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Mais savez-vous ce qui se passa au moment le plus solennel de cette cérémonie qui jamais ne s’effacera de mon souvenir ?
“ Coïncidence singulière !”” s’écrie le Mouveau-Monde, ‘Au moment où Sa Grandeur commençait à parler, le soleil, qui jusqu'alors s'était tenu caché derrière les nuages, vint tout à coup éclairer le magnifique tableau des officiers sacrés dont notre puntife occupait le centre, et inonder le sanctuaire d’une lumière éclatante, pendant que le reste du temple était plongé dans une demi-obscurité.”
Coïncidence singulière est un blasphème.
Comment! vous, Nouveau-Monde, vous feignez d’ignorer que mgr.. Ignace avait arrêté le soleil jusqu’au moment où il ouvrirait la
‘bouche, et que le soleil n'aurait jamais osé se montrer avant lui !
Coïncidence ! c’est joli, ah, vraiment! Quoi! l’astre du jour étincelant tout à coup sur les officiers sacrés, dont le pontife était le milieu, pendant que le reste du temple est dans l'obscurité, ne démontre-t-il pas clairement combien les mesures étaient prises à l'avance pour que le soleil ressemblât à la bénédiction papale, laquelle ne se donne qu’à un petit nombre ?
Non, vous essaierez en vain de cacher ce nouveau trait de l’humilité de Monseigneur qui cherche à dérober à tous les regards son infinie puissance, ‘Vous ne ferez croire à pergonne que cette apparition subite du soleil au moment où il va parler est l’effet du hasard.
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L'intervention divine est ici évidente, palpable.
Une seule chose est à regretter, c'est que l’évêque, connaissant le moment précis où le soleil se montrerait, n’ait pas convoqué ses enfants la nuit, Avec quel éclat irrésistible sa puissance eût éclaté alors !
Excès d’humilité......
Mgr. a trouvé un autre moyen (n'allez pas de suite songer à vos bourses) de faire coopérer ses ouailles à l’œuvre du Cencile. D'abord, l'œuvre du Concile, personne ne la connaît ; mais cela est indifférent, on coopère sans connaître. Il suffit d’être un homme de bonne volonté, —et ce moyen dont je parle, * c'est la savante prédication et la doc-
. trèr: si bien expliquée qui se donnent au Gésu, et qui semblent être la
mission spéciale de ce temple.”
Le Gésu ayant reçu la mission spéciale de bien expliquer la doctrine, il s’en suit que les autres églises n’ont pas reçu cette mission, ou ont reçu celle de mal l'expliquer.
C’est ce que j'admets à priori, mais je l’admettrais encore bien mieux pour le Gésu, dont toute la mission spéciale ne me paraît être que de taquiner sans cesse les Sulpiciens et de les supplanter, s’il est possible, pourvu que le soleil continue à s’en mêler.
Nous n’avons eu jusqu’à présent que les partis politiques, ou politico-religieux, ainsi dénommés : conservateur, libéral, ultra-conservateur et libéral-conservateur, enfin libéral-catholique ; cette dernière nuance représente ceux qui veulent la plus entière liberté d'opinion, pourvu qu’il n’y en ait aucune dans la manière de l’exprimer et surtout de la mettre en pratique.
Maintenant, nous allons avoir les partis religieux. D’un côté le Gésu, l'évêque, le soleil et le Nouveau-Monde, qui représente le reste ‘du temple.
De l’autre la cathédrale, les Sulpiciens et la Minerve.
Je-suis convaincu que c’est la fin du monde.
Mais ce rie sont pas là tous les faits et gestes de Monseigneur.
Comme ïl doit partir bientôt, je veux qu'il n'ait rien à me reprocher et qu’il constate avec quel empressement jaloux, avec quelle extase inquiète je suis chacun de ses pas.
Or donc, le 6 Janvier, après-midi, Monseigneur s’est rendu à l'Hôtel-Dieu,
“ Où, suivant une touchante et pieuse pratique, Sa Grandeur a coutume d'aller tous les ans, à pareil jour, servir à la table les pauvres et les malades. Le pieux évêque était commè d'ordinaire, entouré et aidé des membres de la. société de Saint-Vincent-de-Paul.”—Nouveau- Monde du 7.
À ce récit, je me suis senti fondre.
