‹ La lanterne [microforme]Chapitre 33 sur 73 · ARE · texte numérisé non relu

ARE

(Nr M. Cartier, étant fatigué de voyager sur le Grand-Tronc, ne Œm à Québec hier soir. ”

il 3 Nos ministres sont in'atigables. Et dire qu'il n'arrive jamais Lu d'accidents quand ils sont dans ce Grand-Tronc si prodigue cependant | ( | de la vie d'autrui! C’est à désespérer de notre avenir !' [aix j 1 | ."e A El Le Haut-Canada se hâte de regagner le temps qu’il a perdu ] 1H lorsqu'il était avec nous.

{ 1 Pendant que nous nous civilisons de moins en moins, il se civi- LU | lise de plus en plus, afin de ne pas former un contraste ridicule [E fl 1 avec les Etats-Unis, comme nous sommes menacés de le faire, si TE jamais l'Amérique anglaise leur est annexée. [RATER Les mesures libérales sont adoptées les unes après les autres avec EAU un entrain merveilleux. J’en ai fait connaître quelques unes. A son

LEE M: tour, M. Wood, trésorier de la province, vient de présenter un acte RO concernant les écoles industrielles :

L ‘ 11 expliqua, dit le Pays, l’objet de ce projet de loi qui est de constituer plusieurs institutions charitables de la Province en autant d’coles industrielles où NE ! . seront admis les enfants, orphelins ou autres, qui n’ont pas de parents ou de garjn | ! dions x tt Ils devront être admis, d’après la loi, sous l’autorité du secrétaire Le if; rovincial.

‘hi ff La On comprend combien cette loi peut opérer de bien en remplaçant les maisons

4 pe de refuge où, seuls, les enfants entachés de crimes sont admis, par des écoles où les ER EU enfants qui sont, en l'absence de ces institutions, forcément jetés sur la voie du

à | À | ; crime, seraient admis de droit, sans l'intervention d’un magistrat de police dont la DE NE décision entraîne nécessairement une sorte de déshonneur. En à En fait d'institutions charitables——qui ne sont pas transfrrmées AE en écoles industrielles — nous avons, nous, l’hospice de Saint TETE Vincent-de-Paul, lequel reçoit tous les pauvres qui paient douze mL piastres d’entrée, plus quatre piastres de pension par mois.

If C’est un conseil indirect donné à tous ceux qui n’ont pas une À

ji .. croûte à se mettre sous la dent et qui ne savent pas où passer la nuit, | . de mendier pendant un mois pour trouver leurs douze piastres, puis de 1fs ï mendier encore tous les autres mois pour payer leur pension.

+ Hal “+

Je reçois la lettre suivante :

M. Lx Répaoreur — Votre LANTERNE est bien évidemment un mauvais journal ; les prêtres et tous leurs journaux le disent trop pour me laisser l'ombre d'un doute à ce sujet, Je me suis donc jusqu’à ce jour religieusement abstenu de la lire, malgré la tentation. Mais voilà qu'en lisant dernièrement les ‘ Mémoires d’Uutre Tombe ” de Châteaubriand, grand défenseur quand même de l'Eglise, je trouve qu’a Rome, au moyen d’une dispense, on peut lire les plus mauvais livres, en sureté de conscience, et cela pour quelques sous. Alors je me suis dit : ‘‘ Si cela est permis à Rome pour de l’argent, pourquoi ne le serait-ce pas, à Montréal, aux mêmes conditions ? Le seul emburras que j'éprouve est de savoir à qui m'adresser pour avoir cette dispense. Sera-ce à l’évêque, au supérieur des Jésuites ou à mon curé? Vous m'éclairerez sans doute à ce sujet, vous qui possédez beaucoup des 8e rets du corps, à ce que l’on dit. Si vous ne pouvez le faire, vos amis du ‘“ Nouveau-Monde ” se feront sans doute un plaisir et peut-être un devoir de me rendre ce service. Je n'ignore pas pourtant qu’il y a beaucoup de gens qui prétendent, et avec beaucoup d EU tmbonso de raison, que, s’il n’y a pas de mal à faire une chose, quand on a donné de l’argent aux prêtres pour la faire, il n’y a pas davantage à la faire lorsqu'on ne leur en a pas donné. Votre etc.

