PL
^) Thuc. 2, 29. — Anac. 20.
quence rigoureuse. Mais l'impossibilité où Ton était alors de comprendre le sens de mythes dont le Yêda seul nous a donné la clé, faisait voir des contradictions et des entassements de faits qu'un historien raisonnable ne pouvait pas admettre. Aujourd'hui ces contradictions s'effacent, et ces faits légendaires qui semblent s'accumuler les uns sur les autres finissent par se résoudre en un seul et même fait. La vraie question n'est donc pas de savoir si Pandion est antérieur ou postérieur à Cécrops, mais de reconnaître sa vraie nature et son origine mythologique.
Le nom de IlavJiwv est grec : on y reconnaît immédiatement TTocv comme dans noév^poeroç, nav^(x>poç, etc.; ^icov est, selon toute vraisemblance, dérivé de la même racine que Aïoç, gén. de Zeu^, que eu^io^, en sanscrit sudiva, et que le latin divum dans vivere sub divo; seulement ^uov a la forme d'un dérivé : l'i est long et par conséquent il répond exactement au latin divtis et au sanscrit dêva. Nous avons déjà vu que irocv est la traduction de viçwa : donc nav^ia)v=v içwadêv a .
Ce mot est appliqué dans le Vèda, comme nom générique, à un grand nombre de divinités mâles et quelquefois femelles, personnifiant les phénomènes du ciel ou se rapportant au feu sacré. Ce sont principalement Agni, T Aurore avec la Nuit, les Adityas, les Açwins, Indra et les Maruts, quelquefois Aditi et même lia. Ceux qui sont le plus souvent nommés comme Viçwadêvas, ce sont : Agni, Mitra, Varuna et Aryaman, grands âdityas du ciel infini. Si le Pandion athénien résume dans son unique personne l'idée commune à tous les viçwadêvas, il ne peut représenter que cette lumière éternelle et immense qu'à toutes les époques les peuples aryens ont supposée remplir l'espace, et dont il est longuement parlé dans un bel hymne attribué précisément à Kaçyapa, fils de Mariai.
On sait que beaucoup d'hymnes portent des noms d'auteurs imaginaires, et que ces attributions ont été faites dans un temps où, le vrai auteur d'un chant ayant été oublié, on lui substitua quelqu'une des antiques figures la plus en rapport avec l'idée principale de ce chant. En effet, Eaçyapa, comme nous l'avons vu, est le soleil sortant de la lumière infinie, qu'il anime de ses rayons et qu'il rend visible. Ce Marié i, père de Kaçyapa, n'est que cette lumière elle-même. Le plus souvent, comme l'a expliqué M. Weber (1), le mot maHéi est un nom commun et sans aucune idée de personnification, signifiant la matière lumineuse, indivise et invisible par elle-même, qui remplit les espaces du ciel et que les rayons des astres ou du feu traversent et rendent saisissable à nos yeux. Dans un sens plus restreint et surtout au pluriel, ce sont les rayons de lumière : marîéînâmpadam est le foyer d'où les rayons partent ou sont toujours prêts à partir; on a dit arkamariéayas, sômasya marîéayds, agnês marîàyas, les rayons du soleil, de la lune, du feu, rayons qui se répandent en sphère de tous côtés autour du point lumineux.
Personnifié, Mariéi est un prajâpati, un fils de SwayambhûovL deSamrâj, qui est l'Etre existant par luimême. Il est identique kManu-hairanygarbha, dont les Viçwadêvas sont la postérité. Il est un des sept Richis ou pontifes et poètes divins, auteurs des sacrifices primordiaux et fils de l'éternel Brahma. Enfin nous avons vu qu'il est père à la fois de Kaçyapa et de Paurnamâsa, c'est-à-dire du Soleil levant et de la pleine Lune dans leur rapport avec le saint sacrifice.