Quel enseignement ce doit être que de voir une fois Sa Grandeur réduite à ses justes proportions ! On ne sait pas si Elle avait un tablier.
Sa Grandeur se faisant petite et humble ! Il est vrai qu’elle n’en veut pas prendre l’habitude, et que ce n’est qu’une fois l'an
Je vois Sa Grâce s’approchant des pauvres et des malades, qu’elle connaît tous par leur nom et dont elle cherche à multiplier le nombre, pour renouveler le plus longtemps possible la fouchante cérémonte :
—“{ Toi, Polycarpe, qu'est-ce que tu prends ? . + Une côteletts de Pacifique, Monseigneur.
—Et toi, Anatasie 1
—Une tranche du mollet de Vital, Illustrissime.
—Et toi, Eutichien ?
—Un morceau de sainte. blague aux petits oignons.
—Et toi, Cunégonde ?
— Une soupe d’oseille à l’eau bénute.
—Canut, mon bien-aimé, que prends-tu à ton tour?
—Un morceau de buffle à la sauce de mandement, divine Grandeur.
—Que t'offrirai-je à toi, Reginfrède chérie ?
——Je ne veux rien, rien, Monseigneur, quo votre, présence: réelle aux champignons,
: —Oh viens, viens sur mon cœur, toi en qui j'ai mis toutes mes complaisances, reçois-moi, prends-moi, mange-moi, étouffe-toi de moi, vois-tu, oh ! encore ! tiens, voici mon corps et mon sang, avale tout.”
Quelle abnégation et quel sacrifice de soi-même !:
C'est à ce moment surtout que la cérémonie devient. fouchante.
Que reste-t-il à désirer après cela ?
Mourir d'indigestion sacrée.
Puis, le Nouveau-Monde continue en ces termes le-récit de toutes lès grandes choses accomplies par Monseigneur la semaine dernière,
“ Il ne serait peut-être. pas déplacé de dire au sujet:de-la belle fête du Gésu dons nous. parlons, aujourd’hui, que le magnifique. dais suspendu au-dessus du trône de, l'évêque est: uni morceau tout à fait RS à Ce. n’est. rien. moins que le dais qui servit au sacre de
harles X dans la cathédrale de Reims, Donné par la duchesse de Berry aux Jésuites de France, ceux-ci en firent au à leurs frères: du, Canada lorsqu'ils abandonnèrent leur-collége de ‘Brugelette.”
IL ne serait. peut-être. pas déplacé non plus de dire, au sujet dé la belle fête du Gésu, que le magnifique daim assissur le trône épiscopal
est.un daim tout. à fait national. Ce n’est rien moins que le daim qui n’a jamais servi dans l'église de Notre-Dame de: Montréak Livré
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corps et âme aux Jésuites du Canada, ceux-ci l’exposent aux curieux, lorsqu'ils officient dans leur église de la rue Bleury.
O Christ, ami des pauvres, des déshérités et des accablés de ce monde, où es-tu ?
Te vit-on jamais sur un trône ou sous un dais royal ?
Quelle autre couronne eus-tu jamais que celle des épines qui ensanglantèrent ton front ?
Les grands, la pompe et les spectacles, tu les fuyais. Mais tu relevais sur ta route l’humble écrasé par le sort, tu le consolais en lui montrant les cieux et tu lui donnais l'espérance, seul trésor des infortunés.
Vois aujc rd’hui ton représentant qui s'intitule évêque par ta grâce, qui met la croix à côté de ses trésors, reçoit cent coups d’encens à la minute, et montre aux autres ton Calvaire en s’enivrant de splendeurs,
J'ai enfin trouvé un adversaire qui discute avec moi d’une façon sérieuse et digne. Il est vrai quil m'a assommé du coup. Mais qu'importe ! J’ai J’âpre plaisir de voir qu’on a gardé pour moi les plus gros traits, les eoups décisifs. is
Voici ce que dit la Gazette des Campagnes, journal d’agriculture :
‘“ On vient de nous passer un numéro de la salle et dégoûtante guenille de M. Buies, guenille qui a nom La Lanterne, quoiqu’elle n’ait pas reçu le baptême. M. Buies fait de gigantesques efforts pour effacer en lui le signe sacré et indélébile que lui a imprimé ce sacrement, à l’influence duquel #7 a soustrait sa progéniture. (Progéniture est employé ici au point de vue agricole.) Ce qu’il ambitionne passionnément, c’est de devenir tout à fait semblable à la brute ; en conséquence de ses goûts dépravés, il tente de salir de sa bave immonde ceux qui aspirent à ressembler aux anges, (comme M. l'abbé Pilote, directeur de la ferme-modèle de Sainte-Anne, qui fait des voyages angéliques au compte de la Chambre d'Agriculture dont il n’a jamais été membre.) Que M. Buies prenne patience : s’il a quelque jour /a bonne fortune de tomber à quatre pattes, l gardera cette position qu'il affectionne tant. (Je n'ai jamais eu de goût particulier pour le quadrupède, et j'aime autant le directeur de la ferme-modèle que n'importe qu’elle ‘bête à cornes.) Rien ne saurait nous surprendre dans les faits et de M. Buies : c'est une tête sans cervelle ; il a
été rebelle à toute bonne éducation.” :
Ceux qui r’ont pas saisi toute la profondeur de ces arguments auront sans doute lu à la légère, | LA
discussions sur les textes.
