THÉSÉE A THÈBES
Argie, dit-il, {fab. 72) enlevèrent secrètement le corps de Polynice pendant la nuit et le placèrent sur le bûcher d'Étéocle. Surprises par les gardes Argie s'enfuit, Antigone fut amenée au roi, qui chargea son fiancé Hémon de la mettre à mort* . Celui-ci la confia à des bergers et prétendit l'avoir tuée. Elle eut un fils d'Hémon : ce fils', étant venu à Thèbes pour y prendre part aux jeux, fut reconnu par Gréon à la marque qui distinguait les descendants du dragon. Hémon ne put obtenir son pardon, malgré Tintervention d'Hercule ; il se tua, et Antigone avec lui. Gréon, pour perpétuer la race des Spartes, donna à Hercule sa fille Mégara, (jui eut de lui deux fils, Thérémaque et Ophitès^. Le même auteur raconte {fab. 68) que, lorsque le corps de Polynice fut mis sur le bûcher d'Etéocle, les flammes se divisèrent, attestant ainsi, môme après la mort, la haine persistante des deux frères\ Le même fait se reproduisait tous les ans, au dire de Pausanias (IX, 18, 3), quand on leur ofl'rait des sacrifices funèbres. Il ne l'a pas vu, dit-il ; mais ce qui le porte à y croire, c'est qu'il a été témoin de quelque chose de semblable à Pionies, en Mysie, dans les sacrifices funèbres qu'on ofi're à Pionis, un des descendants d'Hercule.
* ApoUod., Bibl. III, 7, dit que Gréon la fit enfermer vivante dans le tombeau de son frère.
'^ Il se nommait Méon. Dans Vlliade, IV, 394, Mat6>)v AtpwvtSyj; est l'un des chefs de l'embuscade contre Tydée : c'est lui qui survit seul pour raconter la mort de ses compagnons. Mais ceci suppose que, pour Homère, Méon n'était point le fils d' Antigone.
3 Plutarque, De virtut. mulier.^ c. 23, raconte le dévouement d'une faible femme de Pergame (•yûvoctov nspya^Evôv) qui, nouvelle Antigone, fut surprise donnant la sépulture à Parédorax, un prince Galate qui l'avait aimée et qui avait été condamné par Mithridate, avec quarante autres Galates, à périr et à rester sans sépulture. Mithridate, touché de son dévouement, lui permit d'ensevehr son amant avec ses plus riches ornements.
* Gf. Philostrate, De imagin. II, 29 ; Ovide, Tristes, V, 6; Stace, Théb. XII, 349. — Silius Italiens, liv. XVT. dans le récit du combat de deux frères cité plus haut et imité de Stace, fait aussi diviser les flammes du bûcher commun. A ces témoignages, on peut ajouter (d'après Barth, in Stat. Theb. XII, 431): Ausone, Épigr. GXXXI ; Ovide, Ibis j Lucain, I 551 , enfin Bianor., AnthoL, Hb. III, cap. 14.
HH LA LÉGENDE D*UEDIl>E DAXS l'aNTIQUITÉ.
Une légende athénienne, née de l'usage traditionnel des panégyriques, faisait intervenir Thésée dans les funérailles de Polynice et des autres Argiens morts devant Thèbes. On sait le respect que professaient pour les morts les Grecs, et les Athéniens en particulier'. Ceux-ci attachaient tant d'importance aux honneurs de la sépulture qu'ils condamnèrent au dernier supplice les généraux vainqueurs aux Arginuses, pour n'avoir pas recueilli les morts malgré la tempête^. Isocrate, dans son Panégyrique d'Athènes, ch. 54, et dans son Éloge d'Hélène, Lysias, dans sa XXXP harangue, Hérodote (liv. IX, ch. 27), Libanius, d'autres encore, parlent avec éloge de l'expédition de Thésée pour forcer les Thébains h laisser ensevelir les morts, au nom des lois religieuses communes à toute la Grèce.
Mais c'est dans les Suppliantes d'Euripide que l'on trouve le développement le plus complet de cette tradition\ Adraste alla à Athènes avec les femmes et les enfants des guerriers morts, et, assis en suppliant au pied de l'autel de la Miséricorde, il implora l'assistance du grand Thésée pour obtenir la remise des corps. Thésée eut pitié de cette grande infortune : il marcha contre les Thébains, lesyainquit, mais ne voulut point entrer dans la ville, car il n'était allé à Thèbes que pour remplir un devoir cher aux Athéniens. Il ensevelit les corps des guerriers à Éleuthères, au pied du Cithéron, et transporta ceux des chefs à Eleusis, où les honneurs funèbres leur furent rendus en présence d'Adraste* et des femmes d'Argos. Là Évadné, fille d'Iphis,
* Voir Saint-Marc Girardin, Cours de liitérature dramatique, XXXII {De la piété envers les morts).
'^ Lysias, Orat. XI.
'^ Eschyle , dans ses Éleusiniens, contredisait Euripide , s'il faut en croire Plutarque, Thésée, ch. 29, Pausanias, I. 89, 2, fait mention de l'expédition, mais il ajoute que les Thébains prétendaient avoir permis spontanément l'enlèvement des cadavres.
^ On connaît les éloges qu'Euripide met dans la bouche d' Adraste aux funérailles des chefs. « Il paraît étrange, dit avec raison M. Patin {Trag. grecs, IV, 198), d'entendre louer les vertus domestiques, les qualités sociales de ces hommes violents et audacieux, qui bravaient la terre et le