II. B
(2) Aldb. !•'.
(3; Apd. 3, 14, 8.
(4) Jnst. 2.
(5) Met. 6.
nn Egyptien. Hérodote, plus voisin que ces auteurs des époques de foi, le dit simplement flls de la terre, y»yevYÎ;. Ayî(x.oç 'Epej^O^oç (x.6Ya>.YfTopoç, ov itot 'AOtqv^ ©péij^e, Atoç OuyaTYip, T^xe îè ^et^wpoç apoupa (1) Le peuple d'Erechthée au grand cœur, que jadis nourrit Athénâ, fllle de Zevs, et qu'enfant a la terre qui donne l'orge.
C'est aussi l'origine maternelle adoptée par Nonnius (2).
'Epej^Oéo; ov Texe yatïi aiJ>.ooct vu[jL<p6ij(raç yaiJLtïiv "HçatcTToç *Eep(niv. Mais c'est sous son nom d'Erichthonios qu'il est généralement tenu pour fils d'Héphaestos (3) : tandis que Homère considère Athénâ comme simple nourrice de ce roi, les mythographes font de cette déesse sa propre mère. Seulement, Tzézès, ne voulant pas, sans doute, calomnier la virginité d' Athénâ, fait d'elle une reine, fllle de Brontéos, appelée aussi Beloniké (Bérénice, Véronique).
ApoUodore (4), moins respectueux ou plus véridique peut-être, raconte comment Athénâ, ayant demandé une armure à Héphaestos, celui-ci se prit de passion pour elle et la poursuivit. Athénâ fuyait; mais Héphaestos, près de l'atteindre, laissa échapper sa semence féconde, qui, tombée à terre, produisit Erichthonios. Rapprochés entre eux, ces récits se prêtent une mutuelle lumière. En effet, nous savons que Athénâ, Gaia et Héphsestos sont l'aurore, la terre et le feu. Les Hymnes nous ont appris que le fils de l'aurore est le soleil. D'une autre manière, le soleil est fils de la terre, parce qu'il paraît en sortir, lorsqu'il se
(1) Hom- II. 2î 547.
(2) Nonn. 41.
(3) Tert. de Spect. — Consorin. 4. — Tzez. ad Lyc. — Eus. prasp. — Hieron.
(4) Apd. 3, 14, 5.
lève; enfin, il est fils du feu de deux façons, soit comme issu du feu céleste, dont il concentre en lui la chaleur, soit comme né à l'appel du prêtre qui rient d'allumer le feu de l'autel, au moment où l'astre apparaît au-dessus de Thorizon.
La tradition adoptée par le judicieux ÂpoUodore, qui fait d'Erechthée un fils de Zevxippé, concorde, de la manière la plus frappante, avec les précédentes. Cette femme est fille de Pandion, dont nous établirons plus loin l'identité avec le ciel lumineux. Selon Hygin (1), elle est fille d'Eridan et épouse de Téléôn, deux noms dont la valeur est assez claire par elle-même. En effet, l'Eridan est un des affluents de l'Ilissus, et coule à l'est de l'acropole; il est donc fleuve de l'aurore au même titre que l'Ilissus; c'est à sa source qu'était localisée la légende d'Aurore et de Géphale. De plus, 'Hpi$av($ç, ainsi que *HpiYév6ia et *Hpi- Y<$vv), contient, dans le moti^pt, une racine où les grammairiens s'accordent à reconnaître l'idée du ciel et de la lumière : il peut donc signifier c présent de la lumière » ou c qui donne, qui engendre la lumière >. Ce dernier sens est, de beaucoup, le plus satisfaisant, attendu qu'il répond a une double idée partout répandue dans le Vêda, à savoir que le ciel est père de l'aurore, et que le sacrifice est aussi père de l'aurore. — Téléôn est un mot grec qui signifie celui qui accomplit la Te^ernf, c'est-à-dire pontife. — Enfin, le nom de Zevxippé exprime une des principales fonctions d'Athénà et de l'aurore, puisque c'est elle qui, le matin, attelle et mène les chevaux du soleil.
Toute cette filiation, de quelque côté qu'on l'envisage, revient donc à dire que l'aurore paraît dans le ciel au moment où le prêtre verse sur le feu la liqueur spiritueuse du sacrifice et que le soleil paraît à la suite de
(1) Hyg. f. 14.
