‹ La lanterne [microforme]Chapitre 69 sur 73 · HISTOIRE DU CANADA · texte numérisé non relu

HISTOIRE DU CANADA

Sur les principaux personnages DU PAYS

Pendant que cette bénédiction aura lieu, les vélocipèdes devront se tenir debout tout seuls sans manifester leur émotion, dans un saint recueillement, et au mot Ainsi sott-il prononcé par le docte abbé, ils s’élanceront avec une ardeur digne d’une meilleure cause, pour faire sans retard l'essai des nouvelles grâces qui leur ont été conférées.

La cérémonie finie, chacun témoignera avec empressement aux vélocipèdes l’admiration que lui inspire leur bonne conduite, et les félicitera du bonheur inouï dont ils ont le glorieux privilége ; puis la foule défilera au chant des cantiques sacrés : ‘ À Jacie dei Daniels velocipedes exultaverunt sicut arietes, et colles sicut agni velocipedum."”

On vient de bénir à Rome les chevaux, les moutons et les ânes ayant à leur tête l’évêque de Montréal que son émotion étouffait, et qui n’arrivait que de temps à autre à faire entendre ces mots entrecoupés, mais sympathiques : ‘“ Révérendissimes bêtes... , Chères ouailles. ...”

Je ne puis mieux faire, pour donner une idée de cette cérémonie, que de reproduire un passage d'une lettre adressée au Franco-Canadien par un zouave pontifical, et que le Nouveau-Monde a pris la peine de reproduire dans ses colonnes, comme s’il avait besoin d’aller chercher ailleurs des platitudes et des bouffonneries à désarticuler le lecteur.

Je dois dire pour ma part qu’en lisant cet amas d’inepties propres à arrêter court un troupeau de buffles au grand galop, j'ai eu d’affreuses attaques de nerfs qui durent encore après trois jours ; je vais m'en guérir en vous les passant, chers abonnés.

Ecoutez-moi ça.

“ Oui, à Rome on bénit les chevaux et avec grande pompe par dessus le marché.

‘# C’est le jour de la saint Antoine que s’accomplit cette cérémonie. Comme tout ce qui touche à la religion, cet acte revêt un caractère de

grandeur et de dignité qui nous étonne, nous étrangers, qui ne sommes :

pas accoutumés à ces pratiques pieuses *et pleines d'intelligence. Tous les cochers de Rome veulent faire bénir leurs chevaux, les mules du pape elles-mêmes viennent les premières recevoir cette bénédiction. (Pour donner le bon exemple.)

On couvre de fleurs ces pauvres bêtes sans intelligence, et c’est avec la parure la plus brillante et la plus riche possible qu’on les mène sur la place de l’église Saint-Antoine, où un prêtre revêtu du surplis, de l’étole et de la chape, récite les prières accoutumées de la bénédiction. Les protestants, quelques uns du moins, trouvent cela ridicule ; ils y voient de la bigoterie, de la superstition. Les Romains les laissent dire et n'en sont que plus fermes dans leur croyance à l'efficacité de cette bénédiction. Le fait est qu’à Rome où fout prête aux accidents, il n’en arrive presque jamais. On en conclut, non sans raison, que la bénédiction de saint Antoine a d'excellents effets.

De la bénédiction des chevaux passer à celle des agneaux est, ce me semble, une fransition fort naturelle, et en cela, on ne me reprochera pas de manquer d'ordre.

C’est le 21 janvier, fête de sainte Agnès, qu’a eu lieu cette cérémonie vraiment admirable dans sa naïveté touchante. La charmante église de sainte Agnès hors des murs était littéralement remplie. Pendant que le cardinal Barilli offrait le saint sacrifice de la messe, on s’occupait à la sacristie de dsux.petits agneaux, on les préparait à les rendre dignes de l'honneur qui lus attendait.

Les curieux allaient voir ces belles petites bêtes dont la toison

lus blanche que la néige de nos mottagnes doit servir à confectionner Le pallium, insigne de la juridiction archiépiscopale. Jamais mortel ne reçut plus de caresses dans ‘toute sa vie que ces deux petits

moutons n’en reçurent dans une heure. Les mains délicates et, blanches de la Romaine à l'œil brillant, de l’Allemande au regard langoureux, de l’Américaine à l’air insouciant, de Ia belle Anglaise À la blonde chevelure, toutes ces mains innocentes passèrent successivement sur le des de ces deux petits princes qui, tout émerveillés de tant de politesse et ne sachant comment remercier ces estimables demoiselles, remuaient /a...... (oui on comprend ; c'est ce que les dévots “aux petits manteaux ” remuent si souvent) et faisaient entendre ce cri si vibrant des gens de leur espèce, (et de votre espèce) mais!........

