuites depuis vingt ans, est craintive, molle, inquiète du regard d'autrui, résignée au joug, incapable d'un effort, pliée dans la soumission. C'est parce que, par les corrections humiliantes, par l'habitude de l'espionnage et l'étouffement des instincts vigoureux, on a tué en elle tout sentiment d'orgueil et de dignité.

On vous fait mettre à genoux, on vous fait baiser la terre, on vous soumet à toutes sortes de pratiques humiliantes, on vous fouette, afin que, vous deveniez une docile créature, pâte malléable à discrétion, et c'est ainsi qu'on jette sur l'arène du monde des générations désossées, une jeunesse tellement habituée à suivre l'œil du maître, qu'elle est incapable de rien faire par elle-même et rampe aux pieds du clergé pour avoir un appui.

M. le président procède à l'interrogatoire des prévenus.

François Commire, Âgé de 35 ans, né à Muret (Haute Garonne), sous-préfet des études à l'école de Tivoli.

D. — ^ous êtes prévenu d'avoir, le 22 novembre dernier, porté des coups et fait des blessures au jeune Joseph Ségéral, âgé de treize ans. — R. Le cas n'est pas niable, monsieur le président.

D. Vous avez été cruel pour cet enfant. Vous l'avez couvert de contusions. Le matin vous lui avez tiré les cheveux en le mettant au cachot ; vous le laissez de 8 heures du matin à 4 heures de l'aprèsmidi, sans boire ni manger ; à 4 heures, vous lui donnez du pain sec ; et, à 10 heures, tout cela n'a pas suffi, vous arrivez dans sa cellule, vous le faites déshabiller, vous retroussez sa chemise, vous le frappez à coups redoublés. Il vous échappe, vous le poursuivez, vous le rejoignez, le jetez sur un lit et vous le frappez encore, en étouffant ses plaintes, en lui fermant la bouche, jusqu'à ce qu'enfin il vous échappe encore et gagne son lit à travers l'obscurité. N'avez- vous pas pensé que cet appareil, cette succession de châtiments pourraient influer d'une façon désastreuse sur le cerveau de l'enfant, et. qui sait, peutêtre le rendre fou 1 N'était-ce pas assez de la première punition 1 — R M. le président, la première punition eût pu suffire pour une faute solée. Mais il y avait des fautes nombreuses. (Les Jésuites

attendent qu'il y ait un certain nombre de fautes commises, afin d'avoir une raison d'assommer l'élève du coup). Quant aux mauvais traitements, en les a exagérés. La preuve que je ne tenais pas l'enfant bien fort, c'est qu'il m'a échappé au moment oii il avait reçu seulement de quatre à cinq coups. Je reconnais m'être trompé en recourant à ce moyen ; je regrette d'avoir frappé plus et plus fort que je n'aurais dû et voulu, car je voulais moins donner à l'enfant une correction sensible qu'une correction humiliante; mais j'ai agi de bonne foi

De bonne foi m'attendrit. Je commence à me réconcilier avec Commire, l'exécuteur.

Ainsi, il a déchiré, étouffé, ensanglanté Ségéral de bonne foi ; imaginez-vous un peu ce qu'il aurait fait, s'il eût été de mauvaise foi/

Voilà que ça devient comique, maintenant.

Après tout, ce Commire me fait l'effet d'être un imbécile. Il y a des imbéciles, remarquez-le bien, jusque chez les Jésuites, les plus fins des hommes. Mais ceux d'entre «ux qui sont imbéciles sont les gens de bonne foi; les autres sont de mauvaise foi.

" D. En frappant le jeune Ségéral, vous avez obéi, n'est-ce pas, à un ordre du P. de la Judie et rempli un devoir de votre charge ? — R. Non ; monsieur. Je n'avais pas reçu d'ordre du P. de la Judie. J'ai infligé la correction après entente avec ce Père, mais sans ordre de sa part"

Il commence à se raffiner. Le voilà presque aussi fort que celui qui acceptait en demandant.

C'est gentil tout de même cette façon d'expliquer un ordre qu'on a reçu. On appelle cela une entente. Il lui répugne à ce fier Commire de dire qu'il obéit à un autre ; il dit qu'il ne fait que s'entendre avec son supérieur.

Quel grand caractère !

D. Mais le P. de la Judie est votre supérieur. Il n'a donc pas à s'entendre avec vous. Il vous donne des ordres que vous exécutez î— R. Le P. de la Judie est sans doute le préfet des études ; mais pour une correction de ce genre, la hiérarchie n'existe pas ; (elle n'existe que dans les instruments dont on se sert : par exemple, quand c'est un gaillard qui a un cuir de crocodile, comme Montfort, on lui tire des coups de canon sur le nez) aucun ordre ne m'a été donné, et Ton m'en aurait donné un, que j'aurais été parfaitement en droit de ne pas y

obéir. J'ai agi de mon propre mouvement, après m'être entendu avec le P. de la Judie . .

D. Un témoin a déclaré pourtant qu'en venant le trouver pour lui infliger une correction, vous lui avez dit : "Je suis l'exécuteur." Cela concorde bien avec votre déposition écrite. — R. Je ne crois pas avoir tenu ce propos. Mais je répète qu'il n'y a pas chez nous de charge qui oblige à administrer* les corrections manuelles. Notre règle nous interdit même les punitions.

