RECTIFICATION
Dans le No. 4 de la Lanterne, j'ai dit que le collège Morrin, de Québec, avait été fondé, moyennant un legs de 8000 dollars laissé par le docteur Morrin.
C'est beaucoup plus de 8000 dollars qu'a légués le docteur Mornn.
Mais cela n'empêche pas que le legs a été fait par un protestant Jamais le collège. ne se lavera de cette tache originelle.
Les protestants, .voyez-vous, je ne peux pas les voir en face.
Si le legs avait été fait à une institution catholique, oh alors ! c'était différent, tellement différent que c'eût été comme s'il n'y avait pas eu de legs du tout.
A ceux qui nient le progrès, je répondrai par oet extrait de Chamfort.
" La loi do Moïse condamnait a mort la femme adultère ; chez les Egyptiens, on lui coupait le nez ; par la loi Julia, chez les Romains, on lui coupait la tête ; aujourd mu, en France, quand une femme est surprise en flagrant délit, on se moque de son mari." . '
Dans cinquante ans, on fouettera le mari que sa femme aura trompé. Dans cent ans, on le pendra; à moins que les femmes d'alors consentent à ne plus tromper leurs maris, ce qui serait absurde.
Creusons la terre, étemel tombeau des plus fières espérances. Qu'y trouvons-nous f des néants entassés, sépulcres sur sépulcres, hécatombes du temps qui seul ne vieillit point. Voilà ce dont est faite, la terre qui nourrit l'homme, lui-même une ruine vivante.
St Pacifique a seul échappé à cet anéantissement. Pétris d'une argile surhumaine, ses os ont défié les vers qui s'acharnèrent en vain sur son immortelle carcasse, destinée à embaumer des châsses dans la nuit des siècles.
Que vous faut-il pour être plus frais trois cents ans après votre mort qu'à l'instant où vous sortez d'un bain parfumé, les lèvres encore humides de l'élixir du docteur Mathieu ?
Avoir été dangereusement malade et revenir promptement à la santé, ce qui constitue un miracle certifié par votre médecin qui, ne* comprenant rien à votre maladie, ne peut expliquer une guérisôn qu'il a tout fait pour rendre impossible : voir en songe des anges et de» madones vous apparaître dans des nuages célestes, avec des couronnes à la main (ceci démontre que les anges ont des mains, car dès lors que Dieu vous envoie des visions bienheureuses, il est à supposer qu'il est sincère et vous fait voir les choses telles qu'elles sont) ; être tous les •matins dans un endroit exposé de l'église, vous frappant bruyamment la poitrine et poussant des gémissements ; faire un voyage dans les Indes où tous les pays sont encore idolâtres ou mahométans, malgré que François-Xavier en ait converti cinquante*neuf ; assassiner comme Beauregard, si vous voulez -mériter des Lettres Pastorales et être
appelé toi de» Uuà du Seignbw, pamri* que vous sèves mort eh prononçant le nom de Jésus et en donnant de» petites imagée à votre aère ; mentir, calomnier effrontément et «ne mesure, poura qae ▼eue ayez les mains jointes et les yeux 1ère* Ter* le ciel . . * .
Généralement ce sont les vieilles filles qui ont les meilleures m& thodes de sainteté. Arrivées à cinquante ans, elles ont une aversion insurmontable pour, les amours mondains et ne veulent plus être les épouses que de Jésus-Christ. C'est pour elles qu'on a imaginé spécialement la neuvaine à Sainte Thérèse dans ce style : Premier jour!. " Notre très-aimable Seigneur; Deuxième jour. Notre très-miséricordieux Seigneur. Troisième joui. — Notre très-aimant Seigneur. Quatrième jour. — Notre très-doux Seigneur. Cinquième jour.— Notre très-bon Seigneur. Sixième jour. — * Notre très-libéral Seigneur. Septième jour. — Notre très-amoureux Seigneur. Huitième jour.— » Notre bien aimé Seigneur. Neuvième jour.— Notre teèa-chejr Sel» gneur. "
Au 19e siècle, époque de civilisation et de mœurs adoucies, il n'est plus nécessaire, pour être saint, de se flageller, de porter des cilices, d'attendre dans les déserts qu'un corbeau vous apporte un pain tous les jours (ces corbeaux étaient plus forts que ceux du Canada), ou enfin de rester planté sur une colonne pendant soixante-huit ans, comme St Siméon stylite, le jeune.
