CONCLUSION
Nous voici au terme de notre travail. Jetons un coup d'œil sur la route parcourue. J y vois trois étapes. A la première, leçons pratiques, application des principales règles de la diction, étude de morceaux simples et courts ; c'est une sorte d'enseignement primaire. A la deuxième, quelques idées générales, analyses plus détaillées, et participant de la littérature autant que de la lecture, mise en lumière des bienfaits de la diction par certains cas particuliers, ce sera, si vous voulez, l'enseignement secondaire. A la troisième, nous abandonnons l'étude du fragment pour Tétude de l'écrivain, et nous demandons la manière de l'interpréter, non plus à l'examen, phrase à
phrase, mot à mot, de telle ou telle de ses pages,
mais à la recherche des traits principaux de son
génie. C'est l'enseignement supérieur.
Ce cadre, si j'ai su le remplir, répond bien ce
me semble, au titre du livre : la lecture en action,
et ce titre à son tour, explique nettement le livre.
En effet la lecture à haute voix, a un côté d'art
qui dépasse l'enseignement technique. Il en est
d'elle comme de la musique, elle ne s'apprend pas
avec la même précision que les mathématiques 5
CjC n'est pas une science exacte; la connaissance
et l'application des règles suffisent peut-être pour
devenir un lecteur correct, mais non un bon lecteur. Il y faut encore, chez le maîlre comme chez
l'élève, une part d'imagination, de sentiment, de
vie : voilà pourquoi j'ai essayé de faire de ce livre
enseignant, un livre vivant.
Mais mon travail m'a amené à un résultat autre et inattendu.
La nécessité de trouver des exemple?, des citalions, m'a forcé de parcourir noire littérature entière. J'ai été cherchant et puisant partout. Or, ce voyage dans la langue française, m'a produit roffct d'un voy.'igc en France. Quand on traverse
CONCLUSION. 36l
successivement, la Normandie, la Bourgogne, TAuvergne, la Touraine, la Bretagne, la Provence, on reste émerveille de la diversité prodigieuse de toutes ces contrées. Autant de pays, autant de productions différentes, autant de terrains divers, autant de ciels nouveaux! un seul trait est semblable : Partout la fécondité. Un seul nom est le même : Partout la France. Eh! bien, pareille a été ma joie dans ce passage à travers notre littérature et notre langue. Nul pays, je crois, n'offre une telle variété de grands écrivains. Ils sont là, plus de trente, tous marqués d'un trait particulier et d'un trait commun: Les esprits sont différents, l'esprit est pareil : ce sont enfants de la même race. Si l'on me permet une comparaison familière, je dirais qu'une des gloires du pays de France, est dans ses vins. L'Allemagne a son Johannisberg, la Sicile son 3Iarsala, l'Italie son Lacryma Christi, l'Espagne son Madère et son Malaga ; la France les a tous! Le vin de Bordeaux, est fort, sain et sage. Le vin de Bourgogne généreux et fougueux. Le vin de Champagne a lo pétillement et la légèreté. Les vins de Provence, la chaleur concentrée et puissante. Les vins du Midi, ont emprunté
aux vins espagnols leur couleur et leur liqueur ; il n'y a pas de Pyrénées pour les vins du Midi. Or, toutes ces saveurs, tous ces arômes, toutes ces ivresses, je les ai retrouvés dans la dégustation de nos divers écrivains. Et encore n'ai-je pas visité tous nos grands crus ! Saint-Simon, M""*^ de Sévigné, et bien d'autres encore, les poètes du dix-neuvième siècle, nous réservent de nouvelles excursions, riches en découvertes; mais j'en ai dit assez aujourd'hui, pour marquer nettement mon dessein, et la peine que m'a coûtée ce travail, serait largement payée, si on pouvait voir dans ce livre un tout ])etit monument élevé à la gloire de notre chère langue malernclle.