LES COULISSIERS DU CIEL
Qu’on me permette cette comparaison, qui n’a rien que de respectueux dans ma pensée. Le ciel, trésor ineffable de félicités éternelles, possède ici-bas, comme ses agents de change patentés, ses corbeilles légales autour desquelles, très-dignement, très-honorablement, se font,
dans les quatre ou cinq parties du monde, les affaires du Très-Haut pour sa plus grande gioire et le salut de nos âmes.
Ce sont les ministres de toutes les religions accréditées et leurs temples vénérables et sacrés.
Mais le ciel a aussi ses coulissiérs, autrement dit ses co marrons, audacieuse engeance, qui, sas mandat, effrontémen’ nellement, se livrent au trafic de valeurs non cotées, ér des actions du paradis qui ne rapporteront jamais le moindre à de et dont on ne voudrait même pas,;—Joseph Smith me pätdonue :-—chez les Mormons, un peuple qui s’arrondit du reste, et une réligion de fantaisie qui paraît devoir fäire son petit bonhomme de chemin.
Ce qu’il y a de coulissiers du ciel dans Paris, où si vous aimez mieux de faux prophètes qui, pour la soupe ét le logement, vous promettent après la mort des félicités sans pareilles, est véritablement incroyable, A voir un peu partout tant d’églises dans le style gothique, dans celui de la Renaissance et même sans aucun style, mêlées aux temples protestants et aux synagogues ; à contempler tant de monastères à l'usage des deux sexëés, de tous les ordres et de tous les habits, n’est-ce pas mérveille qu’il se trouve encore de la place dans ce moderne capharnaüm pour un tas de petites églisés occultes qui dorent les prophètes qui les bâtissent ét les imbéciles qui les font vivre? Mais ne noüs montrons pas trop sévères énvers ces rôdeurs da divinité.
Il n’y a pas de sot métier, il n’ÿ a que des cervellès detraquées. Ces coulissiers célestes sont d’ailleurs dés hommes fort aimables et fort doux qui n’essent peut-être pas refusé une place au sénat, ou le titre d'administrateur général d’üne de nos grandes lignes ferrées, mais qui, à défaut de titres et d'emplois, se résignent d vivre modestement de leurs inspirations mystiques. ILie métier n’est pas mauvais après tout, n’exigeant aucune mise de fonds, presqu'aucun effort, et n'étant pas salissant comme tant d’autres métiers. L'existence ne serait que miel pour ces âmes bienheureuses, n’était la police correctionnelle, qui, d’un tour de main, fait d’un envoyé de l'Eternel un vulgaire et maladtoit escroc. Nul doute que, sans ce tribunal prosaïque, Paris ne fût en possession, comme les Etats-Unis, d'échantillons dé tous les cultes, ce qui, pour un simple philosophe, est un spectacle rempli d'intérêt et souvent très divertissant.
Rien de plus simple que les religions à leur début. Plus tard, quand le succès les accueille, elles se rattrappent assez bien. (C’est donc dans les quartiers de Paris les plus éloignés du centre, abrités sous les toits les plus modestes, dans le mystère et le silence, que se produisent les fantaisistes ambassadeurs de la divine puissance.
Les femmes sont crédules. (C’est orhinairement une demoiselle sut le retour qui prête son appattement au plénipotentiaire de l’Eternel, afin de prêcher la dernière parole, qui est la bonne. On pénètre dans le sanctuaire par un long corridor étroit, en se faisant reconnaître
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d'un geste et d’un mot convenus. Quand les néophytes sont assemblés et suffisamment préparés par la prière et la méditation, apparaît le céleste coulissier.
Son aspect inspire tout d’abord un sympathique respect.
Pour peu que vous joigniez un peu d’exaltation cérébrals à l'amour du merveilleux, vous jouirez d’un trouble indicible, et vous vous croirez transporté, suivant l'expression d'une romanesque dévote, dans l’antichumbre du paradis. Une voix intérieure, magique, irrésistible, enchanteresse, vous avertira que cét homme n’est'pas un homme ordinaire, et l'espérance inondera votre cœur.
Au reste tout, chez ce prophète inconnu craignant Dieu et les sergents de ville, est de nature à en imposer. Il porte, comme portaient les anciens patriarches, une longue barbe dont il se montrerait fier certainement si, au lieu d'appartenir au ciel, il appartenait à un régiment de sapeurs. Sa parole douce et grave a des accents pénétrants. Il semble agir par une volonté supérieure à da sienne et parler sous ,4 dictée d’un génie invisible.
Parfois il se laisse entraîner à des mouvements sublimes d’une passion ultraterrestre. Qu'il est beau alors! On l’applaudirait n’était la sainteté du lieu et la véhération qui lui est dûte. Ses gestes sont nobles et sa physionomie conserve, quoi qu’il dise, un caractère de sérénité ; il lève les yeux au plafond et bénit abondamment, un peu peut-être pour faire apprécier de ses ouailles (côté des femmes) des mains blanches et soignées. Ce n'est jamais lui qui fait la quête après chaque conférence ; c’est la maîtresse du logis qui se charge de ce détail vulgaire.
On serait très condamnable de remonter dans la vie des prophètes parisiens—que rendent de plus en plus commune la coneurrence dans tous les emplois et la cherté des vivres,—pour y découvrir par quelles séries d'épreuves il leur a fallu passer avant d'arriver à cet état de purification qui les a rendus dignes de la grâce.
Une semblable enquête serait considérée par les néophytes comme un manque de respect vis-à-vis des interprètes du roi des rois, et une offense envers Dieu,—qui, du reste, n’a jamais aimé les curieux. Cependant, si vous osez affronter le blâme des néophytes et ne craignez pas de mettre le bon Tien en colère, vous ferez cette enquête, et voici ce qu’elle vous révèlera neuf fois sur dix.
Le prophète parisien n’a fait au collége que dés études incomplètes. A vingt ans, ne sachant rien, ou presque rien, il s’est cru apte à tout entreprendre. La Fontaine l’a dit :
Sois un simple imbécile, J’en ai vu beaucoup réussir.
