‹ La lanterne [microforme]Chapitre 4 sur 73 · LL · texte numérisé non relu

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Est-ce parce que notre population travailleuse, décimée par la misère, émigre avec douleur aux Etats-Unis !

Est-ce parce que des milliers d'émigrants européens passent à notre nez tous les ans, pressés de se rendre chez les Américains ?

Est-ce parce que?....mais je m'arrête, Nous avons en vérité trop de sujets d’être heureux, et je crains, en les énumérant, d’inspirer l’orgueil de la prospérité qui est toujours funeste. ...même aux

grands peuples,

Une ombre vient se mêler à nos joies Le nouveau gouverneurgénéral, Sir John Young, au lieu d’être un duc ou comte, est tout simplement un Sir. di drutli a

Voici comment le Journal de Québec exhaie sont amertume :

“ On trouvera peut-être un inconvénient dans la tp sociale exis: tant entre le gouverneur-général et ses ministres. Sir John Young est un baronet, M. Cartier est un baronet: Sir John Young est chevalier commandeur du Bain, Sir John A. Macdonald est chevalier commandeur du Bain. Anciennement, nous avions pour gouverneurs, dans les colonies, des comtes, des ducs et jusqu'à des princes du sang royal; c'était lorsque notre population se comptait par milliers. Aujourd’hui que nous sommes un peuple de quatre millions, et presque une nation, la ré li est à notre égard d’une décourageante parcimonie. Tel

n’est pas le moyen, dans tous les cas, de propager les idées monarchiques parmi

nous, ”

Vraiment, ça n’est pas la peine d’expédier un gouverneur d’Angleterre s’il n’est que légal, socialement, 'de M. Cartier. Mais je ne m'arrête pas à ces considérations,

Je ferai remarquer seulement que les Etats-Unis, qui sont une nation de plus de quatre millions d’hommes, ont un président qui est un ancien tailleur, qu'il a suffi d’un mot de cet ancien tailleur pour faire s'incliner devant lui le puissant empereur de la France, que le président qui l’a précédé était un ancien bûcheron, et que ses ministres étaient ses égaux à tous les points de vue.

Comment veut-on que l'Angleterre ne se contente pas de nous

envoyer un Sr, quand elle voit les Etats-Unis se contenter d’un bûcheron ?

Bah ! on est toujours assez noble pour recevoir 10,000 louis de traitement,

LS * + Quant aux institutions monarchiques, il est malheureux que nous n’en prenions pas le goût à mesure que les autres peuples le perdent,

Mais si nous sommes condamnés à rester derrière tout le monde,

au moins ne tirons pas trop sur la queue pour ne pas l’arracher. Nous resterions tout seuls.

Je viens de voir le prospeie d’un nouveau journal qui s’appelle l'Ave Maria et qui est fondé dans les intérêts de la Sainte Vierge.

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Allons, bon. Voilà que la Sainte Vierge a besoin d’un organe. La polémique va devenir de plus en plus difficile ; mais heureusement que la Afinerve, qui est une déesse, nous mettra à l'aise avant quinze jours en déclarant que l’Ave Maria n’est qu'un insulteur gagé de la mète du Christ et un dévisour de consciences.

On ne dit pas si RSR ui a autorisé la Sainte Vierge à avoir un parti dans le mais on dit qu'une messe en

requiem et'un certain nombre de communions sont offertes tous les

samedis à ceux qui paieront vingt dollars.

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attrayanteque cette messe en reguiem fera

Joie sux yeux ces Lo vote te mega n’est pas né-

Fe AR précipiter en que qu’il est'tetjours temps de se faire etes rite roquiems quand on est mort, et que-d'assister à son propre Ubera tous les samedis, même en payant pour, meconstitue pas un des plaisirs les plus recherehés, de notre époque si féconde en divert:ssements, .

D'autæs prétendront qu'il faut avant tout être rond en affaires, que le chiffre de vingt dollars étant précisé, il faut que celui des communions le soit ; qu’en outre, comme il est difficile de constater le nombre de ceux qui communient le samedi dans toute la catholicité, la comptabilité du nouveau journal deviendra incontrôlable ; :. .. à moins que la Sainte Vierge ne fasse tous les samedis un miracle pour son organe et n’envoie des colombes annoncer le nombre exact des communions reçues. . .. Alors ce sera la chose la plus facile au monde.

