‹ La légende d'Oedipe [microform], étudiée dans l'antiquité, au moyen-âge et dans les temps modernes, en particulier dans le Roman de Thèbes;Chapitre 33 sur 94 · V. 8191 (Ysmaine) D'Aton se crient que môlt ot cîer · texte numérisé non relu

V. 8191 (Ysmaine) D'Aton se crient que môlt ot cîer

Pasmée ciet sor le plancier ; Sa suer entre ses bras le tient.

A cief de pose, quant revient, 95 Isnèlement aval en vait, Gomme dervée crie et brait; Elle devine en son côrage, Et son graut doel et son damage.

Se suer le sùstient et le porte, 8200 Qui môlt doucement le conforte ; Mais de conforter n'estoit lius, En tristôr est tôrnés li gius ; 11 n'est mais lius de conforter, Ançois est tans de gramenter. ' 5 En. j. bel liu le navré posent, Cens qui pleurent environ cosent ; Arousé l'ont, sùvent se pasme ; La lange li oignent de basme:

Gy li faisoit j. poi parler, 10 Et Ysmaine môlt regreter.

Proie lôr a a môlt graut paine Que liamainent tost Ysmaine ; Ysmaine li est en labouce, L'amours de li au cuer li touce; 15 II demande sùvent Ysmaine, Et laroïne li amaine.

« Amis, fait èle, voi t'espouse, La caitive, la dôlerouse. »

Ouvri les iex, si la veûe, 8220 Lame li est del cors issue.

Deuil général : Ismène reste comme morte pendant une heure {wne loée) ; Étéocle, en apprenant la mort du prince, fait rentrer ses troupes dans la ville et se livre à la douleur. Les mille chevaliers qu'Alhon avait amenés avec lui le regrettent hautement, et vantent sa libéralité et son courage : jamais ils n'oseront reparaître devant le roi et la reine. Ismène, revenue à elle, demande à revoir son

cher mort ; on est obligé d'accéder à son désir. Elle l'embrasse mille fois et exhale en ces termes sa douleur :

(v. 8349) « Biax sire Athes, pôr coi es mors ?

Tu esloies tôs mes confors ;

Parlés a moi, biax are ciers,

Ouvrés vos iex, bons chevaliers ;

C'est Ysmaine qu'a vous parole,

Maleiireuse cose et foie !

55 II ne me sent, n'il ne me voit.

En le bière le sent tôt froit :

Mors es, Athes, tôt vraiement '

Poi as usé de ton jôvent.

Com est pale ceste maissèle 60 Qui sanloit estre de pucèle !

Goulôr de rose eiis el vis,

Elans es com une flôr de lis ;

N'en l'est defors, ne ça dedens,

N'en est remés enfes si jens ; 65 Car cil qui vos haï tant fort

En ot dôlôr, quant vous ot mort.

Puis c'il de pitié en plôra,

Ceste dolante, que fera?

Ceste dolante, la caitive, 70 Qui ne deust pas estre vive ?

Anuit songai que je caatoie,

Or en voi chi marviste joie :

Cil cantemens que je donc fis

Senefle ces dolans cris.

75 Toutes fèmes, tôtes pucèles,

Aies dôlôr de mes nôvèles.

Toutes pucèles qui amés,

De pieté pôr moi plôrés.

Et priiés Diu mou sens me gart, 80 Car a poi li cuers ne me part ;

A poi ne muert li lasse Ysmaine.»

Faut li li cuers et lialaine,

El pavement kaï pasmée.

Adonc i ot môlt grant criée ;

8369-70. cf. Vie de Saint Jean Douche d'Or (Romaaia VI, p. 336}, v. 5378 Lasse, caitive, Moult sui dolante que sui vive-, 8378 de pitié.

Pitié en ont tôt li plnisôr, La ôïssiés et cri et pi or.

Quant Ysmaine fu revenue :

a Lasse ! dist èle, durfeiie !

Por coi ne muert ceste caitive ?

M(»lt me poise que je sui vive :

Amis Athes, vous estes mors, C'est mes damages grans et fors ; Jamais ta tère ne verras.

Ne moi ne autrui n'ameras.

Maudis soit cil qui toi ocist, Et li févres qui l'arme fist!

Et grant doel a mis en ta gent, Et moi a mis a grant tôrment.

