‹ La lanterne sourdeChapitre 74 sur 89 · LE DISCIPLE · texte numérisé non relu

LE DISCIPLE

Éloi lit maintenant les Histoires extraordinaires d'Edgar Poe, et il admire, non sans stupeur, la méthode analytique si « absurdement simple » d'Auguste Dupin.

Voilà l'homme qu'il voudrait être !

Tout de suite il ferme le livre et sort, par ce temps froid. Il dévisage les gens et s'étonne qu'ils n'aient point pour lui' une « fenêtre ouverte à l'endroit du cœur ».

Comme il rencontre son ami Martel :

— Bonjour, dit-il, quoi de neuf?

— Rien, répond Martel.

— Gomment, rien ?

— Non. Au revoir, je suis pressé.

Et Martel s'éloigne rapidement.

— Tiens, se demande Éloi qui déjà flaire une piste, qu'a donc mon vieil ami ? Il évite mes regards et se dérobe à mes questions. Pourquoi est-il si pressé? Observez-le : il ne marche pas, il fuit et se faufile. Il garde relevé le col de son pardessus, comme s'il avait perdu sa cravate, arrachée d'un violent effort, dans une lutte. Et il cache ses mains au creux de ses poches, comme des mains tachées !

Mais il disparaît. Je ne le vois plus. Il a dû gagner quelque ruelle ignoble.

Et, un peu pâle, Eloi, immobile sur le trottoir, s'écrie en se frappant le front :

— Je parie que ce bougre-là vient d'assassiner quelqu'un !

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