‹ La lanterne [microforme]Chapitre 5 sur 73 · CHE · texte numérisé non relu

CHE

Je vis dans Québec une chose qui vaut mieux que tous les embellissements de Montréal.

L'ancienne prison, qui était au centre de la ville, est convertie en un collège, Ce collège s’appeli. *- collège Morrin, du nom de son bienfaiteur, le Dr. Morrin, un Anglais mort il y a quelques années, en léguant huit mille dollars pour fonder une maïson d'éducation.

J'ai visité dans tous ses coins et recoins ce nouveau collège éclos des cellules et des cachots. Aucun édifice, grâce aux transformations qui ont été faites, n’est plus complet, mieux distribué, plus propre à faire un collège: Il y a salles d'exercices, chambres de bains, gymnase, classes spéciales de chimie, de métallurgie, dr géologie...., etc. de spacieux corridore où l'air joue en liberté, d';. ippartéments qu'éclaire une lumière prodigue et joyeuse, out ec est frais et jeune ; ét cependant c’est avec les murs déerépits d’une vicile priñon, avec ses planchers chancelants, avec ses cachots humides et ses plafonds vermoulus que tout cela a été fait.

+ “+ Il:m’est venu une réflexion amère, Nos prisons sont trop petites

pour le nombre des détenus. Elles ne le seraient pas trop peut-être, converties en eollèges, pour le nombre des élèves.

Un jour viendra sans doute où toutes les prisons seront changées en collèges. C’est lorsque l'instruction, cette grande moralisatrice, aura banni l'ignorance et la misère qui sont la cause de tant de crimes.

Il faut pour cela que l'instruction soit libre, qu’elle soit dirigée par des hommes qui veulent faire d’autres hommes, et non par une caste ambitieuse qui ne cherche qu’à faire des esclaves afin de leur commander. à

Les dernières nouvelles d'Espagne annoncent que la JUNTE srovi soire a saisi les propriétés des Jésuites et banni leur ordre.

Allons, pauvre Espagne! te voilà atteinte du même mal qui a sauvé la France, et qui menace de sauver prochainement le Mexique.

Il n’y aura bientôt que le Canada où l'on pourra faire son salut en payant.

Je lis dans le Pays:

‘6 Si l’on se souvient que, par suite d’un décret, le nombre des couvents existant en Espagne, avant 1837, a été diminué de moitié, il ne sera pas sans intérêt de connaître le nombre de ceux qui existaient en mil huit cent soixante, date du dernier recensement officiel.

‘ À cette époque, il y avait 866 couvenits, dans lesquels vivaient 12,990 reli-

ses, dont le chiffre des pensions se montait à 8,990,620réaux par an. Lenombre re chapelains, sacristains, organistes et chanteurs des dits couvents était de 2,174, et leur budget annuel de 3,421,086 réaux. \

“ Il y avait en outre 8 espèces d'ordres religieux d'hommes, répartis dans 32 établissements, et composés de 719 personnes. EN

‘ Mais, depuis 1860, les «.mmunautés religieuses des deux sexes ont augmenté dans une proportion considérable, à l'abri de la protection que leur accordait le À attrape

‘En 1833 on comptait en Es e 29 ordres religieux d'hommes qui possédaient 1834 maisons ou couvents. religieux étaient au nombre de 31,279.

Maintenant, veut-on savoir pour quels gens on tenait ainsi l’Espagne comme embouteillée, et si bien, et si fort, qu’elle a fini par éclater ?

On s’entretenait, avant la révolution, dans une réunion assez nombreuse, de la conspiration qui a eu pour résultat l'exil des généraux de l’Union Libérale. Le curé d’une paroisse s’écria : si Juarez estarà en eso, donnant à entendre que le: président de la République . Mexicaine pouvait être le promoteur de la uite conspiration.

Cette sublime ignorance ne peut être comparée qu’à celle d’un de nos curés de ,campagne qui, prêchant la passion le vendredi saint, se tourna, dans un transport, vers un crucifix surmonté du coq légendaire. “ C’est toi, s’écria-t-il, oui, c’est toi, maudit coq, qui es cause que notre Seigneur a été pendu à Rome, entre deux autres voleurs. ”

Cette aversion légitime des coqs, jointe à d’autres motifs très graves, faisait que ce curé était toujours contre les Rouges dans les élections.

À propos de l'Art de croire que je continue à voir parmi les

annonces de mon confrère en Jésus-Christ, il m'est venu une idée.