Il cherche un emploi quelconque et n’en veut où n’en peut occuper “acun. Ballotté par le besoin, las de demander un dîner à crédit chez la crêmière et de perdre son bock aux dominos, il rêve un
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beau jour la gloire de Vernet, de Frédéric Lemaître ou d’Alcide Tousez ; les genres lui sont indifférents. 11 débute sur un théâtre de la banlieue dans un rôle comique et on le trouve triste. Croyant avoir trouvé sg voie, il joue un rôle triste et on le trouve comique. Bien convaincu du mauvais goût du public, il laisse le théâtre et devient courtier d'assurances sur la vie des autres, afin d’assurer la sienne, Le métier est bon quand on fait des affaires ; il en fait trèspeu et s’enrôle dans le bataillon léger des commis-voyageurs. Le voilà parcourant la France et n’aboutissant qu’à dépenser les dix francs par jour qui lui sont alloués par la maison dont il est le représentant. .
Il faut vivre pourtant, mais ce n’est point aisé. Sa tête n’est occupée que des soins de son estomac, et un petit pain lui a coûté quelquefois plus d'imagination et d’etforts qu’il n’en a fallu à d’autres pour gagner un million. On le retrouve tour à tour magnétiseur, spirite, inventeur d’une méthode économique propre à assurer le bienêtre universel, journaliste, médecin sans diplôme, avocat de justice de paix, etc., etc. Sans occupation pour la vingtième fois, sans argent, sans crédit, sans talent, ne sachant à quel saint se vouer et sur le point de maudire la Providence, il fait, par bonheur, la rencontre d’une demoiselle sur le retour, laide, acariâtre, vaniteuse, mystique, superstitieuse et quelque peu convulsionnaire.
Sans être riche, elle possède des ressources et s’est fait, dans un certain monde de spirites, de magnétiseurs et de somnanbules, un renom par ses visions et les évènements qu’elle a prédits. Huit jours ne sont pas passés, après la rencontre de cette demoiselle, que l'Eternel apparaît à notre homme revêtu d’un habit sans couture, taillé splendidement dans un rayon de lumière. Jéhovah lui parle longuement et lui dicte avec complaisance toutes les réformes à faire, si l'humanité a quelque souci des intérêts de son âme. Naturellement il lui ordonne d'aller prêcher ces réformes. Puis il regagne sou empire éthéré, laissant le prophète plongé dans de graves réflexions.
Le voilà donc prophète, et bel et bien investi. Se conformera-t-il aux volontés suprêmes en allant voyager cette fois pour le compte du Très-Haut ? Il le voudrait et le devrait; malheureusement les chemins de fer, pas plus que les bateaux à vapeur et que les simples coucous, s’il en existe encore, ne roulent gratuitement pour personne. Ah ! si l'Eternel, en venant le visiter, avait fait un miracle en sa faveur, le miracle de la multiplication des écus, il partirait gaiement pour accomplir son œuvre ; mais sa bourse est vide, et la demoiselle sur le retour n’est pas encore arrivée à cet état de perfection où l’on vend ses titres de rente pour l’amour de Dieu. Que faire ®—Restez
chez moi, lui dit la demoiselle, vous serez prophète sur lieu.
Prophète sur lieu ! C’est une position très-sortable, et le coulissier du ciel, qui rêve depuis si longtemps logement et nourriture, accepte sans se faire prier,
Tant que la sainte demoiselle prête gracieusement son appartement
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au chargé d’affaires du Créateur, que les néophytes sont empressés et que la quête est abondante, tout va bien. Mais un jour le doute, l'horrible doute, traverse les esprits, et le mot de prophète est prononcé. Les quêtes deviennent de moins en moins abondantes, et la maîtresse du logis s’en aigrit. Il y a dans l'air, comme aux approches de tous les renversements de trônes, quelque chose, qui dit: “ La farce est jouée. ”?
Le prophète, sentant le vide se faire autour de lui, commet des imprudences, et ses discours ne sont plus que de plates redites, Il voit un précipice ouvert sous ses pas, et, loin de l’éviter, il s’y jette au contraire, attiré par l’aimant furieux de la dégringolade, On ne le respecte guère plus, parce qu’on ne croit plus guère en lui, et luimême, ayant perdu confiance, n’est plus en possession de sa propre dignité. Il lutte encore par respect humain, mais sans espoir de se maintenir dans son rôle désormais impossible. Enfin la sainte demoiselle lui donne le suprême croc-en-jambe,
— Vous n'êtes qu’un faux prophète.
—Un faux prophète, moi !
—Vous-même.
Mon Dieu, pardonnez-lui ! elle ne sait ce qu’elle dit.
—Des phrases, je connais ça. Ce n’est pas avec des mots qu’on fait bouillir la marmite et qu’on paye son terme.
—Et les quêtes, mademoiselle, les dernières quêtes ?
—Elles sont jolies, parlons-en ; quatorze sous, un centime blanchi et deux boutons de guêtre.
—Ce n’est pas possible !
—Dites que je vous ai volé.
— Vous aurez mal compté....
—]Insolent !
—Oh !
—M'obligerez-vous donc à vous rappeler que vous êtes ici chez moi ?
—Je m'en irai, mademoiselle ; mais, avant, je vous excommunierai.
—(Ça m'est bien égal.
—Voyons, Eléonore, principale colonne de mon Eglise, revenez à de meilleurs sentiments. Dieu qui vous voit, qui nous entend, qui... Eléonore, si je devais vous quitter, j'en mourrais.
—Mous verrons bien.
—Vous ne m’aimez donc pas, Eléonore ?
—Horreur, aimer un prophète !
—Mais puisque vous dites que je suis un faux prophète ?
—Vous seriez aussi un faux amoureux.
—Au moins me prête:ez-vous cent francs pour m'aider à rentrer dans le monde !
-— Vous me ferez un billet ?
—Un billet d'entrée dans le ciel.
--Non point, un billet. à.ordre.
—Ah ! Eléonore, je ne puis rien vous refuser.
Tous les prophètes parisiens ne sont pas sortis de la divine coulisse où ils ont saintement trafiqué, avec cent francs dans leur: poche ; mais j'en pourrais citer qui s'y sont amassé une honnête aisance..
Avis aux gens sans emplois, | Oscar COMETTANT.
7 in.