Je me suis rendu hier au bazar de la Maison Protestante d'Industrie et de Refuge.

Là, j'ai appris de la bouche d’une des charmantes dahes patronesses ce fait incroyable pour un catholique.

La Maison d'Industrie a été fondée pour donner de l'ouvrage aux pauvres. Cet ouvrage leur est payé Ze double de ce qu’ils en auraient d’un négociant ou d’un industriel. Tous les ans, les articles confectionnés par les pauvres sont mis en vente à un bazar, et le produit sert à acheter de nouveaux objets que les pauvres reviendront prendre pour les travailler.

J’ai songé de suite aux Sœurs de la Providence qui, non seulement privent les pauvres femmes et filles du peuple de l'ouvrage qu’elles trouveraient dans les magasins, mais encore les forcent à venir en chercher chez elles et leur paient DEUX SOUS ET DEMI par jour, pour travailler de 7 heures du matin à 6 heures du soir.

Ainsi, la Maison d'Industrie, protestante, paie aux pauvres un prix beaucoup plus élevé que celui qu’ils recevraient dans les magasins, et par là encourage le travail.

Les Sœurs de la Providence les paient un prix infiniment audessous de celui qu’ils recevraient des patrons, un prix dérisoire qui. est plutôt une aumône, et par là encouragent la mendicité.

Il est vrai que les bonnes sœurs de la Providence parlent beaucoup du paradis à leurs pauvres en leur donnant deux sous et demi par jour; la Maison d'Industrie se contente d’épargner aux siens la prosti-. tution et les vices dégradants de la misère.

Il est impossible que les protestants soient sauvés s'ils continuent. d'agir de la sorte,

UNIN PACE EN 1869

Je lis dans la 7, RES de Louvain :

“ Non loin de Louvain, hors de la Porte de Bruxelles, se trouve

un couvent. Pour un motif odieux, il a plu à la supérieure de cecouvent de faire enfermer dans un cachot souterrain, sorte de cave.

RL

nt.

humide et malsaine, une des religieuses de la communauté. Quand je dis une religieuse, je devrais dire six religieuses, car elles étaient six en effet odieusement séquestrées, quand la police est arrivée ; mais une seule est en cause dans l’histoire que je raconte.

“ Cette nonne, appartenant à l’une des premières familles de Louvain,—dont nous’ tairons provisoirement le nom,—cette nonne, désespérée de la dure captivité qu’elle subissait, parvint, il y a quelques jours, à faire connaître à son beau-frère la situation où elle se trouvuit,

“ Le soupirail, qui donnait un peu de jour à son cachot, s’ouvrait sur le jardin où un homine travaillait. Elle attira l’attention de cet homme, parvint à l’attendrir, obtint de lui qu’il lui passât de quoi écrire et qu’il se chargeât de faire parvenir à son adresse une lettre qu’elle écrivit.

‘“ Au reçu de cette lettre, M. X...., le beau-frère de la recluse, se rendit immédiatement au couvent et demanda à la supérieure à voir la sœur X.

‘“ On lui répondit que la sœur X était en retraite et qu’on ne pouvait la voir.

‘__Je repasserai, répondit simplement M. X....

“ Il revint en effet trois heures après, mais il se fit accompagner par un personnage qui, provisoirement, resta dehors.

. “Il demanda encore à voir sa sœur.

‘__ Je vous ai dit, monsieur,” répondit la supérieure, “ qu’elle est en retraite. Il est impossible que vous la voyiez.”

“Telle fut la réponse de la supérieure, réponse faite avec une nuance d'humeur,

AS 6. SAPRAIO sortit et rentra bientôt, renouvelant sa demande.

‘“ La supérieure, inquiète de cette :nsistance et visiblement troublée, balbutia quelques paroles ; mais M. X...... y coupa court en ouvrant la porte et faisant entrer le commissaire de police.

‘On descendit à la cave et on y fit descendre la supérieure qui avait totalement perdu la tête. On fit ouvrir le cachot où, depuis plusieurs jours, gémissait la prisonnière. Ce fut elle alors qui indiqua le cachot où cinq de ses compagnes étaient enfermées; on délivra les pauvres filles, qui n’eurent riéen de plus pressé que de. profiter de la présence du commissaire pour s'échapper du couvent et retourner dans leurs familles.

“Un procès va être intenté à la superieure, et ce procès promet des révélations piquantes.

“Savez-vous pourquoi les nonnes en question avaient été enfermées? Parce qu’elles avaient refusé d’engager leurs signatures en vue de fournir à la supérieure de l’argent, dont ella a, paraît-il, un continuel besoin ; ce que l’on explique par des motifs que nous ne voulons pas rapporter.” /

Fin de la LANTERNE

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