Tydeiis vous a mort pôr voir, Bien en devons vengance avoir.»

Tous veillent à côté du corps d'Athon ; le roi lui-même y reste toute la nuit. Au matin ont lieu les funérailles. — Détails curieux. — Israène demande à son père Étéocle la permission de se retirer du monde et d'aller fonder une abbaye où puissent vivre cent femmes. Le roi le lui accorde et lui donne assez de bien pour qu'elle puisse pourvoir à l'entretien de ses compagnes.

Quatrième bataille; mort de Tydée (v. 8iG3-9208).

Le lendemain, après relevée, le roi veut aller combattre. Description de son armure et de son cheval Blancenue, que lui donna sa oc drue» Galatea, fille du roi de Nubie. Avec lui sortent de la ville ses fidèles alliés : le juif Salatiel, Dlogenès, duc de Sur, Ilermagoras (A Quermaguras) de Salamine, Pireus, comte de Marseille, Agrippa, comte de 5^^//^ (Sicile), montant un cheval qui fut père de Encéphale, le cheval d'Alexandre, Polibetès de C'e^a^re (Gésarée), avecun dromadaire pour monture, le jeune Tm^or, déshérité par Adraste, Carios, duc de Corinte (A Tarinte), et mémo l'Anglais Godris, Tydée lutte successivement contre ces

8386 plour ; 8398 as mis.

ANALYSE DU POÈME. 2l0

chefs, puis il attaque Etéoclo. Celui-ci atteint Tydée avec sa lance sur la boucle de Técu et aussitôt l'archer Menalipus (Menalippe), qui se tenait à ses côtés et avait l'arc tendu, profite du moment et blesse à mort Tydée désarmé. — Deuil de l'armée grecque. Adraste cherche à réconforter ses barons. Polynice, qui était occupé à faire construire des machines de guerre, accourt en entendant les cris des Grecs, et, voyant Tydée mort, il se lamente et pleure de chagrin; il reconnaît hautement les services que ce héros a rendus à sa cause.

Cependant Etéocle devine , aux cris de douleur qu'il entend, que Tydée est mort de sa blessure : il sort de la ville avec ses mQilleurs chevaliers, dans l'intention d'enlever le corps et de le faire dévorer par ses chiens. Adraste s'aperçoit de ce dessein : il exhorte ses barons, et en particulier Polynice, à cesser leurs larmes et à venger Tydée. — Lutte acharnée. Polynice et Etéocle se rencontrent et combattent avec rage ; mais l'heure de leur mort n'est point encore venue, leurs bons hauberts les protègent. Hippomédon défend vaillamment le corps : grâce à la précaution qu'il prend de faire garder soigneusement l'ordre de bataille, il peut résister à la troupe plus nombreuse d'Étéocle. Longue description du carnage. — Etéocle, voyant qu'il ne réussira pas à enlever le corps par la force, emploie la ruse . Avisant un chevalier à qui il avait rendu la liberté la veille, il l'engage à aller dire à Hippomédon et à sa troupe que ceux qui accompagnent Adraste ont été mis en fuite et le roi pris ; il lui promet une riche récompense, et menace de le tuer, s'il refuse. Hippomédon croit à la parole du chevalier à cause de sa naissance (il était fils du comte de Milet), et se rend dans un vallon voisin pour secourir le roi, qui n'en a pas besoin. Etéocle enlève alors le corps de Tydée et l'emporte à Thèbes, où la foule veut le déchirer; le roi le livre à cinq cent serfs, qui le traînent la corde au cou. Émus de ce spectacle, les chevaliers de Tydée envoient à Etéocle un messager pour lui ofî*rir une

riche rançon; mais le roi refuse durement. Désespérés, ils veulent s'en retourner dans leur pays. Gapanée engage en particulier Adraste à les retenir par tous les moyens possibles. Le roi leur offre de grands biens et promet d'envoyer au père de Tydée son jeune enfant. Ils consentent à rester. Le poète ajoute quelques vers intéressants sur lesquels nous aurons à revenir; nous les donnons ici:

(v 9195) De l'enfant vos di une rien : Môlt restera son père bien ; Car, puisqu'il vint a son eage, Fu il de môlt grand vasselage.

Gevaleries fist adès, 9200 II ot a non Diomedès.