EX qu'us
1À LANT RNE N° 18
Un tout jeune homme des environs de Montréal, orphelin, sans ressources, avait été recueilli chez son frire qui, par compensation, le rossait de coups le jour, et, la nuit, le faisuit Re dans la grange,
Il arriva que ce jeune homme trouva un bon emploi l'été, dernier,
malgré qu -] fût infirme, tout tordu, tout bossu, repoussé par tout le.
monde, . ...mais c'était chez un protestant ! Comme on lui demandait comment il trouvait son sort: ‘“ Ah! je suis bien heureux, répondit-il, d'avoir trouvé un protecteur
comme le mien, mais il y a une chose qui me fait bien de la,
peine, c'est qu’un homme qui: fait tant de bien dans sa vie, ira, après sa mort; dans le corps d'un pourceau. M. lé curé, m'a dit
qu'un protestant, qui mourut l’autre jour, était rentré, dans un porc ;.
j'ai vu le pore.”
D'où il'suit-que ce bon catholique qui assomme son petit frère dé coups et. l’énvoie coucher parmi les bœufs, jouira, d’une félicité sans bornes dans l’autre monde, mais que le protestant qui l’a accueilli, Le logé et payé, ne servira.qu’à faire du lard pour les curés du
a...da,
Le pourceau, fait naturellement: songer: à l'œuvre de là Sainte
ance,
Vousi savez: que. les:Chinois; lorsqu'il leur naît des-enfants, ont la curieuse, manie. de les:jeter dans des ruisseaux-où les-cochons viennent les. manger; delà vient que les cochons chinois que vous avez pu voir dans les expositions ont cet embonpoint gracieux, ces formes coquettes et ce poil soyeux qui les fait de suite reconnaître.
Dame aussi, ils se traitent bien. Manger des enfants, c’est. un luxe, et je connais bien des riches qui ne peuvent pas se ‘e payer,
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Or donc, les Chinois jettent invariablement aux pourceaux les enfants qui leur viennent, ce qui n'empêche pas la population d’être si nombreuse, et d'augmenter tellement, qu’elle est condamnée à des disettes périodiques qui amènent de terribles convulsions dans l'empire céleste. * : |
11 semblerait que dans ces crises redoutables, la première idée des Chinois serait de manger eux-mêmes leurs enfants, comme l’ont fait récemment les Arabes.
Vous reculez d’horreur, lecteurs pusillanimes ! ÆEh quoi ! est-il donc plus horrible de manger ses enfants soi-même, lorsque la faim hurle dans le ventre, que de les jeter à des cochons par passe-temps ?
On croirait encore que les Chinois, poussés par la famine, se rueraient comme des enragés sur leurs pourceaux et les dévoreraient à belles dents.
Mais, plus de cochons, plus d’enfants à faire croquer. Or, les Chinois sont si frians du spectacle de leurs petits éventrés sous leurs yeux par des porcs, qu’ils oublient, pour en jouir, leurs soufirances et la faim elle-même, d'habitude mauvaise conseillère.
La Sainte-Enfance est encore une de ces divines exploitations spécialement adaptées au Canada. En Europe, quand le pape veut avoir des enfants, il prend ceux des Juifs, comme le petit Mortara ; ça lui épargne la peine d'en envoyer chercher en Chine.
C’est égal, lorsque j'entendis pour la première fois le supérieur du Collége de Sainte-Anne, où je fis mes cinq premières années d’ignorance, et où, en fait d'histoire, j’apprenais que les baleines avalaient des hommes et les rejetaient trois jours après sur le rivage pleins de vie, et que d’autres hommes arrêtaient le soleil, lorsque j’entendis ce supérieur qui, conjointement avec tous ses collègues du Canada, fait tant de sacrifices pour imbéciliser les élèves, nous apprendre pour la première fois qu’il fallait racheter au Christ les enfants des Chinois exposés aux pourceaux par leurs pères, je restai pétrifié d'étonnement.
On m'avait bien laissé lire au collége quelques pages de Robinson Crusoë, où j'avais vu que les Caraïbes, les plus féroces des hommes, mangeaient leurs ennemis, mais adoraient leurs enfants, (c'est un sentiment du reste naturel aux tigres eux-mêmes) mais voilà que tout à coup on nous apprenait que. les Chinois, réputés jusqu'alors le plus ancien peuple civilisé de la terre, en étaient venus subitement, sans transition, peut-être par lassitude des jouissances ordinaires, à se repaître d’un régal de leurs enfants par des pourceaux.
* * + “ Oh! ne raisonnez pas, ne raisonnez jamais,” me disait alors mon confesseur, qui est aujourd’hui directeur de la ferme-modèle de Sainte-
î inois ment.
Anne, et qui, sans raisonner, se laisse payer tous ses voyages par la Chambre d'Agriculture dont il n’est pas membre : ‘ne raisonnez pas, mon petit, ne demandez jamais : Pourquoi : c'est le mot de Satan ; rien n’est agréable à Dieu comme un cœur confiant qui accepte sans arrière-pensée et avec reconnaissance tout ce qui sort de la bouche de ses guides. Soyez certain que vous n’entendrez jamais de notre part que des paroles de vérité.”
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Tout de même, j'avalais avec une répugnance précoce les énormes tartines qu’on nous prodiguait sous le nom de paroles de vérité.
Je me prenais à me faire des questions à moi-même.
Dans les colléges canadiens on peut raisonner en dedans, mais dès qu’on a le malheur de le faire savoir, on est chassé sans miséricorde comme un impie qui ne sera jamais bon à rien, et l’on vous fait passer pour une tête sans cervelle, précisément parce que vous vous sentez une cervelle dans la tête et que vous voulez en faire usage.
C'est ainsi que j'ai été mis à la porte de trois collèges ; et, certes, je puis m'en vanter aujourd'hui, car c’est grâce à cet exode forcé que je suis parti pour la France où j'ai pu apprendre quelque chose.
Voyant que les “ paroles de vérité ” de mon supérieur prenaient de plus en plus l'aspect de charges à fond de train sur le bon sens, je me décidai à ouvrir en cachette quelques livres, oh! mais des livres infâmes, puisqu'ils étaient défendus au collége, comme le sont les trois quarts et demi de tous les livres, de sorte qu’il n’en reste qu'un demi-quart qui sont des traités sur la conception de la Vierge et sur les attaques d’histérie de sainte Thérèse.