" La vertu n'est pas une fâcheuse, dit le révérend père Lemoine, dans son fivf* de la DfooHon Aisée; il y a eu des saints p&tee et mélancoliques ; ceux d'aujourd'hui sont d'une oomplexion plus heureuse j ils ont abondance de cette humeur douce et chaude, de ce sang bénin qui fait la vie."
Ainsi, soyez d'humeur douce, soyez bien docile et soumis, un des
99 moutons ; ayez le sang et l'esprit bénin* dites, en parlant des prêtres :
" notre digne clergé qui a fait tant de sacrifices pour .... s'enrichir,"
mais gardez-vous, gardez-vous de n'être pas amoureux fou des Jésuite*
Un autre bon moyen, e'ett de réciter tous les jours trois ou quatre pages du " Rosier de Marie " ;* récite* de préférence la page où vous lires ceci : M Marie est une beauté tresnancîenne (ce qui est le contraire des autres créatures qui, en devenant anciennes, perdent leur beauté). Elle a existé en Dieu éternellement. Le Seigneur a vu que k chair et le sang de Marie passaient dans l'humanité de son Verbe et seraient divinisés dans sa personne, et que, dans un vrai sens, elle ne serait pàtê dd&neèe de ton Dieu. Marie fut l'objet, dé la part d'Adam et d'Eve, d'une grande dévotion, et ils la transmirent à leurs enfanta. Les hommes spirituels lui rendirent un culte d'amour, dés les premiers âges du monde."
Quand on est pénétré dé ces vérités, on a toutes les connaissances nécessaires pour être un rédacteur de Y Ordre.
Le Nouveau-Monde dit : "La créature tend à se mettre à la place de Dieu pour satisfaire les convoitises qui la dévorent"
Donc Dieu est rempli de convoitises.
Et plus loin. *' La société est constituée sur le principe chrétien ; c'est-à-dire l'homme à la base, et Dieu au sommet."
Mauvaise construction, mon ami ; le sommet écrasera la base ; ça ne pourra jamais tenir. Gare là-dessous.
Quelques personnes bienveillantes disaient l'autre jour: Vous ▼errez Buies à son lit de mort, comme il changera 1 •
Je souhaite que ces personnes n'aient pas raison ; mais j'envisage . un destin horrible. Je mourrai, je le crains, comme j'aurai vécu .... en tirant le diable par la queue.
Je ne conseille pas à tout le monde de mourir, ni surtout de vivre
de cette façon-là.
La Gazette des Campagnes, journal qui fait de l'agriculture catholique, annonce à ses abonnés qui paieront avant le 30 novembre, qu'elle leur enverra en prime un paquet d'avoine.
C'est ça, L'an prochain, elle leur enverra une botte de paille. La Gazette des Campagnes comprend qu'il faut être franc avec ses abonnés et leur témoigner les égards qui leur sont dus.
Quel jour pour moi que le dimanche ! jour de travail tranquille et de solitude aimée. Pas de roulement de Toitures, pas de va-et-vient, tous ceux qui passent vont du même côté, ' se rendent tous au même endroit. Je regarde défiler leur silencieuse procession, et pensif, recueilli, je prépare ma Lanterne.
Que ceux qui en seront scandalisés me le pardonnent en considération "de mes remords.
Si je fais la Lanterne le dimanche, je m'en repens invariablement le jeudi, jour où elle paraît.
Mettons-nous à la fenêtre, et regardons.
Je vois des gens très-petits qui portent avec effort de très-gros livres de prières, visibles à trois cents pas, et qui se rendent à la messe à l'heure où il y a le plus de monde dans les rues.
Cela ne suffit pas pour gagner le ciel, à moins qu'on n'y joigne l'intention bien arrêtée de lorgner, durant l'office divin, toutes les jeunes filles qui sont à droite et à gauche de sol
Il est parfaitement orthodoxe de lorgner à l'église depuis que l'église est devenue un théâtre, depuis que la Minerve publie des programmes de concerts donnés a la cathédrale, et depuis que les révérends Pères Jésuites ont inauguré leur nouveau temple par des représentations.