On voit que l'idée fondamentale exprimée par les mots nov^tcov, Viçwadêva et Marîdi est la même. Seulement Marié i et Pandiôn sont individuels, tandis que, dans le
(1) Ind. StucL 9, 9.
Yêda, viçwadêva est un mot applicable à plusieurs divinités. Mariai ne pouvant pas être prononcé en grec, non plus que viçwadêva, il fallut bien que le peuple eût un mot désignant le même personnage et exprimant la même idée : ce mot est nocv^utiv. Ces explications étant données, la parenté de Pandion se comprend d'elle-même : comme lumière indivise, il est père de Géphale, de Cécrops, d'Erechthée, de Lycos. D'une autre manière, comme centre rayonnant, il peut être dit fils de Lycos, .de Zevs, de Cécrops même et d'Erichthonios. Dans ces deux filiations, qui semblent se contredire, l'idée est la même, le point de vue est seul changé.
Il faut donc réunir en une même légende tous les faits répartis par l'école historique entre deux ou trois Pandions. Trois caractères distinguent ce personnage, tout semblable du reste à ceux que nous avons constatés chez Erechthée et Cécrops : il accueillit des divinités et institua des fêtes; il fit des guerres au nord-ouest, il eut une postérité nombreuse et signalée par ses aventures. Ce fut en effet pendant le règne de Pandion que Dêmêter et Dionysos vinrent en Attique, c'est-à-dire que sous la voûte lumineuse du ciel croissent le froment et la vigne. C'est Icarios qui, ayant donné l'hospitalité à Dionysos, reçut de lui en présent un cep de vigne et l'art de faire le vin. On racontait qu'Icarios, en ayant fait boire à des bergers, ceux-ci devinrent ivres et furieux, tuèrent Icarios et l'enterrèrent. Sa fille Erigone le cherchait en vain ; la chienne Maira le lui fit retrouver ; Erigone le pleura et se pendit : là-dessus, les Athéniens établirent la fête appelée aicopai, les Balançoires (1).
Ce récit fait le pendant de celui qui se rapporte à Dêmêter et à l'enlèvement de Coré ; mais il a pris moins
(i) Hésych.
de place dans les légendes, parce que le culte de Dionysos existait plus complet sous une autre forme. Le nom de la fête indique bien qu'il s'agit ici de la branche de vigne suspendue à ses appuis; méthode fort employée en Italie, mais à peu près inconnue en Grèce : Erigone est la vigne elle-même ou mieux la grappe, identique à la Sémélé de la légende thébaine ; la mort et la disparition du père semblent se rapporter à la taille de la vigne et au repos de la végétation pendant l'hiver. Il faut observer que le mot 'Hptyow) est formé autrement que llptYeveia : dans celui-ci, qui veut dire l'aurore née de la lumière, la première partie du mot signifiant lumière, yeveia a un sens passif; dans ijpiyovT), la première moitié est la même; mais fovfi a un sens actif, et le mot entier signifie : « qui engendre la lumière >. Quant à sa valeur idéale, 'Hpiyowi peut s'interpréter de deux façons : en effet, la grappe produit le vin qui est la liqueur du sacrifice; cette liqueur, versée sur le feu, lui fait jeter de grandes flammes lumineuses ; mais au même moment l'aurore se produit dans le ciel et semble naître par la vertu du sacrifice; les deux lumières se mêlent (1). Laquelle des deux est produite par Erigone ? Toutes deux sans doute, car elles sont simultanées et naissent sous le règne de Pandion, c'est-à-dire avant la naissance de Cécrops.