Or, voici ce que je découvris dans un de ces livres évidemment inspiré par quelque mandarin :
“ Les Chinois n’obéissent qu'aux lois qui assurent leur bonheur (il n’est pas dit que pour rendre leur bonheur certain, on les oblige à faire manger leurs enfants).
“ La Chine est considérée comme une famille dont l’empereur est le chef; de là l'amour des Chinois pour leur empereur. (Il parait tout de même que cet empereur-là ne considère pas tous les Chinois . comme sec enfants).
‘“ L'empire ne passe pas à l'aîné des princes, mais à cali que l’empereur et le conseil des mandarins jugent le plus digne.
“ Il n’y a pas de superstition, quoique les lois la tolèrent. Pour avoir part au gouvernement, il faut être de la secte des Lettrés, qui : n’admet pas de superstition. (En Canada, pour avoir part au gouvernement, il faut être de la secte des illettrés et admettre toutes les ; superstitions imaginables.)
‘“ Les mœurs sont prescrites et maintenues par les lois ; de là ce code de politesse auquel la cour et le peuple doivent se conformer, et ces nombreux préceptes pour les choses les plus ordinaires. L'esprit de famille, ce sentiment qui règne entre frères, règne au fond de toutes choses. IL y a des tribunaux qui jugent les fautes contre les manières et les récompenses à donner à la vertu. ” j
Exemple : Un Chinois qui aura eu In chance d’avoir des jumeaux et de les faire manger ensemble par le même cochon, sera considéré comme le plus vertueux des hommes et décoré de l’ordre du Bain ou de la Jarretière.
“ L'esprit public est très développé; ainsi les Chinois riches bâtissent des abris pour les voyageurs, d’autres réparent volontairement les grands chemins, (afin que les cochons, leur.idole, puissent marcher à leur aise). Un homme est souvent condamné à nourrir et à vêtir quelque temps chez lui des vieillards et des orphelins...... *
Ces orphelins sont des enfants qui n’ont pas de pères; c'est-à-dire dont les pères ont été mangés par les cochons en venant au monde.
PS
Je connais des. campagnes entières où les gens n’osent sortir la nuit à quelqu'un est mort sans être muni de tous les sacrements. Ils croient voir son âme courir sur les, clôtures, sauter par-dessus les fossés, sous la forme d’un diable à longue queue, ou d’un loupgarou à cornes ayant au flanc une flammèche' de feu, ‘ D'autrefois, c’est un crocodile ouvrant une gueule enflammée, tout ce que l’imagination peut enfanter de terreurs chez l'ignorance. bed
Et remarquez que nous sommes en 1869. Mais que font les dates dans les pays où le clergé s’épuise en sacrifices pour l'instruction du peuple, comme dans le nôtre ! ! os
Eh quoi ! il n’y a pas quinze ans, il n’y a pas dix ans peut-être, les premiers pasteurs suissps qui vinrent faire de la propagande en Canada étaient regardés comme des bêtes fantastiques, tout à fait impossibles. On ne concevait pas qu’ils pussent exister ; les gens se signaient en les voyant passer, d’autres plus hardis s’approchaient et s'émerveillaient de voir que ces êtres avsient des bras, des jambes, mangeaient et buvaiept,
Enfin on finit par constater qu’ils étaient bien des kommes. C'était un grand pas de fait, et le clergé z ençore sur la conscience les sacrifices qu’il fit à cette occasion pour instruire le peuple.
Mais dès qu’on vit qu'ils étaient. des hommes, on comprit qu'il fallait les lapider. d
Quelques uns d’entre eux avaient de pauvres vieux chevaux qui les transportaient dans leurs courses de missionnaires à travers les
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campagnes ; on s’amusa à leur couper la queue, d’ autrefois les oreïlles, ou bien on leur tondait, le poil ras, afin que les missionnaires fussent partout sur leur passage, soit, un objet, d'horreur, soit un objet de ridicule.
Cependant, ils réussirent à se fixer quelque, part; le grain de semence, emporté par le vent, finit toujours par tomber sur quelque coin de terre, dans quelque sillon perdu où l’œil ne le voit qu'après qu'il a germé,
Ils eurent des maisons. Oui, sur ce sel rongé, par ls dime, mesuré comme un domaine pe ar les prêtres, devenu. tombeau sous leurs, pas, il s’éleva des maisons libres de leur contrôle, n'ayant, pas besoin d’être bénies par eux pour échapper à l'incendie, ne les ayant pas à leur tête pour empêcher la lecture, toujours pour que le peuple s’instruise.
Aujourd’hui ces maisons ont des élèves, progressent, augmentent,
mais savez-vous leurs commengements,! Savez-vous que des curéa
furieux de vois ces ennemis, futurs vai RARERA de la superstition, s'installer au beau milieu de leurs paroisses e leur enlever tous les ans quelques payeurs de dîmes, po 2 J'infâme dessein de. représenter
ces maisons comme des refuges de prostituées, des, repaires, où se
rassemblaient les criminels?
"+ J'ai vu la chaumière où une femme, qui laissera, po longia rep. vénéré, modèle de vertu, et d’abnégation,, martyre. de, vingt-cinq. ana, réunissait dans sa mansarde les pauvres enfants, qui allaient à re et, leur apprenait les éléments de toutes, choses qu'ils eussent en. vain,
cherchés dans les écoles de campagnes où l’instituteur est la mayionr nette du curé.
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Le temps n’est pas loin peut-être où l’on rendra une justice ausai éclatante. qu'elle, qura, été tandiva à ces missionnaires: courageux et intrépides qui bravèrent bien plus que les supplices, qui bravèrenti l’horreur et l’odieux attachés à leur-nom, qui ne craignirent pas de se voir, pendant des années entières, exposés à toutes les persécutions, à toutes les inj à tontes, les. répulsions, de. préjugés; haineux et féroces, pts affranchir et. éclaiser.las pauvres gens qui les,conspuaient.
Aujourd'hui encore, un, préjugé absurde, plus: fort. que tous. les EAROReEn, plus, fort que le. sentiment de la. plus: élémentaire. équité, attache à leur personne une appellation : ne pouvant, plus y joindre la flétrissure.
Mais il en sera bientôt de cela comme de toutes les autres monstruosités qui ont subsisté jusqu'aujourd'hui, grâce aux ténèbres épaisses qui nous enveloppent ; on n’osera pas se les rappeler et l’on ne voudra pas en croire ses souvenirs.