M. le président : Si votre règle vous les interdit, il n'y paraît guère ; car vous avez aussi flagellé le jeune de (Donnât et le jeune de Montfort % — R. Il y a, dans le récit qu'on a présenté de ces deux faits, des exagérations. De Connat a été frappé de quelques coups d'une demi-cravache par-dessus ses vêtements. Je lui avais demandé de les ôter, et comme je vis qu'il n'y voudrait pas consentir, je n'insistai pas. Il s'agissait beaucoup moins de lui faire un mal sensible que dé l'humilier parce qu'il se montrait orgueilleux. Je "nie absolument que ces coups aient pu déchirer son pantalon. Si le pantalon a été déchiré, c'est aux clous de la caisse qui était dans le cachot et sur laquelle de Connat s'agitait violemment.

S'il s'agitait violemment, il faut croire que ça lui faisait violemment mal.

Quelle différence avec Montfort qui trouvait ça si bon qu'il en redemandait !

Tout cela s'explique par la grâce de la vocation.

M. le président : Que la cravache ait produit les déchirures, ou que les déchirures soient venues de ce que de Connat s'agitait sous le fouet, il n'y a pis grande différence. Et de Montfort ΗR. Ce qu'a raconté de Montfort est vrai. Comme il avait commis une série de fautes, et notamment une faute grave, je lui proposai de le corriger avec la discipline. Il a accepté. On a seulement exagéré le nombre des coups ; il n'y en a pas eu soixante.

M. le président : Ce fait-là s'est produit avec une circonstance particulière que je dois vous prier d'expliquer. Vous avez engagé votre parole, vis-à-vis de Montfort, que vous ne révéleriez pas. la punition que vous lui aviez infligée, et vous avez tenu à consigner dans l'instruction que ce n'était pas vous qui aviez le premier manqué à cette protoesse.

R. Oui, monsieur. De Montfort, étant assez puni, m'avait demandé de lui éviter l'humiliation de la publicité, le déshonneur. Je le lui avais promis et devais tenir ma parole.

M. le président : Le déshonneur, dites- vous ! Vous trouvez donc qu'il y a du déshonneur à recevoir des coups ! Et vous en donnez à

des enfants ) Ce ne sont pas là des moyens ordinaires de bonne

éducation.

M. le président raisonne mal. Il part toujours du point de vue d'une bonne éducation à donner aux enfants. Or, encore une fois, ce n'est pas cela que veulent les Jésuites. Ils ont du moins le mérite d'être conséquents ; pour élever les enfants comme des ânes, ils les accablent de coups de fouet. Il n'y a rien à dire à cela.

Second prévenu.

D. C'est donc une habitude de votre maison que de maltraiter les enfants ? car, enfin, nous vous voyons tout un attirail d'instruments de correction, et les faits de sévices se sont multipliés à ce point que vous auriez dit au jeune de Connat qui en a déposé : "Il y en a d'autres que vous qui ont été fouettés : mais ils ne s'en vanteront pas."— R. Je nie avoir tenu ce propos. Il est malheureusement vrai que j'ai permis plusieurs corrections. J'ai en ceci méconnu les volontés de mon supérieur et de la règle. J'ai agi de ma propre initiative. . L'année dernière, le R. P. Roux m'en fit même l'observation à deux ou trois reprises. J'ai persisté quand l'occasion me l'a suggéré, inspiré par l'intérêt des enfants. J'avoue que je me suis trompé et je le déplore. (Le moyen de se fâcher contre un homme pareil !)

D. Dès 1863, ces habitudes semblent avoir été celles de la maison, puisque le jeune Maydieu, à cette époque, a été appréhendé et fouetté, sur l'ordre du sous-préfet des études, par un homme armé d'un bâton et masqué. — R. Non, monsieur, ce n'étaient pas les habitudes de la maison. Le fait que vous citez m'est étranger, et je puis dire que ces corrections ont été introduites par moi contre la .volonté du R. P. Roux, qui les ignorait ou les blâmait

M. le président : Monsieur Roux, dites-nous vos nom, prénoms et qualités, et fournissez telles explications qu'il vous plaira. Vous êtes assigné comme civilement responsable des actes de vos subordonnés. — R. Je me nomme Jean Roux, âgé de quarante ans, recteur de l'école de Tivoli. Je n'ai aucune explication à fournir, sinon que j'ai ignoré les faits qui vous sont soumis lorsqu'ils ont eu lieu, et que, quand je les ai' connus, je les ai blâmés et désavoués, comme contraires à notre règle et à ma volonté. Je dois ajouter toutefois que je ne doute pas des intentions de mes subordonnés qui, en se trompant, ils le reconnaissent aujourd'hui, ont toujours agi en vue de ce qu'ils croyaient

être l'intérêt des enfants.

L'intérêt des enfants est d'avoir les fesses comme des pommes cuites, excepté de Montfort, toujours, sur qui les coups de fouet ne font pas plus d'effet que les rails des patins sur la glace.

Jean Roux, âgé de 40 ans, lecteur du collège de Tivoli, est un drôle de recteur qui ignore tout ce qui se passe dans sa maison.

Il n'y a que les Jésuites pour avoir cette sainte ignorance du mal

Il est trois heures, l'audience est suspendue.

A la reprise, Me Emile Durier a soutenu la plainte de M. Ségéral et a, pendant une heure environ, tenu l'auditoire sous le charme de sa parole élégante, précise, puissante dans sa modération.