J'ai tn remarqué que les rois ont une heure, invariablement la même, pour abdiquer ; c’est lorsqu'ils ont perdu leur trône.

Mais comme le droit divin est inaliénable, ils ont soin d'ajouter qu'ils abdiquent en faveur de leurs enfants,

Ainsi Napoléon, battu à Waterloo, abdiquait e en havois de son fils Aujourd’hui, c’est la reine d'Espagne qui, incapable de rentrer dans sa capitale, et par conséquent de reprendre son sceptre, veut le passer au prince des Asturies.

Tant qu’il reste aux rois la plus petite chance, au lieu d’abdiquer, îls fugillent.

Aussi toute phase d’abdication’peut être indiquée par ce thermomètre infaillible :

ler jour,—Les troupes royales sont engagées avec les rebelles ; victoire indécise. —Cinq mille. hommes seront passés par les armes dans les 24 heure.

2e jour.--Les troupes royales perdent du terrain, mais .soutiennent bien la retraite. — Trois cents hommes seront fusillés avant la nuit. |

butien-

ant la

3e jour.—Les troupes royales sont en pleine déroute. —Amnistie partielle pour les rebelles les plus compromis.

4e jour.—Les insurgés sont maîtres de la capitale.-—Amnistie complète.

5e jour.—Le roi est en fuite.—Abdication.

* x * Il y a encore un autre moyen quand on n’abdique pas, c’est de.

monter à l’échafand. Mais les rois qui sont tous en faveur de la peine de mort, n'aiment pas à prêcher d'exemple.

# * * Le Courrier du Canada a bien voulu dire que je n'étais qu’un

imbécile ; me voilà désarmé maintenant! Ilest plus fin qu'on ne le

pense, le Courrier : en effet, je ne voudrai jamais qu'on m'accuse de faire la guerre à : es semblables,

. Fa 4 Je lis sous l'en-tête Livres Nouveaux, dans une annonce du Nouveau-Monde :

‘“ Etudes philosophiques sur le christianisme, ” par Auguste Nicolas. Ces études datent d'au moins trente ans !

ge Lo Hart: de croire, ” (qui n’est pas nouveau, et surtout qui n'est pas un

Mais puisqu'il existe des titres de ce genre, c’est que les troisquarts des choses qu’on veut faire gober aux hommes d’aujourd’hui exigent des esprits façonnés tout exprès pour les admettre.

De telle sorte que l’art de croire n’est que le résultat de l’art de faire croire. ë

Les personnes désireuses de se perfectionner dans cet art peuvent prendre des leçons tous les jours dans les articles de la Minerve et du Nouveau-Monde, moyennant six dollars par an, ce qui n’est pas cher quand on songe à la quantité d’absurdités qu’elles y apprendront à croire.

La raison de ce bas prix vient de ce que le fonds de la crédulité humaine est si prodigieusement grand, que les dites écoles sont toujours sûres de se rattrapper du bon marché par le nombre des élèves. -

‘ Pharmacie spirituelle de poche, à l'usage des confesseurs. ”

Oh, là! D'abord, je n’ai pas compris ;—il faudra que je prenne des leçons de croire—ensuite, je me suis dit que, puisqu'on fait commerce de tout maintenant, je ne tarderais pas à trouver dans une colonne du Nouveau-Monde cette nouvelle annonce :

‘ Parfumerie religieuse :

4 Odeur de sainteté pour le mouchoir,

‘4 Odeur de vertu pour la toilette des dam

‘ Essence de purifi-ation extraite des os de Saint Pacifique, à l’ d pénitents qui sentent l'ail. que, à l'usage des

“ Essence de componction pour les gencives.

‘ Eau de repentir nn gr pour les’ yeux, votés avec l’élixir de contri-

tion pour les cœurs endurcis, etc., ete., etc. PA prendre : Une cu erée à soupe après avoir péché, ou un verre à vin

avant à se rendre à confesse.

‘“ En vente dans le sovbassement de l'église des Jésuites, à côté du compartiment réservé aux représentations théâtrales.”