Peut-être aussi que leur forme discrète, équivoque et voilée, en rend le sens d'autant plus difficile à pénétrer par des lecteurs qui ne
- sont pas habitués à ces finesses de bouvier,
Ainsi: Sale et dégoûtante guenille, mes goûts dépravés, désir rendu si victorieusement manifeste que j'ai de devenir tout à fait semblable à la brute, continuelles tentatives de salir de ma bave immonde ceux qui ressemblent aux anges, passion effrénée que j'ai pour le quadrupède, et cet argument irrésistible par-dessus tous qui démontre que j'ai soustrait ma progéniture à l'influence du baptême, hein! Qu'en dites-vous ? Mais, c’est un peu fort tout de même pour un célibataire.
Il est évident qu’il faudra que je me fasse exorciser, pour me sortir du corps toute cette agglomération de fils et de petits-fils qui y naissent sans que je m'en doute, ou bien que je me fasse baptiser jusqu’à la cinquantième génération au moins.
Me voici en possession d’une nouvelle ettre Pastorale. Aujourd’hui, c’est l’évêque de Rimouski qui s’est senti venir l’eau à la bouche en voyant les milliers de dollars perçus par l’évêque de Montréal, car il faut savoir que les Lettres Pastorales n’ont plus aujourd’hui d'autre motif que de faire souscrire ou d'empêcher les discussions d'intérêt public. j
De cette façon la foi se maintient d’après le montant, des souscriptions. Il faut savoir s’y prendre.
Voyez un peu la maladresse des premiers apôtres et leur étroitesse
de vues. Ils s’amusaient à évangéliser, prêchaient d’exemple la pauvreté et l’abnégation, parcouraient les villes et les campagnes, poursuivis, traqués, mais convertissant les âmes, sans s’apercevoir que c'était précisément là le moyeri d’inspirer à leurs successeurs directs l'envie d'acquérir.
"Je commence à croire que l'Evangile a toujours été mal compris, puisque les évêques, qui sont infaillibles, interprètent, “ le fils de l'homme n’a pas un endroit pour reposer sa tête” comme ceci : ‘“ Bâtissez-nous de jolies écuries ; donnez-nous des chevaux et de jolis petits carrosses pour promener notre jolie personne, pour l’amour de Dieu, et vous serez bien gentils.”
Paraphrase pratique, ce qui manque d'ordinaire aux interminables #
L'Evêque de Rimouski, installé depuis ur an dans un spacieux presbytère tout neuf, à côté d’une magnifique église qui a coûté 12,000 louis, et qui n’est pas payée, tant s'en faut, a trouvé que
le meilleur moyen de liquider cette énorme dette était de se faire bâtir un palais épiscopal par ses paroissiens,
S'il faut maintenant qu’on introduise l’homœæpathie dans la religion, il n’y à personne qui soit certain de son salut, et moi tout le premier, car au premier créancier qui se présentera je dirai : “ Pardon, monsieur, je vous dois vingt dollars, n'est-ce pas? Bien, je souscris un écu pour acheter une cuvette à l’évêque de Rimouski ; nous sommes quittes.”
* “ Mais je ne veux pas priver plus longtemps mes lecteurs du texte
même de l’immortel document où mgr. Jean Langevin, évêque de Rimouski, s'adresse aux entrailles de ses ouailles :