II. S
'3) Nie. Al. 583.
ToQi les linguistes s'accordent aujourd'hui (1) à reconnaître dans ces mots le sanscrit varia, varsika, pluie, pluvieux. La racine de varia est vfi, qui répond au grec vulgaire 6p<x^ arroser, pleuvoir, ppo^ii la pluie. Danst^f i, le f en se développant devient ar, ou ra^ ou même ara, et fidt en xend éré^ comme dans bérézat=scT. vfihat. Le greCt qui ressemble toujours plus ani zend qu'au sanscrit, a pris des «, comme chez les Iraniens, et fait Speni} ou même Ipon. Mais en français on dit une averse, scr. avaria, et en Normandie on dit encore c il verse » {variati) pour il pleut.
Reste ^AypauXoç. Ce nom a une apparence grecque, puisqu'on peut le tirer de if^ç, comme ôypoucoç et d'autres, et de axik6^ vallon, ou cdM bergerie. En ce sens c'est un adjectif signifiant c qui stationne dans les champs » et appliqué ordinairement aux bœufs et aux bergers. Hésychius rend aypccuXoç par ikaiOpoç et ?p»[ii.<iç, sans dire pourquoi, et aussi par œfkaoçj Xapiirpo^. Pour obtenir ce dernier sens, il faut supposer que aypau^o^ est une interversion de dcyXocupoç, et en effet les anciens ont quelquefois écrit ainsi le nom de la fille de Cécrops. On doit observer néanmoins que si cette orthographe était la vraie, le mot aurait Taocent sur poç comme les autres adjectifs ainsi formés. Je pense donc que si les Français l'ont adoptée, c'est parce que Âglaure est plus agréable à l'oreille que Agraule. Mais "AyfCLx/ko^ n'en est pas moins l'orthographe de beaucoup la plus usitée chez les Grecs, et l'on a toujours dit «ypauXiov en parlant du sanctuaire de cette jeune fille. Le même nom se trouve dans celui d'un dême de la tribu Erechthéide, 'Aypu^>î,^ qui s'écrivait aussi 'AypoiXYi et 'AypoBÎXin (2), et Harpocration regarde le nom de ce dême
(DGurt.Etym.lSO, a22.
(2) Harpocr. — Etienne Bya. — Hésych.
comme tiré de celui de la fille de Gécrops. Cette opinion est fausse, car 'AYpoeuXv) n'est qu'un féminin d^^A.y^'koÇf et 'Aypii^v) est une forme plus légère et plus primitive que 'Aypocu^T), puisque au est le gouna de u.
Mais ces formes diverses ouvrent une voie à nos recherches : car elles montrent de quelle manière s'était faite la dérivation du mot ''AypauXoç et excluent l'idée de aypoç +aù>.oç. Si au est venu de u, ce qu'on ne peut guère révoquer en doute, "koç est un suffixe bien connu et le primitif d'*'Aypau\oç est 'Aypu. Or Agru, Agrûy existe dans le Vêda, comme nom propre et comme nom commun. Il signifie jeune fille, femme non mariée (1) : on dit les cinq demoiselles pour signifier les cinq doigts de la main qui expriment le jus du soma (2). — Ailleurs agrû signifie cours d'eau, rivière, torrent (3), et on lui compare les libations du matin. Comme personnification, Agrû est citée dans deux hymnes attribués à Vâmadèva et adressés à Indra : un des deux (4), cité plus haut, est celui ou il est dit qu'Indra a tué l'Aurore; au verset 16, l'auteur parle de Parâvràta, fils d'Agrû; et dans l'hymne 19' du même livre (5), il parle du fils d'Agrû, sans le nommer. Le dictionnaire de MM. Boethlingk et Roth ne cite pas ce nom et le regarde sans doute comme un simple participe passé de parâvrj^ égarer ou s'égarer de sa route. Il n'en est pas moins certain que Agrû n'est autre chose que la nuée où est enfermé' Ahi, la cavité où il se tient et d'où Indra le fait sortir violemment. D'un autre côté, comme dans les exemples cités Agrû signifie le torrent, le ruisseau, on peut penser que, même appliqué à la nuée, ce mot la dé- Ci ) RV. 5,44,7 ; 7, 96, 4.
