LA I K A
ccroisseui.nl de Vdme.
f.e vol
rlaùque.
sentiment que fît naître en moi la, vision du sépulcre immergé. Mon regard resté dans le miroir funèbre s'était converti en une spiritualité sans bornes dont j'étais allégé et illuminé moi-même jusqu'au plus intime de ma substance.
Alors, plus qu'en toute autre exaltation de ma douleur, je connus combien l'àme est un élément impérissable, non pas lié aux corps, non pas prisonnier, mais puisé par les corps tout comme le vase recueille l'eau et la contient et puis la déverse. A présent, elle montait et s'écoulait comme l'alluvion, démesurément accrue par le massacre qui chaque jour vidait d'innombrables poitrines. Rendue à la liberté par l'héroïsme, elle flottait au-dessus du charnier, transformant les aspects de la terre et le sens de notre souffle humain. Au-dessus de tant de* massacres, au-dessus de tant de cadavres, ne sentions-nous pas une plus grande quantité d'âme de par le monde? Plus grande en abondance, plus pure en essence? Nous-mêmes nous en étions débordants et nous étions anxieux de la verser pour augmenter la plénitude. Sa puissance allait forcer les os de la race future, l'étroitesse charnelle de nos fils; elle allait les contraindre à la manifester sans cesse en de grandes actions, en de grandes inventions, en de grands sacrifices.
Notre vol nous semblait soutenu par une sorte de ravissement. Mon pilote abandonnait les leviers sans que les ailes vacillassent. La palpitation du feu laborieux semblait s'atténuer dans l'espace que l'extase élargissait de plus en plus en nous, repoussant les limites de nos sens. Nous respirions l'âme et la mélodie de l'âme, et les pensers éternels que les poètes tirent de leiirs sublimations soudaines. On
Les barques croisées.
eût dit la béatitude d'un trépas. Vivre, c'était comme mourir, mourir c'était comme vivre. Notre fragilité n'était plus qu'une divine transparence.
Et mon compagnon me toucha l'épaule, de son geste habituel ; et puis il fit un signe vers l'Occident.
Je me tournai, je me penchai pour regarder; ensemble nous nous penchâmes.
Nous venions de dépasser Caorle, blanche comme une cité votive d'argent, entre ses parallélogrammes exacts. Au loin, la lagune était toujours pareille à un ciel couleur de perle, vu à travers les nervures d'une feuille macérée. Mais dans la partie déjà envahie par le soir, les canaux apparaissaient de cette teinte profonde que prennent les eaux, autour des écueils poissonneux. Une longue file de barques noires, croisées, s'avançaient, remorquées dans Tombre glauque, laissant un sillage de sainteté et de silence.
C'était un convoi de blessés, naviguant vers les hôpitaux nocturnes qui, là-bas, attendaient cette charge de sang et de douleur. C'étaient les blessés de l'Isonzo et du Carso, les broyés, les mutilés, les moribonds qui descendaient par les chemins paisibles de la lagune. C'étaient les blessés souriants, les jeunesses sublimes, les miracles inconscients. Quelque chose de leur sourire ineffable, je ne sais quelle fraîcheur venue de leur souffrance, semblait Le sillage reluire dans le sillage saint, sillon d'âme, trace spi- ^^ sourire. rituelle.
Le cœur nous tremblait comme à l'instant oii nous étions penchés pour découvrir la tombe de fer, au fond de la mer funeste.
Nous nous abaissâmes en volant, avec un mouvement qui peut-être correspondait à une volonté de
nous agenouiller. Et les fleurs des grèves, les asphodèles violets de l'estuaire, dont nous avions conservé quelques-uns en souvenir des héros marins, je les répandis sur ce convoi silencieux et glorieux comme le sépulcre submergé.
Et mon chant le plus haut, Chiaroviso — Clairvisage — , c'est le chant que ce soir-là je ne chantai point, mais que je suis certain d'entendre de nouveau en moi, quand se fera la nuit et que je me Face à face, retrouverai avec mon pilote, face à face.
Venise, juin 1916.
NOTABILIA
Desiderio Moriar et la nuit 2
La lande de l'ennui 4
La ville de l'Étisie 6
Les sonates de Dominique Scarlatti .... il
Notre vie est une œuvre magique Hî
Portrait d'inconnue 10
Les entraves 11)
« Le cygne divin » .' 20
L'os de l'aile 22
Une bouche 24
Un regard 20
Le char funèbre 29
Le peuplier et le pommier 30
Le soir sylvestre 31
La maison anxieuse . 33
La Léda brisée 34
Le pasteur aux échasses 38
L'amour flagellé . 41
L'heure des lampes 42
La chaise et le phtisiquo 44
Le pastel dans l'eau 40
2d4 NOTABILIA.
Ripaille de Tamour et de la mort 48
La Léda dévoilée 50
Le python complaisant 55
Le camée blanc et noir 57
Un descendant des chevaux de Phidias ... 58
Le jouvenceau et l'usurier 59
Les pourceaux exorcisés 62
La marée femelle 64
Lamento de l'agonisant 65
L'Amour boiteux 66
Le lys de Suse 67
La chanson de Caron 68
Léda et les cygnes 68
Munus funus 70
Le lévrier et le peigne 73
Le python à l'affût 74
Le coq de la Lande 76
La Léda voilée 77
Desiderio Moriar et la nuit 78
Le dernier jeu 81
Le poulain vainqueur 84
Le collier de la belle Simonetta 85
Les chiens condamnés 86
La cloche de feu 88
L'anxiété de Paris 89
La France éternelle 91
La nécessité de créer 92
NOTABILIA. 285
La maladie libératrice 93
Le Départ 95
Images de la belle Italie 95
L'Isle-aux-trois-lys 97
Paris se purifie 98
L'araignée dans le laurier 99
Les ferments du charnier 101
Les combattants aux pieds nus 101
Le troupeau sur le pont 102
Le bœuf blond. 102
Le chef de saint Denis 104
La tour de Charles le Chauve 105
La nef échouée 106
Le monde en fusion 108
Le rouleau de la sibylle 109
Ecce sacerdos magnus 110
La rue au Fouarre 112
Saint-Séverin 113
La palmeraie étemelle 114
La prière de sang 114
Le clair de lune de la Marne 116
Le chenil de Dame-Rose 117
Les chiens guerriers 118
La Diane caucasienne 120
L'aube du miracle 121
La danse pyrrhique 121
La meute aux écoutes 122
Le sang et la boue 123
La mère vorace 124
Le harnois de fange 126
Une citadelle sur la paume d'une main . . . 129
La geste carolingienne 130
Kyrie eleison! 131
Les deux flèches 131
286 NOTABILIA.
La fraîclieur «les blessures l:^»3
I/Ange cIo rileuro \'M