Me de Sèze a répondu avec son talent et sa chaleur habituels.

M. le procureur impérial a prononcé un réquisitoire remarquable de mesure et de fermeté, et, après une délibération d'environ vingt minutes, le tribunal a rendu un jugement qui condamne les sieurs de la Judie et Commire, chacun à dix jours d'emprisonnement, et le P. Roux, solidairement avec les deux autres, à 300 fr. de dommages* intérêts envers M. Ségéral. (Gironde)

Le Figaro de Paris accompagne le récit de ce procès du détail des instruments de correction employés par les Jésuites, et des réflexions suivantes :

" Des cordes se terminant en plusieurs brins tout semés de nœuds ; des lanières de cuir ; des cravaches, des demi-cravaches, des morceaux de cravaches ; des bâtons avec lesquels frappent des hommes portant des barbes postiches, et dont le visage se dissimule sous un masque de salle d'armes.

" Plusieurs cachots sont destinés à enfermer ceux qui doivent recevoir la correction disciplinaire ; l'un d'eux a, pour tout meuble, une caisse hérissée de clous sur laquelle se débat le patient. Un de ces cachots n'est autre que le cabinet qui sert de déversoir fje me sers du mot pudique de M. le précident du tribunal) à ces béats pères Gorenfloi

" J'ai peine à contenir l'indignation qui m'agite. Est-ce possible 1 est-ce croyable ? Comment ! pendant dix années de sollicitudes maternelles et d'inquiétudes paternelles, ces petits chérubins délicats auront reçu nos caresses et nos soins ; ils nous auront mis en émoi pour une égratignure et nous auront tenus toute une nuit en éveil pour une toux qui secouait leur poitrine frêle, et enfin, après toutes les angoisses des maladies et des accidents de la première enfance, heureux, fiers d'avoir élevé ces petits êtres chéris dans la force et la santé, nous les confierons à des étrangers, et ce sera pour qu'on nous les ramène meurtris par des lanières, déchirés par des clous, brutalisés par le bâton, souffletés par un jésuite !

" Ces chaires roses et tendres, où circulent notre sang et notre amour, deviendront la proie de ces hommes noirs et seront livrées aux fureurs claustrales de ces célibataires bouffis ! "

J'ai découvert un piège.

Voyant qu'ils ne pouvaient me faire abandonner la Lanterne par l'intimidation, l'ostracisme dont je suis frappé dans ma bonne ville de Montréal et les persécutions de toutes sortes dirigées sous main contre moi, les représentants do Dieu sur la terre font dire aux sacristains, aux congréganistes, aux bedeaux et aux cuistres que la Lanterne se meurt, que je ne puis plus la nourrir, faute de fonds ou de matière.

La Lanterne est immortelle, immortelle, entendez-vous bien ! Non seulement elle vivra tant que je vivrai, mais encore elle me survivra.

J'ai tout ce qu'il faut, non seulement pour l'entretenir, mais encore pour lui procurer toute espèce de jouissances de luxe.

Je ne lui refuse rien. C'est mon enfant bien-aimé, ma progéniture, comme dit la Gazette des Campagnes.

Quoi ! moi, laisser mourir mon enfant dans mes bras !

Venez, si vous l'osez, le ravir à son père

Amis lecteurs, et vous, ennemis bienveillants qui seriez désolés de voir tomber la Lanterne, quoique vous ne l'approuviez pas, rassurezvous.

La Lanterne croît et grandit tous les jours, par le nombre des abonnés, par l'intérêt qu'elle inspire et surtout par la haine qu'on lui porte.

Elle pénètre jusque dans les plus reculées campagnes, et les curés ont beau prêcher contre elle en pleine chaire, l'espionnage a beau s'installer en Torquemada jusque dans les bureaux de poste, j'arrivo, j'éclaire et je vaincs.

LA LANTBMB

Je suis -obligé d'avouer aujourd'hui, malgré qu'il m'en coûte, que tfévêque de Montréal est un homme d'une grande valeur.

Il est parti pour Borne avec 20 à 30,000 piastres.

Cet aveu arraché à ma conscience repentante, j'entre dans l'examen des choses extraordinaires qui ont marqué le départ de l'évêque.

C'est le 20 janvier, 1869, le mercredi après-midi, que monseigneur Ignace, par la grâce de Dieu et les souscriptions de ses ouailles, a quitté le sel canadien pour aller rejoindre le Concile œcuménique qui sera ou qui ne sera pas convoqué en décembre prochain, suivant que Napoléon III sera mort ou vivant. S'il est mort, il est bien certain qu'il n'y aura pas de Concile, puisqu'il n'y aura plus de chassepots à Rome.

Ce départ précipité pour un rendez-vous qui n'aura lieu que dans un an, s'explique par les raisons suivantes ;

lo. L'évêque, qui est un saint homme, et qui, par conséquent, a horreur des vaines disputes de ce monde, veut soustraire sa personne à l'enquête qui se fera sur l'emploi des cent mille dollars qu'il a reçus pour bâtir un temple dans Montréal, et part en laissant à son bedeau toute la responsabilité de cette grave situation. / 2o. L'évêque convaincu qu'il n'y a plus rien à soutirer de la bourse des fidèles, après les racias répétées de l'année dernière, a jugé que sa présence à Montréal, ne pouvant plus être nuisible, serait inutile, et il va porter à Pie IX le produit net des bénédictions papales, ses frais de voyage payés.