A Troie fut en l'ost defors, Et se combati cors a cors A Eneas, qui fu môlt prôs, Fors Ector li miudre de lôs.

15 Son ne secôrust Eneas,

Tôs fust le jôr venons et mas ; S'il n'eiist euajutore, Diomedès eiist victore.

Ilippomédon remplace Tydée dans le commandement de l'armée. — Épisode du ravitaillement (v. 9209-9G2G).

L'armée, consultée, acclame Hippomédon comme successeur de Tydée : sa vigilance, ses largesses aux chevaliers besogneux. Les vivres devenant très rares et très chers, quand on en trouvait à acheter, Hippomédon s'afflige de cette situation de l'armée.

Pleure, ne se pot astenir,

Les bougres fait a lui venir :

Ypomedon les araisone,

Môlt lôr promet, du sien lôr donc,

Et lôr promet de son trésor

.Vij. muls cargiés d'argent et d'or.

Sel mainent en terie pleniére

Ou vitalle ne soit si ciére :

9203 prous; 920i miudrc:

Car il sévent bien le régné, Gomme la gent qui en sont né ; Se il ne 11 font tel confort, Sempres seront livré a mort.

Gilontpaôr de perdre vie :

« Bien lonc, font il, près de Rôssie, Delà Danuble la rivière, A une terre môlt pleniére ; Mais devers nos sont les montaignes, Et delà sont les larges plaignes.

La terre i est bien gaaigniée *, Cultivée et aplanoiée.

Del bon vin a illoec assés Et del forment a grans plantés; Li formens i est clérs et purs, De ce soies très tôs seiirs ; Tel sont li vregier que nos tuit En poriemes vivre del fruit ; Illoec a grans gaaigneries*, Et grans plentés de porkeries; Es prés a grans plentés d'aumalle.

N'ont pas paôr c'en les asaille, Car l'entrée si est si forte Que il n'i a que une porte.

Se vos poiés laiens embatre, Vivre en pôriés .iij. mois ou .iiij.»

Hippomédon fait aussitôt armer mille chevahers ; il emmène avec lui beaucoup de mulets et de chameaux avec des valets, pour transporter des vivres, et laisse la conduite de l'armée à Adraste, en lui recommandant de ne pas permettre qu'on engage la bataille. Après sept jours d'une marche pénible, pendant laquelle ils ont fort à souffrir de la faim, ils approchent de la terre convoitée. Les

9288 fait il; 9291 montagnes.

^ ' Gaaignie B, gaaingnieC(saaignieA). Cf. plus bas, v- 9m, saaigner les, ou je corrige gaaigneries (BG bercheries). On pourrait peut-être tirer saaignie = Qxigv:ûs%ée),saaioneries, de saginare-, mais je n'ai pas rencontré d exemple de ces formes. Pourla confusion du g et de Vs commise par le scnbedeA, voyez en particulier v. 9392, Ypomedon a non qnlssiue, pour gwe, rimant avec florie.]

218 l'E nOMAN DE THÈBES.

(( bougres » conseillent à Hippomédon de surprendre, pendant la nuit, la porte qui y donne accès, car il ne serait pas possible de la forcer. Ainsi font-ils, et ils se répandent dans le pays jiour ramasser du butin.

Cependant Étéocle avait appris, par les espions qu'il entretenait au camp des Grecs, le départ de l'expédition. Faramonde^ comte de Valféconde^ lui propose d'aller attendre au retour les Grecs avec trois mille chevaliers, et de les faire prisonniers; il va s'embusquer à Valesprés. L'avant-garde d'Hippomédon, qui marchait à cinq lieues en avant, apercevant la troupe embusquée, recule et prévient le chef qu'ils seront sans doute attaqués le lendemain. Un sage ((bougre» propose de conduire l'armée par des chemins détournés, afm d'éviter les ennemis plus nombreux. Mais les barons ne veulent pas consentir à reculer ; la bataille s'engage, et les ennemis sont mis en fuite, grâce à la bravoure des Grecs, et aussi au stratagène d'Hippomédon, qui ordonne de couper des branches d'arbres et de les traîner derrière l'armée sur la route, pour faire croire à la présence d'une troupenombreuse. Les deux tiers sont ou noyés, ou tués, ou faits prisonniers.