Moi aussi, j'ai des livres de prières, mais ils sont tout petits.
Il est vrai qu'ils ne sont pas pour la montre.
Prenons-en un parmi les favoris, un de ceux où je cherche de préférence les pensées consolantes et les méthodes de salut. Il a pour titre " >faaiè*e 4'honoier ]p $t Skpire." -
H y a, plusieurs saints Suaires, vais cela est «adifférentji de même qu'il y a e)e par le monde une telle, quantité de morceaux de la vraie croix qu'on en patinait faire un escalier- poui monter aux nue$. Ne songez pas au nombre, mais à la qualité. Ainsi, le meilleur des saints suaires est celui qui est conservé dans la cathédrale de Besançon, en France. Par la vertu de ce St Suaire, si vous communiez et si vous dites sept. Pater et sept Ave, vous délivrerez cinq âmes des flammes du purgatoire. Il n'est pas ^it ce qije voq» délivrerez, si vous n'avez jamais eu d'amis, ou s£ VOS amis ont déjà, été sauvés par une foule d'autres indulgences gagnées par des amjs de vos amis. En outre, le pape Clément VIII accorde cent jours d'indulgence à tous ceux qui porteront sur eux V adoration du St Suaire. Ce style tout séraphique est fait exprès pour les esprits qui ont la sainte ignorance du mal, et toutes les autres ignorances. Remarquez que dans ce suaire on a trouvé écrits les noms de Jésus et de Marie ; cette découverte vous donne le moyen de mourir en disant : " Jésus, Marie, ô Jésus, je vous donne mon cœur pour jamais. O Marie, je vous donne mon cœur ; donnez-le, s'il voua plaît, à votre fils. Tenez, seigneur Jésus, soyezmoi Jésus. O Marie, soye*>moi Marie. Vive Jésus et Marie."
Mais rien n'est profitable comme les lettres qui ont été trouvées dans le sépulcfe de J$otie Seigneur Jésus-Christ. En voigi une que je cite textuellement :
" Viejge Mao», msra àè Dfaa, palme bénite entm toutes lqs gnsfetana chrétienne», Jésus-Christ, aidez-moi a, l'heure où mon amesoj&fca fie mou cor^** obtenez le pardon de mes péchés^ s'il vous platt. Ainsi sojt-il.
Cette lettre a été trouvée au saint sépulcre de No re-Seigneur Jl8ua-Ghris| par un prêtre, après avoir terminé la sainte messe. JSile é$a|t ejaveioppée dans un linge blanc, chose étonnante et merveilleuse. I) fut grandement étonne lorsqu'il vit l'explication de cette lettre ï quiconque la portera sur soi ne craindra aucune injustice, ne sera point accusé de la mort injuste, ne mourra pas sans recevoir les dernières grâces que Dieu confie aux fidèles, ni par le feu en bataille, et ne sera pas accusé par de faux témoins. Si une personne est possédée du démon, mettez le saint Suaire «ui elle, sur-le champ ope en sera délivrée^ . Cteux <m le porteront sur eux sont assurés de voir la trta-sarâte Vierge trois jours avant leur mor$, et elle, conservera les grains et les fruits de la terre.
Une autre lettre a été envoyée miraculeusement par Jésus-Chris*, écrite de sa propre main et dictée de sa boucfie sacrée en lettres oVor. f* Si vous portes cette lettre sur vqus, jamais le malin esprit, ni Je feu, ni le tonnerre, ni la tempêta ne tous toucheront Lorsqu'une femme sera en peine d'aceouehement, mettez cette lettve sur elle ? aussitôt elle sera délivrée, chose que Dieu nous assure par sa bouche sacré?"
Jésus-Christ, sans doute pour donner plus de vertu à cette lettre, l'a dictée, et de plus l'a écrite 5 on ne peut pas prendre trop de précautions pour empêcher que le tonnerre ou le feu vous démolissent ; mais cette lettre copiée par des mains mortelles et indignes aura-t-elle
la même efficacité que l'original 1 Un bon catholique peut avoir des doutes là-dessùs, et quand il s'agit du salut de son âme, il convient d'être "bièii renseigné.