3o. L'évêque dont la santé s'est altérée à faire tant de discours pour remercier les gens qui lui donnaient de l'argent, ne peut plus supporter le carême, et il va se rétablir à la table des évêques et car*

dinaux de Borne qui, en vertu de leur infaillibilité, se dispensent de faire maigre.

4o. L'évôqut, qui ne reviendra jamais à Montréal vivant, songe peut-être à y revenir ciré, et à tomber, comme Vital, dans l'œil des femmes. Ce serait le digne couronnement d'une vie de mortifications sanctifiée par l'exploitation des imbéciles.

5o. L'évêque, sachant que les zouaves pontificaux ne reçoivent qu'un sou par jour et crèvent de faim, brûle de leur annoncer qu'on a souscrit pour eux 25,000 dollars, mais qu'ils continueront à ne recevoir qu'un sou par jour.

Il y a encore plusieurs autres raisons, également décisives, mais celles-ci doivent suffire à l'édification du public qui, je l'espère, comprendra que son étonnement était déplacé.

" Chaque évoque, s'écrie le Nouveau-Monde, se trouve aujourd'hui un plénipotentiaire chargé de régler la paix des esprits sans laquelle la paix du monde n'existe pas."

Il est à supposer, d'après cela, que le Concile oecuménique empêchera la Prusse d'englober l' Allemagne, la France de convoiter les rives du Rhin, la Eussie Constantinople, l'Italie Rome, l'Espagne la liberté, la Crète l'indépendance, tout cela grâce à un nouveau dogme où l'on imaginera cette fois que c'est saint Pacifique qui a été conçu sans péché.

" Et notre siècle, continue le dit N. M., pourra encore une fois rapprocher des œuvres de l'Eglise convoquée en concile, les traités et les questions réglées par les conférences diplomatiques et sans cesse renaissantes ; il pourra juger du résultat du travail de l'idée politique et de l'idée religieuse, l'une sans force apparente et cependant surabondante de lumière, l'autre ayant toute la force qui frappe les yeux, mais obligée d'avouer son impuissance chaque fois qu'elle veut aborder toute seule et sans l'aide de la première le domaine des intelligences."

Je ne sache pas qu'on ait eu besoin des évêques pour établir le suffrage universel et l'égalité de tous les citoyens devant la loi, pour abolir l'esclavage, fixer les lois de naturalisation, supprimer en Amérique les églises établies, mais je sais d'autre part que malgré nombre de conciles tenus depuis seize cents ans, les hérésies et les schismes de tout genre n'ont fait que croître et embellir.

" Les grandes puissances de la terre entourent d'égards et de dignités leurs ambassadeurs ; mais ces fêtes et cet éclat ont quelque chose d'officiel et de commandé d'avance qui en rappelle le caractère tout humain."

Le Concile œcuménique n'est pas commandé d'avance ; c'est poux cela que le pape mendie depuis deux ans l'argent pour en payer les frais, et que l'évêque de Montréal s'y rend onze mois ayant sa convocation, avec 20,000 dollars dans sa poche.

" Il n'en est point ainsi de la puissance du monde moral, de l'Eglise catholique dont les . princes s'intitulent serviteurs des servi- " teurs, (je connais de ces serviteurs-là dont les gages se montent à 15,000 louis par année ; je consentirais à être prince, et serviteur des serviteurs en même temps, pour 10,000 louis 1 de moins),, et qui cherchent d'abord les dignités du royaume qui n'est pas de ce monde."

Mais comme il leur est impossible de posséder les dignités de l'autre monde .tant qu'ils sont clans ce monde-ci, ils commencent d'abord par en prendre l'habitude sur cette terre, conformément à "cette jparole du Christ " Les premiers seront les derniers " ; ils soupirent donc après la dignité de derniers dans l'autre monde, ne demandant comme compensation que d'être les premiers dans celuirci.

" L'amour les environne parce qu'ils ne vivent qu'en se- sacrifiant pour le bien, et* plus leur vertu est sublime, plus grand est l'attachement de leur peuple.* 1

Cet attachement est si grand que le pape, ne trouvant' pas de défenseurs parmi ses sujets, est réduit à se maintenir au moyen d'aventuriers et de mercenaires pris dans tous les pays.

" Le concours immense qui a jeté hier au pasteur de Montréal son dernier cri d'adieu, après avoir prié Dieu avec, lui, n'est pas le seul qui ait acclamé son pasteur. Ce qui le rend plus extraordinaire, c'est l'œuvre par laquelle notre Evêque a mis le nom du Canada catholique devant toute V Europe étonnée.**

On ne saurait s'imaginer en effet quels bouleversements profonds l'arrivée à Borne des. 150 zouaves pontificaux a causés dans toute l'Europe ; c'est au point qu'Isabelle II en a été renversée de son trône. Mais que sera-ce donc à l'arrivée de l'évêque de Montréal %

" C'est l'affection toute particulière qu'il a su attirer, de la part du grand Pontife qui gouverne l'Eglise du Christ, sur notre Canada, et les bénédictions nombreuses qui en ont découlé."

Jusqu'à présent cette affection ne s'est guère manifestée que par l'envoi de bénédictions qui ont coûté en moyenne dix piastres par tête.