(2)RV.9, 1,8.
(3)KY.7,Î, 5;l,19i,14.
(4) RV. 4, 30.
(5) RV. 4, 19, 9.
signe au moment où elle laisse tomber ses eaux, et qu'ainsi, même alors, il désigne plutôt les torrents de la pluie que le nuage suspendu au ciel.
Par conséquent a^rtfto, dérivé régulier d'ag^rô, signifie le torrent lui-même, Teau qui coule dans les ravins après les pluies d'orage suscitées par Indra. En zeni(zghrÛB,le même sens qu'en sanscrit. Ce sens paraît confirmé par la situation topographique d'Agrylé, que les archéologues s'accordent à placer sur la route moderne de Syriani, au pied de l'Hymette et tout près de l'Eridan : celui-ci est le principal ravin aboutissant à l'Ilissus (1). Ce dême était double et divisé en haut et bas : la haute Âgrylé devait occuper une colline sur la rive droite du torrent, et la basse Agrylé, le bord même du ravin.
Nous pouvons maintenant saisir l'ensemble des phénomènes personnifiés dans les trois filles de Cécrops. Erichthonios étant le soleil, la boite dans laquelle Athénâ l'enferme dès sa naissance ne peut être que les nuages qui, dès l'aurore, dérobent le soleil à la terre. Si à ce moment l'acropole est couverte et imprégnée de rosée, celle-ci demeure paisible sur les plantes et les buissons du rocher, principalement sur cette pente nord où est la mer Erechthéide dans l'enceinte d'Athénâ-polias. Mais si la boîte s'ouvre et que le soleil échaufie la terre et la nuée, celleci commence à tournoyer comme si elle était prise de vertige, la pluie tombe, le torrent du ciel se précipite; il descend la pente rapide du rocher, suit le ravin, et, parvenu à l'escarpement, il tombe en partie au dehors, en partie dans le trou qui aboutit à la caverne d'Agraule. L'examen des rochers décrits au chapitre I" prouve que dès les plus anciens temps les eaux de la pluie suivaient en efiet cette voie. Les sels calcaires dont elles se char- Ci) Hanriot. Dèmes, p. 68.
gent en chemin se déposent sur les parois des rochors et de la grotte, qui est en effet pleine de stalactites. Ainsi la fin de la destinée d'Agraulos fut d'être changée en pierre (1).
Je pense qu'il faut rapporter à la même racine le nom du fabuleux pélasge Agrolas, qui avec Hyperbios fortifia l'acropole. Le nom de ce dernier, qui veut dire très fort, est manifestement fait à plaisir. Quant à l'autre, ce qui l'explique c'est que la dépression en forme de ravin, qui est au-dessus de l'Agraulion, offrait un point attaquable qu'il fallut fortifier de bonne heure : avec les remparts de l'ouest où furent plus tard les Propylées, cette portion de mur était Is^ plus importante de toute l'enceinte, et
celle où l'oQ avait sans doute entassé les plus grosses
pierres.
La légende des filles de Cécrops met deux d'entre elles en relation avec certaines divinités, Agraulos avec Ares, qui eut d'elle Alkippé, violée par Halirrhothios, fils de Posidôn; Ersé avec Hermès, qui eut d'elle Képhalos, Tamant de l'Aurore. On verrait naître de ces derniers toute une lignée de personnages solaires, Tithôn, Phaétôn, Astynoos, Sandakos, etc. Mais ces récits n'intéressent plus la légende de l'acropole dans les limites de laquelle je veux me renfermer. Je ferai seulement remarquer que l'union d'Agraulos avec Ares est parfaitement naturelle, si cette fille est l'onde qui se précipite de la montagne céleste , de la citadelle d'Ahi , c'est-à-dire du nuage, puisque Ares, qui est Mars, est le Marut des Hymnes, et que ces torrents de pluie sont accompagnés d'un vent violent.
