‹ La légende d'Oedipe [microform], étudiée dans l'antiquité, au moyen-âge et dans les temps modernes, en particulier dans le Roman de Thèbes;Chapitre 21 sur 94 · THÉSÉE A THÈBES · texte numérisé non relu

THÉSÉE A THÈBES

sœur d^Étéoclos et épouse de Gapanée, se jeta sur le bûcher qui dévorait les restes de son époux, donnant ainsi un exemple resté fameux de fidélité conjugaleV

D'autres veulent, et les Thébains tenaient fort à cette tradition, que Thésée ait obtenu par persuasion l'enlèvement des corps. C'est l'avis de Plutarque {Vie de Thésée), qui s'appuie sur un passage des Éleusiniens d'Eschyle. Il est vrai que son témoignage pourrait être soupçonné de partialité, et qu'en sa qualité de Béotien il a dû saisir avec joie l'occasion de laver ses concitoyens d'une tâche ineffaçable. Mais Isocrate adopte cette version dans son Panathénaïque, peut-être par égard pour les Thébains, alors alliés d'Athènes, après avoir ailleurs {Panégyr., Éloge d Hélène) soutenu l'opinion contraire. Stace , dans son XIP livre, a utilisé les Suppliantes comme VAntigone; mais l'action touchante d'Euripide disparaît dans son œuvre au milieu des lieux communs épiques, et l'emphase et la recherche de l'expression y remplacent trop souvent la sincérité de sentiment de la pièce grecque. Antigène et Argie y sont sauvées du supplice par Farrivée soudaine du héraut porteur des propositions de Thésée et par l'annonce de la marche de l'armée athénienne.

Mais avant l'époque des tragiques, dans l'âge des anciennes épopées, il semble que la légende ait eu une tout autre forme, et qu^ Adraste, dont la douce éloquence était renommée'', ait obtenu par la persuasion des Thébains la permission de rendre les honneurs funèbres aux Argiens. C'est ce que paraît confirmer la présence aux environs de Thèbes du tombeau de Tydée, mentionnée par Pausanias (IX, 18, 2), et surtout l'affirmation d'Homère que ce héros

ciel même. Plusieurs critiques (Lebeau jeune, W. Schlegel) ont supposé, non sans vraisemblance, que des allusions conte.nporaines réchauffaient

cette scène un peu froide. »

1 Cf. Quintusde Smyrne. Poslliomer., lib.X, v. 479-482; Philostr. Her.. V. 075; Ovide. De arte Amatoria, lib. III, v. U sqq.

2 Voir Platon, Phèdre, tov {zatvvj/syv ' A§/5a(7Tov yj yml nepx)ia, et Tyrtée, fr. 12,7, ylôyjddJ 'ASpâffTou (xe>tx/^07vjpuv e^ot.

LA LÉGENDE u'OEDIPE DANS l'aNTIQUITÉ.

avait été enseveli à Thèbes. Pindare (01. 6, 15) parle des sept bûchers dressés en l'honneur des chefs, et cite le bel éloge qu'Adraste fit alors d'Amphiaraiis' : son témoignage doit être considéré comme l'expression exacte des traditions

thébaines à cet égard.

h. Les Epigones,

Il semble difficile d'admettre qii'il y ait eu, comme le veut Stace, une réconciliation sincère des Thébains avec les Athéniens sur le champ de bataille après la mort de Gréon. Les Péloponésiens, du moins, n'oublièrent point le désastre subi par leur armée, et la génération suivante' vit les fils des premiers chefs, qu'on nomma Epigones, organiser une seconde expédition contre Thèbes, sous la conduite et sans doute à l'instigation d'Alcméon, qui, après avoir mis à mort sa mère Ériphyle, pour se conformer au vœu de son père Amphiaraus, devait tenir à honneur d'accomplir son second vœu, c'est-à-dire de venger sa mort sur les Thébains. Cependant ApoUodore (III, 7, 2) dit qu'il aurait bien voulu se venger d'abord de sa mère, mais qu'Ériphyle, séduite par le don du péplum d'Harmonie, que lui offrit Thersandre, le décida à partir avec Amphilochus. Les Epigones semblent avoir été au nombre de neuf: ^gialée, fils d'Adraste, Diomède, rnsdelydée, S thé nélus, Ris de Cap^née, Euryale, fils deMécistée,Po/^t^ore, fils d'Hippomédon, Promachus, fils de Parthénopée, Thersandre, fils de Polynice, et les deux fils d'Amphiaraus , Amphiloque et Aie-

» noÔÊw GTfiaTLiç o^aÀ^ov iyiàç, ùinpozepov ^âvTtv rà-jot^o^ xai Soupe fxâpvaffôat. Ce chlIFre de sept, conservé, malgré l'absence d'Amphiaraus et d'Adraste, indique que le poète admet sept chefs Argiens, en dehors de Tydée et do Polynice.

2 ApoUodore dit que la seconde expédition contre Thèbes eut lieu dix ans après la première, ce qui est un bien faible intervalle, étant donnée l'extrême jeunesse de Diomède et de Thersandre à la mort de leur père (Cf. Hom., Iliade, VI, 222, où Diomède dit qu'il ne se souvient pas d'avoir connu son père). Suivant Pindare, Adraste était encore vivant.

