‹ La légende athénienne: étude de mythologie comparéeChapitre 13 sur 15 · VS · texte numérisé non relu

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Oarufla, Aruna, et une sœur, Aru/nî : aruna, qui signifie rougeâtre, est une épithète du matin, des bœufis et des chevaux du matin ; comme substantif, c'est le cocher du soleil et le soleil lui-même; dans la poésie épique, il devient un roi de la race solaire. Arunî est la vache rougeâtre, Taurore, l'attelage de l'aurore, et, au pluriel, les vaches d'Indra, qui sont les nuées. Garuda, qui du reste n'est pas nommé dans les Hymnes, est dépeint dans les épopées comme un oiseau divin, prince des oiseaux, servant de monture à Yishnou, éblouissant tous les dieux dés sa naissance et détruisant les serpents : il est assimilé à T£rxya. Ainsi toute la légende de celui-ci se rapporte au soleil, à sa lumière, à son mouvement dans le ciel et à sa lutte contre les nuages. On est donc facilement tombé d'accord que Ariifanêmi n'est autre que le soleil.

Erechthée aussi, soit par lui-même, soit par sa famille, est mêlé aux serpents et aux oiseaux. Lorsque les filles de Cécrops le découvrirent dans son berceau, Xapvo^, il était enveloppé d'un ou de deux serpents; sa vue les éblouit tellement qu'elles perdirent la raison et se précipitèrent de l'acropole. D'un côté, il était frère de Procné et de Philomèle, l'hirondelle et le rossignol; de l'autre, beau-frère de Térée, la huppe, fils d^Arès, en qui l'on a reconnu le Mars des Latins et le Marut du Vêda. Mais Erechthée étant devenu par sa localisation l'un des principaux personnages de la légende athénienne, y occupa plus de place que ArtSfanêmi chez les Indiens, tandis que ceux-ci développèrent beaucoup plus la même idée sous les figures de Oaruda et du vautour Jatâyu, En effet, Erechthée (1) épousa Praxithéa, fille de Phrasimos et de Diogénie ; il eut d'elle trois fils, Cécrops, Pandôros et Mêtion, et quatre filles. Procris, Créousa, Chthonia, Orithyie. Je ne veux

i\) Apd. 3, 15

pas poursuivre l'étude de ces légendes jusque dan^ leurs dernières ramifications, d'autant moins qu'une partie de eette étude a déjà été faite. Mais les noms de Praxithéa, Phrasimos et Diogénie étant grecs et clairs par euxmêmes, il y a intérêt à en saisir la signification. Praœi^ théa signifie l'œuvre divine, le saint-sacrifice ; Diogénie, la fille du Ciel, nous est connue, nous savons que c'est l'Aurore; Phrasimos veut dire en grec un hompie qui sait parler ou simplement qui parle; les Hymnes vont beaucoup plus loin : ils donnent au prêtre le même nom qu'à la parole, gir, en grec ppuç. Voilà donc l'ascendance d'Erechthée : le prêtre, en chantant l'hymne du matin, est dit épouser l'Aurore, fille du Ciel; il en naît l'œuvre sainte, que le Soleil Erechthée vient épouser à son tour, mêlant ses feux à ceux de la sainte cérémonie.

Par toutes les analyses qui précédent, on voit que la légende d'Erechthée est une forme seconde du mythe d'Athénâ. Mais tandis que celui-ci demeura presque entièrement divin, celle-là prit une forme héroïque. Quand on raconta l'histoire d'Erechthée, on perdit de vue qu'il avait été le soleil avant d'être un roi d'Athènes; les Athéniens mythologiques, qui luttèrent contre de mythologiques éleusiniens, furent regardés comme les sujets de ce roi ; le Marout Eumolpe devint le chef de race des Eumolpides; Boutés, frère d'Erechthée, fut l'ancêtre des Boutades, prêtres d'Athénâ, de Posidôn, d'Héphaestos et d'Erechthée lui-même. On n'en vint pas jusqu'à changer en héroïnes, lop^vai, des divinités telles qu'Athénâ et Dêmêter, mais on les mit en relation directe avec les hommes, on les fit voyager parmi eux, converser avec eux, leur enseigner les arts et les métiers, et leurs descendants furent des hommes réels et historiques. L'orateur Lycurgue était un descendant de Boutés, bouvier céleste, premier pontife de l'Aurore et frère cadet du Soleil.

