‹ La lanterne [microforme]Chapitre 34 sur 73 · LES SAINTS DU CALENDRIER · texte numérisé non relu

LES SAINTS DU CALENDRIER

‘“ Sainte Agnès,” l’un seul mot fit tomber raide mort un jeune homme qui s'était montré audacieux ; mais elle lui rendit la vie à la prière de son père.

‘“ Sainte Agnès ” fut martyre, condamnée à être brûlée, dit “ saint Ambroise ” ; mais lés flammes refusèrént de la consumer, et le juge la fit tuer d’un coup d’épée.

Il y a au moins soixante martyrs dont on raconte la même chose, sans expliquer davantage pourquoi la puissance divine qui les préservait des flammes ou des bêtes féroces ne pouvait pas ou ne voulait pas les préserver du glaives

Je citerai seulement :

“ Sainte Julienne, ” dont on raconte sans aucune preuve et sans vraisemblance qu’un juge ordonna de lui arracher les cheveux avec la peau de la tête.

Cela ne lui causa aucun mal.

Il ordonna de la faire rôtir dans une fournaise. \

Cela lui fut indifférent.

Alors il la fit frire dans l'huile bouillante.

Ce qui sembla la rafraîchir [textuel].

. Mais lorsque ce même juge ordonna de lui trancher la tête, Dieu ne s’y Opposa pas.

On maria saint Aubert et sainte Angradesme, — Saint Aubert refusa net de consommer le mariage ; de son côté, sainte Angradesme obtint de Dieu d’avoir le visage couvert d’ulcères. Les deux époux, alors au comble de leurs vœux et si bien d'accord, ñe s'occupèrent plus que de leur salut.

Saint Benoît n'avait rien trouvé de mieux pour faire plaisir à Dieu, dit saint Grégoire, que de se rouler tout nu dans les orties.

En parlant de sainte Radé”-nde (cette reine qui aimait tant les puanteurs) j'ai oublié un détail curieux ; “ elle feignait des nécessités, dit saint Grégoire de Tours, pour quitter la nuit le lit où elle reposait à côté de son mari, et aller se coucher sur la terre nue et prier. ”

Pour lui il se mit dans un petit coin et s’y tint debout pendant quarante jours sans s'asseoir ni s’agenouiller, sans user de pain ni d'eau, et mangeant seulement quelques feuilles de chou cru le dimanche.

Entre les autres austérités que l’on rapporte de saint Macaire, on dit que, ‘“ l'esprit d’impurveté le pressant par de violentes tentations, ” il s’en alla dans un marais où il y avait des ‘ moustiques et des cousins gros comme des guêpes, et où il s'établit tout nu pendant six mois. Or, ces moustiques avaient des aiguillons si pénétrants que la peau même des sangliers n’était pas à l'abri de leurs piqûres. ”?

Il n’est pas besoin de dire quel spectacle réjouissant ce fut pour Dieu de voir ce saint tout nu dans son marais. L'Eglise honore le ? janvier.

Les écrivains ecclésiastiques donnent la virginité comme le plus haut point de perfection pour les deux sexes. Il se trouve un assez grand nombre de veuves néanmoins dans le ealendrier ; mair on a soin de faire remarquer que c’est malgré elles qu’elles ont accepté un époux ; quelques unes ont amené cet époux à ne lêtre que de nom ; d’autres, comme sainte Reine, ont fait, après la mort de cet époux, une austère pénitence. L'époux de sainte Reine, cependant, était un homme si vertueux que l’historien de leur vie (Molanus) déguise co qu’il y a d’horrible dans le mariage en disant : .

‘ Ces deux saintes âmes eurent dix filles. ” Ces dix filles restèrent vierges ; ce fut une d'elles, sainte Régenfrede, qui fut abbessé du monastère de Donoue, que fonda sainte Reine, qui ne voulut pas accepter cette qualité, ‘ne trouvant pas séant qu'une personne qui avait subi le mariage et dont l’âme avait produit dix enfants, eût quelque autorité .sur des vierges en la compagnie desquelles il lui semblait que c'était déjà trop d’honneur pour elle de pouvoir prsser sa vie. ?”

L'auteur ajoute à ce sujet une sévère admonestation aux veuves qui entrent en religion et qui souvent, dit-il, “ portent dans ces “ maisons où on leur fait la grâce de les admettre un esprit d’autorité “et cet air de commandement qui leur reste de leur première vie. ‘ Prions cette sainte veuve d'attirer cette grâce sur les communautés “ que Dieu en éloigne les veuves altières, curieuses, entreprenantes, ‘ete. ”

Témoin sainte Cunégonde qui, veuve, ayant fait nommer sa nièce abbesse du couvent où elle s'était retirée, toujours par respect pour la supériorité de la virginité, ne poussa pas ce respect jusqu'à ne pas lui donner un soufflet, un jour que l’abbesse était en retard pour l'office. “ De ce soufflet, dit l’auteur, Dieu voulut. que la marque restât sur la joue de l’abbesse pendant toute sa vie. ”

Il parait que sainte Cunégonde n’y allait pas de main morte,

Cette supériorité des vierges se fonde sur ce qu’elles pensent être: les épouses de Jésus-Christ, situation que les auteurs ecclésiastiques: n'expriment pas toujours avec une réserve suffisante. Une des formules les plus fréquemment employées est celle-ci :

“ Elle mourut et alla jouir des embrassements de son céleste. époux. ”” J'ai souvent remarqué que les prêtres, les religieux et les personnes qui ont la prétention de ne pas connaître l'amour, par cela même ne connaissent pas la chasteté ; voir les casuistes, dont les livres sont d’une obscénité et d’une grossièreté choquantes.

On ne se figure pas combien, avec de pareilles idées et de pareilles images, on remplit les couvents de pauvres filles qu’on rend hystériques, à la façon de sainte Thérèse, qu’on a appelée sainte Sapho.

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