‹ La lanterne sourdeChapitre 75 sur 89 · ÉLOI, HOMME DU MONDE · texte numérisé non relu

ÉLOI, HOMME DU MONDE

LE TÉMOrX PRÉCAUTIONNEUX

Certes, le rôle des témoins dans un duel est délicat. Ils peuvent même pécher par excès d'intelligence. Martel, le « client » d'Éloi (on appel client toute personne qui confie ses intérêts à un homme d affaires, quelles quelles soient), avait choisi le pistolet. Il voulait tuer raide et vite, sans façons, sans exécuter ces vains gestes qui rendent le jeu de l'épée si ridicule. Or, sur le terrain, Éloi s'aperçut que Martel pâlissait. Il y a des pâleurs intéressantes, mais celle de Martel déshonorait Eloi : c'était plutôt une verdure. Humilié, Eloi lui dit à loreille :

— Bête ! ne crains rien. Les pistolets sont chargés avec des bouchons !

Aussitôt les sombres neiges du visage de Martel fondirent. Il se campa, crâne, face au danger, poitrine découverte, et Eloi se félicitait de son stratagème inoffensif.

Au commandement de « feu ! » Martel, dont on admirait la belle tenue, dédaigna de tiren II abaissa son arme le long de sa cuisse, et brave, une fois pour toutes, jusqu'à l'insolence, il marcha sur son

adversaire, en se dandinant, comme un homme que ça connaît.

Et quand il fut assez près, Martel reçut la balle dans le cou: ici, tenez, là, mettez votre doigt.

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