‹ La lanterne [microforme]Chapitre 30 sur 73 · RE ET · texte numérisé non relu

RE ET

Maintenant, transportons-nous sur un autre théâtre,

Il y a quelque temps un étranger, sourd-muet, arrive à Montréal et se fait conduire à la chapelle des sourds-muets, rue Marguerite,

Voici ce qu’il y vit; je cite textuellement le rapport qu'il en a fait, “ Le professeur, habillé en prêtre, ouvrit son livre, épela le nom | ARE de Chiniquy plusieurs fois, afin de bien l’imprimer dans l'esprit de ses LE f élèves. Dès qu’il fut convaincu d’être bien compris, il secoua la tête, l à ! comme ayec angoisse, et fit la peinture de Chiniquy au moyen de | k |

DT signes qu signifiaient : Lui, méchant, a beaucoup d'enfants naturels ; je chassé de l'église romaine pour ivrognerie et immoralité, s’est fait pro-

testant.—Ici, les sourds-muets manifestèrent leur dégoût et leur indi.

gnation par des gestes de colère, des battements de pieds sur le plancher,...—Le professeur alors se frotta les mains, regarda son livre, fit semblant de lire un moment, puis épela sur ses doigts lentement :

‘“ Un MIRACLE DANS MonTRÉAL ! — Les pauvres sourds-muets expriment leur joie et leur impatience de savoir ce que c’était, en battant des mains. Un sourire de satisfaction passe sur la figure du professeur qui raconte ce qui suit :—Dernièrement, dans Montréal, temps durs, plus de pain, beaucoup mourant de faim ; les religieuses demandent à un prêtre de recueillir de l'argent pour avoir du pain ; le prêtra répond ‘ beaucoup de pain dans le couvent.” Les nonnes vont voir et ne le trouvent pas. Elles reviennent vers le- prêtre et le lui disent, Le prêtre leur jure qu’il y a vingt-cinq pains dans un buffet, les renvoie chercher de nouveau et les suit, en embrassant la croix et en priant la vierge Marie. Les religieuses ouvrent le buffet, et....trouvent les 25 pains.”

Un tonnerre d’applaudissements termine ce récit, A peine a-t-il rétabli l’ordre que le professe : s’écrie : “ Les protestants ne peuvent pas faire de miracles, parce qu’ils sont méchants et que leur religion est fausse.”

Sur ce, les sourds-muets s’agitent comme des furieux et montrent le poing.

Puis vint la pièce suivante :

‘ MEURTRE ACCOMPLI PAR DES PROTESTANTS. L’HosTiE. — Un saint prêtre a été dernièrement assassiné et volé, près de Montréal, d’une somme d'argent recueillie pour des fins charitables.

‘ Les assassins sont des protestants. Le jour suivant, on trouve le corps du prêtre ; brillante auréole autour du corps, brillante comme le soleil. Le phénomène était causé par des hosties dans la poche du prêtre. Le corps ne s’est jamais décomposé, il est resté beau et parfait jusqu’à ce jour ” (Ô Pacifique ! on te la coupe).

Ce nouveau récit est accompagné de tels gestes de rage par les sourds-muets, de telles menaces contre les protestants, que je songeai à mon heure dernière.

Un aAuTRE MrrACLe ! — Une jeune fille tombe dans un puits très profond ; elle flotte sur l’eau et est sauvée par le scapulaire qu’elle portait sur elle. Æle reste dans le puits toute la nuit et le jour. suivant. Un prêtre la voit dans un rêve et vient la sauver.” (Pourquoi ça, puisqu'elle était si bien dans ce puits ?)

Le professeur montre alors le scapulaire que les sourds-muets regardent avec admiration et respect, se frottant les mains de bonheur.

L'autre histoire fut celle-ci :

GARIBALDI COMPLOTE DE TUER UN PRÊTRE ! — Garibaldi feint d’être malade, envoie chercher un prêtre. Ce prêtre trouve Garibaldi au lit; un poignard était caché dans ses draps Le prêtre lève sa croix et prie, Garibaldi, touché du remords, tremble et confesse son intention." |

Ici, le professeur, que l'émotion gagne, peut à peine continuer son exposition ; mais à la fin il pousse un cri et fait avec ses doigts les EH | mots “ Vive le catholique, ” qui sont suivis des plus délirantes mani- LUE festations de la part des élèves.

Li Puis vint “ La Mort D£ Lurmer.—Luther était en train de prêcher contre le pape et l’église de Rome, quand il fut saisi à la gorge par des démons invisibles ; on le transporte chez lui dangereusement malade. Sa gorge commença à enfler à tel point qu’on le crut perdu. Son corps était couvert de vermine, d’ulcères et de plaies de toute sorte ; enfin M: 1 il mourut à la suite des souffrances et de l’agonie les plus atroces. ”

| Ce qui m'étonne, c’est que le professeur n'ait pas fait muarir

l | Luther en se confessant ; peut-être avait-il trop mal à la gorge. # * + UN Vous avez suivi, lecteurs, vous avez vu comment on instruit les IL: sourds-muets, comment on enseigne l’agriculture et la physique du globe.

AU Qui osera me taxer d’exagération, maintenant, quand je dirai qu’il 1 ni est impossible que dans nos colléges on enseigne la science, qu’il est

h impossible que notre jeunesse en sorte connaissant quelque chose. On ne veut pas qu'elle sache, pardieu! ‘“ Cela ne ferait pas notre affaire ” !! |

Qu'on prenne le grand nombre de nos hommes de profession, parmi la classe qu’on est convenu d'appeler instruite, que savent-ils 1 un peu de routine de métier propre à faire d’eux des agents d’affaires, et, en dehors de cela, rien.

S ce

Fabre dore

me

Eu

Pre RE En

Ah ! nous en sommes bien encore au temps où le clergé forçait Copernic à dire que le soleil est immuable, parce que Josué l'ayant arrêté, il n’était pas dit qu’il l’eûé fait repartir, et où il emprisonnait Galilée pour avoir prétendu: que la terre tourne. Et il en sera ainsi du clergé de tous les temps, parce que la science démolit l’échafaudage théocratique, amas de légendes et de pucrilités qu'ont détrôné Newton, Kepler, Laplace et Cuvier.

Voilà des noms qu’on ignore dans les colléges, parbleu ! Mais en revanche, on y passe les deux-tiers de la vie en prières, l’autre tiers à apprendre les racines grecques et à maudire les philosophes.

Oh ! les philosophes ! on n’en connaît qu’un, Voltaire ; il est vrai qu’on ne le connaît que de nom, mais c’est assez pour le maudire.

Eh bien ! c’est. une chose poignante et terrible qu’un état de société comme le nôtre... Quoi ! nous sommes aussi vieux que les Etats-Unis, et où en sommes-nous ? Quand je descends dans cet abîme, je reste épouvanté. Mais je ne craindrai pas d’y descendre encore davantage

mate

Page 1