‹ La lecture en actionChapitre 37 sur 81 · NÉRON · texte numérisé non relu

NÉRON

Viens, Narcisse! Allons voir ce que nous devons faire.

Ainsi se termine cette sublime scène de tentation!

Talma se proposait, dit-on, de jouer Narcisse. Il y eût été admirable, il en aurait fait l'Yago français. Selon moi, le tort de quelques artistes distingués que j'ai vus dans ce personnage, c'est d'aborder Néron comme s'ils avaient un plan tout fait, ayant l'air d'avoir prévu les objections et préparé les réponses. C'est enlever à cette scène son caractère de lutte, c'est la dire plutôt que la jouer. Talma l'eût jouée et dite. J'ai souvent essayé de me figurer, à l'aide de mes souvenirs, la manière dont il aurait représenté ce scélérat. Je crois entendre ces accents de familiarité amère (jiii le rendaient si terrible dans le Richard III de Leinercier. Je m'imagine que dans les dix derniers vers il aurait reproduit les intonations mômes de ces courtisans moqueurs, (|u'il aurait enfoncé dans l'oreille de Néron leurs accents sarcastiqucs

RACINE. — SHAKESPEARE. l53

avec leurs sarcasmes; je crois qu'il aurait osé rire ce vers :

Vont arracher pour lui des applaudissements,

pour rebondir avec explosion sur le dernier trait:

Ah! ne voulez-vous pas les forcer à se taire?

et le jeter comme un cri d'indignation et de fureur! Il est bien téméraire de dire : Talma aurait fait cela. Mais, que je me trompe ou non, ce grand nom invoqué couronne bien cette belle scène et double le courage pour l'interpréter.

l54 LA LECTURE EN ACTION.

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