Je lis qu’une adresse, débutant par ces mots, a été présentée à l’évêque de Saint Hyacinthe :

“ A Sa Grandeur Monseigneur l'Illustrissime et Révérendissime Charles Larocque, évêque de St. Hyacinthe. ”

Il me somble que lors 'on s'est déjà fait appeler Sa Grandeur Monseigneur, l’illustrissime +: le révérendissime sont du superflu. Mais la religion des temps 1 odernes, qui se traduit par ces expressions, n’en saurait trop avoir.

Il y aentre autres un sisire qu'on a sans doute oublié, et qui aurait trouvé là sa place admirablement, c’est l'infaillibilissime.

Depuis sa discussion avec le député d’Iberville, M. Dufresne, il n’est personne qui puisse contester ce titre à l'évêque Larocque qui

disait :

Nous, le clergé, nous décidons de tout ; vous, laïques, vous êtes cou coupables si vous discutez: quoi qu e ce soit; un bon catholique doit être soumis à l'église et l'écouter, sous peine d’être regardé comme un païen et un publicain. ”

Ainsi, je soutiens, moi, que le club Saint Jean-Baptiste n’est pas une société secrète, ct je le prouve. Vous, évêque, vous dites ‘c’est une société se rète. ” ,

Pardon, Monseigneur, excusez-moi, c’est une société secrète, puisque vous le dites. De cette façon, du moins, on ne m’appellera pas un publicain.

Pa

Le Nouveau-Monde trouve le Pays maladroit, parce qu’il a ‘annoncé six heures à l’avance la condamnation de Whelan.

Nous faisons des miracles, cher confrère, nous faisons dés? miracles. Ca doit vous aller. Chacun son tour, que diable:

J'ai fini par découvrir la signification du dé ‘‘impie.” Le Nou: veau-Monde s'offre pour deux sous, et personne ne l'achète ; la Lanterne se vend six sous, et tout le monde ia demande. —Dont, je suis impie.

__ Je ne vous demande qu’une chose, messieurs :. c'est bien le moins, puisque vous êtes infaillibles, que vous soyiez conséquents, que vous ne disiez pas un jour uñe chose et le lendemain une autre,

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Nou:

Ainsi, lors de mon installation au Pays, vous m'avez accablé de compliments, mêlés de sottes injures, il est vrai ; mais dans mon petit amour-propre, je n’ai fait attention qu'aux compliments, comme s'ils pouvaient avoir quelque valeur.

Aujourd'hui, vous dites que la’ Lanterne est rédigée sans talent, sans esprit, sans style...., etc..

Voyez un peu la différence. Moi, je ne vous ai jamais pris que pour des imbéciles, je vous prends encore pour tels, je vous le répète, et je mourrai avec cette conviction.

Je suis un misérable, un scélérat, c'est entendu, c’est admis de tout.le monde, ça été dit vingt mille fois, j je ne le conteste pas.

Mais, pour comble à mon déshonneur, il faut que le Mouveau- Monde me traîne dans ses colonnes.

Vous voulez sans doute, en mettant sans cesse ma personne en avant, sans discuter mon œuvre, m’entraîner dans la lutte oiseuse et triviale des personnalités.

Non, messieurs. Vous pouvez vous occuper de moi, vous avez vos raisons. Mais je ne HAUTS de mon côté, m'occuper de vos piètres personnes,

Je vous combats parce que vous représentez un fait, à défaut d’une idée, parce que vous êtes l'image d’un parti, formé d’ombres, il est vrai, mais existant et saisissable.

Quant à vos ms pad je ne les aperçois même point.

Vous m'avez déclaré la guerre, je vous attendais.

Au premier coup que vous avez porté, tout: le monde vous à, reconnus ; ce premier coup était une lâcheté.

Vous avez effrayé un honnête homme, un bave libraire qui croyait dépendre de ous et il n’a plus osé vendre la Lanterne.

C’est là le coup : mais le Gi bibi à le voici, Pour un dépôt qui m'est enlevé, j'en aurai dix.

Vous avez cru empêcher la vente, elle va être triplé. Constatez vous-mêmes, vous qui croyez tenir toit dans cette ville enchatnée. On vous échappe ; la réaction du progrès se. prépare, fermente, et vous ne la voyez pas !

