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Re ere me a.
Montréal est une ville où il y a bon nombre de marchés, beaucoup de bœufs et quantité de moutons, sans, compter la population qui s'élève à 130,000 âmes.
Il y a trois théâtres ; le Théâtre Royal où il est défendu d'aller, l'église du Gésu où il est défendu de ne pas aller, et les Variétés où l’on joue un jour une chose et le lendemain rien: du tout, ce qui constitue la variété.
Le Gésu est un théâtre spécial. Dans tous les autres, une fois. sa loge payée pour la saisot, on y a un droit absolu ; mais au Géseu, chaque fois qu’ il y a une représentation extraordinaire, tout individu qui paie un dollar où un, écu vous enlève votre banc,
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La population se divise à peu près également en deux classes, les prêtres et les mendiants.
Les prêtres portent généralement de très gros, casques, sans doute pour que l'esprit saint ne s'en échappe pas.
Cette population a certains goûts princiers : les parties de billard, les séances de boxe, les bouffonneries des ménestrels, les combats de coqs et les départs de l’évêque pour l'Europe.
Le nombre des idiots est en raison directe du nombre des confréen NE ne MRUE Pb au ii i dtoatie Il y a presque autant ses, que de ministres des ren! cultes, mais très peu d'écolés. $
On compte en outre un certain nombre d'institutions non fréquentées par la jeunesse, et un très grand nombre d’auberges qui le sont,
Les avocats et les médecins pullulent : deux classes fort utiles, Les uns tuent, les autres ruinent.
En revanche il n’y a pas de savants, pas de littérateurs, pas d’historiens, pas d'ingénieurs, pas de minéralogistes, pas de philosophes, pas de sculpteurs, pas de peintres, pas de poëtes, pas de girl ciens, päs d’astronomes, pas de géomètres, pas de géographes. .
logue et un chimiste.
* * Une église bien célèbre est celle de Notre-Dame-de-Pitié, où l’on a tiré din seul verre trois cent cinquante bouteilles d’huile. T1 est vrai que cette huile est miraculeuse. Les huiles miraculeases sont comme le caoutchouc.
Celle de Notre-Dame-de-Pitié a des effets étonnants ; les personnes qui s’en mettent sur la jambe ont tout ‘le suite mal au bras.
Si l’on erre sur le penchant de la montagne qui descend avec une gracieuse noblesse jusqu’à la place Victoria, coupé de rues vastes et ombragées, embelli par des résidences qui le disputent en richesse aux palais de l’Europe, embouqueté de petits parcs et de petits jardins moitié agrestes, moitié coquets, comme des nids de fauvettes, on se sent dans une atmosphère libre et grande, et l’on promène un regard flatté sur cette montagne royale qui jadis baignait ses plis touffus dans le Saint-Laurent, et qui, dans dix ans peut-être, sera découronnée par
. brillantes villas qui, chaque été, s’échelonnent sur sa croupe. "«
C’est là le vrai Montréal, le Montréal de l'avenir, future métropole de l’est qui couvrira un jour toute l’île,
C'est le quartier des Anglais. On y voit la richesse, le luxe, la grandeur, le pouvoir et la force,
+ * + Plus bas est le siége des Irlandais, quartier enfumé, nauséabond, tortueux.
Là pullule un peuple sans cesse en mouvement, d’une étonnante souplesse, se rendant nécessaire et se faisant craindre, ardent, mêlé à tout, mais impossible à fixer, dangereux pour ses amis qui ne le sont
jamais longtemps, aimant à sauter d’un plateau de balance à. l’autre, par fantaisie, par impulsion subite,
A l'opposé, dort un peuple tranquille, réveillé seulement par le son des cloches, couché dans des masures qui ont été bénies, séjour marqué ça et là de quelques rares édifices qui sont des couvents, des presbytères, des écoles de frères ou des églises.
Le peuple qui est là, c’est le peuple canadien. Il est paralytique depuis cinquante an. Ne le réveillez pas.
Il est couvert de plaies. * Si vous en touchez une pour la guérir, la douleur lui arrachera des cris farouches ‘et il s’élancera sur Fi son sauveur, comme sur un ennemi mortel.