Hippomédon envoie annoncer son retour à l'armée, qui souffrait beaucoup de la faim. Le roi et les principaux barons vont à sa rencontre, et l'armée se repose enfin dans l'abondance.

Épisode de Daire le Roux (v. 9G27- 12288).

Nous arrivons à la partie du poème où l'auteur s'est le plus mis en frais d'imagination. L'épisode qu'il a inséré ici ne compte pas moins de 2658 vers, que les manuscrits B et G réduisent à 858. Nous verrons plus loin que le texte original est bien celui de A, et que c est au poète primitif qu'il faut faire honneur de ce qu'il y a de bon dans cette partie de son œuvre, comme aussi c'est à lui qu'on doit reprocher la prolixité où il s'est parfois laissé aller.

ANALYSE DU POÈME. gjQ

Polynice avait fort honorablement traité un des prisonniers qu'avait faits Hippomédon lors de son expédition. H se nommait Aliœaiidre et était fils de Daire le roux, lequel tenait à fief une des tours de la ville. Polynice l'envoie à son père pour l'engager à livrer aux Grecs la tour qu'il commande, lui promettant en échange la liberté de son fils. Daire refuse d'abord de se parjurer; mais sa femme insiste et lui fait observer que le roi s'est d'abord parjuré à l'égard de son frère, en conservant la couronne. Le père n'est point convaincu ; cependant il envoie à Polynice par son fils sa coupe d'or et de topaze, son lévrier et son faucon, et lui fait dire que dans trois jours il lui transmettra le résultat de la démarche qu'il va faire auprès du roi pour r exhorter à faire la paix. Alexandre rend compte de son message: si son père ne réussit pas à décider Étéocle, il livrera la tour.

Daire va en effet trouver le roi dans son (( vregier », au moment où trois messagers venaient lui offrir l'appui des Pincenarts, à condition qu'on leur céderait toute la marche de Nubie a jusqu'en Lusarce », c'est-à-dire jusqu'à la Lusace, Daire le dissuade de consentir à céder une province si riche, que son père a eu tant de peine à conquérir, et qui d'ailleurs est la clef de son territoire ; il l'engage à s'accommoder plutôt avec son frère. Le roi s'irrite ; Daire insiste et lui reproche son manque de foi. Alors le roi, furieux, le frappe d'un coup de bâton en s'écriant :

(v. 10095) aFieus a putain, li rois a dit,

Com vos m'avés en grant despitî Or fors, or fors, ors, puans, rous !

Ausi pues com fait uns bous. »

Daire se retire et fait dire aussitôt à Polynice qu'il est prêt à lui livrer sa tour, bien approvisionnée et entourée d'un grand parc giboyeux de deux lieues de large. Celuici communique cette offre au roi, qui accepte et fait occuper

10098 .j. bous.

la tour par plus de sept cents chevaliers. Des tours voisines, on donne l'alarme, et les Thébains attaquent celle de Daire, mais sans succès. Le jour venu, Étéocle apprend la trahison; il craint que d'autres chefs n'imitent Daire. Un ingénieur (engigneour) lui offre les moyens de s'emparer de la tour ; il creuse une mine, et, arrivé au mur, il le perce et y met des poteaux pour soutenir la masse, puis il allume. La tour, privée de ses appuis, se fend en deux parties, et ses défenseurs sont pris*. Daire est conduit devant le roi, qui lui reproche sa trahison et déclare qu'il le fera « ardoir en bordel* ».

Othon obtient du roi qu'il le fasse juger par les barons ; puis il prie ces derniers de demander un jour de répit, pour laisser à la colère du roi le temps de s'apaiser. Le roi refuse ; Gréon insiste en disant qu'un jeune roi doit écouter les conseils des seigneurs à qui l'âge a donné du jugement, mais le roi ne veut rien entendre. Les barons se réunissent pour juger leur pair.

Ails (Alexis, nom qui se retrouve plus loin) croit qu'il faut considérer Daire comme un traître ; son discours commence par de bonnes précautions oratoires. Othon lui répond : il dit, pour la défense de l'accusé, que le roi lui a donné la permission de lui faire tout le mal qu'il pourrait. Créon réplique vivement. Nous donnons ici ce discours, ainsi que la réplique d'Othon, afin qu'on puisse apprécier le genre d'éloquence que le xif siècle attribuait aux héros de l'antiquité ; on y verra d'ailleurs exposées les lois qui réglaient, au moyen-âge, les rapports entre le vassal et le suzerain.