Mais il n'est plus permis d'avoir la moindre incertitude en présence de faits irrécusables comme les stfîvtfnts, rapportés dans le petit livre cité plus haut : " Une femme en travail d'enfant, ayant été abandonnée des médecins et de tout le monde, a été délivrée par la vertu du Saint Suaire. Un charpentier, faisant un bâtiment, tomba du faite jusque sur les fondements (quels fondements î) sans se faire le moindre mal, et retourna de suite à son travail par le Saint Suaire." (P. 16.)
Comment lire ces miracles sans répandre des larmes sur le sort de tant de femmes mortes, .parce qu'elles ne purtaieht pas le Saint Suaire 1
Ce Saint Suaire, à part toutes les grâces merveilleuses qu'il prodigue, a encore le don de vour transférer des indulgences.
Oh 1 les indulgences. Gardes- vous de les dédaigner, celles qui se vendent surtout t Grâce à elles, on devient blanc comme neige, après les plus abominables forfaits.
A ce propos, il me revient heureusement en mémoire le texte d'une des lettres d'absolution que le pape Léon X chargeait les moines de vendre au 16me siècle. Il y en avait pour les petits péchéB; celles-là coûtaient moins cher ; il y en avait pour les grands péchés, et comment cette époque de violences, de désorganisation sociale, de force et de perfidie, d'absence complète de police et de justice, la moitié des hommes étaient des scélérats, lés amateurs de perfection peuvent juger combien étaient nombreux oeux qui achetaient les grandes lettres d'absolution, et combien 'elles servaient à multiplier les crimes. En voici un modèle :
"Que Notre-Seigneur Jésus-Christ ait pitié de toi, qu'il t'absolve par les mérites de sa très-sainte passion. Et moi, en vertu de la puissance apostolique qui m'a été confiée, je t'absous de toutes les censures ecclésiastiques, jugements et peines que tu as pu mériter ; de plus, de toUs tes excès, pédhés ou crimes que tu es pu commettre, quelque grands et énormes qu'ils puissent être, et r poUr quelque ksause que ce soit, fûssent-ife même réservés 4 notre Saint Père le Pape et au Siège Apostolique (tels que bestialités, le péché contre nature, le p&rride où finéestè/) j'efface toutes les tracés d'inhabilité, toutes les notes d'infamie que tu aurais pu t'àttîrêr en cette occasion ; je te fetoéts lés peines que tu Aurais pu endurer dans lé purgatoire ; je te rends de nouveau participant* des sacrements deFéjzlisè ; je t'incorpore derechef dans la communion des saints ; je te rétablis datis rinrinocence et la pureté dans lesquelles tu as été à l'heure de ton baptême, en *orte qu'ait môméfet de ta mort, la poïte par laquelle dn entre dans le lieu des tourments et dés peines te sera fermée, et qu'au contraire, la porte qui conduit au paradis de la joie te sera oitverte, et si tu ne
devais pas bientôt mourir, cette grâce demeurera immuable pour le temps de ta fin dernière. Au nom du père, du fils et du Saint Esprit."' Merle d'Aubigné, y I, p. 328.
Que la voie du paradis que Ton dit semée d'épines est aisée ! Vous n'avez qu'à marcher droit sur cette route pavée d'indulgences. A chaque piastre jetée dans le capuchon d'un moine, un obstacle tombera, et vous arriverez au but, pauvre, mais assuré de la béatification. Car, vous le savez, il est plus difficile à un riche d'entrer dans le royaume des cieux qu'à un chameau de passer par le trou d'une aiguille. C'est pour cela qu'il est bon de donner tous ses biens aux séminaires, aux congrégations, aux curés et surtout aux jésuites, qui étant des chameaux plus raffinés, passent mieux que les autres par le trou des aiguilles.