Quelques mots seulement sur Dionysos, dont le nom a donné lieu à tant de suppositions anciennes et modernes. S'il s'agissait ici d'un c dieu de Nysa >, on dirait tout au plus Nysodios et non pas Dionysos. Mais je ne crois pas que sous sa forme pure ^i, ^lo , cette racine ait jamais signifié € un dieu ». Elle veut toujours dire lumière, et surtout la lumière du ciel, Zevs. Il faut donc penser que
^1) Comparez un grand nombre d'hymnes à Agni et à ToraiBon pascale ô vere heata nox.
la première partie du nom yeut dire lumière, ou Zevs, ou Tun et Tautre. En effet, Bacchus est ordinairement dit fils de Zevs et quelquefois d'Hélios, le soleil. Son identité avec le sôma des Hymnes, et le haoma de TÂvesta ne fait plus de doute pour personne ; de sorte que la mystique de sôma peut expliquer en grande partie celle de Dionysos : les èpithètes de à\uiitQç et à>(tiQ9Tii(c se rapportent certainement au mot sanscrit et non à l'idée de cruauté ou de crudité ; son nom Sotëoç (SoSà^ioç, Saêà^ioç) est identique à savas, qui est le sôma lui-même {su, sav, extraire), extrait de la plante du même nom. Aujourd'hui en Grèce, saint Sabas, Saëaç, a des chapelles dans beaucoup de lieux plantés de vignes, et il se fabrique une espèce de vin appelée oaêaÂiovoç. C'est donc aussi dans cet ordre d'idées qu'on a le plus de chances de trouver l'origine de la seconde moitié du mot Aidvuaoç. Je rencontre deux difficultés à le faire venir de div-anuja, c fils de Zevs > : on voit quelquefois en grec le 2[ remplacé par un d, mais cela est rare, surtout quand le ^ vient d'un J sanscrit ; de plus 1'^ de anuja est bref et celui de Aiovuooç est long. Toutefois, cette étymologie, outre l'avantage de représenter exactement l'origine de ce dieu, fils de Zevs, c'està-dire de la lumière céleste, aurait celui de rendre compte des deux orthographes Aiovudoç et Auovuooç, puisque l'on pourrait dire en sanscrit Dtvanuja et Divûnuja également. Enfin elle expliquerait la légende qui rapporte la descente de Bacchus, c'est-à-dire la naissance et la formation du vin> au régne de Pandion.
Une tradition rapporte au même règne la descente de Dêmêter et la culture du blé. Comutus et Ovide (1) racontent comment la déesse fut reçue à Eleusis, et comment le blé donné par elle à Triptolème fut répandu par
(1) Met. 5.
lui dans tous les pays, au moyen d'un char traîné par des dragons ailés. Selon Justin (1) et Diodore de Sicile (2), le fait eut lieu sous Erechthée, et Nonnius (3) ajoute qu'en signe de joie Erechthée chantait, en s'accompagnant de la cithare, un hymne paternel. Ily a donc confusion dans les légendes. Je n'ai pas à revenir sur celle d'Eleusis, dont j'ai déjà parlé; mais si l'on suivait les généalogies de l'école historique, il faudrait, comme elle l'a fait, dédoubler Pandion, parce que Triptolème et Kéléos lui seraient postérieurs de plusieurs générations.
Je ne raconterai pas non plus la guerre de Pandion avec Labdacos, ni l'histoire de Térée le thrace, de Procné et de Philomêle, filles de Pandion et sœurs d'Erechthée et de Boutés. La guerre de Labdacos est la reproduction plus obscure et moins attique de la lutte des Athéniens et des Eleusiniens. Quant à la légende de Procné, elle a été étudiée par d'autres, et ne se rattache qu'incidemment à celle d'Athènes ; elle finit cependant par l'arrivée dans cette ville des deux sœurs infortunées : identiques pour le sens à Ersé et Agraulos, elles y moururent à force de pleurer.
Actœos, beau-père de Cécrops, dont Pandion est le père, mérite une étude particulière.
Régulièrement, âxTato; est un adjectif dérivé de Axrvf, et signifie c attique > (4), il est synonyme de aTTixo;. 'axttJ est un ancien nom de l' Attique , ainsi que de la terre comprise entre Traezen et Epidaure, pays dont les légendes sont étroitement liées à celles d'Athènes. On disait 'axttî où bien AXTaia, 'AXTaiiç, mots avec lesquels on sous-entendait yyi. 'axtïî étant une forme primitive par
(1) JU8t.2.