Veut-on savoir à qui appartient ce quartier tout entier, en bloc, ce quartier qui est la moitié de la ville, à qui appartient l’air même qu’on y respire, à qui les âmes qui y végètent ? Tout cela appartient à sa Grandeur, à sa Grâce Monseigneur l’Evêque de Montréal.
Les journaux sont assez nombreux, à peu près trois par lecteur. Ce sont en général des feuilles d'annonces, les hommes ayant plus besoin de savoir où s'acheter des faux-cols et des chaussettes que de s’instruire.
A Montpellier, petite ville du Vermont d’à peu près 15,000 âmes, les habitants, sensibles aux sarcasmes du Nouveau-Monde, qui trouve les Américains le peuple le plus ignorant et le plus dégradé de la terre, ont résolu d’apprendre.
Aussi on y voit des journaux qui ont autant de matière que quatre ou cinq grands journaux de Montréal réunis, et fort peu d'annonces ; les abonnés seuls sustentent ces journaux.
Mais les Canadiens, qui ne connaissent pas leur ignorance, n’éprouvent pas le besoin de s’instruire.
Qu’apprendraient-ils ? Ils savent faire leur salut.
Ils ignorent le chemin que les autres peuples ont fait dans la science et les arts, et croient que cela ne les regarde point.
Aussi quand l’un d’eux a découvert quelque invention ingénieuse, que juo procédé nouveau, quelque perfectionnement industriel, ils disent : “Tiens, c’est curieux, c’est pas mal cela, pour un Canadien /”
Race d'hommes à part, ils perpétuent pe À qu de l'intelligence dans un pays où brillent toutes les litertés.
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Encore une comparaison.
Les capitalistes des Etats-Unis n’ont rien tant à cœur que de contribuer à la fondation, à l’entretien, à la prospérité des écoles, colléges et institutions de tout genre. Ils comprennent qu’un peuple instruit est toujours libre, et que l'ignorance de ses droits est seule cause qu’il les abandonne. Aussi, les particuliers y jouent-ils le rôle de l’état pour toutes les institutions publiques ; . ils sont la providence de l'avenir. Leurs généreuses, leurs étonnantes prodigalités pour l’instruction des enfants ne sont inspirées que par l’amour des institutions de leur pays, qu’ils he peuvent perpétuer qu’à la condition que les générations futures les connaissent et les aiment en les connaissant.
Tant de riches dotations ont moins pour effet de soutenir des écoles ou des colléges que d’assurer l’éternelle liberté politique, intellectuelle et civile du peuple américain.
En Canada, les dotations ne sont faites qu’aux corporations religieuses, et n’ont d'effet que pour maintenir l'ignorance et la lèpre du parasitisme social.
Ceux qui ne font pas de dotations ne visent qu’à avoir des chevaux où à faire banqueroute, dès qu’ils ont assez d’argent pour cela.
J'ai sous les yeux le rapport du président de l’Institut Canadien de Québec. Voici comment il s'exprime :
Les jeunes gens, qui ont plus que tous les autres besoin de l’Institut Canadien ont à se faire une position. Les ressources d’un grand nombre sont tellement limitées, qu’ils ont peine à se procurer les choses les plus nécessaires à la vie matérielle. Tls ne peuvent donc pas, avec la meilleure volonté du monde, payer leur contribution annuelle. La somme de ces contributions étant la seule ressource que nous ayons faire face à nos dépenses, on comprend donc les embarras périodiques dans lesquels nous nous trouvons,
l y a un moyen de les faire cesser, c’est la libéralité de ceux dont la fortune est faite, de ceux qui, n’ayant plus d'inquiétude pour eux-mêmes, peuvent aider les autres. Cette libéralité, nous la trouvons rhez un certain nombre d’entre eux ; plusieurs citoyens, qui n’ont aucun be’um de l’Institut, continuent d’en être membres et paient leur contributi:1 annuelle avec régularité. Bien qu'ils ne fassent en cela que leur devoir, ils sont si peu nombreux que nous ne devons pas leur marchander les éloges et les remerciements.