Lia mAme chose, au même temps, se passait chez les Indiens : ainsi, pour n*en citer qu'un exemple, la fllle née dans le sillon, Sitâ, la Coré des Indiens, devenait l'épouse de Rima; elle était enlevée par un ravisseur chimérique qui l'emportait à Geylan ; son époux entreprenait une immense expédition pour la reconquérir ; il descendait jusqu'à la mer du sud et construisait un pont gigantesque pour passer dans l'île avec son armée. De ce pont on montre encore les pUes, qui sont des îlots et des écueils; c'est le pont de Râma, et l'on appelle encore Râmnadî un petit fleuve du continent sur le bord duquel Râma avait campé. Et cependant à l'origine, Sîtâ n'était que le blé, oiToç, et Râma n'était que le Soleil.

IL GÉCROPS.

Erichthonios - Erechthée étant reconnu identique à l'Arièfanêmi des Hymnes indiens, l'analyse du nom de Gécrops n'offre plus de difficultés sérieuses, parce qu'elle est appuyée sur un rapport entre les légendes aussi bien que sur les régies de la linguistique.

Le X grec répond naturellement au A sanscrit, et je n'ai pas besoin d'établir de nouveau l'identité de l'e et de l'a, lettre qui, dans l'intérieur des mots, équivaut aussi à l'o, lequel n'existe pas dans l'Inde. Il suffit de rapprocher les mots suivants :

na & Aa^=v^f oç daxintt=8éiioç

pour voir que xc répond à ka.

Le ç sanscrit, qui n'existe pas en grec, y a pour équivalent ordinaire le x, comme dans :

çwan, çunas=^\)m^ xuvoç çtras=Kifoiç (?ani=xepocuvoç ptîra=xupoç, xupioç

çarvar(x=iUfStf(iç çrudht=Kk\i^i.

L'identité, moins fréquente cependant, du y sanscrit et de la liquide p ou X existe dans des mots tels que 91X0^= priya; purus=pûya ; aXXo;, alius=awya.

Ainsi Kexpo=-K^ai?ya.

Quant à la seconde partie du mot, représentée par tt, 770 de Ki)cpov{/, Kexpoiroç, plusieurs exemples nous mettent sur la voie de son origine; ainsi wpwpa=?'rco<|;, la huppe, pipâsâp=^ii(OL^ la soif, et d'autres semblables. On est donc philologiquement en droit d'identifier Kexpovj/ avec Kaçyapa.

Le nom du héros athénien n'a aucune signifi^cation en langue grecque, malgré les efibrts qui ont été faits pour lui en découvrir une par des personnes qui ne connaissaient pas l'orient. Kaçyapa est un mot régulier, composé de Kaçya et àepa, Kaçya, forme de participe passé ou d'adjectif, est un des noms de la liqueur spiritueuse du sacrifice, du sôma; pa est la forme nominale ordinaire de j9Î, boire, à la fin des composés : kaçyapa est synonyme de sômapa, buveur de sôma. Ce nom se donne perpétuellement dans le Vêda aux prêtres qui boivent la liqueur du saint-sacrifice, et aux dieux qui sont censés la boire par la bouche d'Agni, c'est-à-dire du feu sur lequel on la répand. Ces dieux sont invoqués au lever de l'aurore ; c'est l'aurore qui les éveiUe et qui les amène ; ils viennent s'asseoir dans l'enceinte sacrée où l'oblation les attend, et là ils se réjouissent à boire le sôma, sômapîtayê. Le grand buveur, pîtu et pîyu, c'est le soleil, puisqu'il ne boit pas seulement le sôma, mais encore tous les liquides de la terre.

