JEAN LANGEVIN
‘ Par la miséricorde de Dieu et la grâce du Saint-Siége, premier évêque de Saint-Germain de Rimouski.
‘“ Depuis que la voix du chef de ? “glise Nous a appelé à la conduite de ce Diocèse, Nous x’avons cesse de chercher les moyens d’y assurer l'avenir de notre sinte religion par la fondation d’un séminaire et d’un évêché.”
Ainsi, à moins que les habitants de Rimouski ne bâtissent un palais à leur évêque, la religion est flambée.
“ Il est facile de comprendre qu’il Nous serait impossible de réaliser ces projets importants pour le bien du Diocèse au moyen des faibles contributions qui Nous sont parvenues jusqu'ici. Mais d’un autre côté, Nous voudrions réussir à effectuer ces constructions sans surcharger de dettes, surtout d'intérêts ruineux, la Corporation Episcopale, (c’est évident, cela avant tout) en même temps que Nous désirerions éviter toute entreprise qui serait trop à charge aux paroisses.”
Le moyen de décharger les paroisses, c’est de les faire souscrire.
‘ Eh bien! Nos Chers Frères, (appelons-les Chers Frères, c’est adoucissant) il nous semble que le Seigneur Nous a inspiré un mode tout à la fois efficace et peu onéreux de prélever les fonds nécessaires.”
Il nous semble ! Monseigneur Jean n’est pas certain, mais avec un peu plus de temps, il aurait avoué que c’est l’archange Gabriel luimême qui lui a apparu et lui a suggéré ce mode facile et lumineux. On voit bien qu’il n’est pas encore rompu au métier comme l’évêque Bourget.
“ Voyez quels magnifiques résultats praduisent les contributions d’un seul sou par semaine pour la Propagation de la Foi et d'un sou par mois pour la Sainte Enfance? (Non, on ne les voit pas du tout). Ce sont ces œuvres vraiment catholiques que nous prenons pour modèles.”
Rien n’est catholique comme d’être logé dans un beau palais,
“ Après avoir consulté les membres du clergé que Nous avons pu voir, (pourquoi les consulter, si vous êtes inspiré ?) particulièrement ‘ ceux de notre Conseil,” (ah ! où ne pouvait mieux choisir, Voilà un
homme qui sait se faire approuver) “ et avoir rencontré partout une approbation entière de notre plan, (ça va de soi), Nous nous proposons donc de remplacer les difféfentes quêtes indiquées pour le collége et l'évêché par une seule contribution annuelle, et cette contribution sera, en moyenne, de QUINZE SOUS où la valeur de QUINZE SOUS par communiant, pendant dix ans.”
L’éreintement n’est pas encore visible. Il'faut des précautions oratoires, pour ne pas effaroucher les gens ; vous allez voir arriver les piastres tout-à-l’heure.
‘“ De cette façon, une famille de g'atre communiants n'aura à donner par année que d'un écu à trois trente sous. (Voilà que ça vient). Nous sommes d’ailleurs persuadé que beaucoup de familles à l'aise n’hésiteront pas à offrir deux, trois et quatre piastres annuellement, (Aïe, aïe, ça y est), afin de sappléer à la pauvreté de quelquesuns de leurs co- -paroissiens.”
Quand ils seront tous pauvres, Monseigneur aura son palais, et il les bénira pour leur donner des rentes.
Je crois remarquer dans l’évêque Langevin des tendances annexionnistes. Avant deux «ns, son diocèse sera vide, tous les habitants l’auront quitté pour les Etats-Unis.
‘ Quel est celui d’entre vous qui ne dépense pas inutilement ou mal à propos la valeur de quinze sous par année ? Or, voilà les étrennes que nous demandons au nom de l'Enfant Jésus à chaque communiant de notre Diocèse.”
Allons, bon !- voilà l’enfant Jésus là-dedans.
Des étrennes, des étrennes, mes enfants, Ah! comme mon cœur paternel s’'émeut. Soyez bénies, ouailles adorées :
“ Nous voudrions pouvoir parcourir les différentes localités et réclamer Nous-même cette légère contribution.”
Vous voyez que ça n’est pas l'envie qui manque. Mais Monseigneur n’a peut-être pas encore de carrosse, et il n’aime pas à aller à pied, comme saint Pierre.
‘ Nous avons la douce (Douce est attendrissant ; je mets la main dans ma poche) confiance que personne ne refuserait de verser dans la main de son évêque ces quelques sous, destinés à faire tant de bien.”
Il n’est pas besoin d’être évêque pour mendier de cette façon-là ; Montréal est rempli de gamins en guenilles qui en font autant tous les jours.
Mais ils ne disent pas que ces que, . sous sont destinés à faire tant de bien. I] leur manque l’infaillbilité.
“ Mais ce que Nous ne pouvons faire, vous voudrez bien l’exécuter (oui, exécutez les paroissiens) en notre ROM, vénérables curés, nos dignes coopérateurs.” 5
Dignes sentent! dans le sens de capables de bien quêter.
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“ Maïs comment, dira peut-être quelqu’an, une contributiom 3i minime, quinze sous par œnnée, pourra-t-elle suffire à des œuvres si importantes 1”
Attendez un peu ; Mgr. prépare ses batteries pour demander davantage et suppose des objections, mais il ne dit pas si elles sont imspirées. C’est essentiel pourtant,
‘ Comme Nous sommes sur le point de demander des soumissions à des entrepreneurs, Nous comptons que personne ne fera défaut.”