Vous vous êtes dit que je serais écrasé. Beaucoup ont jeté un bn sur moi qu’ils croyaient. seul devant le noire puissance.

. Mais j'avais avec moi la jeunesse, cette jeunesse qui depuis dix ans est muette, enserrée, bâillonnée. : J'ai remué ses entrailles et fait vibrer son cœur,

Vous croyez la tenir et elle me crie : “ En avant,” ct ses ghaudes poignées de main me-disent qu’elle aspire à la liberté, si elle n est pes encore prête à combattre pour elle.

Venez, venez avec vos obscures phalanges, dresser l'obstacle devant

la Lanterne. Nous le culbuterons.

Vous avez avec vous les bourreaux de la pensée, nous en avons

les soldats, ne Nous avons des recrues partout, et vous l’ignorez, Oui, partout qi des recrues, parmi ceux qui portent encore leurs fers, comme parmi ceux qui les ont brisés.

: Vous avez beau dire que la Lanterne est une œuvre de protestants, me de Suisses, comme vous les appelez. Non, ce n'est pas une œuvre de protestants, L C’est l’œuvre des hommes libres, et de tous çeux qui veulent l'être. ” Vos jongleries religieuses, votre pieux charlatanisme, sablonneux édifice d'impostures, n'aveuglent plus que les vieilles femmes. Le peuple, longtemps pâture, redevient homme. Le bandeau AL tombe, ou ne couvre plus que des yeux depuis longtemps affaiblis. - 1 Il ne fallait plus qu’un drapeau. Eh bien ! je le prends en main. 14 Pleuvez sur moi, malédictions, calomnies, infamies, injures. il Je souris voluptueusement à l’outrage, et je vous nargue....

troupeau !

* ; * + Je lis dans la dernière Lant-rne d'Henri Rochefort : é Le bureau de bienfaisance du sixième arrondissement, ayant besoin d’un À

4} médecin, avait placé, le premier sur la liste, le docteur Eunile Allix. nil: Sur ces entrefaites, le ministre de l'Intérieur ayant appris que le jeune et savant docteur était appelé par Victor Hugo lui-mêms à donner ses soins à Mme I Victor Hugo dans sa dernière maladie, a écarté M. Allix pour choisir le candidat

placé en seconde ligne. AE

Vous rendez-vous un compte bien, exact de la satisfaction que doit éprouver un malade à qui on vient tenir ce langage DEN y

* Vous souffrez d’une maladie de foie qui vous emportera d'ici, un temps q prochain. Nous pouvions vous envoyer un docteur qui seul parviendrait à vous p sauver, mais comme il est un républicain et qu'il se permet d'aller d nner ses d soins aux exilés, nous allons le remplacer par un autre, entre les mains de qui vous passerez, très-probablement, mais qui a l'avantage d'être bonapartiste. J'espère cù que nous sommes gentils pour vous. ” re

j) C'est absolument là le langage que tient notre clergé dans les ac | élections, a ‘4 Voulez-vous être ruinés, dit-il, mais sauver votre Ame? voici M. X, qui q

| est un idiot, mais qui se présente devant vous tout exprès pour faire votre salut. e 1 Si vous, élisez M. D., il parlera contre les fortifications de Lévis, et vous serez 8 f damnés à tout jamais. ps Le premier devoir d'un homme politique, dès qu'il entre dans Jel l’Assemblée Législative, c’est de dire le chapelet, ensuite, de ne rien pins

dire, et, en dernier lieu, de toucher 8600 pour le rachat des péchés de to

ses commettants. . . - :

Il y a des députés qui ont le double mandat. (1) C'est pour qu'ils : ouvtent les portes du ciel à boublé battant. | rig

| Ha “ Ua “ re

(1) On disait alors des députés élus le parlement fédéral et pour l’Assemblée provinciale également, qu'ils avaient le ‘‘ double mandat, ”

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Dour l'As-

Je me suis toujours demandé pourquoi nous avions des élections en Canada. C’est la chose la plus inutile et la plus embarrassante au monde,

Tout candidat qui veut briguer les suffrages n’a qu’à se présenter chez son curé et lui annoncer sa détermination de sauver les âmes de

toute la paroisse, ce qu’il peut exprimer par cette formule :

‘“ Je jure de voter contre toute loi qui tendrait à l'abolition de la dtme ;

‘Je jure de voter contre toute lui qui empêcherait les corporations religieuses d'hériter.