Taurore. Ce fait si simple a déjà reçu dans le Yêda un développement mythologique très varié ; il forme le fond d'une partie des épopées et des légendes héroïques de rinde. Il n'est pas étonnant qu'on le trouve également à l'origine des traditions grecques.
Mais à peine né, Erichthonios est enfermé par Athénâ dans une boite, xi^td, où il ne sera découvert que par l'indiscrète curiosité des allés de Gécrops. Cette partie de la légende sera examinée plus tard quand nous parlerons de ce dernier. Nous avons à envisager ici Erechthée de plusieurs points de vue : dans ses guerres, ses inventions, ses créations religieuses et sa descendance.
Erechthée est quelquefois identifié avec Posidôn (1), mais uniquement avec le Posidôn de l'acropole, en qui nous avons reconnu le dieu de l'océan céleste et non celui de la mer ; le scholiaste de Lycophron (2) Tidentifle également avec Zevs. Toutefois les documents anciens, assez nombreux sur ce point, montrent ces deux personnages rapprochés l'un de l'autre, bien plus souvent qu'i- ' dentifl^s . On offrait des sacrifices à Erechthée sur le même autel qu'à Posidôn ; le temple commun à lui, à Posidôn et à Athénâ-polias, portait le nom de "Ep^j^Oeiov. Il était désigné comme l'habitation d'Erechthée oïx.Yi|xa *Epe)^69io; (3). Malgré ce rapprochement entre Posidôn et Erechthée, ou à cause de ce rapprochement, le Roi revêt un caractère céleste qui le place entre le Dieu et Athénâ. En réfléchissant à ce triple culte et à la nature des deux divinités, dont l'une est à l'orient et l'autre au couchant, on est déjà porté à croire qu'Erechthée pourrait bien représenter la troi-
(1) Hésjch. — Stob. 38. — Athénag. Log.
(2) Casa. 158.
(3) PauB. Att. 26. — Lyc. Or.— Hér. 8. ^ Cic. Nat. D. 3
siéme station céleste, celle qui répond au milieu du jour; sa prêtresse portait une ombrelle, oxta^iov (1). Nous allons voir en effet la nature solaire d'Erechthée se manifester de plus en plus.
C*est lui qui a inventé Part d'atteler les chevaux (2) et de composer un attelage de quatre : c Quand Jupiter eut vu qu'Erichthonios avait, le premier entre les hommes, attelé des chevaux à des quadriges, il admira que le génie de l'homme eût pu s'élever à une invention du Soleil même ; car c'est le Soleil qui le premier entre les dieux s'était servi de quadriges » (3). Virgile lui attribue la même invention. Elle lui servit dans les guerres qu'il soutint contre les Curetés, les Chalcodontides et les Eleusiniens.
Celle-ci occupait une place importante dans la légende athénienne, et reçoit des Hymnes védiques une lumière qui éclaire la personne et le rôle d'Erechthée. D'après ApoUodore (4) , Erechthée avait eu une fille nommée OiHthyie^ 'OpeiOuia, qui avait été enlevée par Borée, le vent du nord, sur les bords de l'Ilissus. Borée avait eu d'elle Chioné^ la neigeuse. Celle-ci eut de Posidôn, dieu de l'océan des nuages, un fils nommé Eumolpos^ le bon chanteur. Après diverses aventures, cet Eumolpos fit amitié avec les Eleusiniens et, secondé par son fils Ismaros et par une armée de Thraces, il fit la guerre aux Athéniens. La victoire fut terriblement disputée : Erechthée pour l'obtenir, sacrifia une de ses filles ; les autres se tuèrent à sa suite. Mais Eumolpos et Ismaros périrent dans
(l)Schol. ad. Comic.
(2) Them. or. 19.
(3) Hyg. p. ast. Hén. — Avien. Phsen. — Virg. Geopg. 3
(4) Apd. 8, 15.
la bataille de la main d*Erechthée (1). Pour venger leur mort , Posidôn obtint de la terre qu'elle engloutît Erechthée (2). On l'enterra sur l'acropole dans le sanctuaire, TEfjievoi;, d'Athénâ (3).