Elles paraîtront dans l'imagination confuse comme des fonuments
” fictifs d’un âge qui n’exista jamais, et aucun de ceux qui suivront
notre génération ne voudra admettre qu’il y eut une génération comme celle qui nous a précédés, ! | ds
‘’L'honneur du nom canadien est sauf : “ Vivent nos institutions, notre langue et nos lois! Dion a gagné sa partie de billard contre Foster. : Hourrah pour nous autres ! ” à L
Je rétracte tout ce que j'ai dit contre les Canadiens, je les déclare aujourd’hui le plus grand peuple de la terre.
‘Pouvez-vous me montrer beaucoup de villes où toutes les classes de la population, enthousiastes, exaltées, frénétiques, transportées de bonheur, ivres dé jouissance, se précipitent au-devant d’un joueur de billard, et l’acclament, et le portent, et le ravissent, et le montrent à 16 foule délirante, comme le sauveur de la patrie ?
Non, Corinne électrisant les Romains avec ses brûlantes inspirations, Talma jouant Auguste, Mirabeau culbutant avec la foudre de sa parole mille ans de royauté, O’Connell debout sur le sol d'Irlande, avec le ciel pour dôme et tout un peuple pour auditoire, Cicéron apostrophant Catilina, Marceau s’élançant et Rhin. au chant de la Marecillaise ailée et volant dans les balles, Victor Hugo jetant au monde tréssaïlant ses vers qui retentissent comme des chocs d’armées, . furent jamais qussi grands que Dion tenant à la main sa queue de billard,
Voilà la vraie gloire d’un grand peuple ; une queue, trois billes et . des poches ! Â : Nous fûmes grands ile jour où Dion eut 87 poinis de plus que , Foster: + be. 81 .
:» O'muse de Pyndare, ô Melpomène antique, prête-moi tes accents, ‘Ftémissez sous mes doigts, lyse des bardes errants : venez, Byron, Musset, souffler à mon oreille vos strophes enivrantes, que je chante cette ‘heure’ immortellé, cé combat homérique de deux héros de la
queue, | :
Achille, Hector, Ajax, où êtes-vous
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Byron, chante ïs de la
# “+ Ils s’avançaient fiers, nobles, droits comme ces palmiers du désert dont aucun souffle n’émeut la silencieuse couronne. L'un, impétueux comme Achille, faisait des carambolages qui confondaient les esprits en enlevant les cœurs.
L'autre, calme, penseur, profond comme la mer qui balance ses abîmes, songeait.
* CE Il regardait ses billes immobiles, et mesurait d’un regard d’aigle tes angles qui menaient aux poches.
Soudain, il saisit son arme, cette arme que les dieux, dans un jour néfaste, donnèrent à l’homme pour causer tant de malheurs. Il la brandit dans l’espace, l’abaisse, ajuste et frappe. k°# La bille part, vole, siffle, bondit, atteint sa compagne impatiente, la pousse et l'envoie mourir dans la poche, tombeau d’un instant. 11 la reprend encore, et fait trois cents points. Un silence de mort règne sur la foule compacte; les bouches ne respirent plus et les narines, à force de se dilater, finissent par couvrir tout le visage.
C’est alors que le peuple canadien, à jamais déshonoré, fut sur le point d’être foulé aux pieds par l'étranger victorieux. On vit des têtes superbes s’incliner sous le poids de la honte, et
des hommes sans reproche et sans tache murmurèrent que la mort était préférable à une telle calaz:ité,
#*"* Mais Foster s'arrête, et Dion recommence:
Cu”
Tel un gauchos des pampas Argentines qui a laissé sa cavalcade Ie devancer au loin sur la plaine ondoyante, la regarde un instant, atterré de la distance qui le sépare d’elle, puis s’élance, piquant des deux son coursier rapide qui dévore l’espace, et bientôt il a rejoint ses compagnons oublieux.
Tel Dion, se réveillant comme d’un rêve affreux où il sentait trois cents billes lui courir dans la tête, saisit à deux mains sa queue de champion, et vise.
Chaque coup porte; on sent la victoire chanceler ; la fortune toujours perfide lui sourit,
Lui, de plus en plus terrible, frappe à coups redoublés ses billes éperdues ; les bandes retentissent, les poches se gonflent, et des frissons courent parmi les spectateurs haletants.
Bientôt, il ne lui reste plus qu’un point à faire pour voir son front couronné de lauriers, et son nom promené d’âge eu âge avec ceux des vainqueurs de la terre.
C’est alors qu’on vit te que jamais oh né reverra dans les fastes d'aucun peuple:
Un nuage plein de foudre passa sur le front des partisans dé Foster prêts à s'élancer sur le petit Canadien et à lui enfoncer ses billes dans la gorge, s’il était victorieux.
De l’autre côté, lés pariéurs de Dion, complètement fous, (je parle des premiers citoyens de Montréal) se poitaient comme un flot poussé Cd la.tempéte, et hutlaient des cris dé triomphe qui eussént renversé
ébasto
Qu'ils furent éublimes à cette heure suprême et dignes de l’immortalité, les deux combattants qui soulevaient autour d’eux tant d’orages !
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Muse, maintenant tais-toi : retourné aux cieux d’où tu vins me verser les flots divins de l’inspirdtion, et n’en redescends plus que lorsqu'il me faudra chanter la première course à la taquette qui aurä lieu entre le club de Montréal et celui de Lachine, gloire impérissablé de ma belle patrie, j
J'ai dit ce combat de géants qui fit trembler la salle Notdheimer ; maintenant, tombant de l’espace, je vais im’abattre Sur le parlement canadien où, seuls, les pygméés sont aux prises.
Il s'élève une discussion furieüse et approfondie sur le double mandat.
Le Dr. Laberge dit que l’abolition de cette institution aurait pour effet d'améliorer la santé des députés qui ont trop à faire, comme le prouve la maladie dont a souffert le trésorier.
Ïl ne dit pas de quelle maladie souffre le trésor.
M. Bétioit pense que l’äbsence coñtintelle de M. Cartier de son élége esb urte preuve que la double chargé est trop onéreuse pour un seul homme.