“Je jure de voter contre toute loi qui enlèverait au clergé une parcelle du monopole de l'éducation ; 4

‘ Je jure de voter contre toute loi qui bannirait le fanatisme des écoles en les rendant libres...., ete ...” this

Cette formule peut être variée suivant les circonstances. L’essentiel est qu’on atteigne le but, qui est la sanctification des comtés par

l'enrichissement des corps religieux.

Je frémis en songeant à la hauteur d'arrogance et d’absalutisme effréné où peut atteindre l’homme envers qui toute la presse incpte rivalise de servilité et de dégradante adulation.

La lettre suivante en fera foi. Elle est un peu ancienne ; mais cela est indifférent. Depuis lors, cette arrogance n’a fait que croître et embellir,

C’est l’évêque de Montréal qui écrit au docteur B.., professeur à l'école de médecine canadienne :

Montréal, 31 juillet, 1861.

‘ MONSIEUR, —Je suis profondément affligé en voyant l'attitude que prend votre Faculté de Médecine vis-à-vis de la religion. Elle n’ignore pas sans doute que l’Institut Canadien soit en fl te désobéissance à l'Eglise qui condamne ses principes comme irréligieux, et sa bibliothèque comme impie et immorale. C'ependant votre Faculté recoit dans son sein et même met à sa tête des membres de cette Institution dont l'autorité ecclésiastique a signalé aux catholiques de ce diocèse les ‘dangers pour leur foi et leurs mœurs. Par ce procédé que je ne puis m'expliquer, votre Faculté me force de lui retirer la protection que je iu: avais accordée de si bon cœur, en lui donnant entrée dans nos institutions religieuses où elle n'aurait jamais, je pense, mis le pied sans mon intervention.

‘“ Mon intention était de ne pas m’arrêter +n si beäu chemin et je méditais quelquechose de mieux encore pour donner à votre Institution une importance encore plus grande. Mais après cet acte de mépris de l'autorité divine dont je suis dépositaire, je me vois réduit à la pénible nécessité de rétracter ce que j'ai pu faire pour lui concilier la confiance publique.

Il n’y a vraiment plus moyen pour le clergé de recommander aux élèves sur lesquels il } nai avoir quelque influence, de fréquenter vos cours, et votre Faculté se trouve dans uneposition d'autant pis fausse que l’Université Laval, qui offre toutes les garanties ibles pour la foi et les mœurs de ses étudiants, est à notre portée, et qu'il est facile d’y faire arriver nos jeunes gens qui se distinguent lé plus par leurs talents et leur bonne conduite,

‘ Je regrette beaucoup de me trouver dans la nécessité d'accomplir un devoir rigoureux et ce serait, n’en doutez pas, un vrai bonheur pour moi si les raisons qui m'empêchent d’être, comme par le pass$, tout dévoué à votre institution, disparaissaient,.

‘ Je suis très-véritablement, “ Votre très-humble serviteur, ‘+ 10., EvÊQUE DE MONTRÉAL.”

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Cette façon de méler l'autorité religieuse aux choses purement de science, donne lieu, en dehors d’épouvantables abus, aux plus drôlatiques épisodes,

Un de mes amis avait fait, il y a quelques années, un petit traité de chimie agricole ; il l'expédie dans les cam es ; le curé vient à passer, examine le livre: ‘“ Comment ! s’écrie-t-il, en le rejetant, Ü n’y a pas un mot de la sainte Vierge dans tout cela / renvoyez vite ce livre, il ne peut que perdre les enfants.”

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Mais voici un exemple plus frappant encore.

C’est une histoire assez récente, une expérience cruelle dont la victime, jeune, hélas ! vit la Parque inflexible couper les tendres fils de son existence printanière.