(2) Diod. 1.
(3) Nonn. 19.
(4) Den. per. 1023. — Lycoph. 504. — Nonn. 27, 282.
rapport k 'amxùSqÇj ce n'est pas celui-ci qui donna son nom au pays : c'est le pays qui lui donna le sien ; ou plutôt son nom fut tiré de celui d"AxTn; ôxTala était aussi le nom d'une des anciennes tribus, fuXoiy de Gécrops. Nous pouvons donc laisser un moment de côté 'AXTato^ pour examiner la valeur du primitif \yLv/i.
Si 'axty( venait de la racine d'oyvuiuy briser, et qu'il fût identique au nom commun mv/iy rivage escarpé où la mer se brise, il ne pourrait guère se dire en général de toute TAttique, dont une bonne partie est dénuée de falaises; son emploi serait restreint aux portions du rivage vraiment escarpées. D'ailleurs il eût pu s'appliquer aussi bien à la Grèce entière, dont les rivages ne diflFèrent pas notablement de ceux de l'Attique. Enfin, l'idée d'étendre l'acception d'un nom est contraire au phénomène de la localisation, qui tend toujours à la restreindre.
La forme 'At6W est celle que l'on trouve à peu près exclusivement chez les plus anciens poètes, soit comme adjectif pour signifier attique, soit comme substantif désignant le pays de l'Attique : on disait Mlç tkniyiy ârOl; |t6>.i(yoYi, M\ç yupt.f7) (Orithyie), cctOi^ yyj. 'At6iç, l'Attique, se trouvé dans Euripide (1), Strabon (2), etc. Poser la question si 'axttq vient d"AT6i; ou inversement, c'est la résoudre : en effet, il est impossible de trouver dans ajcttî l'élément d'un 6 ; de plus, au lieu d' atôi;, on a dit aussi *ATTi; ; enfin, on a toujours dit âTTi)to(;, et jamais ôxTtxdç, mot aussi aisé à prononcer que àcnQ, âxTaîoç, et beaucoup plus doux que apxToç, âpxttxoç. La forme axttî, employée depuis le temps d'Euripide par des auteurs qui se piquaient d'érudition, a donc probablement été suggérée par la présence dans la langue commune du mot œctrf,
(3) Str. 9, 395.
rÎTage ; et plusieurs dérivés du nom propre ont dû subir la même altération. C'est toujours l'histoire de la tour sans-venin.
S'il en est ainsi, le nom d"AXTaioç a dû se prononcer d*abord 'attoko; ou 'ATÔaioç. Cela étant admis, il devient possible de remonter à l'origine de ces noms. En effet, s'il est dit (1) que Kaçyapa épousa les treize filles de Daxa, chez les Grecs, où la monogamie régnait dès les plus anciens temps, Cécrops ne pouvait en épouser qu'une seule, et l'on ne donna qu'une seule fille à Actaeos. Or, Daxa est un âditya, et il est bien plus souvent invoqué sous ce dernier nom et avec les autres âdityas que seul et sous son nom personnel. De plus, on invoque souvent et d'une manière absolue l' Âditya, pour dire tous les âdityas. Lorsque les Âryas védiques donnaient pour femmes à JKaçrapa, c'est-à-dire au soleil levant, les treize filles de Daxa, c'est-à-dire les treize constellations avec lesquelles il se lève et se couche tour à tour, cette expression était à peine mythologique. Mais quand les Grecs réduisirent ces épouses à une seule, le mythe n'eut plus de sens, et cette épouse fut oubliée ; on la ressuscita dans la suite et on lui donna le nom de sa propre fille Agraulos. Nous avons donc lieu de soupçonner que AXTaîo; n'est autre que l'âditya Daxa, et que 'atti;, atôîç, est par conséquent Aditi.