Qui peut jamais être sûr de lui-même ? Qui a jamais sondé les profondeurs du mysticisme î Qui a jamais vu le fond du précipice du haut des sommets altiers ? L'homme, mélange d'aigle et de chauvesouris, dirige son vol dans les cieux, regarde le soleil en face, et retombe l'instant d'après dans la nuit, précipité comme l'archange rebelle pour avoir trop osé. Vouloir trop approfondir avec notre nature et nos connaissances bornées, c'est tomber dans l'absurde ; et une fois dans l'absurde, on s'en tire comme le rév. M. Raymond dans sa polémique avec M. Dessaulles. Les extrêmes se touchent. Quelle différence y a-t-il entre d'Holbach et Loyola ? Le premier ne croyait à rien, le second feignait de croire à tout. Pour moi, mon idéal est Saint Pacifique ; j'ai deux de ses cheveux conservés scrupuleusement dans un reliquaire antique ; et je n'ai plus qu'une pensée, c'est de trouver son index pour me le mettre sur le front, signe d'infaillibilité.
L'évêque de St-Hyacinthe, écrivant à M. Alexandre Dufresne, le'
9 novembre 1866, lui dit :
" Mon cher monsieur, le plus bel être de la création s'est perdu en disant : iimilis ero altwimo"
L'évêque a voulu se peindre lui-même par ces paroles, car il est très-beau, Monseigneur, et il le sait, mordi !
Du reste, ce qu'il dit là de lui-même, tous les prêtres ne cessent de
le répéter du clergé en général. En effet, ils se donnent tous les jours
comme les représentants, les confidents, les images de Dieu sur la
terre, et ils appellent Dieu la beauté même /
Dans l'Eglise de Jésus-Christ, continue Monseigneur, on se perd toujours quand on ose dire la môme chose. Et ne Payez-vous pas dite déjà bien ouvertement, en voulant vous mettre sur une même ligne avec votre curé en fait d'interprétation morale et dogmatique ? Aujourd'hui c'est à des évéques que vous osez vous comparer et dont vous rejetez la décision parce qu'elle est contraire a votre opinion !
£è tremble à l'idée que, rendu si loin en indépendante d'esprit, je pourrais dire en orgueil, tous succomberiez probablement à la tentation de ne pas vouloir vous soumettre à ftratorité du chef de l'Eglise lui-même ! Je ne vous nie pas le droit d'eu appeler à cette divine et snpr^nft autorité» mais sachez, monsieur» qu'en attendant son jugement définitif, comme tout catholique dans le monde devrait faire en une circonstance comme celle où vous vous trouvez, voue dovrieckumblement vous soumettre à votre Evoque et que vous ne pouvez vous dire catholique qu'à cette condition ; sachez de plus, monsieur, que si vous tombiez malade, votre curé et tout prêtre qui pourrait se transporter à sa place auprès de votre lit de mort, devrait vous refuser l'absolution et les autres sacrements, ' si vous aviez le malheur de maintenir les prétentions affichées dans votre lettre
Il y a trois pays au monde où un évêque peut tenir ce langage, le Kamskatka, le Spitzberg et le Canada. Aussi quelle jouissance ce doit être pour le clergé canadien que cette omnipotence dont il jouit, et combien il doit être jaloux de la moindre atteinte qui lui serait portée ! Si elle dure encore dix ans, il est une chose certaine, c'est que les habitants du Canada retourneront à l'état de singes non perfectionnés, ce qu'étaient tous les hommes il y a trois cent mille ans.
"Obéissez, obéissez ; il n'y a pas de résistance devant Dieu. . Or, nous sommes Dieu, nous : nous avons son infaillibilité, et de droit divin nous seuls commandons aux hommes qui sont un troupeau de bêtes. (Du moins notre mission est de les rendre tels, ce qui, certes, n'est pas difficile au moyen des images, des miracles . . . . ) Courbezvous ; devenez des automates, des ânes, des brutes, et, vous serez bons catholiques." — Mais quoi! Dieu n'a-t-il pas mis en moi une intelligence et n'a-t-il pas frappé mon frout du sceau immortel de la raison, afin que je comprenne et que je marche le regard dans les cieux î Le fouet est fait pour le mulet, et non pas pour l'homme* Moi, je veux savoir, et non pas obéir. Savoir, c'est se rapprocher de la divinité ; et vous, vous voulez m'en éloigner, vous qui vous dites les représentants de Dieu et qui le rabaissez à votre niveau, qui le faites stupide, ignare, cruel, aveugle, imbécile, afin de vous l'assimiler ! Je veux la lumière, et vous m'entraînez dans une nuit épaisse ou tout, est mys^ tère pour moi, en me disant qu'il en est ainsi afin que je sois conyaincu de ma faiblesse et du pouvoir que, seuls, vous avez de conduire les hommes.