Mais M. Hemmin gpore ue les services rendus en ce moment au Dotiniôn par M. Caftier dot égaletnent avantageux à la Province ét cotfipenséné bi son hbéerite.
La question étant élucidée sous tous ses aspects, la séance est levée.
.: Le lendemain; M. Dumoulin demande s 16: goûveriément à l'intention de placer sous son contrôle les glissoirés et autiés travaux publics de la Province.
M. Chapleau fait un petit discours à longues phrases pour renverser le ministère, en démontrant que le sentiment monarchique est profoudément gravé dans le cœur des Canadiens.
Un autre député se lève et demande si c’est l'intention du gouvernement de présenter un bill sur la fabrication des souricières.
Un quatrième annonce qu’il présentera une pétition, de la part des maringouins, contre l'établissement d’un chemin de fer dans les
forêts de Terrebonne.
La toquade du député de Saint-Hyacinthe est de présenter des pétitions de Canadiens qui demandent à revenir des Etats-Unis en Canada.
Chaque fois qu'il présente cette DUO, etilen a déjà présenté quatre ou cinq, des tonnerres d’applaudissements éclatent dans la salle.
Le ministre dé l'agriculture se lève, maïs l'émotion le gagne tellement qu’il se rassied. Jamais il ne fut si éloquent.
Une voix ; “ Mais si nos compatriotes émigrés veulent revenir en Canada, qui donc les en empêche ? quel besoin ont-ils de pétitionner pour cela 7......?
M. le député de Saint-Hyacinthe in.vrloqué, pris à court, stupéfait de cette qüestion, tegardé, ouvre là bouche, étend les bras, se secoue comme un chien mouillé et tombe à là renverse sur son siège.
M. Bellerose, formé dès longtemps à la logiqué, dit qu'il est en faveur du double mandat, parce que les députés, n’ayant rien du tout à faire comme simples mandataires, auront deux fois plus d'ouvrage comme double-mandätairés, ét qu’ainsi le paÿs en aura pour son argent.
Puis la séance est levée dès que M. Buchand à eu le temps de ;
recevoir un Verre d’eau.
sv A la séance suivante, le député de Saint-Hyacinthe donne une répétition de ses pétitions antérieures, et la Chambre À acpisie
SA
Où voit-on dans tout cela une mesure, üne seule qui révèle des législateurs ?
Et cependant il y a une foule énorme dé choses à faire, Mc à corriger.
Le fait est qu'ily a tout à faire dans notre pays.
Ah ! les Anglais nous ont joué un rude tour avec la Confédération qui a fait du Bas-Canada une province séparée ayant son parlement propre.
Aujourd’hui, l'incapacité et l'ignorance de nos hommes éclate tristement, avec la complète nullité de notre peuple.
Mais d’où vient cette incapacité? Ah! je le dirais bien. Mais le clergé a fait tant de sacrifices pour notre éducation que, vraiment, ce serait trop cruel que de dire là-dessus ce qu’on pense.
Le public a appris, du moins j'aime à le croire, l’heureuse arrivée de l’évêque Bourget en Europe. e
Par une coïncidence bien agréable et qui a dû réjouir notre évêque, dit le Nouveau-Monde, la date de la fin de la traversée, le 1er février, à été aussi celle de la fête de son illustre patron, saint Ignace,
Mais quelle ne dut pas être la joie de saint Ignace lui-même ? Ah ! il est des chosesqui attendrissent les cœurs les plus durs. * *
Arriver au Havre le jour de la fête de saint Ignace ! Que Dieu est bon !
Pourvu que les Jésuites aient l’heureuse idée de faire une collecte afin de remercier l’évêque d’être arrivé ce jour-là !....
Brillez, affiches aux mille couleurs ; courez, placards, dans toutes les mains ; resplendissez, théâtre du Gésu, il faut dix mille piastres de plus pour les zouaves pontificaux, attendu que l’évêque Ignace est arrivé au Havre le jour de sa fête.
Voir encore cette souscription, et puis mourir !
Savez-vous ce que c’est qu'un gouverneur général? (C’est un homme qui reçoit beaucoup d'adresses, vient d'Ottawa à Montréal prendre un diner, donne des levers où l'étiquette exige que les hanches soient à la hauteur du cou, dit une fois par an “Il a plu à Sa Gacieuse Majesté....” ouvre les chambres en chapeau à cornes, sanctionne tous les bills qu’il n’a pas lus et reçoit pour cela 50, 000
dollars de salaire.
Un gouverneur général est en outre un homme à qui la fréquentation assidue de ses créanciers a rendu le séjour de la patrie désagréable,
Dès qu’il a refait sa fortune et payé ses dettes, on le remplace par un autre.
Il arrive que, cette fois, le nouveau gouverneur général n’a pas été envoyé ici par ses créanciers ; il a, paraît-il, jusqu’à 100,000 livres sterling de revenus. Comme les 50,000 dollars qu'il recevra de salaire ne lui paraîtront qu’une goutte d’eau, on lui en votera 50,000 autres pour qu’il s’en aperçoive.
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…"« Le parlement de Québec est réuni depuis plus de trois semaines et déjà il a eu le temps d'adopter une motion. C’est la motion d’ajournement proposée par le ministère jeudi dernier.
Pr” On ne saura plus bientôt où marcher dans les rues de Montréal pour éviter les toits qui s’écroulent.
Ce qui prouve que le progrès n’est qu’une illusion. Que sert de bâtir des maisons de six étages pour que leurs gouttières vous tombent sur le nez 1 A deux étages ça fait tout autant de bien.
DES CANONTISATIONS
Procédons par ordre, et voyons d’abord comment s’établissent les vertus héroïques. 4
Ce sont des masses d'instructions préalables faites sur les lieux où
vécut et mourut celui ou celle dont on s'occupe. * L'Imprimerie du Vatican imprime toutes ces enquêtes pour être soumises au tribunal des Saints Rites, lequel procède à son tour dans quatre assemblées successives. Le dossier imprimé doit être distribué aux membres et aux consulteurs de la congrégation des Rites, quarante jours au moins avant la première assemblée. Cette première assemblée s'appelle dispositaire,
L'avocat du diable étudie le dossier, fait un sourire sardonique autant que son caractère sacré le lui permet, et expose par écrit ses objections, qui doivent combattre l'avocat de Dieu. Ces objections sont imprimées sous le titre significatif de: Animadversiones, et se distribuent aux mêmes personnages qui jeûnent et prient avec un redoublement de ferveur, pour en mieux démêler le sens. Quarante jours après la distribution des remarques de l’avocat infernal a lieu la seconde assemblée de la congrégation des Rites.