Il n'y a pas de doute que dans l'origine, et encore au temps des Hymnes, Kaçyapa fut le soleil levant, venant participer à cette communion matinale des Aryas au moment de l'aurore. Là il jouait le rôle de pontife et chantait

rhymne sacré ; beaucoup d'hymnes du Rig-Véda lui sont attribués. Dans rÂthan-a-Vêda (1) il est regardé comme un être supérieur et divin, identique au Prajâpati, c'està-dire au maître des créatures, et il est mis en relation avec la révolution du soleil.

Il épousa tour à tour les treize filles de Daxa, qui sont les treize constellations de la zone intertropicale (2) , répondant aux douze mois de l'année et au mois intercalaire. Avec elles il engendre une foule d'êtres, qui sont, comme dans les légendes grecques, les représentants de la nature vivante.

Ce Daxa dont Kaçyapa épouse les filles est un âditya (3) et un prajâpati (4). Plus tard il fut dit fils de Brahma ou à^Aja^ rincréé, ou de Pradêtas, Il fut identifié avec Vishnu (5) et mis parmi les Viçwadêvas. Il devint un législateur, un prince fils d'Uçînara (6), et enfin un brahmane. Son nom peut être rattaché à la racine dah avec le suffixe sa; mais il se rapporte infiniment mieux au mot daœina, ^éÇioç, qui en dérive, et il représente ainsi le mouvement général du monde étoile vers la droite. C'est la même idée qui fit donner à Apollon le surnom de AoÇiaç € celui qui va obliquement, i> ou peut-être t celui qui va vers la droite. »

Kaçyapa est un des sept richis ou pontifes fabuleux des temps védiques. Il est donné comme père de Vivaswat et aussi de Vishnou, dans les épopées : le Râmâyana(7) ra-

(i) AV. 13, 3, 10.

(3) RV. 1, 89, 3; 2, 27, l;etc.

(4) Çat. br. 2, 4, 4, 2.

(5) Har. 11Ï15.

(6) BhP. 9, 23, 2.

Gonte une partie de sa légende ; le Mah&bhârata (1) expose ses relations avec la terre ; la Râjatacanginî (2) raconte comment il mit à sec le Cachemire ; et l'on yoit dans le Râmâyana (3) de quelle manière il priva la mer de ses vagues, c'est-à-dire chassa les nuages du ciel et produisit la sérénité. "Sa paternité, par rapport à Vivaswat et à Vishnou, expliquerait à elle seule la nature première de Kaçyapa, puisque ces deux personnages védiques sont deux formes et primitivement deux épithètes du soleil : or, quand on dit qu'un dieu est père d'un autre dieu, on veut dire simplement que le phénomène ressortissant au premier précède celui qui ressortit au second. Ainsi, le soleil levant est regardé facilement comme père du soleil élevé dans le ciel, et Kaçyapa est dit père de Vishnou. Sa relation avec Arisfanêmt est plus indécise, parce que ce dernier nom exprime seulement la forme toujours ronde et pleine du disque solaire, et que eette forme existe aussi bien au moment où le soleil se lève qu'à toute autre heure du jour. De là vient que Arts fanêmi est tantôt considéré comme un être à part, tantôt confondu avec Kaçyapa.

Un dernier trait fixe entièrement les idées au sujet de celui-ci. n est frère de Paurnamâsa, et tous deux sont fils deMartdi, la lumière qui remplit l'espace. Paurnamâsa est le patronymique de pûrna7nasa, la pleine lune, et signifie le jour de la pleine lune ; sa mère est Samhhûti ((Tuvoudia), dont le nom marque bien la coexistence des deux astres sur l'horizon. Pûrnamâsa est la pleine lune, dont le nom est masculin en sanscrit; il a pour père Dhâtar, le créateur, le démiurge du monde, et pour mère Anumati qui, dans la liturgie , est la lune un jour avant

(1) Mbh. 13, 7232.