La dernière contribution a été -pour lés frais de la pièce jouée la semaine dernière au Gésu, église des Jésuites qui est définitivement convertie en théâtre, puisqu'on ne peut plus y entrer sans payer.

Toute la journée qui a précédé la représentation, on a pu voir, ' jusque sur les omnibus de la ville, des affiches de couleur convoquant les curieux à s'y rendre, et le soir, il y avait à l'entrée de l'église différents bureaux avec le prix correspondant des places, de sorte que chacun arrivait sa pièce à la main. >

Tous voulez voir Monseigneur ? c'est vingt-cinq contins, un écu,

un dollar. Ceux qui puent on dollar le verront de plus près

Aussi regretteront-ils de n'avoir pas prit on billet d'un quart de dollar.

C'est ce que le Nouveau-Monde appelle la nouveauté du fait, car noue ne, convenons, pys, dit-il, qu'il faifye Jcunaù \p$yer ton entrât daiu

un temple caûioliqiie

' C'est pourquoi» cinq jours auparavant, k, rédactewie^-çliaf de cemême iVi7UV«iu-Afoni^ envoyait aux cnrés.la «i^ujta^e murante :

" Nous sommes cuargés par le comité das Zouaves. Pon^ficanx de tous prier d^ vouloir bten annoncer; au principe office, de votre, église:

" Qu'il y. apra mardi prochain, à . hm du Gésu, concert sacré, discours par S. I bénédiction du T. S. Sacrement par S. G

" Que cette cérémonie, qui, promet d tration religieuse (Ne dites' donc pas ceL qui fassent des démonstrations pour en û et la vérité avec eux, n'ont pas. besoi amples, réservés, confiante, et n'attende!

(ion de la justice de leur- cause, Mais

vont et "le savent, veulent étourdir les/ autres, en s'èlfurdissant eux-mêmes), se fait au profit de l'œuvre des Zouaves Pontificaux et en l'honneur de notre Evéque qui part le lendemain pour Rome.

"'(.Qu'il y au» trois classes de, souscripteurs -aux billets de l'œuvre; 'ceux d'une piastre auront droit aux sièges, réservés, et comme les' billets sont tous numérotés, et que les noms des acheteurs seront enregistrés (C'était lÀ.uue ruse afin de. connaître wu s qui; ne. souscriraient pas et de les. persécuter, ensuite dans leur, famiilfi, ft» point, qu'il», seraient tenus en moins de six mois, de venir, offrir dix pi&atrm pour avoir la pajxj, chaque souscripteur («nnatljra, la ipqavjj choisi pour le rciprésent^r à Rqme, et cejui-ci qounaJtra «? biflnf&ifceu»

" Les deux sntres.cbjBBe^.wmflrarid^^ le^.apuBcripjjfl^^fan^écn. et de tftnfe sous respectivement/'

Il j;'a dai^^ontré^ des^chtesfls ; 4'»%^ i Sfc d $MrrW e ft <Hli *8W0fc sous 11

pans les élections elles coûtenf plus cher ; nuùs les Jésujtes, qui ont un souverain mépris des imbéciles qu'^s 'tonden j, ïf» apprécient ' k leur juste valeur.

1 vous, M. un tel, vous être classé parmi, les gens de trente sous, Cette expression dédaigneuse était çaiciilie' du reste avec une suprême

habileté pour forcer par l'amour-propre tout le monde à payer une piastre.

" La compagnie du Grand-Tronc donnera dés billets de retour à moitié prix Iwttli, mardi, mercredi, bons jusqu'à jeudi soir, à tous ceux qui se proposent d'assister- à la cérémonie,

"Le comité ose compter, sur un encouragement chaleureux de Totre part pour le succès de cette démonstration catholique, et tous prie de vouloir bien vous charger de quelques billets à placer, 9 Oej billets sont déposés en vente au presbytère*, et le aouy à 1a port* de Pëglise des RE, PP. Jésuites, rue Bleury."

Les curés ont dû se donner un mal infini pour pkœ* car loHéts* car il est oertain qu'ils avaient «me commission, Ew qui en savent plus long qu'on ne pense, ne se paient pas de bénédictions épiscopaksv et malgré les avantagea merveilleux que le Canada en retcie, suivant le NbuveaurMondey m n'échangeraient pas leur dîme contre ellea

" Veuillez croire, M. le curé, aux sentiments du plus profond 1 reapeet avec lequel sous sonunes,

" Vos t*e* humble» serotatefv

(Signé) " Joseph Bot al,

" Secrétaires d» Qomt& •

" Toutes les rues environnantes, continua ea***- mm célesteconfrère, étaient couvertes par la foule qui ^agenouUlaiVen larmes sur le passage de son évéque bien^aiméj et l'on voyait Je* femmes, et le* 1 entants courir pour lui demander une d^rniW h^édktwecL Mgr, descendit à pied la rue qui mène à la gare: Bonaventure oh il entra escorté ou protégé par nos premier» citoyens oofttr% empressement inouï de la foule/'

Cela me rappelle, j'avais alors dou*a ans, la; première apparition d'une girafe a Québec, £ea ruas étaient littéralêjnent enooinbtées ; on voyait surtout accourir les femmes et Jeaenlante je ao dis pas que c'était pour lui demander sa bénédictieai» et ïajfiujBiiw était teJUtqu'on était obligé de protège; là girafe coati* tompicejieQMBfc inouï de la foule*.