Dans les hymnes védiques, Aditi joue un rôle très important, soit par elle-même, soit comme mère des âdityas. Comme adjectif, aditi veut dire sans borne, sans limitation, immense. Comme substantif commun, c'est l'infini des cieux, non celui que l'esprit conçoit, mais celui que l'œil voit ou croit voir au-delà du soleil et de l'aurore, de la lune et des étoiles (2). Au duel, arftïî si- Ci) M. 9, 129.
(2) RV. 1,123, 19 j 5, 62, 8.
gnifle le ciel et la terre, les deux étendues. Presque personnifiée, cette étendue sans bornes, d'où il semble que naissent tous les astres et avec eux toutes les choses de la terre, est appelée nâbhir amftasya, c le nombril d'immortalité >, c'est-à-dire le cordon qui, du ciel, transmet la vie à tous les êtres qui naissent (1). Gomme personne divine, Aditi est la mère des sept âdityas, qui répondent probablement aux sept jours de la semaine (2) ; et souvent elle est nommée avec Mitra et Varuna, avec Bagha et Aryaman. Ces sept âdityas sont sept dieux de la lumière céleste : Varuna, Mitra, Bhaga, Daœa, Aiiça et Dhâtar(o\Si Vivaçwat)^ Aryaman, Employé au singulier, Aditya est le dieu du soleil (3) ou le soleil lui-même (4). Le Nirukta (5) cite l'âditya céleste en compagnie d' Agni et d'Indra. L'Aitarêya-brâhmana le cite avec Agni et Vâyu ; et ces trois personnages, qui sont le Soleil, le Feu et le Vent, forment une trinité dans laquelle le soleil est le Père, le feu est le Fils, le vent est l'Esprit.
Du reste, à mesure que les mythes se sont éloignés de leur origine, les idées, en se précisant sur certains points, sont devenues vagues sur d'autres. On a eu douze âdityas, répondant aux douze mois de l'année (6), et leurs noms •nt varié. Dans le Mahâbhârata (7) et dans le Harivança (8), ils sont dits enfants de Kaçyapa, tandis que, dans les Hymnes, Kaçyapa est le gendre de l'un d'eux. Une fois mis à leur place, Kaçyapa cesse d'être le soleil
(2) RV, 9, 114, 3.
(3) RV. 10, 72.
(4) RV. 1 , 50, 13, 1, 163, 3, etc.
(5) Nip.7,11.
(6) VPup. 234.
(7) Mbh. 1,3135.
(8) Har. 11548.
levant, le soleil devient son fils, K&çyafèysi^ ainsi que les douze âdityas.
On voit que, pour avoir le sens de la légende d'Actœos et du nom d'Atthis, il ne suffirait pas de recourir à la mythologie classique des Indiens, souvent aussi obscure que celle des Grecs; il faut remonter jusqu'au Vêda, c'est-à-dire jusqu'au plus ancien monument religieux de notre race. Là, on a l'avantage d'assister à la formation des mythes, ou du moins on trouve, à côté du m3rthe, des versets et des hymnes entiers qui en donnent la signification. Une fois transportés dans l'Occident, où les chants sacerdotaux ne furent pas recueillis comme en Orient, les mythes se localisèrent le plus strictement qu'on puisse s'imaginer, ils passèrent à l'état de légendes propres à chaque pays, et, quelque temps après, ils furent pris pour des traditions historiques. Un mot fit croire à un fait : ainsi, dans l'espace infini se produisent les mouvements des astres ; on exprima ce fait en disant qu'Aditi est mère des âdityas ; puis ceux-ci étant conçus comme des êtres d'un éclat et d'une puissance supérieure, Aditi fut appelée c mère de rois », râjaputrâ (1). Chez les Grecs, toute la première partie de cette série d'idées s'étant perdue, on dit seulement qu'Atthis était la terre de l'Attique, que Actaeos était autochthone, c'est-à-dire né de la terre attique, ei qu'il était la souche de tous les rois athéniens.