(2) Rtrg. 1,25.

la pleine (1). Or, le disque de la pleine lune peut être naturellement dit frère du disque du soleil, puisque ce jour là ils sont tous les deux complets aux deux points opposés de l'horizon.

Enfin, pour qu'il ne reste aucun doute sur la nature solaire de Kaçyapa, le Mahâbhârata (2) donne l'épithète de Kâçyapêya, fils de Kaçyapa, aux douze âdityas, qui, lorsqu'ils sont en effet douze, représentent le soleil dans ses douze stations zodiacales et ces stations elles-mêmes. Ce mot, par conséquent, désigne les levers cosmiques des douze constellations , c'est-à-dire le moment où elles se lèvent avec le soleil, et par conséquent Kaçyapa est le soleil même , le soleil levant.

Le personnage appelé Kécrops était commun, ainsi qu'Erechthée,aux différentes villes d'Athènes, notamment à celles de Béotie, où il était cru fils de Pandion, et d'Eubée, où on le disait fils d'Erechthée et de Praooithéa. Nous avons déjà vu que ce dernier nom signifie l'œuvre sainte ; et en effet , le soleil levant est souvent considéré dans les Hymnes comme enfant de la cérémonie, parce que la prière du prêtre l'appelle au festin sacré et semble le produire. La légende de l'Attique est indécise, grâce peut-être aux exégètes et aux mythographes. Selon Apollodore (3),Cécrops estfilsd'Erechthéeet de Praxithéa, comme en Eubée. Pausanias (4) admet cette même origine, et ailleurs (5) il le dit fils de Pandion. Selon Aristophane (6) et Tzézès, il était autochtone et né des dents

(1) Nir. 11,29.

. (2) Mbh. 13, 7094.

(3) Apd. 3, 15.

(4) Paus. Ach. Att.

(5) Paus. béot.

f6) Aristoph. Guêp.

du dragon. Je n^ai pas besoin de réfuter ici l'opinion réfléchie mais non philosophique de Suidas, qui fait de Cécrops un égyptien, opinion admise sans examen et ensei* gnée par beaucoup d'auteurs modernes. D'ailleurs, l'identité d'Erechthée et d'Erichthonios bouleverse de fond en comble ces prétendues restitutions historiques : car la division de Pandion en deux Pandions et de Cécrops en deux Cécrops étant dès lors impossible, il résulterait de là que Cécrops et Erechthée seraient réciproquement père et fils l'un de l'autre, et que Pandion serait compris dans ce cercle vicieux.

La liste de rois par ordre de filiation, adoptée par Pausanias, est la suivante :

Pandion I

Erichthonios

Pandion II

Erechthée

Cécrops

Pandion III

Lycos.

Dans cette liste on remarque facilement trois groupes : Pandion I et Erichthonios Pandion II et Erechthée Pandion III et Lycos.

Cécrops reste en dehors et à part. Or, nous avons reconnu l'identité d'Erichthonios et d'Erechthée, et, d'autre part, la nature solaire de Lycos, père d'ApoUon lycien. Nous devons donc conclure de là qu'Erichthonios, Erechthée et Lycos sont une seule et même chose, le soleil, la lumière ou le ciel, envisagés à des points de vue divers ; et que les trois Pandions sont un seul et même Pandion. L'édifice historique que les classificateurs de légendes se sont donné tant de peine à construire se trouve ainsi renversé : nous devenons libres de mettre