Le nom principal de cette légende est sans contredit celui d'Eumolpe , chef de la famille des Eumolpides d'Eleusis. Son nom signifie c celui qui chante bien. » Son origine à la fois occidentale puisqu'il était fils de Posidôn, et septentrionale puisque sa mère était Chioné, indique assez clairement que ce chanteur venait du nord-ouest, ce qui est en efiet la direction d'Eleusis par rapport à l'acropole d'Athènes. Je poserai donc ainsi la question : quel est ce chanteur qui vient du nord -ouest, enfant du nuage et de la neige, menant la guerre contre les fils de l'Aurore, forçant leur chef à sacrifier ses propres filles et faisant en sorte qu'il disparaisse lui même sous la terre? Je réponds par quelques textes du Vêda, pris entre beaucoup d'autres :
€ Ces chanteurs, dans leur marche, ont parcouru les voies du ciel. — C'est la troupe joyeuse des Marouts; elle a grandi en se nourrissant de pluie » (4).
€ Celui que le ciel et la terre ne peuvent contenir, les fleuves de l'air n'atteignirent pas à ses extrémités, quand dans son ivresse il combattait celui qui retient la pluie. Seul, Indra, tu as tout fait tour à tour. Les Marouts chantaient dans cette bataille; tous les dieux étaient dans l'ivresse après toi, quand de ton arme aiguë tu as ôté à Vfitra le souffle de la vie » (5).
(1) Paus. Att. 5. -- Sch. Soph. Od. Col. — Hyg. P. 46.
(2) Eur. Ion, 282.
(3) Apd. 3, 14, 7. — Arnob. 6. — Clem. Protr.
(4) RV. 1, 37, 5.
(5) RV. 1, 52, 14.
c Les Marouts, chanteurs à la voix grave, au beau langage, préludent autour de nou^ > (1).
• c Ils sont terribles, les enfants de Prisni. Le chant des Marouts s'élance audacieusement comme un chant de victoire » (2).
€ En plein jour ils font l'obscurité avec le nuage porteur de l'onde, quand ils inondent la terre. Alors au bruit des Marouts par toute la demeure terrestre, ont tremblé les humains... Honore des Marouts la troupe brillante, digne de louanges, harmonieuse > (3).
Je dois dire cependant que dans la légende athénienne Eumolpe et les Eleusiniens viennent comme ennemis des Athéniens, tandis que les Maruts sont les auxiliaires d'Indra dans sa lutte contrôles Dasyous, brigands célestes qui ont ravi les vaches et qui retiennent la pluie. Mais déjà dans les Hymnes Roudra, leur chef, revêt un caractère redoutable; peu après il devint un dieu malfaisant, jusqu'à ce qu'enfin il se confondit avec Çiva. La Perse, comparéeàl'Inde, offre des renversements mythologiques bien autrement considérables, et cependant l'unité d'origine des deux systèmes de dieux n'en est pas moins certaine. Du reste, la légende grecque n'est pas moins naturellement conçue que celle du Vêda : car si les vents d'orage semblent, comme disent les Hymnes, mordre les nuages et aider le Roi des cieux à les résoudre en pluie, d'un autre côté ils soufflent le plus souvent dans la direction où marche le nuage, ils l'accompagnent, ils semblent le conduire et l'aider à s'emparer de l'étendue des cieux.
Or ils viennent d'Eleusis avec le chanteur qui les mène :
(1) RV. 1, 166, 11.
(2) RV. 1,23,10.
(3) RV. 1, 38, 9.
ils marchent à la rencontre des guerriers de l'aurore, c'est-à-dire de la troupe brillante de ses rayons, qui sont comme des soldats armés d'arcs et de flèches ; le roi de ces Athéniens idéaux, le fils de la terre, le soleil c qui a grandi sur l'acropole » les lance contre les sombres-ennemis qui viennent de l'Ouest et du Nord, qui vont assiéger la demeure de l'Aurore : la lutte dure tout le jour, et sur le soir la terre semble engloutir à l'occident celui que le matin elle avait enfanté à l'orient; mais le repos est revenu sur la terre et dans les airs, les Eleusiniens sont vaincus, le chanteur est mort.