Actaeos est avec Atthis dans le même rapport grammatical qu'Âditya avec Aditi. Il reste donc à savoir comment Aditi a pu devenir at6i^. La forme atti^ n'oiOfre aur cune difficulté, puisque le premier i d' Aditi étant bref et ne portant pas l'accent disparaît avec facilité, et dès lors le rf et le ^ se trouvant l'un près de l'autre s'assimilent.
(1) RV. 2, 27, Tl.
Quant au 6 de 'aOtiç, il s'explique aussi par le rapprochement du d et du t : en effet, le d produit un léger sifflement dans la prononciation hellénique; du moment où Ton veut en conserver toute la valeur, il faut que ce sifflement se porte sur la seconde dentale après l'assimilation et qu'elle devienne un 6, attendu que l'on ne peut pas mettre un 6 devant un t. Ce 6 est donc précieux pour nous, puisqu'il témoigne de l'existence d'un d dans la forme primitive du mot ârjen : ainsi Athis est précisément Aditi.
La valeur sidérale d'Actseos n'est pas seulement prouvée par sa descendance et par son identité avec l'Aditya; elle est confirmée par les légendes grecques elles-mêmes. A dix kilomètres d^ Athènes, chez les Athmonéens, on soutenait (1) qu'Actseos n'était pas le plus ancien roi du pays, et qu'il avait été précédé par Porphyrion. Antonius Libéralis (2) donne à ce personnage le nom également significatif de Périphas (gén. nepiçovroç). Selon Hygin (3), Porphyrion était fils de la Nuit et de l'Erèbe. Périphas était autochthone, c'est-à-dire éternel, primitif. Il était donc parmi les êtres masculins au même rang qu' Aditi parmi les êtres féminins. Au-delà d'eux, on n'apercevait plus rien.
Il me semble que la vraie légende athénienne finit ici, et que, outre le mythe qui a servi de type aux autres, le mythe d'Athénâ et de Posidôn, elle en renferme trois, qui sont comme des formes secondes et des compléments de celui-là, à savoir les mythes d'Erechthée, de Cécrops et de Pandion. Si l'on voulait descendre plus bas dans la prétendue histoire des rois d'Athènes, et empiéter sur les terres voisines de l'Attique, on rencontrerait les belles
(1) Paus. Att. 14, 7.
(2) Ant. Lib. Met. 6.
(3) Hyg. f. prsef.
légendes d'Egée, de Thésée, du Minotàare, du Taureau, des Centaures, des Amazones, d'Hippolyte et de Phèdre, la fille du Soleil. On se conyaincrait bientôt qu'il n'y a rien d'historique dans ces récits, qu'il n'y a parmi ces personnages aucun homme divinisé, qu'ils sont tous des dieu^ ou des enfants des dieux, c'est-à-dire des figures empruntées aux phénomènes de la lumière et de l'ombre, du nuage, de la foudre et des vents.
On sait maintenant que les Centaures sont les Gandharvas, et que le premier Centaure, père de tous les autres, ce ^p 6eioç dont parle Pindare, est ce même Gandharva, si merveilleusement décrit dans les Hymnes. On s'assurerait de plus que les Amazones sont des nuées, et que sous Thésée, roi-soleil, elles sont venues de l'ouest s'établir sur un Pnyx idéal, pour lutter contre des Athéniens idéaux, comme le firent les Eleusinieas au temps d'Erechthée. Quoique des combats d'Athéniens contre des Centaures ou des Amazones fussent souvent représentés sur les monuments d'Athènes, qu'une Amazone y eût son tombeau ainsi qu'Hippolyte, et que Thésée y eut un beau temple qui existe encore, je laisse à regret l'étude de ces légendes, je les considère comme appartenant plutôt à Traezen qu'à Athènes, et je m'arrête ici pour ne pas surcharger de détails une analyse déjà longue.