Ce n’est pas seulement aux entrepreneurs que les évêques demandent des soumissions ; jusqu’à présent, c'était à tout le monde. Les entrepreneurs feront une variante.
‘ Nous avons besoin du concours de tous sans exception, et nous le réclamons au nom de la gloire de Dieu, au nom des intérêts les plus chers de la religion, au nom de la conscience, qui oblige chaque fidèle à contribuer au recrutement du clergé, au logement et à l’entretien de son premier Pasteur.”
Crescendo. Voilà l’obligation maïntenant. Mais pourquoi demandez-vous au lieu d’ordonner, si vos paroissiens sont obligés ?
C'est pour la gloire de Dieu / songez-y ; il faut que ça marche.
# S'il faut encore à quelques-uns un autre motif pour exciter leur générosité, ils le trouveront dans les avantages spirituels suivants :
Une messe basse sera célébrée dans la chapelle du nouveau séminaise et dans celle du houvel évêché, une fois par mois pendant vingtcinq ans, (c'est long, mais ça paie si bien !} pour tous ceux qui auront régulièrement contribué de la somme demandée.”
Et à ceux qui n'auront pas contribué on refusera l’absolution.
“ Ces entreprises importantes, (Importantes ! heir!) Nous les mettons humblement sous la protection de la très-sainte Vierge, (La sainte Vierge a pas mal d'ouvrage de ce temps-ci. Il y a tant d’évêques qui mendient sous sa protection, qu'elle pourrait bien se tanner. Mais enfin, en lui rafraîchissant le souvenir. ...) convaincu que cette bonne et tendre Mére fera réussir ces projets au-delà même de notre attente, et que, sous ses auspices, la jeunesse studieuse du Diocèse pourra, d’ici à deux ans, prendre possession du nouveau séminaire, et qu’il ne s’écoulera guère plus de deux artres années avant que l’Evêque puisse entrer dans sa nouvelle demeure.”
C’est là ce qu’il ne faut pas perdre de vue.
Je ne puis me lasser d'admirer combien c71 et heureux d’être évêque. On mendie, on conjure, on tond, on se fait donner quelques sous qui finissent par des piastres, et quand tout le monde est ruiné, on rejette cela sur le compte du bon Dieu, de la sainte Vierge et de l'enfant Jésus.
“ Le succès de ces deux œuvres «mènera d’ailleurs la réalisation d’une autre également intéressante, l'établissement d’une maïson-mère et d’un novictat pour les Sœurs de le Charité à Rimouski. (Encore ! encore de la charité ! ah ! voyons, y a un bout). C’est dans ce but que nous faisons construire une allonge à notre demeure provisoire.”
Ici, Mgr. sent le besoin d'une allonge.
“ Nos Chers Frères, il est toujours pénible d’être réduit à mendier ; mais quand c’est un père qui implore la charité de ses enfants, il a au moins Ja consolation de ne pas solliciter en vain.”
Oui, cela est un peu ennuyeux dans les commencements ; mais quand on en a l'habitude comme l’évêque de Montréal, ça devient un vrai plaisir.
On a des enfants, après tout, c’est pour qu'ils soutiennent notre vieillesse.
‘“ Certain que vous vous rendrez tous à nôs désirs, nous vous bénissons très-affectueusement au commencement de la nouvelle année, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.”
Ah! Ah ! quand je vous le disais que la bénédiction viendrait par là-dessus !....
Le Saint-Esprit n'avait pas encore fait son apparition. ‘Mais il n’a rien perdu pour attendre, comme vous voyez.
Maintenant que les trois personnes de Dieu sont en cause, Mr. Jean peut-être certain du succès.
Mais quel habile homme, et dire qu’il n’en est encore qu’à son début ! vertudieu ! Il succédera à l’évêque Bourget.
xx ù
La Gironde contient les détails suivants sur la manière dont se sont conduites les troupes de la reine d'Espagne, à Béjar :
‘ Repoussés par les libéraux, retranchés dans les maisons et derrière les barricades, quelques soldats ont tué des vieillards, des femmes, des enfants dans la petite partie de la ville qui a été six heures à leur merci. Un soldat a embroché un enfant arraché du sein de sa mère, et l'a promené au bout de sa baïonnette dans la ville. Un autre soldat a tué la mère."
On remarquera que le droit divin ne ressemble pas au droit populaire. Le premier fait éventrer les enfants; le second pardonne aux bourreaux.
J'allais oublier un de ces documents comme Dieu permet qu’il en existe, afin que ma Lanterne soit toujours à flot.
Poussé par une fatalité providentielle, le Nouveau-Monde me St en voie. Mardi, il revenait encore sur la question de l’Institut-
gal.
“ Si les élèves, dit-il, persisteat à se réunir à l’Institu:-Canadien, quelle espèce de public peuvent-ils se flatter de réunir? Depuis que l’Institut-Canadien se trouve sous le coup des censures ecclésiastiques, quel est l'auditoire qui se rend à ses séances publiques ?
“ Il existe dans Montréal des Sociétés, hautement patronnées par