Allons ! montrez-moi donc le signe olympique qui fait de vous des dieux sur la terre. Je regarde dans votre œil, j'y cherche l'éclair céleste, et je n'y vois que le rayon oblique du mensonge. Non-seulement vous avez fait de la terre votre empire, mais encore vous usurpez l'éternité et la dispensez aux âmes crédules, abruties d'avance par vous, moyennant quelques simagrées hypocrites et quelques ridicules grimaces auxquelles vous donnez la bénédiction. Jongleurs, artisans d'ombre, fabricants de fausses clefs pour les verroux du paradis, arrière, laissez l'homme libre afin qu'il grandisse ; et si vous ne pouvez le suivre, ne cherchez pas du moins à le retenir.
Le MemJutôëbé de la Nowelle-Orléans srihte mon apparition par
ces lignes flatteuses :
M Nous recevons le Ko. 6 de la Lanterne Canadienne, publiée à Montréal, par M. A. Buiee. C'est vif, et même, un peu raide poux un pays qui n'a guère entendu jusqu'ici que le «on des «loches orthodoxes. Nous ne savons si elle s'j acclimatera, mais nous souhaitons à son bouillant et spirituel rédacteur de ne point reneonirer de Marfori sur son chemin.
Les personnes, qui aiment le pamphlet et la polémique, peuvent souscrire à la Lanterne. ..,.."
Les Marfori du Canada ne sont pas à plaindre. Leur arme, leur unique arme, est le goupillon ; ils «s'en -servent avec vigueur, mais.. , » je suis invulnérable.
Ils s'en vengeront dans l'autre monde.
De son côté, le New York Mercantile me consacre ces bienveillantes paroles.
" La Lanterne Canadienne est une nouvelle et mordante publication française, publiée "à Montréal toutes les semaines, d'après le modèle de la Lanterne de Rochetf ort qui a presque révolutionné Paris et est devenue l'objet de toutes les conversations en Europe.
Le nouveau-né a déjà mis en émoi tout le Canada, et pendant que les progressistes en *ont ravis, les vieux conservateurs orthoxes le dénoncent en termes qui ont perdu toute mesure."
Il est vrai qu'à côté de ces témoignages, l'Ordre dît que je n'écris que des saletés.
Que me servirait maintenant l'approbation de l'univers 1
M. Ricard, curé d'Àcton, vient de renvoyer le Pays avec 1512 refusés sur l'enveloppe.
L'administration du journal est réstëe convaincue qu'il ne roulait pas le recevoir.
Je reçois la communication suivante d'un nomme qui a occupé longtemps les plus hautes fonctions politiques, et qui est d'autant mieux placé pour juger les campagnes qu'il les habite depuis quarante ans : '
M. 1e Rédà(2fèijr— "Vous avez tien choisi votre position pour livrer bataille au parti clérical, d'abord parce qu'il est manifeste que les arguments de ses organes 'sont 'faits sur commande, et que la mauvaise foi qui les inspire perce partout; ensuite, parce que vous n'avez pas laissé de porte ouverte au placement ou a la vente de vos convictions.
Mais gardez- vous bien ; le tentateur est plein de ressources.
us
Je roulais aujourd'hui attirer votre attention sur un article du Courrier de Saint-Hyacinthe, intitulé " l'Education. "
" L'éducation, dit-il, tout le monde se plaît à le reconnaître, a fait de grands progrès depuis quelques années parmi notre jeune population."
C'est ce que je nie de la façon la plus formelle. Depuis quarante ans que j'habite les districts ruraux du Bas-Canada, la seule époque ou l'instruction y ait fait du progrès est lorsque le clergé n'avait pas à 9e mêler de l'organisation des écoles.
La Loi des Ecoles, passée par le parlement du Bas-Canada et connue sous le nom de Nelson' s School Act, tout le monde sait qu'elle' fut mise de côté par le conseil législatif du Bas-Canada, avec l'approbation des évêques et du clergé catholique, quoique ce conseil en eût pris la responsabilité, et pour cause.