Je résume les trois légendes royales qui viennent d'être étudiées. Un de ces rois, Erechthée, représente le soleil à quelque moment que ce soit de sa course, c'est l'AWifanêmd, dont le disque n'est jamais échancré. Sous son règne a lieu la grande guerre des Athéniens, troupe guerrière de l'Aurore, et des Eleusiniens, enfants de la Nuée rougeâtre, secondés parles chanteurs impétueux du nord-ouest. Alors aussi la terre est labourée^ arrosée par la pluie fécondante du ciel ; elle produit le blé, et avec lui, ioutes les plantes et les animaux. Un autre roi, Cécrops,
est le soleil levant ; c*est Kaçyapa : il installe les sacrifices, il nomme les dieux ; il assiste comme témoin à la grande lutte d'Athénâ et de Posidôn, de TÂurore et de l'océan aérien; il voit planter Tolivier et s'allumer la lampe inextinguible ; mort, il est enterré à côté de l'autel de l'Aurore. Au delà de ce soleil levant s'étend cette lumière infinie, ce feu éternel, qui, sous le nom de Pandiôn, devient le père de Gécrops; c'est Marié i le rayonnant. Il règne dans les profondeurs de l'espace ; et le fils lumineux qu'il engendre épouse une fille issue de l'étendue infinie qui est Attbis, Aditi.
Voilà donc jusqu'où allèrent, dans l'origine, les conceptions des Aryas, des Grecs aussi bien que des Indiens. Dans les profondeurs du monde, ils voyaient deux principes infinis, l'étendue sans borne et le feu lumineux qui circule dans les espaces et les enveloppe. Sur ce fond indiscernable se détache le ciel étoile, partagé en constellations et exécutant de gauche à droite un mouvement uniforme qui ne s'endort jamais, àjcoipiYiToç. Un grand luminaire vient chaque jour éclairer le monde. Dans sa marche annuelle, il épouse tour à tour les constellations du ciel et paraît engendrer tous les êtres. Dans ses retours quotidiens, il s'avance précédé de l'Aurore et des Cavaliers célestes, enfants du Ciel. Par sa lumière, il atteint les hauteurs couronnées de tours, il y assiste aux sacrifices, il y prend part, il les fonde, il élève les autels. En même temps il repousse devant lui les ténèbres, qui vont se perdre dans l'occident. La mer des vapeurs se soulève; des nuages rougeâtres arrivent du couchant comme des bataillons serrés; les vents chantent dans les airs; un grand combat est engagé. Mais l'éternel soleil triomphe toujours, même quand il paraît englouti dans cet océan céleste et absorbé dans les profondeurs de la terre ; le lendemain il reparaît glorieux. Pendant ce combat divin,
le ciel et la terre se sont épousés : la terre a été fécondée, elle est devenue mère; eUe enfante tous les vivants, le cheval et les prairies, le blé dont l'homme se nourrit, la plante qui donne le vin, liqueur du sacrifice dans laquelle toute la vertu vivifiante du ciel et de la terre est résumée. Toute cette lignée d'êtres divins comprend les plus augustes noms : Porphyrion et Atthis, Actaeos, Cécrops, Pandion, Erechthée parmi les rois; Zevs, Athénâ, Potiidôn, Dêmêter, Perséphone, Dionysos parmi les dieux. Quel est le centre, ro(jLça>.o^, le nâbhi de cette divine assemblée? Un hymne répond :
« Je te demande où aboutit la terre; je demande où est l'ombilic du monde. Je te demande où est la semence du cheval fécond; je demande quel est le suprême organe de la parole.
€ Cet autel est le point où aboutit la terre. Ce sacrifice est l'ombilic du monde. Ce sôma est la semence du cheval fécond. Ce prêtre est l'organe suprême de la parole (1). ]>
(1) RV. 1, 164, 34.
Senlis (Oise), imprimerie E. Payen, place de T Hôtel- de -Vill^
tr--
Bacc
"inr\ o - 7y5p