Ainsi dans cette légende, il n'y a que des êtres idéaux : l'histoire qu'elle raconte n'est pas humaine, elle est surhumaine et divine, c'est l'éternelle histoire de la lutte du soleil et du nuage, tant de fois et si poétiquement racontée dans toutes les mythologies ; c'est la lutte d'Indra et des puissances qui font mouvoir et tournoyer les nuages, lutte à la suite de laquelle la terre est inondée et fécondée. Ces Athéniens et^ ces Eleusiniens ne sont pas des hommes ayant vécu dans des villes de pierre et c mangé les fruits de la terre » ; ce sont des guerriers idéaux, au même titre qu'Eumolpe et son fils, que Posidôn père de ces derniers, que le roi fils delà terre, et qu'Athénâ, sa nourrice. Les auteurs anciens (1) ne pouvant pas dire que cette guerre était, sous d'autres noms, identique à la querelle d' Athénâ et de Posidôn, se sont contentés de dire qu'elle eut lieu en même temps : historiquement, cela est insensé, à moins de faire, comme Tzézès, de Posidôn et d' Athénâ un roi et une reine. ~
Je n'ai pas besoin de compliquer cette étude en traitant des additions faites à la légende par les traditions ioniennes. On disait en effet que dans la lutte les Athéniens
(1) Lycurg. in Leoc. — Isoc. Panath. — Hyg. F. 46.
avaientreçu des secours de Xouthos et de son fils Ion, auquel Athènes, par reconnaissance, avait accordé le droit de cité (1). Il est bon de comparer à cette tradition ionienne ce qui est dit du rôle des Yavanas dans le Râmâyana. On ajoutait qu'Ion, devenu tout puissant dans Athènes, avait partagé le peuple en quatre castes : les ouvriers, les laboureurs, les gardiens et les prêtres ; c'est précisément les quatre castes indiennes, qui n'apparaissent qu'à la fin de la période védique (2).
Il y avait sur l'acropole un groupe représentant Erechthée et Immarados combattant. On croyait que c'était Eumolpe, quoique ce fût Immarados, son fils (3), On y voyait aussi une statue d'Erechthée faite par Myron (4). La seizième métope, côté sud, du Parthénon représentait Erechthée qui tue Eumolpe.
Je crois le nom de ce dernier suffisamment expliqué par son rapprochement avec les Marouts et leur chef Rudra. M. Pott (5) rapporte à la racine iile nom de Immarados, dont il regarde les deux m comme provenant de sm.\ c'est ce que prouve en effet l'autre forme de ce nom Ismaros (6). Celui-ci, écrit Immaros par Clément d'Alexandrie et Immarnachos par Arnobe (7), est une forme d'adjectif dérivée d'un substantif inusité ïcrjwc, qui luimême vient régulièrement de h. Cette racine veut dire mouvoir ou se mouvoir rapidement : ismin est un adjectif analogue , appliqué plusieurs fois aux vents dans le Yêda, et signifiant rapide, impétueux :
(i)Strab.8.
(2) Strab. 8. — Hérod. 8. — Poil. 8, 9, 31.
(3) Paus. Att. 5.
(4) PauB. Béot...
(5) Zeitsch. 9, 415.
(6) Eus. Prsep.
(î) Ara. 6.
te vaçimanta, isminô^ abhiravôj vidrê priyasya mârutdsya dhâmnas (1) . ^
Ces êtres bien armés, impétueux, intrépides, ont trouvé le séjour aimé de Marut.
adhâpitaram isminamrudram vôéanta çikwasas (2) .
Les sages disent que leur père est l'impétueux Rudra.
*'l(y(jLapoç est donc rimpétueux ; iG^Laif(x8o^=ismaratha^ au char impétueux; iaiLaf^oLy(oç==ismdrnasa, au flot impétueux, c'est-à-dire qui répand la pluie en flots précipités.
Au point où nous sommes, il me semble possible de découvrir aussi la signification du nom d! Eleusis, que les anciens expliquent avec puérilité par l'arrivée, Dvgudiç, de Dêmêter, qui pourtant s'était arrêtée en beaucoup d'autres lieux; d'ailleurs on n'eût pas dans ce cas employé un mot en ck;. Le nom d'Eleusis reproduit lettre pour lettre le sanscrit arusî, fém. de l'adj. arma, rougeâtre. * C'est une épithète du feu, d'Agni (appelé le taureau rougeâtre, vfsan arusa), des chevaux d'Agni, de l'aurore et de ses clievaux, des coursiers des Açwins (Dioscures). Rudra est qualifié de rougeâtre, arusa (3). Le nuage rougeâtre, ennemi d'Indra, porte le nom propre d'Arusa (4) :
uta arusasya vi syanti dhârâs
Quand les gouttes du Rougeâtre tombent.