Mon correspondant est d’une naïveté qui ne devrait plus être permise.

Comment ! il ne sait pas que, dans un siècle d’affaires, la religion elle-même devient matière à compromis et à trafic !

De quelque côté qu’on se tourne, on est pincé dans un admirable mécanisme de décrets, de prohibitions, de dépenses, de dispenses.... etc....Vous payez pour être exempté de ne pas lire! Ne vous plaignez pas. Si vous saviez ce qu’il en coûte aux pauvres diables ignorants pour être exemptés de lire!

Voilà que L'Ordre est de mon avis ; ce calice m'était réservé. La Lanterne a fait là une conquête gênante, mais qu’on juge du chemin qu’elle a dû faire dans l'opinion, lorsque de tels résultats se trahissent,

Lisez :

‘ Soyez tranquille, M. Buies ; il y a longtemps que l'Eglise a fait preuve de sa sollicitude en démasquant et en stigmatisant, comme elles le méritent, toutes ces soites pratique: de dévotion que les esprits illettrés gobent partout. Si vous aviez jamais eu l’obligeance d'écouter un sermon quelconque jusque dans les églises de campagne, vous auriez entendu, comme nous, des prêtres, peut-être de ceux que vous qualifiez si poliment d’ignorants, de cruels, d’hypocrites, et que savons-nous encore ? reprocher à leurs paroissiens, ou à une certaine classe parmi eux, ces superstitions niaises que vous prétendez être entretenues parmi les catholiques, et les éclairer sur ce sujet. Ces pratiques sont bien plutôt l'invention de l'esprit de ténèbres, qui cherche à se transformer en ange de lumière pour détourner les fidèles des sérieux devoirs de la religion, en occupant leur esprit à des puérilités.”

Non, certes, non, je ne pensais pas marcher sur les pas du clergé en écrivant la Lanterne.

Je me figurais naïvem=nt que tous ces petits livres ridicules, comme le Saint Suaire et le Recueil de Neuvaines (dont je parlerai), que tous les livres plus ridicules encore dont j’ai reproduit le catalogue annoncé dans les journaux par nos libraires, se vendaient au vu et su de notre clergé, et étaient approuvés par lui....Je me figurais encore que {outes ces sottes pratiques de dévotion, comme le rosaire vivant, la

couronne d’or..etc..n’avaient pas été établies par le maire et les échevins, ni par le gouvernement provincial, quoiqu'il l’eût pu faire, mais bien par les mémbres du clergé.

Je me figurais encore que toutes ces sottes pratiques, formant le plus clair et le plus gtos des revenus des prêtres, ils ne pouvaient en être les ennemis, et je me rappelais incidemment cette parole de Voltaire :

‘* Les prêtres font la guerre au diable, quelle imprévoyance ! mais c'est lui qui les fait vivre ! ”

Je me figurais qué toutes ces prières comiques pour sauver les âmes du purgatoire et toutes les indulgences qui y sont attachées, n'étaient pas l’œuvre de quelque marchand de tabac, mais bien des prêtres qui, par conséquent, ne les peuvent condamner....

Mais je m'étais mis le doigt dans l'œil.

Le plus grand ennemi de foutes ces sottes pratiques,..c'est le clergé ! !

Mais alors qu’on me fasse donc connaître l’acte ou le mot par lequel il les blâme, ou tout au moins ne les encourage pas.

Qu'il y ait des prêtres qui aient prêché contre la superstition, c'est possible, cela est très facile ; mais ont-ils indiqué au moins ce q ‘ils entendaient par superstition ? ont-ils nommé, comme moi, ces sottes pratiques ? S'ils l'ont fait, au lieu d’écrire contre moi, vous devez me combler d’éloges, puisque je ne fais que les imiter.