Ce n'esj pas par manque de respect que je fais c*tW comparaison, car personne plus que moi ne porte en son cœur l'évoque Bourget— il ne m'a rien priai, moi* non,, pas une obôl%^raai*^ veu^ sémpfement faire voir ce qu'il y a au. fond de toutes les foules» e f combien pfar elles sont attirées, plus e4t ridicule ou bis**** Je sp^eitnen qu'<m leur exhibe.

Dépêche spéciale au Pays:

" Québec, 22. .

" A la Chambre, aujourd'hui, M. Marchand a présenté une pétition de Canadiens-français de . différentes parties des Etats-Unis, exposant avec quel intérêt ils ont suivi les mesures des diverses législatures du Dominion sur la colonisation et l'immigration, et leur désir de retourner au Canada, et demandant au parlement de Québec de leur en procurer le moyen en leur accordant les mêmes avantages qu'aux immigrants européens, et en développant VagricuUiire> les manufacturée et les ressources industrielles de la province. (Applaudissements). "

Ils ne demandent que cela ; revenir dans leur patrie à la même faveur que des étrangers, y trouver le moyen de vivre comme partout ailleurs.

Ils se souviennent, ces émigrés de la détresse, qu'ils eurent un berceau, un foyer, des frères et des amis. Mais l'âtre, l'hiver, était froid et triste ; ils étaient trop nombreux autour de la table paternelle, et lorsque le printemps venait découvrir le maigre enclos où leurs pères avaient trouvé l'abondance, eux regardaient avec angoisse les étroits aillons ou, l'automne, ils avaient semé leurs derniers grains, .et ils détournaient la tête en disant : " non, il n'y en aura pas assez pour nous tous."

Eh bien ! ce champ amaigri, ce foyer attristé, ce toit qui gémit et

.qui tremble, l'hiver, sous le vent qui balaie les neiges entassées, ils

voudraient le revoir. Ils ne l'ont pas emporté avec eux dans l'exil ;

vingt ans de souvenir sont là, et le souvenir c'est la moisson du cœur.

Mais pourquoi reviendraient-ils, s'il leur faut fuir encore f Pourquoi venir voir leur toit qui s'écroule, s'ils ne peuvent le releVer î Que viendraient-ils faire sur ce champ que nulles sueurs ne fécondent plus? Et- ou trouveraient-ils. à respirer, cet air puissant et libre qui soulève la poitrine avec l'espérance 1.

Etre ai pauvre dans un pays si. jeune et si riche ! Avoir tant de misère 'là où'ily * tant de force et d'avenir !

Ah L restez* -restez dans l'exil. L'exil ! non. L'Amérique n'est jpas une terre •étrangère pour les vaillants. Là, pour une idée, pour un mot vrai, pour une parole indignée, vous ne voyez pas s'ameuter autour de vous la noire cohorte des vautours cléricaux qui vous pose le pied sur la conscience, et la déchire quand elle ne peut l'étouffer.

, ta,' vous *êtes des hommes, voudriez-vous venir ici pouf être des esclaves ?

Voyez ees-éampagnes ensevelies Fy ver, arides l'été, ces colonies perdues dans les déserts du nord, sans chemins, sans communications, où nulle voix n'arrive ■ porter l'espérance, d'où nulle voix ne part pour redire nos misères.

Voulez-vous revenir au Canada pour n'avoir même pas le droit de lire les journaux que vous «préférez, pour voir le prêtre pénétrant,' comme dans son domaine, au sein, de votre famille pour y semer la discorde, si vous ne lui obéissez jusque dans ses caprices 1 Voulez-vous venir voir les maîtres de poste, d'accord avec lui, pour consigner le* journaux indépendants qui porteraient la vérité dans les campagnes enténébrées ? Voulez-vous vous sentir un objet de répulsion, si vous êtes un homme libre, et le curé, du haut de la chaire, vous montrer au doigt et armer «contre vous l'aveugle méchanceté de l'ignorance, pousser à vous haïr les hommes, mêmes que vous voulez éclairer t- Voulez-vous venir voir vos terres saisies et vendues pour blettes envers ces fabriques dont personne ne connaît les secrets 1 Voulez-vous venir payer la dîme et des mannequins cirés,' et» au nom de la religion, voix des évêques vous imposer pour les jouissances de leur orgueil ?

Est-ce la pauvreté lamentable des paroisses s'étendarit comme un* linceul autour des presbytères élégants, vastes et joyeux, que vous voulez contempler ?

Est-ce la religion de vos pères que vous regrettez î Venez la voir dans nos villes, cotée à tant par tête.

Vous avez exercé les droits des hommes libres ; vous avez été des citoyens de la grande république, venez ici, si vous l'osez, offrir vos votes aux hommes du progrès, venez apporter votre indépendance, vos aspirations, pour entendre aussitôt les prêtres de la bourse, qui sont les seuls oracles et les seules guides de vos compatriotes, fulminer contre vous les anathèmes, et vous réduire par la persécution à sacrifier vos droits, ou du moins à craindre de les exercer.

Mais vous n^avez pas oublre tout cela, et vous ne désirez pas revenir dans une patrie asservie. C'est ici que vous seriez dans l'exiL

Eestez où vous avez trouvé le travail qui fait les hommes libres.