Parmi ses significations les plus ordinaires, le féminin arusî désigne les vaches rougeâtres de l'Aurore, ou, pour mieux dire, des Aurores, de celle du matin et de celle du soir : ces vaches sont répandues par le ciel comme sur une
(1) RV. 1. 87, 6.
(2) RV. 5, 52, 16.
(3)RV. 1, 114,5.
(4) RV. 1,85,5.
prairie et se rassemblent au couchant où la lumière du soir leur donne une merveilleuse couleur de feu. Quandle ciel se couvre de nuées orageuses, elles prennent aussicette teinte rougeâtre et viennent de l'occident. A Athènes, non seulement dans les jours d'orage, mais en temps ordinaire, on les voit souvent réunies autour des sommets des montagnes, sur le Gylléne, le Oéranion et le Githéron, s'étendant même jusqu'au Parnés et couvrant le pays d'Eleusis : quand vient le soir, elles rendent tout l'horizon du nord-ouest resplendissant de la lueur rougeâtre du feu. Il est donc très probable que Eleusis est identique à Aruëi, comme Athanâ à Ahanâ, et désigne l'Aurore du couchant, souvent dépeinte dans les Hymnes par cette seule épithéte, la Rougeâtre.
A la guerre des Athéniens et des Eleusiniens, qui est le grand acte militaire du règne d'Erechthée, les traditions rattachaient la légende d'Eleusis. C'est sous ce règne que Dêmèter, à qui le roi donna l'hospitalité, apporta le froment, (titoç, en Attique : ce blé fut semé par Triptolème dans la plaine de Thria ; et, pour perpétuer le souvenir de ce bienfait , Erechthée établit les mystères d'Eleusis et consacra les nuits d'initiations (1).
Il établit encore d'autres cultes : sous lui on immola pour la première fois un bœuf à Zevs-polievs. Boutés, premier prêtre d'Athénà-polias, était son frère. C'est à lui aussi qu'on rapportait la fondation du culte d' Aphrodite-némésis à Rhamnunte (2). Comme roi d'Athènes, il passait pour avoir institué le Prytanée. Les boédromiase fêtaient le jour où Xouthos, ou son fils Ion, avait porté secours aux Athéniens contre Eumolpe et ses compa-
(1) Hérod. 8. — Justin. 2. — Etien. Byz.
(d; Saidas.
gnons. (1). Enfin c'est sous lui que les Gécropides prirent le nom d'Athéniens, changement qui s'expliquera tout à l'heure. (2).
Sous le nom d'Erichthonios , Erechthée dressa dans l'acropole le célèbre Çoocvov d'Athéna et institua les Panathénées (3). Il établit la fête d'Héphsestos et le culte de ni xouporpoçoç, éleva à celle-ci un autel sur l'acropole et ordonna qu'on lui oflTrît toujours un sacrifice propitiatoire avant tout autre sacrifice (4).
Les quatre tribus, çuW, reçurent de lui les noms de Dids^ Athénaïs, Posidônias, Héphœstias (5) : on peut remarquer qu'elles répondent aux quatre castes attribuées à Ion dont j'ai parlé ci-dessus, et que ces quatre noms, tirés de ceux des quatre divinités principales de la légende , expriment dans la langue sacerdotale les mêmes idées que les mots prêtres, guerriers^ laboureurs et ouvriers; c'est en efiet à Div que se rapportent les mots dêva, Oeioç et devin; Athénâ est la guerrière gardienne de la citadelle ; Posidôn est le dieu fertilisateur, (piiTà>.(jLtoç, et Héphsestos est le patron des ouvriers.