Cécrops avant Erechthée ou Erechthée avant Cécrops; ou plutôt nous nous trouvons en face, non plus de l'histoire, mais de la nature, dont les phénomènes, par leur succession , nous donnent la succession des rois idéaux qui les représentent. Or, il est bien certain que le soleil se lève à l'horizon avant de briller dans le ciel : par conséquent Cécrops serait roi avant Erechthée, si celui-ci était le soleil dans ses hautes stations. Mais comme le disque solaire peut à toute heure être appelé Ariëfarœrni, même avant son lever et après son coucher, il n'y a rien de surprenant à ce que l'ordre de succession entre les deux rois ait varié dans la légende et embarrassé les historiens. Nous avons vu qu'une confusion toute semblable existe dans la légende de Kaçyapa. En réalité, ces personnages ne sont ni antérieurs ni postérieurs l'un à l'autre; et il en est de même de Lycos.

La légende vraie est celle qui déclare Kécrops né de la terre, yyiyevTf;, puisque c'est de la terre que semble sortir le soleil levant; et une preuve certaine qu'il était né longtemps avant Erichthonios, c'est que, à peine né, celui-ci est enfermé dans une boîte par Athénâ et confié par elle aux trois filles de Cécrops. Ce roi d'Athènes était appelé ^Kpuy); : la partie inférieure de son corps était celle d'un serpent. Les auteurs des temps postérieurs ont donné de cette figure toutes les explications imaginables : selon Suidas, il était à la fois grec et égyptien; selon Cédrenus, il savait deux langues ; selon Athénée, il institua le mariage qui unit l'homme et la femme; selon Plutarque (1) il fut d'abord terrible et ensuite humain; selon Démosthènes (2) il unissait la prudence de l'homme à la force du dragon. Quand on connaît la signification à

(1) Plut, de Ser. vind. Deor.

(2) Dem. or. fun.

peu près constante du serpent dans la mythologie aryenne, la figure mixte de Cécrops et Tépithéte de ^içwîç n'offrent plus aucune difficulté.

Ce fut sous son règne qu'eut lieu la dispute d'Athénâ et de Posidôn; c'est lui qui témoigna en faveur de la déesse et attesta qu'il l'avait vue planter l'olivier. Cette coïncidence de la lutte divine et de la présence de Cécrops est certainement très significative, car Athénâ, comme divinité de l'Aurore , ne reste pas longtemps sur l'horizon, et du moment où Te soleil est levé, le combat de 'Aurore et du dieu des eaux est terminé ; c'est donc en se levant lui-même de l'horizon que le fils de la terre Cécrops vient apporter son témoignage. Nous avons vu plus haut que, si la mer Erechthéide de l'acropole représente Posidôn, c'est-à-dire l'océan céleste, l'olivier est le symbole de la lumière étemelle, de la lampe sacrée et du feu de l'autel.

Ces trois choses, le triomphe de l'aurore, le lever du soleil et l'acte pontifical se produisant à la fois, et, d'autre part, leurs représentations idéales, à savoir la lutte d'Athénâ, le témoignage de Cécrops et la plantation de l'olivier, étant également simultanées, jettent un nouveau jour sur Kécrops et confirment son identité avec Kaçyapa.

Il en est de même du rôle religieux qu'il joue dans la légende. C'est lui, en effet , bien plus encore que Erechthée, qui institua les premiers sacrifices. Le premier, il éleva un autel chez les Athéniens (1) ; le premier, il dressa une statue à Athénâ. Il éleva, le premier, un autel à Saturne et à Ops, dit Macrobe, c'est-à-dire àJupiteret àla Terre (2).

(1) Eus. prœp. 10.

(2) Macr. 1, 10.

n sacrifia, le premier, an bœuf (1), offrit comme anathéma le xoanon d'Hermès qui était dans le temple d' Athénâ> polias (2), dressa un autel à Héphsestos, qui est Agni (3). C'est lui, dit Eusébe, qui donna à Dieu le nom de Zevs (4) ; Pausanias dit seulement que Gécrops donna à Zevs le nom à^hypatos, Très-Haut, et établit qu'on n'immolerait en son honneur aucun être vivant, mais qu'on lui offrirait seulement des gâteaux sans vin. Le bœuf qu'on lui sacrifiait était c une sorte de gâteau fait de miel et de farine, et ayant des cornes. » (5).