L'art de croire n'est rien; tous les imbéciles viennent au monde perfectionnés dans cet art-là. Mais l’art de paraître croire! voilà qui est essentiel. IL faut pour posséder cet art un stage d’au moins un an dans les bureaux du Vouveau-Monde, ou un apprentissage illimité : dans les confréries du Scapulaire Bleu de l’'Immaculée Conception, du Scapulaire Rouge du Précieux Sang, du Scapulaire Noir du Mont- Carmel] ÿ en a pour tous les goûts, afin d'éviter les discussions— ou encore dans la confrérie de la Couronne d’Or, de l’Adoration Perpétuelle, du Rosaire-Vivant....etc....après quoi on passe dans les bureaux de la Minerve où l’on apprend l'art de faire croire, qui est le dernier degré de toute ambition intelligente.

Je lis que la reine d’Espagne s’est sauvée en France, emportant avec elle la couronne et tous ses bijoux, plus 22 millions de réaux en or.

Je sais bien qu’il y a deux morales, l’une pour les princes, l'autre pour les simrles mortels. J’ai même fait des études particulières des différents genres d’honnêteté dans la Minerve, où l’on apprend que la

conscience des hommes au pouvoir ne peut être comme celle des

simples citoyens.

Mais il m'arrive toujours de fourrer mon nez partout où je ne comprends rien.

Je me suis donc demandé si les bijoux de la couronne appartenaient bien à Isabelle II, depuis qu’elle n’est plus reine, et siles 22 millions de réaux qui forment sa liste civile sont bien à elle, dès lors qu'elle ne règne plus.

Je suis dans une perplexité extrême. Mais si l’on m’assure que les bijoux de la couronne et les réaux appartiennent de droit divin à l’ex-reine d'Espagne, alors je comprendrai absolument tout.

Le droit divin ne pouvant se perdre, grâce à son origine, si on ne l'applique plus aux trônes, il convient du mois de l’appliquer à l'argent qu’on en retire.

C’est de la plus stricte logique. On ne peut jamais les prendre en faute, les absolutistes ; c'est ce qui me désole.

Si, grâce à nos institutions, nous n'avons pas la presse bafllonnée, en revanche nous avons la presse ébêtée.

Je ne sais pas si c’est un avantage ; dans tous les cas, nous le payons cher. Nos journaux en effet trouvent le moyen d’être plus serviles et plus plats devant la seule puissance qui règne chez nous, que les français ne le sont devant les 600,000 bayonnettes de l'empire.

Ici, la servilité n’est pas imposée; elle est volontaire, gratuite, adulée, recherchée à cœur-joie, avec transport. Nous sommes bien

LA

ide faits pour être méprisés par les races qui nous entourent, et nous ne le qui volons point, Dieu merci.

un L'évêque de Montréal fait-il un pas, tous les journaux de s’écrier : ité “ Sa Grandeur Monseigneur par ici, Sa Grandeur Monseigneur par du là....etc....

nt- L'autre jour, Sa Grandeur, donc, allait consacrer la nouvelle a église de l’Assomption.

er- à Les élèves du collége, dit la Minerve, se disposaient à aller au devant de Sa les Grandeur, tout armés de pied en cap pour lui faire escorte ; mais, par malheur, le mauvais temps empêcha qu’on arrangeât les choses au gré du zèle ; et une heure et le demie avant Phenre fixée pour l’arrivée de Sa Grandeur, Elle descendait à l’église d’abord, puis au presbytère, à la grande surprise des habitants qui se trouvaient pris en flagrant délit de bonnes dispositions. è 4 Le cortège qu’on se proposait de faire à Monseigneur eût bien valu la peine d’être compté, si 5a Grandeur n’eût prévenu les plus empressés. Malgré qu'on eût été pris d l’improviste. dix minutes après ! arrivée de Sa Grandeur, 300 à 400 personnes stationnaient devant le presbytère. Et Monseigneur nt 3 ayant paru....etc....

ds Ceux qui peuvent avaler tout ce dégobillage, sans avoir des crises»

à ont l’estomac robuste. Quant à moi, je suis dispeptique, et, dès la bd à troisième ligne, j'ai eu des nausées.

de È Ja connais un temps, qui n’est pas le nôtre, où l’on était bien la 1 meilleur catholique qu'aujourd'hui, tout en l’affichant bien moins. sé : Dans ce temps-là, on se contentait d’appeler un prélat tout bonne-

ment M. l’évêque, ce qui ne l’empêchait pas de bénir autant de cloches 19 pe et d'accorder autant d’indulgences que le prélat de Montréal.

Ë L’exagération pompeuse des titres est toujours en raison directe de < l’affaiblissement du respect qu'on porte à la personne, ou à ce qu’elle 2 4 représente.

8 % s. ; 6 : Le Journal de Québec a changé son amour du féminin pour celui à | du pluriel. “ Le lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Ecosse, dit-il, le général Doyle, sont en ce moment à Terreneuve. * Quand on n’a plus la qualité, il faut au moins se rattraper sur la quantité.

* a * * Les zouaves canadiens ont reçu une distribution de tabac que leur a envoyé le comité de Montréal. Voici comment ils témoignent leur reconnaissance, Rome, Cercle Canadien, 8 septembre 1867.

Le Tous les enfants du C'anada, Zouaves Pontificaux, sur lesquels vous avez déversé vos bienfaits, sans distinction de localité, vous disent simultanément : merci, ) mille fois me ci, et vous envoient des souhaits de bonheur et de joie. Nous pensons

avoir bientôt occasion de battre le briquet au nez des forçats anti-catholiques : nous leur montrerons qu’elle gaieté donne au cœur canadien une bonne pipée de bon ) tabac. Les sacrifices que vous avez faits auront, nous vous l’assurons, leur récomt

pense. :

Si les zouaves canadiens ont été envoyés à Rome pour se battre

avec des forçats, ça n'était pas la peine, à moins que ce ne soit là une

manière d'avouer qu'à Rome il n'y a pas de tribunaux, et que le seul châtiment qu'on réserve aux scélérats est de leur battre des briquets au nez.

On voit que le gouvernement pontifical est un gouvernement paternel.

Si, d'un adtré côté, les zouaves ne se rendent au combat qu'avec des pipes, quand bien même elles seraient bourrées de tabac canadien, le plus pontifical de tous les tabacs, ils pourront réussir à produire la : fumée des batailles, mais pas le feu....qui est essentiel.

Peut-être sera-ce une façon pour eux C’affirmer leur nationalité, mais je doute que les garibaldiens, qui ne sont pas tous au fait de la société Saint Jean-Baptiste, leur tiennent ‘poing se d'une bonne volonté

si évidente.

Maintenant, je ne saurais trop m'associer aux zouaves pour reconnaître les sacrifices énormes que le comité s’est imposés pour leur faire avoir du tabac.

On n'aurait jamais pu croire à tant d’abnégation, si l’on ne savait tout ce qu'inspire l’espoir d'une récompense dans l’autre monde.

A force d'admirer le régime qui régnait à Naples sous les Bourbons, alors que les rois pactisaient avec les brigands, nous en sommes venus à limiter.

C'est ainsi qu'après un vol de $200,000 commis au préjudice de l'Assurance Royale, à New-York, les coupables ont été arrêtés à Montréal, “et après mille procédures, la compagnie, s’apercevant qu’elle ne pourrait recouvrer ses fonds, a pris le parti de traiter avec les voleurs et de toucher la dîme de ce qu’on lui avait enlevé. ”

Nouvelle à sensation! Le Nouveau-Monde se vend maintenant 2» sou aux gamins qui le revendent comme ils peuvent.

Son dévouement à la propagation de la foi tue mon confrère. Ce qui m'étonne, c'est que lui qui raconte toute espèce de miracles depuis un mois, n'ait pas trouvé moyen d'en faire un pour lui-même. Il est temps d’y penser, parce que, sans miracle, au point où il en est rendu, il lui faudra sombrer.

Quand je pense que je vends. ma Lanterne aux gamins quatre cents, qu'ils la revendent cinq,et qu'il n'en est aucun qui ne fasse ses trois shillings par jour, je reste confondu des manières d'agir de la Providence qui se plaît à enrichir des misérables comme moi, et qui accable d'infortunes ses plus dociles serviteurs.

Il y a quelque chose là-dessous.

L'erreur est toujours à côté de la vérité, comme un défi ou une menace. C’est ainsi que, dans les Etats les plus catholiques, la révolution est en permanence à côté de l’ordre établi.

En Espagne, dans le Pérou, dans l’Equateur, dans le Vénézuela, dans l'Amérique Centrale, on est toujours à couteaux tirés.

Je veux bien croire qu’il en est ainsi pour que l’étincelle jaillisse. Mais il faudrait ne pas être exclusif et convier un peu les protestants à s’entre-égorger de temps à autre, pour qu'il leur arrive aussi à eux quelques éclairs de vérité.

Ces gens-là s’amusent trop à raisonner, ça les embrouille, Si l’Angleterre et les Etats-Unis étaient comme l'Espagne où l’on enseigne encore, entre autres vérités, que c’est le soleil qui tourne autour de la terre, ils sortiraient vite de cette tranquillité funeste qui donne libre jeu à la science et à la raison, choses damnables. a

Je reçois à l'instant la lettre suivante que je m'empresse de publier.

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