Je me figurais encore, triple naïf, que le clergé, ou bien l’évêque de Montréal, s’il désapprouvait ces softes pratiques, n'avait qu’à le dire, et de suite on les aurait vu disparaître.

Mais elles ont été fortement condamnées, paraît-il, et cependant elles subsistent encore.

Vous vous êtes donc placés vous-mêmes dans ce dilemme, terrible pour vous qui ne savez pas raisonner :

Ou le clergé ne défend pas ces pratiques, et alors vous .,ez menti gratuitement,

Ou il les défend, et alors il a perdu toute influence, tout prestige sur ceux qui l'écoutent le plus, puisque ces pratiques, au lieu de disparaître, se multiplient tous les jours comme la postérité d'Abraham.

Quand je disais que le clergé perd du terrain tous les jours, je ne m'attendais pas à ce que te serait vous, L'Ordre, qui lui donneriez le coup de grâce.

Mais voilà! on fait des convertis, et ensuite on ne peut plus retenir leur zèle : les néophytes laissent bisn loin dettière eux les apôtres ; ça s’est toujours vu.

lus les

Je lis dans l'Avenir National de Paris :

‘“ Une dépêche Dre pr datée de Rome, nous apprend que les condamnés Monti et Tognetti ont été “‘ guillotinés ” hier, à sept heures du matin, au lieu des exécutions ordinaires, °

‘4 Quel était le crime de.Monti et de Tognetti? Ils avaient pris part, il y a

lus d'un an, au commencement d'insurrection qui éclata dans Rome, Le rev que

aribaldi et les siens entouraient la ville du pape, Quelle avait été leur part d'action dans ce mouvement, que les’ chassepots de notre corps expéditionnaire firent échouer ? Qu'’avaient-ils fait de criminel ? Nous n’en savons rien, La justice du papé est une justice secrète. La procédure inquisitoriale de Rome ne permet au public de gi rg ses œuvres, à l’opinion de juger ses arrêts, Le tribunal qui juge n'entend pas même de témoins, n'interroge pas, ne voit pas les accusés. Lentement, pendant un an, la police du pape espionne et cherche : l'accusé attend dans un cachot. Au bout d’un an, les juges du pa rude du

L pashines de la police; l’échafaud se dresse et deux têtes tombent. Au bout ’un an Li

C’est au moins encourageant de vivre sous ce régime ; et je comprends que le Canada ait envoyé, pour le défendre, toute la jeunesse dont il ne savait que faire.

Mais je frémis en songeant au jour des représailles. Il serait bon que les zouaves canadiens fussent malades d'ici à un an au plus tard, pour objenir leur congé.

Ceux qui n’auront pas le bonheur d’avoir les fièvres courront le

risque de ne pouvoir plus envoyer de correspondances pontificales à l'Ordre.

‘ Beaucoup d’appelés, mais peu d'élus.” C’est cette parole de l'Evangile que va réaliser le concile œcuménique.

Le pape a eu beau demander aux protestants, aux grecs schismatiques..&..d’y assister ; il lui ont tous répondu qu'ils ne voulaient pas de son concile. |

N'importe, le concile aura lieu tout de même ; pourvu qu’il en sorte au'moins un nouveau dogme, ce dont nous avons tant besoin, et une nouvelle fête d'obligation, car il est impossible que l'humanité se sauve, rien qu'avec quinze fêtes d'obligation par année !

Je vous annonce, lecteurs, que le prix de l'abonnement à la Lanterne est dès maintenant fixé à vingt dollars par an.

Un Ce mes abonnés m’ayant envoyé ces jours-ci dix dollars pour six mois, j'ai trouvé l'exemple si séduisant que j'ai résolu de vous le faire suivre.

Ceux qui y répugneront pourront continuer à faire comme jadis, c'est à dire à m'envoyer une misérable piastre” pour six mois et d'avance, mais je les tiendrai en petite estime.

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