Je reçois d'un écrivain très en renom à Paris la lettre suivante que je commets l'indiscrétion de mettre sous les yeux du lecteur, parce qu'elle me fournit l'occasion de répondre à certaines observations analogues qui m'ont déjà été faites par quelques amis, et qu'un plus grand nombre peut-être pourraient être disposés à me faire.

Je demande pardon d'avoir à parler de moi ; qu'on veuille bien considérer ma personne comme indifférente pour ne voir que la situation <jui m'est faite, et quelles leçons elle renferme en elle-même.

Que l'exemple vienne de moi ou d'autres, peu importe ; mais qu'il, soit bon et utile, voilà ce qu'il faut avoir en vue.

" Paris, 31 décembre 1868.

" Mon cher ami,

" J'ai reçu vos Lanternes. Inutile de vous dire si j'ai lu avec intérêt vos spirituels pamphlets : ils ont de la verve, de l'emportement de bon aloi ; mais la vérité est que ce n'est pas votre genre.

" Votre talent est philosophique et descriptif j je reconnais en tous 1m qualités solides et l'étoffe d'un écrivain très distingué : voua appartenez à la famille des Chateaubriand, des Bernardin de Saint- Pierre, et non des Paul-Louis. Votre verte satirique ne provient pas du ptexnier jet, elle eat plus cherchée que naturelle.

" Rochefort, lui* a le jargon primesautier qui captive, parce qu'il jaillit spontanément ; il eat un peu la personnification de cet espiègle qui aplatit les gens pat quelques traits bien lancés»

" Mais vous n'avez rien en vous du gamin de Paris. Votre nature généreuse vous fait mépriser les prêtres et leurs jongleries» mais voua se parviendrez jemaiB à devenir un pamphlétaire. Au reste, tant mieux, c'est Un genre médiocre. Vous me paraissez fait, je le répète, pour la politique philosophique, pour le style descriptif ; vous êtes coloriste et artiste* Profitez de ces avantages, et poussez hardiment dans cette voie.

" L'homme est en résumé l'expression du pays qui Ta vu naître, et le résultat du milieu dans lequel il a vécu. Vous avez reçu le contact involontaire de gens mystiques, ce n'est pas là une école de pamphlétaire. Le moment venu, vous vous êtes irrité contre les esprits fourbes, dévots et bas; mais vos emportements d'honnête homme, d'esprit élevé, ne ressemblent en rien aux épigrammes d'un satirique proprement dit.

" Vous savez trop admirer les splendeurs de là nature pour vous moquer pendant longtemps sans fatigue, sans ennui. Il faut en somme n'avoir pas grand- cœur pour trouver chaque semaine une base sérieuse à des attaques : vous me direz que les calotmé sont nombreux, et qu'on n'a pas grand'peine a démasquer leurs viqps. Sans doute, mais ne craignez- vous pas de Vous concentrer dans une querelle de petite ville, et d'amoindrir votre talent en vous préoccupant de Pierre et de Jacques f

" Nous ne sommes pas faits pour le journalisme provincial Etendons le cadre et cherchons à parler au grand public. Ne vaut-il pas mieux élever le niveau des gens intelligents que s'inquiéter de la méprisable cohorte des Jésuites 1 . « » .

CW vrai ; mais dans ee pays oh le soleil brillé en vain, pour Hever le niveau des gens intelligents, il faut commencer par abattre ceux qui s'appliquent à baisser ce niveau.

Sous un ciel plus propice, j'aurais pu donner l'essor à mon admiration des grandes choses, à mon amour ardent des sciences et des lettres.

Mais on ne pardonne pas aux âmes de s'élever, là où tout est plat et servile.

Pourquoi mesurer l'espace de ses jiiies, ^uand | on reste cloue soi un sol dévore pat des jésuites et des Robert Macâire, en soutane t

. Faire des couvres purement littéraires en Canada I mus bu donc seraient me* W*«i*l f nA m»» ™t;<..™ î «K ™ ûo ;„™i *

Aneries de

Elle troùv l'évêqùé de Viennent U Mais le la critique.

d'injures, o

Eh bien ! j'ai entrepris cte remonter ce courant, cte refouler l'infamie dans son Ut.

Admirer ce qui est beau et chercher a lé peindre, certes ce n'est pas là un travail difficile. Mais arracher lés hommes & l'imposture, rejeter dans la nuit lés oiseaux de proie, relever 1er caractères déchus, sauver enfin tout un peuple d'une ignominie sans nom et de l'àblme . fangeux oà l'entraîne sa décadence, voilà qui est digne d'être tenté, Voilà peut-être qui estplus grand, et comme tout ce qui est grand, ne s'élève que par la souffrance.

Hélas ! DfeU m'a cruellement puni d'avoir trop cherché cette gloire et voulu être autre chose que ce qu'une opinion asservie veut qu'on soit dans notre malheureux Canada. Ah 1 j'accepte d'avance, et j'ai accepté depuis longtemps la douloureuse grandeur du sacrifice ; j'ai moi-même porté le fer dans mon sein et j'y nourris la plaie saignante, dans l'espoir de la rendre féconde. Je pouvais aussi moi courber la tête, prêter mon dos au bât, m'assouplir par la honte et remplir mon cœur de venin ; j'ai préféré le remplir d'amour pour le progrès et d'espérance dans l'affranchissement de l'humanité.