Le caractère sacerdotal de Cécrops est donc aussi fortement marqué que celui de Kaçyapa. Une légende ajoutait qu'il avait épousé Mètiadousa, fille à'Eupalamos (6), et qu'il avait eu d'elle un fils, Pandion, et trois filles, Cï'^oitsa, Orithyia et Procris. Une autre légende (7) lui donnait pour femme Agraulos, fille d'ActaBos, pour fils Erysichthon, et pour filles Agraulos, Ersé et Pandrosos. Le parallélisme de ces deux légendes nous porte à croire qu'elles peuvent bien être la même, se répétant 80US d'autres noms, et répondant à une même série de phénomènes naturels. Nous en parlerons plus bas.

Lés noms de Métiadousa et de Eupalcmos semblent assez clairs, quand on songe que des noms de signification toute semblable sont donnés dans l'Inde à l'hymne et au prêtre officiant. Le prêtre y est appelé « habile » parce qu'il lui fallait une certaine adresse pour bien exécuter tous les actes du sacrifice ; la liqueur sacrée est dite « en-

Ci) Eus. Chr. L — Isid. Sev. — Orig. 8, 11.

(2) Paus. Att. 27.

(3) Plat. Prot. 13.

(4) Eus. Chr. 1.

/5) Hésych. — PoD. 6, 11. — Diog. L. Empéd. 8.

(6) Apd. 3, 14, 2. -. Tzez. Chil. 1, 4.

(7) Apd. 3, 14, 2.

fant des dix mères » , c'est-à-dire des dix doigts qui expriment le jus du sôma. L'hymne porte souvent le nom de sumati et de susfuti, mots à peu près synonymes de [AviTia^ou^a, puisque mati=^^r\'^\^ et que a^w est la traduction de stu, chanter, contenu dans susfuti.

Je Yois dans l'Agraulos, que les mythographes donnent un peu timidement pour femme à Gécrops, et qu'ils disent fille d'Actseos, un dédoublement de celle qui était sa fiUe et qui avait son sanctuaire dans une caverne de l'acropole. En efiet, cette ancienne Agraulos n'a pas de légende, et paraît avoir été introduite après coup pour expliquer la filiation des trois Gécropides. Si, du reste, elle a eu quelque realité dans les anciens mythes d'Athènes, les explications qui seront données plus loin sur sa fille, lui seront en partie applicables et pourront éclaircir son mythe particulier.

Pour en finir avec la légende de Cécrops, il me reste à dire un mot de ses trois filles , Pandrosos , Ersé et Agraulos, toutes trois honorées sur l'acropole d'Athènes. Leur histoire locale se réduit presque à un seul événement. A peine né, Erichthonios fut enfermé par Athénâ dans une boîte, xwtyï, xv6ti>Tiov, >.apvaÇ, qu'elle donna à garder aux trois jeunes filles, en leur défendant de l'ouvrir. Pandrosos se soumit à l'ordre de la déesse ; la curiosité vainquit les deux autres ; elles ouvrirent la boîte et y virent Erichthonios entouré d'un serpent. La peur les saisit, et dans leur égarement elles se jetèrent du haut du rocher. Les Athéniens gardèrent le souvenir de l'endroit où elles s'étaient précipitées : elles y eurent un sanctuaire dans une grotte qui existe toujours, et que j'ai décrite au chap. P'. La fidèle Pandrosos fut honorée à côté d' Athénâ dans l'Erechthéum, avec son père, dont on

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j TOjait le tombeau (1). Ersé donna son nom aux deux jeunes filles, qui sous le nom à! Errhèphores ou Ersèphares, habitaient dans Tenceinte d* Athénâ-polias , et brodaient le péplos de cette déesse.