(v. 10493) Creon se dréce en son estant,

En sa main droite tint son gant ;

* M. Gomparetti (Virgilio nel medio evo, II, 76) cite une nouvelle du

Pecorone, où l'on retrouve ce procédé pour renverser une tour.

2 Expression qui se retrouve daus la Chronique des ducs de Normandie,

E romicide, le mesel,

Q'ardeir ferai en un bordel.

De raison fu bien doctrines :

«Signôr, fait-il, or m'entendes:

Mal fait qui a son essient Consent c'om fait faus jugement.

Othes a dit se volonté, 10500 Et nos l'avons bien escouté.

Mais par le foi que je vos doi, Ensi del tout pas ne l'otroi.

Se h rois son baron laidi, Daires se teut et sel soufri ; 5 Ne h rois a raison nel mist, Ne cil droiture n'en requist ; Ne li rois droit ne li vea, Ne cil le roi ne desfia.

Cil estoit hom, et li rois sire ; Pôr tençon ne pôr .j. poi d'ire, Ne deiist pas, ce m'est vis, querre Que se' sire perdist sa terre, Et ne deiist si faitement Querre sou desiretement, Mais droit ofrir et querre et prendre, Et puis .xl. jôrs atendre.

Se li rois droit ne li fesist, Ançois que ciex li mesfesist, Une rien li peust bien faire, De son service tost retraire ; Mais se li rois ot \ers lui tort, Ne deust pas querre sa mort.

Sa mort li quist, puis qu'il ot mis Çaiens ses mortaus anemis, Qui lui et nos tôs ociroient, Se il ja faire le pôoient, Et nos eussent mors pôr voir, Se il eussent le pôoir.

Del droit ne doit on pas mentir, Ne traïson ja consentir.

Daires a fait grant félonie.

Forfait i a et membre et vie ; Car vers nos fîst grant traïson.

Se nos en disiemes raison.

Et ne cuit que çaiens home ait

10512 tere; 10524 mortex.

Gui plus en poise que moi fait ,

Mes par cremôr n'en mentirai

Del jugement, puis que le sai. »

— Othes dist it De hé ai t'amôr, 40 Puis qu'èle tôrne a deshonôr.

Daire volés tolir la vie,

Si faites môlt grant vilonie.

Se vos l'amissiés de noient,

N'en fesissiés tel jugement.

45 Mais, par ma foi, aine ne l'amastes,

Quant a ocire le jugastes ;

Hom qui aime l'autre par foi

Nel doitmalmétre plus que soi ;

De noient n'estranle on mie.

50 Trop en prendôs grant signôrie,

D'aficier vostre jugement ;

Et si a chi môlt bone gent

Qui i pôroient amender ;

Mais or en laissiés le parler.

55 Si vos dirai une autre cose :

Mal est batus qui plôrer n'ose.

Féru m avés et fait sanglent,

Et puis, par vostre mautalent,

De vos tôt plain congié arai 60 De faire mal canques pôrrai;

A môlt lanier puis me tenroie,

Se je de vos ne me vengoie,

Pôr tant k'eûsse ou receter,

Ou guerre peiisse mener.

65 Sire Greon, amendés i,

Car je ne l'otroi pas issi.

Se me'sire me taut ma terre

Ou mon avoir, droit en doi querre,

Ou atendre, se il nel fait, 70 .xl. jours après fourfait ;

Mais puis, se di[t] qu'il me ferra,

Dehait qui le desiiera ;

10536 qui. orthographe qui se rencontre dans d'autres textes (cf. Saint Alexis, ms. L), et ici-même, 160i. 4361, 5836, etc.; 10539 Athes. Par distraction, le scribe, ou plutôt le rubricateur, a confondu, ici et ailleurs également, Athoii, qui est mort, avec le vieil Othon, que le poète représente comme un homme de sens (cf. v. 10499, 10931, 10965, etc.); 10572, B Deshait ait qui ne dcffeudra, G Dehez ait qui plus soferra.

