ENVOI DU POÈME
V^oici V histoire de Wieland l'Orfèvre^ Celle Que contèrent^ il y a mille ans, des lèvres Jeunes et chanteuses, lèvres rouges de vierges. Fleurs qui chantaient, fleurs vives et charnelles, Froides et pâles y depuis dix siècles, comme les neiges F teigne lies...
 insi qu'on amasse la braise éparpillée ^/A Au foyer quiine cendre étouffe ; . J'avais groupé ces mots gris et froids Qui palpitent et qui souffrent Et qui chantaient en moi
Si baSj qu'on ne pouvait comprendre
Leur peine et leur émoi;
Mais ton âme, inclinée comme un souffle^
A chassé cette cendre.
Avivant la flamme aux feuillets
Du vieux livre farouche ;
Et la flamme a brillé, chaste et tendre.
Au souffle de ta bouche;
Mon cœur a chanté comme la lyy^e qu'on touche ;
La fenêtre est ouverte sur la nuit, encore! Voici Mai qui sourit et qui pleure et s'endort ; Voici l'arôme tiède de la forêt mouillée Et le ciel où scintillent les frêles fleurs d'or Des prairies éternelles ; Voici la nuit printanière qui soupire Comme un bruissement d'ailes A travers la feuillée, Voici Vombre si belle qu'on est ivre d'elle,
Voici mo7'te la lampe des veillées...
Redis-moi r histoire de VOrfècr*e :
Ne doit-elle i^enaître un tel soir^ Sur tes lèvres pieuses et légères ?
Ne devait-il naître des le ores Pour redire, plus belle, rhisioire Millénaire ?
Chante-moi cette histoire que j'aime De ta voix envolée ; Redis-la pour moi, pour toi-même, Pour V amour de la nuit étoHée, Qui réclame un poème.
Mai 1899.
Cy. VôlunJarkvitha. Edda Saemundar
— Vo —
LF PRINTEMPS
JL y eut trois filles blanches et belles Qui vinrent portées sur le vent du Sud Se poser près d'un lac en refermant leurs ailes , Ainsi s'en vient, Quand mollit l'hiver rude, Le printemps prompt qui fleurit prèsdes fiords ; Et les eaux étaient bleues qui les miraient en elles Et tièdes, car l'été suit le printemps du Nord , Le rejoint sans effort Et leurs pas se mêlent Et sa joue s'en avive et la saison est belle . Gomme un rayonnement chaud et clair environne La jeunesse qui s'éveille, Ainsi au printemps rose se fond Tété vermeil :
Avril et Juin s'étreignent et la saison est bonne Et le fruit et la fleur de l'amour sont pareils; Le rêve et la vie s'unissent comme en un conte ; A vril et Juin s'enlacent et la saison est prompte.
Donc, ayant rejeté leur plumage de cygnes,
Elles baisèrent en l'eau leur nudité plus blanche
Et se fondirent en elle, mêlant le jeu des lignes,
Étreintes jusqu'aux hanches
Par la tiédeur bleutée et mobile autour d'elles,
Et riaient enlacées ;
Puis, nageant à l'envi de leurs bras étonnés,
Elles se sentaient des ailes
Moins agiles et plus vite lassées.
Et voici que, flottant, elles croyaient planer.
Elles s'interpellaient :
« ErvareTAlvitte, toute blanche! » et<tOiine!» Et « Lodrune, à la blancheur de cygne I » Et leurs jeux les mêlaient à l'écume; Elles se tenaient la main,
Puis plongeaient, l'une et l'une,
Ou se dressaient, soudain !
Hors des flots, jusqu'aux hanches,
Élancées !
En un éclat de rire envolé
Et se faisant des signes,
Toutes blanches,
De leurs beaux bras levés.