La légende d'Erichthonios et celle de Gécrops étant élucidées, celle des Cécropides s'explique en grande partie d'elle-même, attendu que sur trois noms, deux sont grecs et ont une signification assez claire. llavÂpo<TQç ne signifie pas Allthau, comme le prétendent les exégétes allemands : cette traduction ne serait admissible que si le second mot composant était un adjectif, comme dans iroevoéYioç,icoevapLfo|Aoç. nccv$poa(K n'est donc pas un substantif: c'est un adjectif formé comme Trovapyupoç, Trocvaperoç, icav- ^a>poç. Cette classe de mots commençant par irocv répond, comme nous l'avons déjà dit, à une classe analogue de mots sanscrits commençant par viçwa ou sarwa, tout. Ces derniers mots ne pouvant être ni écrits en grec, ni même prononcés par une bouche grecque, ont dà faire subir à tous leurs composés un sort commun, celui d'être traduits en langue vulgaire. Je crois que c'est là ce qui explique ce mélange de noms helléniques et de noms étrangers qui se remarque dans les mythes et dans les anciennes légendes de la Grèce. Toutes les fois que le nom aryen a pu être conservé, même avec des modifications assez profondes, il l'a été ; quand il n'a pu l'être, il a été remplacé par son équivalent hellénique. Quelquefois, les deux termes continuaient d'exister simultanément : nous trouvons dans Homère cette distinction de deux langues, l'une vulgaire, ou langue des hommes, l'autre sacerdotale, ou langue des dieux; Homère établit ce contraste à

(1) Am. Gent. 6, 66. -« Clem. Alex. Coh.— Paus. Ait. — Théod. Thir. 8.

propos du nom d'un oiseau que les hommes, dit-il, appellent irepxvoTTTepoç, et les dieux }cu|aiv$iç. nov^poaoç est dans un de ces trois cas; et si, comme il 7 a beaucoup de raisons de l'admettre, elle est la même que Gréousa, c'est dans le dernier cas qu'elle se trouve, puisque Kpéouda n'est pas un mot hellénique, malgré sa forme de participe présent. Le mot Ilav^poaoç répond à un mot tel que sarwor rasa, viçwarasâ, signifiant « toute pleine de rosée, de sève, de force productive », et appliqué à la terre, aux plantes, à toute la nature au sortir de la nuit. Quant à Créousa, sa forme de participe présent serait bien réelle, et sa racine est la même que celle du latin creare; c'est la racine Ar, iar, faire, produire; eUe donne lieu à plusieurs noms védiques étrangers à notre sujet.

^EpoT) ou ''Ep<ni est également un nom grec. Quoique Hésychius l'explique par Jpocoç, voTia, ô(jli)(^X», je ne crois pas qu'il ait jamais signifié rosée. La triple traduction de cet auteur est une preuve qu'il ne connaissait pas le sens d'epoT) : en efiet Jpoco; est bien la rosée des nuits sereines ; mais voTia est l'humidité qui se dépose sur les objets froids, quand vient à souffler légèrement le vent du sud, voToi;; ôpx^» formé de 6(1 (débris de 5aw?) et deâjj^Xuç, est le brouillard. Voilà trois phénomènes bien différents et qui ne peuvent guère être rendus par un seul et même mot. Homère dit (1) hcctcl J'u^j/oOev lîxev iepcaç èÇ aiôépoç, il fit tomber du haut du ciel des gouttes de pluie ; et ailleurs (^, (TTi^irval ^'âvETuiTUTov èep^tti, de brillantes gouttes de pluie tombaient. La pluie est appelée Aioc ôuyctTep êçaa (3) pluie, fille de Zevs. On disait en crétois âep<ra et a£p<7axoç.

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