Tel on voit le blanc nénuphar balancé mollement sur le miroir des flots par une brise attiédie, ainsi son œil presque éteint flottait vaguement sur les profonds abîmes de l'empire de Caron, et l’ange de la mort, planant avec ses blanches ailes sur sa couche douloureuse. ...., ceci est pour dire que l’évêque de Montréal, Ignace par la grâce de Dieu, ce digne prélat qui a tant fait pour la gloire de Saint Pacifique, avait décidé, après une de ces inspirations que lui envoie souvent le Saint-Esprit, que dans le cas d'accouchement difficile, s’il fallait. sacrifier ou la mère ou l’enfant, on devait sans hésiter sacrifier la mère afin que l'enfant püût recevoir le baptême. Cette théorie, ou plutôt

ce dogme, car une très-antique tradition canadienne a établi que tout ce que dit un évêque, un prêtre, un diacre, un sous-diacre, ou le moindre ecclésiastique, est parole divine, ce dogme, dis-je, créa une espèce de stupéfaction parmi les médecins qui n'étudient pas la thérapeutique dans les mandements,

Or, un jour, les docteurs T.., P..et C..sont appelés dans un hospice où mourait une jeune fille, en grand travail, disait-on, mais sans que rien ne parût encore. ‘“ Labor omnia vincit,” a dit le

‘ poëte ; mais celui-là était un païen ; il n’a done rien à faire dans mon‘

récit. Le docteur T voulait employer le système ignatien; les docteurs P et C hésitaient, s’y opposaient. Au beau milieu de la dispute, un profond soupirse fait entendre, une main tombe inanimée. . la jeune fille venait de mourir, sans l’aide des médecins, pour rendre hommage au nouveau dogme, Grande victoire pour l'Eglise ! Dieu lui-même intervenait et se manifestait clairement. Il n’y avait plus qu’à extraire l’enfanit. L'opération césarienne sur un cadavre était la plus facile des choses. Pas un instant à perdre; l'enfant, dans le sein glacé de sa mère, trouverait vite un tombeau !....L’opération commence ; mais à peine l'instrument a-t-il entr'ouvert les cloisons fatales qui. emprisonnent la vie, qu’un sang noir mêlé d’un pus abondant jaillit tout à coup. Le flot coule, inondant le lit de mort de ses teintes violacées ; les docteurs ébahis se regardent ; petit à

petit disparaît cette rondeur accusatrice, objet de tant de disputes, cause de tant de souffrances. Le flot cesse, et ces mêmes entrailles qui, tout-à-l’heure, semblaient contenir une existence vigoureuse, maintenant affaissées, molles, distendues, ressemblent à une joue après une fluxion.

Qu'était-ce donc ? Ô merveille, un abcès! un abcès énorme venait de crever dans les flancs de la morte. C'était là l’enfant qui avait hérissé d'arguments trois illustres Hp dont l’un voulait procéder avec les canons évangéliques, et les deux autres seulement avec

le forceps. Mais comme pour témoigner de la vaine sagesse des hommes, et des crimes que peut engendrer une fausse interprétation des dogmes, la nature, se mêlant de la partie, avait soudain tranché la question.

Mais en sera-t-il toujours ainsi? Et pourra-t-on chaque fois se procurer des abcès sur commande ?

+ La pièce qui suit m'est envoyée directement de France. C’est l'explication d’une carte de géographie allégorique, copiée récemment ar les élèves des religieuses du Saint-Sacrement de Bernay, en Nor-

mandie :

Presqu'île de la Perfection i

La presqu'ile de la Perfection est située à l’est du continent du Monde, auquel elle est jointe par l’isthme de la charité bienfaisante. Elle est baignée au nord et à l’est par le vaste océan de l'Amour divin et au sud par la mer du Mépris de soi même. On trouve le cap de Persévérance à la pointe méridignale, au nord celui de la Sainte-Déflance, et au nord-est celui de la Mortification.

Les principaux fleuves sont lo. celui des Divines Consolations, qui prend sa. source au pied du mont de la Générosité, arrose la cité du Bonheur, et se jette dans l'Amour divin ; 20. le fleuve de la Paix qui sort des monts de l'abandon à læ volonté de Dieu, et se jette dans la mer du Mépris de soi-même.