11 n'avéra puis droit a moi, Gar il me ment illoec sa foi, 75 D'avoir droit et do cop vengance ; Très bien se gart puis de ma lance :

Ne sai droit prendre de colée, 10578 Se del vengier non a espée. »

Gréon réplique, et développe ses premiers arguments : un vassal ne doit rien faire qui puisse nuire à son seigneur, ni qui soit contre l'honneur. Eurimédon parle en faveur de Daire ; son discours est très modéré et procède par insinuation ; il ne manque pas d'un certain art, comme on en jugera, après l'avoir lu.

(v. 10665) Eurimédon parla après :

En Tebes estoit ses recès ;

Une des tours tenoit en fief,

.M. chevaliers en* doit par brief.

«Greon, fait il, entendes moi, 70 Et cist baron que je chi voi.

Par grant raison devrait plaidier

Qui son ami vauroit aidier,

Et par grant sens et par mesure,

Nient par tençon ne par rencure ; 75 Ne doit estre en côrt vilonie,

N'en côrt ne doit pas estre oie.

Ne parlons mie par haine,

Por Diu, baron, ne par querine,

Gar assés somes destôrbé; 80 N'ait entre nos nule amerté,

Et gardons bien les drois le roi

Et sans barat et sans desroi ;

Et parlons si de no voisin,

De nostre pér, de no cousin, 85 Del franc baron, de notre pér,

De cui nos doit forment peser.

Sire Greon , coi k'Otes die,

Saciés que il ne vos hét mie.

Mais ce dist on en reprôvier :

90 Tex puet nuire, ne puet aidier.

Tôrnons ce plait al bien de Daire,

10573 BC Que il droit ait dont puis eu moi; 10691 a bien.

224 LE KOMAN DE THÉUES.

Gardons, s'onpuet, n'i ait contraire.

Vous savés bien, Daires li rous

Est môlt sages et môlt visons ; 95 Qui par bon engien quiert voidie,

Je croi que il ne mesfait mie.

Cil parla a Pollinicès,

Frère no roi Etioclès,

Qui est nostrc droituriers sire, 10700 Ausi com cis, se volons dire.

Se Daires aidier li vôloit,

Por çou que rois estre devoit,

Et noméement decest an,

De traïson n'i voiengan.

5 Lonc le miens sens, tôt entresait,

Se il l'eiist pôr autrui fait

Que pôr PoUinicès son frère,

Saciés il fust traître 1ère.

Gomme cis est drois et loiaus, 10 Est nos drois sire naturaus ;

Ausi asseiirameslui,

Gom nos aviemes fait cestui ;

Se vos i esgardés raison,

N'i pôés trôver traïson.

15 Et si saciés ore très bien

Que je n'i voi nul mal engien ;

Je n'i voi point de traïson,

Se môlt grant sens non et raison :

Çou en di jou de moie part, 20 Selonc mon sens et mon esgart.

Or die après qui mix sèt dire,

De droit n'ara nus vers moi ire. »

Alors il se fait un grand silence. Enfin Drias demande à Gréon s'il n'a rien à répliquer. Celui-ci déclare s'en rapporter au jugement du roi ; mais Drias veut que le conseil ne se sépare pas avant d'avoir statué. Il craint que la colère du roi n'influence le jugement, s'il est retardé, ou que, mécontent de l'abstention des barons, il ne tue lui-même l'accusé. Il n'est pas d'ailleurs de l'avis d'Eurimédon. Une

10698 nos rois; 10G99 droiturier.

s'agit pas do savoir si Daire a voulu enlever sa terre au roi, mais s'il a voulu sa mort *, or un vassal n'a pas le droit de vouloir la mort de son seigneur. Leur devoir à tous est d'empêcher que les deux frères ne se tuent, et non d'aider l'un des deux à tuer l'autre. Cependant Daire les exposait tous, et le roi aussi, à être tués, en introduisant l'ennemi dans sa tour. II ne peut invoquer comme excuse le désir de sauver son fils, ni la permission que le roi lui avait donnée de lui faire tout le mal possible, car la colère dictait ses paroles. Drias nous apprend ici qu'il est le onzième des douze pairs et que Daire est le douzième.