LES EPIGONES. 91

méon^ . Ils avaient amené, dit Pausanias (ix, 9, 3), les peuples de Gorinthe et de Mégare, à côté des Argiens, des Messéniens et des Arcadiens ; les Thébains, de leur côté, avaient réuni leurs alliés. Ces derniers furent vaincus à Glisas, près de Thèbes, et forcés de s'enfermer dans la ville. A la suite de cette défaite, une partie des habitants s'enfuit avec Laodamas, fils d'Étéocle^, les autres soutinrent le siège. iEgialée, fils d'Adraste, avait été tué par Laodamas^ : ce fut le seul des Epigones qui périt dans cette guerre, précisément, dit Hygin, parce que son père avait été le seul sauvé dans la première guerre. Les Epigones prirent la ville, la pillèrent et emportèrent un riche butin, dont ils consacrèrent une partie à Apollon Delphien, en particulier Manto, la fille do Tirésias. La ville fut sans doute détruite*, car, du temps d'Homère [Iliade, II, 505) elle se nommait 'YnoÛrj^cti, ce qui semble indiquer une nouvelle ville bâtie au-dessous

de l'ancienne.

Les Thébains avaient quitté Thèbes secrètement, dit ApoUodore (III, 7, 3), d'après le conseil de Tirésias, qui mourut à Tilphusa, en buvant de l'eau de la fontaine sacrée. Après lui avoir rendu les honneurs divins ^ ils conti-

* Hygin (/"at. 71) ne nomme ni Euryale, ni Amphiloque ; il appelle Thésimène le fils de Parthénopée et de Glymène ; ApoUodore ne nomme pas Polydore ; Pausanias (II, 20, 5) ajoute à la liste deux autres fils de Polynice, Adraste et Timéas. Homère (H. [I, 559 sqq.) tait venir à Troie avec 80 vaisseaux Diomède, ayant sous lui Sthénélus et Euryale et amenant les forces d'Argos, de Tyrinthe, d'Hermione, d'Asiné, de Trézène, d'Éionées, d'Épidaure, d'Égine et do Maséta.

2 Pausanias, IX, 9, 4, ApoUodore et d'autres font mourir Laodamas sous les coups d'Alcméon.

3 Le farouche fils d'Éléocle avait, selon une tradition, violé Antigène et Ismèue dans le temple de Junon. Nous avons parlé plus haut d'Antigone. Ismône, d'après Mimnerme et les plus anciennes traditions, fut aimée par Périclymène et tuée avec lui dans une rencontre par Tydée, à l'instigation de Minerve. Suivant Phérécyde, ce fut auprès d'une source qui prit d'elle son nom. Les monuments confirment cette tradition : les uns placent la scène près de la source, les autres ignorent cette particularité. (Cf. Overbeck, /./..pag. 122, etc.).

^ ApoUodore (III, 7, 3) dit que les murailles furent rasées, s Diodore, IV, 06. l

92 LA LÉGENDE D^OEDIFE DANS l'aNTIQUITÉ.

nuèrent leur fuite vers la Thessalie, où ils fondèrent la ville d'Hestiée, non sans avoir erre pendant quelque temps' . D'autres prétendent qu'ils allèrent jusqu'en Illyrie, chez les Enchéliens. Une partie des fugitifs revint bientôt à Thèbes, où régnait Tliersandre, fils de Polynice. Selon Diodore, avant de rentrer à ïhèbes, ils auraient vaincu les Dorions et habité quelque temps leurs villes ; chassés de leur patrie par le nouveau roi Gréon, ils seraient revenus dans la Doride et auraient peuplé les villes d'Erineum et de Gytinée, au pied du Parnasse. Suivant Pausanias (IX, 8, 3), c'était le mont Homolé, au sortir de la vallée Tempe, qui leur avait servi de refuge, d'où le nom donné à la porto Homoloïdes, par où ils rentrèrent h Thèbes. Il est difficile de choisir entre ces témoignages: ce qui paraît certain toutefois, c'est que Tliersandre régna à Thèbes, en partie rebâtie et repeuplée à l'aide de ceux des fugitifs qui s'étaient décidés à rentrer dans leurs foyers après le départ de l'armée péloponésienne.

Nous venons de passer en revue les différents éléments dont s'est formée la légende d'Œdipe et de ses fils : nous avons vu le mythe solaire primitif, complètement transformé par la conception antique de la fatalité, se développer peu à peu sous Tinfluence du génie grec et s'enrichir d'éléments nouveaux, grâce à l'imagination inépuisable des poètes épiques ou dramatiques. Cherchons maintenant ce qu'est devenue la légende en sortant du monde grec et latin, pour pénétrer dans ce monde nouveau, si original à tant de titres, qu'oti appelle le moyen-âge.

* Apollod. m. 7. i, en^oûoLU hù 7tM SteXÔÔvrsçTraiv 'EdTwtavxnVavre;

xaTfux>îO"av.

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