J'ai maintenant à examiner l'origine et la signification des mots 'Epej^ôeuç et 'Ept^Sovioç. La terminaison de ce dernier a poussé les linguistes et les symbolistes dans la série des mots dérivés de x^^^? l^. terre, voie tout à fait hasardeuse et qui mène à des difficultés grammaticales énormes. Il fallait d'abord comparer les deux mots grecs et l'on y aurait reconnu :
1° Que le second e d''Epex6euç manque de solidité, puis-
(1) Suid. — Harpocr. — Etym. M.
(2) Hér. 8. — Eusth. ad Dion. — Mardan. Perieg.
(3) Apd. 3... Hyg. p. astr.
(4) Suidas.
(5)PoU.8, 9, 31.
que, non seulement il n'est pas dans 'spixO^vioc, mais de plus les anciens, soit dans les inscriptions, soit dans les manuscrits, ont souvent écrit 'Epix^euç; d'où l'on peut présumer que la véritable voyelle du mot est un i bref ;
2* Que la terminaison cu^ se trouve dans beaucoup de mots grecs et que par conséquent le mot ne peut pas se diviser en epi-xO*<uc, attendu que x^ sont deux consonnes et n'ont pas par elles-mêmes la valeur d'une racine;
3^ Que ces deux consonnes, dans tous les cas, ne peuvent pas représenter le substantif x^*^^? dans lequel le v fait partie de la racine, comme m dans le sanscrit hëam, mot identique ;
4** Que par conséquent "EpexOeiiç ne vient pas de ept+ X6<iv.
Or, il est bien admis que 'EpixOeu; et '£pix6ovtoç sont un seul et même personnage ; mais de ce que l'on a dit quelquefois nocret^cov-'EpexOeiiç et de ce que Posidôn est le dieu des tremblements de terre, il ne s'ensuit pas que le roi d'Athènes soit identique â ce dieu : car il n'y a rien dans sa légende qui ait rapport à ce phénomène. Il faut donc renoncer à cette filiation d'idées que la linguistique et l'archéologie condamnent également.
Nous venons de dire que euç est une terminaison fréquente en' grec, et que xô n'est pas à lui seul une racine. Nous sommes par là conduits à diviser ainsi le mot : c-pix^euç. L'autre expression devra se diviser d'après le même principe en e-ptx6-ovioç, dans lequel ovtoç devra être discuté séparément, à moins qu'un rapprochement subit ne nous en dévoile immédiatement l'origine et le sens.
Je remarquerai que la Grèce entière, mais particulièrement les îles, la Grande-Grèce et la Thessalie, avaient conservé la tradition et le culte d'un personnage divin
dont la légende offre plusieurs traits communs avee celle d'Erechthée. C'est Aristèe, 'Apiçraîo;, fils de la Terne et du Ciel, ou fils de Cyrène et d'Apollon, protecteur de l'agriculture, préservant les champs de 1^ sécheresse, éducateur des abeilles, initié aux mystères de Dionysos et protégeant à la fois la vigne, les troupeaux et les oliviers. Ce personnage, dont je n'ai pas à raconter ici toute la légende, était fort anciennement adoré en Oréce, puis^ qu'il était regardé à Psophis en Arcadie comme le fondateur de la ville. Cicéron dit qu'il avait inventé l'huile, remplissant ainsi un rôle en relation avec celui d'Athénâ, qui avait planté l'olivier. 11 y a donc d'assez fortes raisons -de penser que Aristée était l'Erechthée d'une grande partie de la Grèce, et que les deux noms ont une même origine. Si cela est, le nom du héros de Céos sera tout à fait étranger au superlatif aptaro^ et se divisera lui aussi en a-pterr-aio^, dans lequel le <7t représentera le j^ du nom athénien.