Jusqu'à quel point une bonne chose peut servir à mal paraît clairement dans les actes d'écoles passés par le parlement du Canada. Je me rappelle que pour chaque clause Û était nécessaire, ou du moins on regardait comme un devoir, de consulter le clergé et d'avoir son approbation, avant que l'acte passât. C'est alors que la griffe se cachait sous la patte de velours.
Allez maintenant avec votre Lanterne ; cherchez parmi les hommes de 20 à 40 ans, répandus dans les campagnes du Bas-Canada, et vous n'en trouverez pas un sur 20 qui sache lire, un sur 50 qui sache écrire, et cependant ils vous diront tous qu'ils sont allés à l'école depuis l'âge de 7 à 14 ans, mais qu'ils ont oublié tout ce qu'ils avaient appris.
Je vous laisse à juger ce que ce tout veut dire, quand les instituteurs étaient pour la plupart de jeunes filles prises dans les couvents, pour un salaire de 10 à 20 louis par année, et choisies parce que leurs parents étaient pauvres et incapables de payer aux couvents le prix que payaient les autres élèves.
Maintenant, quels étaient les régulateurs, les maîtres suprêmes, dans tout ceci ? Le surintendant de l'éducation ? non. Les surintendants de districts ? non. Les commissaires choisis par le peuple 1 non. Mais c'était M. le curé de la paroisse, lui seul.
Le clergé canadien a obtenu et a fait précisément ce que dit Victor
Hugo :
" Vous voulez, dites-vous, la liberté d'enseignement ; tenez, entendons-nous; voulez-vous que je vous due quelle est la liberté que vous rédamez? c'est la. liberté de ne pas enseigner."
Jamais paroles ne seront plus vraies de. l'éducation telle qu'elle est donnée dans les campagnes du Bas-Canada.
Un qui habite la campagne depuis quarante ans."
Je veux maintenant mettre sous les yeux du lecteur les annonces: de Livres Nouveaux de deux libraires de cette ville, MM. Rolland et,
fila, et MM Beanchemin ei Valois. Ose snnonnm .se to ae oni blent toutes par la nature do» liwss qu'ailes énumàrent ; je prend* les deu* plus récente*.
. Ou rem s'il est possible que l'instruction se répande en Canada! lorsque, du haut en bas de l'échelle sociale, on voit se reproduire les mêmes faite, lorsqu'on roit les aliments qui sont offerts à l'intelligence de la population.
Les libraires, les seuls qui méritant ee nom dans Montréal, sont des Anglais. Les autres ne sont tons pins on moins que des Tendeurs d'images.
LIVRES KOUVEATJX
Diotionnaire tlnirersel des Sciences Ecclésiastiques
Evangelia Dominicarum ac Festonna totius anni
Nouveau Dictionnaire de Théologie Morale
Le Credo de Bossuet
Histoire de Ste Monique
Lettres inédites et Fleurs choisies de Saint François de Sales
Les Soliloques de Saint Augustin
Vie intime de J. B. Vianney, curé d'Ara, mort en odeur de sainteté
Esprit du curé d'Ars
Petites Fleurs d'Ara
Pensées de Louis Veuillot
Les Usages du Monde
Les Francs Maçons ~Ce qu'ils sont, ce qu'ils fout, ee qu'ils veulent, par Mgr. de Ségux, 19e édition, 10e.
Glorieuse Victoire de Mentana
Méthode pour confesser les enfants, 15c
Lettres à la Dame de cœur sur l'Exposition Universelle, par J. X de Saint Germain, 65c.
Voltaire, sa -vie et ses œuvres, par l'abbé Maynard, chanoine honoraire de Poitiers, 2 volumes in 8 reliés, $450.
Tout le Ciel
Le Cœur agonisant, consolation des affligés, par le P. Blot, S* J n in-32, 40c.
La Science des Saints
De l'Education dans la Famille
L'Esprit de EEdnesfcion, par l'abbé Béesseau, 1 votante in-12, 75c
De l'Education des Femmes
Méthode nour confesser
En vente à la Librairie de