Il m'en colite, il est vrai, tout le bonheur de ma rie.

Four remplir cette cruelle mission, j'ai déchiré mon cœur et fait le vide autour de moi

Je n'ai plus de famille et mes amis me redoutent même en m'encourageant Mais je reste debout au milieu du désert et, debout, je regarde tourbillonner les sables.

Que rué font après tout les stupides dédains d'une plèbe inconsciente ! Je ne suis pas dé ce monde-là, et pour qu'il fut capable de me juger, il faudrait qu'il pflt d'abord se laver de mon mépris.

La calomnie 'pousse en vain contre moi ses torrents f urieut, ils meurent à mes pieds.

On peut me salir avec des crachats, mais on ne m'entamera point.

Je n'ai 'pas ttn regard jfc>ur ceux qui rampent, mais je regarde avec une pitié, avec une tendresse amère, ce pauvre peuple qui n'a rien fait pour être -victime, et qui passe sa vie à nourrir et à payer ses tourmenteurs.

Il ne s'agit plus seulement de donner la dîme, il faut encore que la misère du peuple serve au luxe, à la convoitise effrénée de ses maîtres.

Qu'apprends-je t L'évéque de Rimouski vient d'imposer un dollar par tête à toutes les personnes de son diocèse qui n'ont pas* de terres, sous prétexte qu'étant exemptes de la dîme, elles sont tenues de payer autrement pour l'entretien et les appétits de leur pasteur. 'Celles qui !

ne payent pas ne peuvent recevoir l'absolution. j

Voilà la religion qui résiste à tout dans les âmes, et le peuple ne i

se lasse point de payer pour .être exploité.

Devant cet abîme enrayant d'ignorance et de perdition, on croira que je puisse m'arrêter au spectacle des splendeurs de la nature 1

Quoi ? la plus belle chose sortie des mains de Dieu, n'est-ce pas |

l'homme ? Et quand je vois à mes pieds tout un peuple avili, foulé par d'indignes charlatans, courbé sous un joug d'autant plus terrible qu'il l'ignore, quand ce peuple a la même patrie que la mienne, je le laisserai sans défense aux griffes de ses oppresseurs, me contentant de contempler les hautes montagnes que les nues enveloppent et de promener mes rêves avec les murmures des vieilles forêts ?

. Non, non, tout homme a une mission à remplir envers les autres hommes, et il est coupable du jour où il l'oublie pour s'adonner aux <

pures jouissances de l'âme, aux extases stériles de la pensée. i

Le curé de Saint-Laurent disait dernièrement en chaire à ses ouailles charmées :

" Très chers frères, il y en a beaucoup parmi vous qui n'ont pas encore payé leur dîme : ; hâtez-vous de le faire, car l'avoine est chère de ce temps-ci et il faut que j'en profite."

Yoilà qui s'appelle parler.

Rien n'est monotone comme les sentiers battus.

Un autre curé aurait dit : " Chers frères, il faut penser à votre salut, et comment le ferez- vous, votre salut^ si vous ne payez pas votre dîme au pasteur chargé de conduire vos âmest Celui qui donne n'est-il pas béni ? C'est Dieu lui-même qui l'assure : " il verra les épis charger sa terre de leurs lourds trésors, et ses greniers plier sous le poids de ses riches moissons." *

Chers frères, sanctifiez-vous, sanctifiez-vous en m'apportant de l'avoine/'

Mais le curé de Saint-Laurent, ah ! c'est autre dhose. Pas de phrases. Celui-là va droit au but.

" Mes amis, je suis votre curé, n'est-ce pasl Vous comprenez ce que cela, veut dire ? . . eh bien ! payez."

Il y a des paroisses ou il est nécessaire de faire croire aux gens qu'on ne les tond que pour assurer leur bonheur éternel ; mais il y en a d'autres tellement encroûtées qu'on n'y juge plus même les gens dignes d'être trompés.

" Arrivez les sacs. " Et les bon- paroissiens croient que c'est là un texte d'Evangile.

Le fait est qu'ils n'en entendent plus d'autres dans la bouche de leurs curés. *

De son côté, le curé de l'église Saint-Jacques, (Montréal) voulant démontrer que le clergé ne cherche pas à maintenir l'ignorance, a entrepris de faire un cours d'histoire à ses paroissiens.

L'autre jour, parlant de saint François d'Assise, il dit que les oiseaux venaient se reposer sur sa main pendant qu'il écrivait.

C'est très-bien : rien n'est plus authentique. Mais le savant théologien à oublié de dire quelle espèce d'oiseaux attirait ainsi spécialement la main du saint, si c'étaient des serins ou des autruches.

Quand il s'agit de questions historiques, il faut préciser. Ces oiseaux ont du être vus par quelqu'un, et ce quelqu'un savait probablement la différence entre une chauve-souris et un perroquet.

Quand on dit .par exemple que l'âme de sainte PhÛomène s'est envolée aux cieux sous la forme d'une colombe, on sait à quoi s'en tenir. De même, lorsqu'on voit qu'un corbeau apportait tous les jours à saint Antoine sa nourriture, rien n'est plus manifeste, et l'esprit le plus incrédule est satisfait.

Mais, oiseaux ! oiseaux 1 Voyez ce qu'un grain de sel eût

épargné de doutes aux générations futures et de désespoirs, aux savants !

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