Rapprochons ces mots du sanscrit. L'analyse nous montre que e initial répond presque toujours à un a, comme dans aAam=éy<dv, èyci; aW=îx^; asmi=^i<s\L%y eîp; apw?a=equus; etc.;
i^^=ari; exemple : areïa=ip6TYi<;, rameur;
j^=i, lettre qui n'existe pas en grec ; exemple : aùj^pc r=usma; Ttriyijbx^^twas dans twaspar, en zend tustra; ^^fia=^varèâmi, pleuvoir ; etc.;
Ainsi epe^O, qui forme le corps du nom d'Erechthée, est littéralement représenté en sanscrit par arisf; en effet, le 6 ne doit pas soulever d'objections, puisque un t ne peut pas suivre une aspirée ; c'est pourquoi asfau, huit, s'écrit ôxTco, qui se prononce aujourd'hui 6^0<id, tandis qu'il s'écrit ohtau en gothique, acht en allemand et eight en anglais, langues où la régie euphonique des Grecs n'existe pas. La terminaison eu^ ne doit pas non plus nous arrêter : elle
aérait u, yu en sanscrit ; mais les noms grecs en eu^ ont quelquefois une seconde forme en oc ou en vie, comme tuêou)^ ou euSouXoC) Ilepaeuc ou IlepoYiç. Par conséquent ^Eftyfiviç répond exactement à Arisfa qui est égal à
Or ariifa est un participe passé négatif, composé de a privatif et de rii endommager, n signifie c non endommage) non échancré, entier, > à peu prés comme le latin ifUeger. U se dit du soleil, dont le disque est toujours entier, par opposition à celui de la lune qui est échancré dans ses phases. Ariifa est souvent employé dans le VèdsL pour signifier inaltérable, parfait (1). Dans un hymne de Gôtama (2), il est donné comme épithéte aux Adityas, et particulièrement à Mitra, Varuna, Aryaman, les quatre autres étant cités au verset précédent. Quand il désigne le disque inaltérable du soleil, arisfa prend lui aussi une seconde forme, Arisfanêmi, signifiant c celui dont la roue, la jante de la roue, le disque n'est pas endommagé » ; c'est le xuxXoç i^Xiou, la roue du soleil, le disque du soleil, en un mot le soleil.
Il n'est pas impossible de ramener à ce composé la forme 'EpixOovioç, considérée comme abrégée d"Epi)^6ovtpç : en efiet Vé sanscrit et l\ grec s'échangent souvent l'un pour l'autre, de même que Vi sanscrit et Vn grec. Quant au jx, il a pu tomber, comme Vn de daxina;=^iiioç ; et cette chute a été d'autant plus facile que la langue vulgaire possédait déjà )^6ovto<;, mot très usité et appliqué comme adjectif à plusieurs divinités. Cette attraction des mots n'est pas rare dans les langues : M. M. Mûller en cite un exemple remarquable dans le nom de sans-venin donné à une tour auprès de Grenoble; il omet seulement de dire
(1) RV. 6, 19, 4; 1,112,25.
(2) RV. 2, 27, 2.
que le Sanctus-Venantius, Saint-Venant, héros éponyme de cette bâtisse, s'appelle, dans le langage du Dauphiné voisin de l'Italie, San- Venint, d'où les Français et les gens du pays qui ne connaissent pas ce patois ont tiré l'expression fausse sans-venin.
Arisfanèmi est le vrai nom du personnage qui nous occupe. Il est invoqué avec PoûSan, Indra et Vfhaspati (1) ; puis viennent les Maruts et enfin Aditi, l'étendue sans bornes, mère des Adityas. Dans un autre hymne (2), c'est Indra lui-même, et dans tout le morceau Indra est pris manifestement pour le soleil. Ailleurs (3), le char à la roue complète peut être celui des Açwins ; mais l'expression employée peut aussi bien se traduire par € cet Arisfanèmi qui circule au ciel. > Au livre X (4), Aristanemi est appelé Târksya, qualifié indravat, pareil à Indra ; son char est rapide comme la flèche ; il est tantôt présent, tantôt absent; sur son passage il répand tous les biens et produit les êtres. Le Harivansa (5) fait de lui un fils de Kaçyapa, tandis que le Mahâbhârata et le Vishnu-purâna l'identifient avec Kaçyapa. Dans un autre passage (6), ce dernier poème en fait un roi, fils de Ritujit.
Târœya, identifié dans le Vêda (7) avec Aristanemi, est un être mythologique figuré d'abord comme cheval et ensuite comme oiseau. Séparé d^ Aristanemi (8), il est fils de Kaçyapa et de Vinatâ; il a trois frères, Aristanemi,
(1) RV. 1, 89.
(2) RV. 3, 53.
(3) RV. 1, 180, 10.
(4) RV. 10, 178.
(5) Har. 12468 et 1921
(6) VP.390.
(7) RV. 1, 89, 6; 10, 178, 1.