Cette seconde assemblée est appelée antépréparatoire ; elle est formée par les consulteurs des Rites, sous la présidence du cardinal rapporteur, On examine l'affaire, et, quand on s'est bien rendu compte dé la position, comme disent les théologiens, tous les membres de la sacrée congrégation émettent leur opinion par écrit et se rendent ensuite chez le cardinal relateur de la cause, pour y entendre les avocats de Dieu et du diable.—Tout ce qui a été dit et écrit en cette circonstance est imprimé et distribué.
IH Quarante jours après a lieu la troisième assemblée qui n’est encore Lt que préparatoire. Aux membres présents dans les précédentes WU assemblées viennent se joindre tous les cardinaux, membres de la at. congrégation des Rites,
Dans la quatrième et dernière assemblée, on fait connaître tous les votes. Cette assemblée, qui prend le nom d’assemblée générale, est présidée par le pape, qui écoute tous les avis, mais ne décide rien encore. Elle ordonne qu’on jeûne, qu’on prie, qu’on médite et qu’on entende encore une fois les témoins qui, comme les juges, prêtent serment à genoux, la main sur les Evangiles. Tous jurent de garder | un secret inviolable sur tout ce qu'ils verront et entendront, sous qut peine d’excommunication majeure.
fl ‘“ Que ne puis-je —dit l’auteur du Discours théologique sur la
HA “ canonisation des saints, —mettre sous vos yeux le zèle des témoins NH “ dont les procès-verbaux rapportent les dépositions ! On en voit qui “ font à leurs frais et entreprennent souvent de longs voyages à “pied, pour les venir faire. Il s’en trouve qui ne les font qu’à Set ‘“ genoux ét les yeux baignés de larmes. Plusieurs ne peuvent ai “ trouver des expressions : les jours entiers, les volumes d’écritures ne is ‘“ suffisent ni à leur détail ni à leurs transports. ”
L’héroicité des vertus une fois établie, on passe aux miracles.
Il faut que Dieu ait fait au moins deux miracles par l’intercession du sujet proposé, pour que ce dernier soit admis à la qualité de bienheureux. Si le candidat est mort depuis très longtemps et qu’il | n’y ait, pour attester ses miracles, que des témoins auriculaires tenant int de témoins oculaires les faits surnaturels exigibles, il faut alors au moins trois miracles. Si les témoins ne tiennent que de la tradition ji Feu les prodiges qui font les bienheureux, il faut au moius quatre JEU miracles. Pour être saint, il faut s'appuyer sur un plus grand [ nombre de miracles, d’une qualité supérieure, car les miracles sont classés par rang de mérite. Ainsi, l’on ne compte pour rien certains petits miracles qui sont comme la menue monnaie des. prodiges célestes, et que les théologiens nomment pittoresquement fumée de sainteté, sanctitatis fumus.
qi | ‘ On ne devinerait jamais,” dit, dans un style familier et plein
QUin de grâce, l'abbé Mavillier, ‘“ on ne devinerait jamais la prudence et “ La sévérité que la cour de Rome apporté dans la discussion des ‘ miracles.”
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Je n'ai, pour ma part, cherché à rien deviner, et j'ai voulu tout apprendre des écrivains autorisés. Ces écrivains m'ont fait savoir que tout se passait, pour la réception des miracles, à peu près comme “pour celles des vertus héroïques. C'est surtout à là congrégation des ites, composée de vingt .cardinaux, de six prélats assesseurs et de trente consulteurs, que reviént le soin de décider sur cette difficile matière des faits surnäturels.
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C'est ici que l'avocat du diable et l'avocat de. Dieu se livrent de pieux et édifiants combats oratoires. L’avosat .e Dieu, naturellement, représente les miracles observés comme l’œuvre du ciel et prêche pour son saint, c’est le càs de le dire. Et comme le diable possède de son côté la facüalté de troubler l’ordre de la nature, il devient très difficile parfois de distingüer entre un miracle diaboliqüe et un miracle divin. L’embartas des juges du sacré tribunal serait plus grand encore si l'avocat du diable, par un raffinement de rouerie plus Se s’'appliquait, à l'instar des philosophes, à expliquer
es faits réputés surnaturels, au point de vue de l’enchaînement logique des Héhthnt, des lois de la nature et du simple bon sens.
Prenons, par exemple, un des miracles accomplis, au dire de M. Louis Veuillot, par l’intércession de la dernière sainte nommée, Germaine Cousin. Voici ce miracle :
Les confrères de la sainte épine, effrayés de voir Rome en 1849 aux mâins des patriotes italiens et le pape en exil, s’adressèrent à Gérmaine Cousin pour la prier de prier en faveur du gouvernement des cardinaux. Ses .prières furent exaucées et Rome fut prise d'assaut par l’armée française. |
Dans l'hypothèse où nous plaçons pour un moment l'avocat du diable, que dirait-il? La chose du monde la plus simple :
‘ Messieurs, dans les batailles, on l’a souvent répété, Dieu est toujours soit du côté des gros bataillons, soit avéc les bataillons les plus bravcs ou les mieux commandés, La préuve de cette vérité, qui n'aurait pas besoin de preuve si les hommes voulaient rester dans la réalité, c’est qu'un roi Gevenu saint, ayant tenté avec un enthousiasme extraordinaire la plus pieuse des entreprises, celle de conquérir la terre sainte sur de vils mécréants, fut complètement battu, lui et tous les preux, à deux reprises différentes, par ces mêmes mécréants, détestés de Dieu, et qui pourtant sont encore en possession des lieux saints. |
“ Les chrétiens ne pouvant pas dire que le Tout-Puissant leur avait été favorable en cette circonstance, ce furent les mécréants qui se vantèrent d'avoir été protégés par lui. Ces infdèles, fidèles à Mahomet, s’abusaient étrangement, Ce qui les protégea dans ces guerres mémorables, c’est que les croisés étaient une mauvaise armée; mal commandée, épuisée, par la maladie et les privations, tandis que lesinfidèles, eux, étaient de bonnes troupes, bien armées et combattant pu la défense de leur territoire. Je soutiens, messieurs, —ajouterait ‘avocat du diable, —que les hommes de toutes les religions sont si enclins à voir partout le doigt de Dieu qu'ils se le mettent sotüvent dans l'œil, pour me servir d’une expression vulgaire mais saisissante.