Othon réplique: il soutient que Daire n'a pas voulu tuer le roi, mais se venger de l'insulte et du coup qu'il en avait reçus. — Alixandre de Cartage lui répond qu'il a tort de poser le principe : œil pour œil, coup pour coup. On ne ferait que s'entre-tuer, si on le suivait. Daire pouvait offrir le combat jusqu'à quatre fois, et ensuite éviter son adversaire et quitter sa terre. Il est coupable, pour avoir exposé les Thébains à être massacrés par les Grecs. — Lucas de Duras défend Daire en reprenant à peu près tous les arguments d'Othon ; puis il offre de rendre raison à celui qui le contredira. Personne n'ose prendre la parole.

Cependant, après un silence, Sadoine (alias : Madoine), comte de Salonique, se lève et demande qu'on brûle ou qu'on pende Daire : il ferait de même pour un de ses parents, s'il s'était rendu coupable d'un tel crime. II défie à son tour les contradicteurs. — 5a/emon engage les barons à attendre au lendemain pour prononcer la sentence ; en attendant, il faut envoyer au roi trois députés, Tumas (alias : Thomas), Masseran et Otran, pour essayer de le fléchir. Ils y vont, mais reviennent sans avoir rien obtenu. Grande agitation. — Maldit se lève. Comme plusieurs autres orateurs, il commence par déclarer que, si quelqu'un trouve à redire à ce qu'il propose, il ne lui en voudra pas ; puis il dit qu'il faut demander au roi la grâce de Daire, bien que, à son avis, il soit coupable. — Agenor, qui «des .vij. ars estoit

bien parés, et des auctors sire clamés», ne peut se contenir, en entendant parler ainsi un ennemi de Daire ; il lui reproche son hypocrisie et se range à l'avis de Salemon. — Le neveu de Maldit, Mancsssler, menace Agénor de sa colère ; mais Eurimédon, qui portait le gonfalon du roi, se déclare prêt à soutenir l'avis des amis de Daire contre tous ses adversaires ; Maldit et son neveu, effrayés, gardent le silence.

Eurimédon, Lucas, Agenor et Othon se retirent dans une autre salle pour délibérer sur le jugement qu'ils doivent rendre. Les autres s'irritent. Groon les apaise en leur disant qu'ils sauront bien le résultat de la délibération par leurs amis. Cependant le roi, impatient, fait appeler les barons, qui se rendent au palais. Continuation du jugement. Daniel est chargé de faire connaître la sentence. Mais Daire, voyant à son visage qu'il est condamné à mort, se dresse furieux, et défie quiconque l'accusera de trahison, prétendant s'être simplement vengé du roi, qui l'avait injurié et frappé. Jonas^ roi de liohais, oncle du roi, lequel avait plus de cent ans, se lève et proteste : le défi de Daire n'est pas acceptable ; il doit prier le roi de lui pardonner; lui-môme a en vain tenté d'obtenir sa grâce. Mais entre ses dents il disait qu'il le tuerait volontiers, s'il le pouvait, ainsi que son fils. — Un cheva- " lier puissant, David, éclate en reproches contre l'hypocrisie etfinjusticode Jonas. — Le roi défend son oncle et déclare qu'il faut s'en rapporter à l'opinion de ses amis et au jugement que va formuler Daniel. Alors Jocaste, qui craint pour la vie de Daire, supphe son fils de lui pardonner, s'il consent à lui jurer sa foi. Antigène se joint à sa mère pour fléchir le roi ; elle va vers lui, tenant par la main la fille de Daire. — Portrait intéressant de Salemandre.

(v. 12081) Savés quéle ért la fille Daire : Bel ot le cors et le viaire, La face bêle et coulorée,

Douce petite et bien môllée, 85 Lèvres grossétes par mesure, Pôr bien baisier les fist nature.

lex ot rians et amourous, Môlt est grans deux qu'il sont plôrous; Le car ot blance, tenre, mole, 90 Simple le vis et le parole ; Môlt fu graille par le çainture, Et fu de moiéne estature ; Cavex ot Ions, dcugiés et tors, Tôt environ son cief entors.

95 N'ot song de soi aparillier ; Ne s'en doit on esmervillier, Car grant dôlôr ot la pucèle, Et en son duel estoit si bêle Giére môrne vait humblement, 12100 Et ploura môlt avenanment ; De plôrer ot môllié le vis, Ses plôrs vaut d'autre fème ris.

Le roi aimait Salemandre ; mais la jeune fille était restée insensible à son amour. 11 ne peut s'empêcher de sourire en la voyant : