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La première église de Montréal, Notre-Dame, qui appartient aux Sulpiciens et qui réunit dans ses murs autant de fidèles que les trois autres ensemble, a été laissée de côté.
Voilà ce que les Sulpiciens perdent à ne pas abandonner tous leurs biens et droits à l’évêque. Maïs qu'est-ce en comparaison de ce que perdent les fidèles !
Evidemment, la bénédiction papale a des effets mystérieux et le crime des Sulpiciens est d’une énormité particulière, puisqu'on le punit. dans la personne des paroissiens.
Mais ce qui confond d’admiration, c’est la logique impitoyabe de l'évêque :
‘“ Ah! Vous ne voulez pas me laisser maître de votre cathédrale
et de vos séminaires ! très-bien : dix mille fidèles seront privés aujour- : d’hui de la bénédiction papale.”
J’ai cru un instant que la bénédiction papale avait peu de vertu, puisqu'on craignait de l’affaiblir en la distribuant à tous les diocésains, mais je fus bientôt détrompé en apprenant que cette bénédiction ne se donne généralement qu’à Pâques, et que le pape, brûlant d'envie de voir arriver à Rome l’évêque Bourget avant le carême, n'avait pu lui envoyer de bénédiction que ce qu’il en avait de fabriquée dans le moment.
L'évêque dut alors faire un choix ; il passa donc, comme il le dit lui-même, la bénédiction aux hommes de bonne volonté, excluant les Sulpiciens qui ont la volonté de ne pas se laisser dépouiller du peu qu’ils possèdent, acquis à la sueur de leur front, et qui ne comprend que la | agué île ” Montréal avec le tiers de la “ville.
L’évêque est un profond politique. Il ne travaille du reste que pour la gloire de Dieu, et je vais le démontrer :
“ A force, se dit-il, de faire toute espèce de misères aux Sulpiciens, de priver Notre Dame de toutes les pompes du catholicisme, je finirai par la faire déserter.”
Alors, comme le Gésu et la chapelle de l'évêché sont déjà remplis, il faudra qu’on bâtisse une nouvelle église pour loger tous les fidèles qui auront fui la ‘“ paroisse,”
Alors, des souscriptions, et des souscriptions, et des souscriptions. Et l’on verra l'argent affluer à l'évêché, et je promettrai un temple comme celui de Saint-Pierre de Rome, et lorsque j'aurai 300,000
Aux rois
ous ce
t le le
de
ale Dur-
piastres, je ferai bâtir une chapelle en briques pour les Akommes de bonne volonté.”
Que Dieu doit être heureux d’avoir un serviteur si intelligent, un serviteur qui comprend avec tant de facilité que pour bien servir ses intérêts, il faut avant tout posséder le capital !
* “+ Toutefois le Nouveau-Monde raconte que :
“ Après la cérémonie de la bénédiction la foule s’écoula lentement, non pas cependant sans avoir attendu le départ de l'illustre évêque,
‘ comme pour jouir plus longtemps de la vue de ce père vénéré qui doit
pendant plusieurs mois vivre loin de ses enfants.”
On ne peut lire sans une douleur profonde ces lignes qui témoignent du peu de cas que les fidèles ont fait de la bénédiction papale.
Il semble pourtant que lorsqu'on possède un trésor inestimable comme celui-là, on doit oublier tout le reste.
Eh bien ! non. Ce qui préoccupait le plus les assistants, c’étaient le bas de la soutane de l’évêque et la hauteur de ses talons de bottes paternelles.
Ils ne tenaient qu’à le voir partir.
Oh ! la foi s’en va, la foi s’en va, et l’évêque aussi ! ah !