Le plus grand nombre de ceux qui sont dans la même position qu'eux oublient entièrement ce qu’ils doivent à la société où ils vivent. Les uns croyant sans doute qu’une institution comme la nôtre peut, suivant une expression populaire, vivre de l’air du temps, s’imaginent lui avoir rendu un grand service et en avoir mér'*é de la reconnaissance, lorsqu'ils Ont mis leurs noms sur 14 liste de ses meLl:tes. D’autres, et ils sont plus nombreux, connaissant la nécessité de la souscription annuelle, et ne voulant pas s'imposer un si lourd sacrifice, envoient
eur, ission pour n’avoir pas à payer quatre piastres par année. Combien de fois nous est-il arrivé, au sortir d’une assemblée du bureau de direction, de
rencontrer l'équipage d’un individu dont nous venions de recevoir une lettre annonçant qu’il cessait d’être membre de l’Institut ! Il n’avait pas cru pouvoir sacrifier plus longtemps une si forte somme !
Voilà. Mais à quoi sert de récrininer contre des faits inévita- | bles, pressentis depuis longtemps par tous les esprits sérieux ? Mettez en regard cet autre fait. Denver, ville du Coiorado,
8 perdue dans un territoire de l'extrême ouest, et qui n'existe que depuis
“ cinq ou six ans, a déjà trois instituts prospères et reçoit des journaux
wil de toutes les parties de l'Union.
stat “ | de * *
sl N'est-ce pas à Québec encore que le premier ministre disait
gé- dernièrement : ‘ Il faut conserver le double mandat, parce qu’on ne trouverait pas dans le pays d’autres hommes de talent et le connaïssances suffisantes pour remplir les siéges laissés vacants par l’institution du mandat simple ? ” Quoi ! il n’y pas en Canada assez d'hommes de talent pour voter $ des adresses, des statuts sur les glissoires et des motions d’ajournereli- ment!..
èpre LA ;} Ce qui manque, ce ne sont pas les hommes de mérite, ce sont des P hommes assez plats, assez hornés, assez insignifiants et assez incapables pour remplacer la plupart de ceux qui occupent aujourd’hui deux siéges.
à Or, comme il faut des hommes de ce genre pour représenter fidè- ; dien lement la province de Québec, il est nécessaire de garder le double # mandat. x ë adi Voilà la vraie raison. Ù en * ment * x FR ur Duo Des hommes de mérite! pour Dieu! qu’elle figure feraient-ils salaud dans ce parlement de Québec, et qu'est-ce qui pourrait fixer leur
attention, à moins qu'ils ne voulussent porter hardiment le couteau
dans la gangrène de notre état social ! à Qu'ils se présentent, ces hommes, s’ils l’osent ! Mais quoi ! le clergé craint tellement le mérite, à quelque parti
qu’il appartienne, qu’il a fait récemment une opposition acharnée à
un conservateur de Trois-Rivières, jeune homme de connaissances et
d’études, afin de placer sûrement en chambre une de ses créatures qui
votera canoniquement, F4
Pas d'hommes de talent ! Ah! c’est ainsi que vous reconnaissez les services de ceux qui ont tant fait pour vous faire élire !
Que va dire M. en apprenant qu'il n’est pas ‘même de voter pour constituer en corporation les aveugles de Montréal 1
Le Canada offre un fait unique dans l’histoire. (C’est le fait d’une grande majorité des habitants possédant le sol, écartée presque entièrement et dominée par une petite minorité d'hommes venus de l'extérieur. i
L'histoire montre bien des nations entières opprimées et décimées par une poignée de conquérants, réduites au dernier degré d’abjection, mais on ne vit jamais une nation jouissant de droits égaux avec ceux qui la conquirent, appelée comme eux à l'exercice de toutes les libertés publiques, à participer à tous les bienfaits de la civilisation, se condamner elle-même à l’absorption et à une déchéance qui équivaut à l’anéantissement, Qu’une occasion se présente, les Canadiens n’oseront se faire valoir, mais ils brailleront pendant un mois si on le leur reproche.
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