Le temple de Pandrosos était contigu à celui d'Athénâpolias, et par conséquent identique à celui de Posidôn et
(1) Ov. Met. 2.
attentuit aa portique nord, où se voient la mer Erechthéide et le coup de trident. Le tombeau de Cécrops faisait aussi partie de rErechthéum et était à côté du temple, irapà t^v mku»jrj(w aun(v (1); celui d'Erichthonios était dans le temple, iv t$ vo^ ttjç mktaSoç. On doit donc regarder comme étant le Gécropion la prostasis ou petit édifice en saillie dont le couvercle plat est soutenu par six caryatides.
Cécrops avait donné à la ville ou au pays le nom de Kixpoicia : la terre porte aussi le nom de Kâcyapî dêvî (2) ou simplement de Kâcyapi (3), mot que le grec reproduit littéralement. La Crète s'appelait aussi insula Cecropia (4) et ainsi la légende n'était pas limitée à la seule acropole d'Athènes. Celle-ci s'était appelée *AxTaia, et, dans l'origine, se nommait simplement aoru : je n'ai pas besoin de dire que ce mot n'a absolument rien d'égyptien, qu'il ne se trouve pas dans le vocabulaire de l'Egypte, et que tous les philologues contemporains l'ont reconnu dans le sanscrit vtistu (rac. vas, habiter) qui a la même signification.
IIL Pandion.
Pandion occupe beaucoup moins de place dans la légende athénienne que Cécrops et Erechthée. Il n'avait de temple ni dans la ville ni sur l'acropole ; il n'y était adoré dans le temple d'aucune divinité ; son tombeau était à Mégares (5). Une statue dans la citadelle, voilà tous les honneurs qu'il y avait reçus.
(1) Théod. 8. — Amob. 6, 6.
(2) Hariv. 10645.
(3) Ak.«, 1,2. — H.937.
r4) Plaut. Trin. 4, bc. 2.
(5) Pstts. 1, 53.
Pausanias compte trois Pandions, dont le premier est père d'Erichthonios ; le second, père d'Erechthée, et le troisième, père de Lycos. Selon Apollodore, le premier Pandion avait épousé Zeuœippé, qui est l'aurore ; le second eut pour femme Pélias, fille de Pylas le Mégarien, et eut d'elle Egée, Pallas, Nisos et Lycos (1). Selon le même auteur, un Gécrops était fils d'Erechthée, Erechthée était fils de Pandion, et celui-ci avait succédé à Erichthonios, précédé lui-même du grand Cécrops, autochthone et premier roi de l'Attique. On voit que la dissidence entre les deux auteurs n'est pas grande, et que l'un et l'autre ont peut-être puisé à une même source alexandrine.
Mais l'identité reconnue d'Erechthée et d'Erichthonios a bouleversé toutes ces filiations artificielles : elle a réduit tous les Gécrops à un seul, et par conséquent eUe identifie également tous les Pandions. Si l'on rapprochait les documents laissés par les divers auteurs, il serait absolument impossible d'établir aucune liste régulière. Car si les historiographes ont donné l'apparence de dynasties humaines à ces familles d'êtres célestes ou idéaux, d'autres se sont contentés de recueillir les traditions : selon Euripide (2), Pandion est fils de Cécrops; selon Hygin (3) il est fils de Zevs et de la Lune; selon Pline (4), il est fils de Lycos; selon Thucydide (5) et Anacréon, il est fils d'Erichthonios.
Le dédoublement des prétendus rois d'Athènes, opéré par de prétendus historiens, était inutile : car, une fois admise l'identité des fils, celle des pères en est une consé-
(1) Strab. 9. — Eusth. II. W.
(2) Eut, Sup. 6.
(3) Hyg. f. ppsef.