L’abord de ces lieux serait inaccessible si les voyageurs, après avoir côtoyé les rochers escarpés de la Crainte, des Troubles, des Scrupules et des Retours sursoi-même, ne trouvaient enfin le golfe dela Confiance, et ne jetaient l'ancre au port. de l'Amour divin. Le commerce est très florissant ; on exporte dans le continent

. voisin le zèle du salut des âmes, la compassion, l’amour du prochain, le pardon des injures, et l’on reçoit en échange les solitudes et les croix dont les habitants. savent tirer un grand pric ou plutôt un grand parti.

Le sol est très fertile et produit toutes les vertus. Après vingt-deux ans, le parfait modèle de la douceur, saint François de Sales se rendit maître de ce pays.

C’est ainsi qu’en France, au XIXe siècle, on instruit les jeunes. filles.

Et les Ultramontains réclameront encore le monopole de l’enseignement |

Des filles que les parents ont la naïveté de leur confier pour en faire des femmes capables de remplir dignement leurs devoirs d’épouses et de mères, ils s'efforcent de faire des idiotes !

Cela s'appelle élever les enfants sur les genoux de l'Eglise / / /

*x LE.

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Abonnés de la Lanterne, mes amis! je suis illustre, illustrior, illustrissime, absolument comme l’évêque de Saint-Hyacinthe, mais sans qu’il m’en coûte aussi cher.

Mardi dernier, j'arrivais tout innocemment dans Québec, cette antique cité si pleine de souvenirs et si vide d’espérances.

Je foulais son sol vierge de macadam, et je cherchais ses trottoirs, qui sont aussi des souvenirs. Au-dessus de ma tête, les toits couverts de mousse des maisons se penchaient comme pour 7nesurer la distance qui les séparait du pavé. Les commères, installées Aéjà sur le devant des boutiques, arrêtaient les passants incertains et gourmandaiens leur laitier. On voyait à l'horizon cahoter une calèche au milieu des rochers disposés jadis pour faire des barricades contre les Américains ; le ciel était serein, ainsi que les bons habitants. .

à peine venais-je de gravir l'escalier de la haute ville et de me rendre compte, par anticipation, des sentiments qu’on éprouve dans le troisième ciel, qu’un groupe de j jeunes gens, débouchant dans la côte de la Montagne, fond sur moi dès qu’il m’eût aperçu, m’entoure, m Lee et semble vouloir m’enlever.

“ Buies, comment ! c'est toi? Buies, toi ici! 11 Mais tu vas te faire ‘brûler, mon ami. Tu n'as donc pas vu la dé épêche ? ”

” Et l’un d’eux, tirant de sa poche le Chronicle de Québec, me lit cette terrible dépêche qui venait d’être expédiée de Montréal, ‘ti que je tradüis pour vous, lecteurs, en attendant que vous sachiez l'anglais.

‘{ Une forte pression est exercée sur la Lanterne, journal satirique français, afin de l'étouffer le plus tôt possible. Sa lumière est trop vive pour plaire à certaines autorités ecclésiastiques qui désirent la supprimer, Ft douze cents exemplaires de la Lanterne circulent chaque semaine parmi les canadiens-français. ”

Un autre, prenant l'Evénement, me met sous le nez cette nouvelle à sensation.

‘€ Les autorités ecclésiastiques demandent la suppression de la Lanterne, ”

Jugez du choc. Je reste ébahi. Mes amis s’empressent autour de moi, me contemplent et restent suspendus à la première parole qui va sortir de ma bouche ; car il était évident que j'étais illustre, illustre sans avoir été ni brûlé ni pendu.

Quels progrès depuis deux cents ans! Aujourd'hui on peut être illustre en dehors de l’église, et vivre !

C’est même tout le contraire de ce que c'était au bienheureux temps des bûchers et des auto-da-fé,

Nous sommes dans une honteuse décadence, Je publie un journal abominable, on $’empresse autour de moi, on me félicite, tandis que l’évêque de Saint-Hyacinthe, le jour même qu’il est proclamé illustrissime est obligé de quitter son siége épiscopal.

Il se sera dit sans doute ‘ que sert à l’homme de gagner ses procès g'il vient à perdre son âme ?”

Il a préféré ne pas les gagner, se sauver corps et âme à Belœil, laissant derrière lui ses nombreuses créances contre la famille Dessaulles, et vivre dans une retraite modeste, de l’avis de son confrère, l'évêque de Montéal, qui a 40,000 dollars de rc ;enus.

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