‘“ La preuve encore que le Seigneur, qui a prêché la paix et doit en conséquence détester la guerre, ne se mêle pas de décider dans les
combats, c'est la bataille toute” récente de Castelfidardo, gagnée par
des excommuniés sur des zouaves pontificaux à la solde du gouverne-
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ment romain, et bénis autant que possible par le Saint-Père. Non, non, mille fois non ! dirait encore le représentant de l’enfer ou de la philosophie, ce qui est tout un, ce ne sont point les prières des confréries de la sainte épine qui ont rétabli le gouvernement des cardinaux ; £'est l’armée française qui a tout fait. Les Français sont de vaillants soldats, que le succès accompagne partout : contre les défenseurs de Rome en 1849; avec ces mêmes défenseurs, Garibaldi en tête, en 1859, pour l'indépendance de l’Italie,”
Pour ce même avocat du diable, les résurrections de morts, les apparitions nocturnes, la conservation des cadavres dans certaines terres argileuses, les flammes phosphorescentes qui s’échappent des tombeaux, les extases, l’insensibilité physique, &ec., &c., s'expliqueraient aussi dela manière la plus simple, la plus rationnelle, la plus évidente au point de vue naturel, en faisant appel aux lumières de la science.
Mais invoquer la raison, belle raison ! M. Louis Veuillot, l'esprit le mieux pensant qui soit sous la calotte des cieux, avec M. Coquille, s’est expliqué nettement sur la science à propos de cette même Germaine Cousin : “ On sait que l’hérésie, dit-il, pénétra en France par le moyen des savants et des universités, ”
Quand les miracles sont reconnus divins et non diaboliques, le pape, après de longues méditations, des prières spéciales, propres, suivant l'expression des théologiens, à faire douce violence au Seigneur, lance un décret de béatitude ou de canonisation.
Naturellement cet heureux événement donne lieu à une messe pontificale, à une illumiration ordinaire, à des processions, à des chœurs chantés devant l’image du bienheureux ou du saint. L’immense basilique est remplie de curieux, parmi lesquels figurent un grand nombre d’Anglais protestants, très friands de toutes les cérémonies de l'Eglise catholique à Rome. ‘ La messe est annoncée pir des salves d'artillerie.
L'auteur du Discours théologique sur la canonisation prend soin de nous apprendre que les saints reviennent très cher. “ La longueur de ces procédures, dit-il, expose nécessairement à bien des dépenses. Des commissaires sont envoyés sur les lieux où le saint a vécu et où se sont opérés les miracles, pour y faire les informations ; une foule de témoins à entendre, une multitude de mémoires à imprimer, des agents à entretenir, des honoraires à payer aux officiers de la congrégation, la célébration d’une grande fête, tout cela entraîne à des frais immenses. Si le père commun des chrétiens n’eût écouté que ses intérêts, il eût rondu les canonisations moins longues et moins difñciles.”
Il n’y a vraiment que les écrivains mystiques pour mêler ainsi les intérêts du ciel et ceux de la terre. Sans doute les saints reviennent cher: mais, Dieu merci ! ils rapportent, et beaucoup. A coup sûr, on ne spécule pas sur le résultat, mais on peut répondre aux réflexions
on, e la conardit de éfenli en
s, les aines , des iqueplus de la
esprit quille, mênie 'rance
es, le "opres, 2e au
messe à des mense grand ies de salves
d soin gueur penses.
h et où e foule er, des congrébs frais que ses 1E diff-
insi les iennent up sûr, f exions
économiques de l’auteur du Discours théologique qu'en somme c’est de l'argent bien placé.
Nous savons que l'admission d’un saint, même canonisé par le pape, n’est pas un article de foi. Toutefois l’auteur du Discours théologique ne peut admetre qu'on ait pu canoniser quelqu'un indûment. La supposition d’une semblable erreur lui inspire le morceau suivant, mélange saisissant de terreur et d’amère ironie :
“ Quel triomphe pour l'enfer s’il voyait dans ses abîmes ceux que ‘“ nous honorons dans nos temples! Quoi ! démon, le nom d’un de ‘“ vos esclaves serait inscrit dans nos doptiques, prononcé dans nos ‘ mystères, mêlé à celui du Sauveur ! Démon, vous insulteriez à notre ‘ ignorance ou plutôt à novre folie, en foulant aux pieds celui devant “ qui nous fléchissons les genoux ! La voilà, diriez-vous, cette Eglise “ qui se prétend divinement éclairée ; la voilà qui nous offre ses hom- “ mages. Chargée de nous faire la guerre, elle se prosterne à nos pieds. ‘ Attisons, attisons les feux autour de celui auquel elle offre des pré- “ sents ; que nos charbons tiennent la place des fleurs dont elle cou- ‘“ ronne sa tête.
‘“ Non, une telle monstruosité est impossible. Que des évêques “ aient quelquefois donné dans l'erreur, c’est médiocre. Dieu n’a
“ jamais garanti les décisions de chaque évêque. Il n’en est pas de ‘“ même de son Eglise.”
Résumons-nous. Puisqu’il faut de nouveaux saints dans le paradis pour ajouter aux soixante ou quatre-vingt mille saints et bienheureux qui s’y trouvent déjà, que la cour de Rome ne cesse pas d’en faire ; mais qu’elle agisse avec plus de lenteur encore. Où serait d’ailleurs le mal si les pécheurs ne s’adressaient qu’à Dieu pour la remise de leurs péchés ? Certes, je ne suis pas prophète, mais il me semble que le moment est proche où Dieu se manifestera aux hommes, non plus par le renversement des lois naturelles, mais par les nobles sentiments qui battront dans tous les cœurs, chrétiens, juifs, musulmans, boudhistes, ete, et qui ne peuvent venir que de lui et par lui: l’amour du prochain, l’amour de la justice et l’amour de la liberté !
Voilà certainement l'avenir,
è = — PRE SEE PT RS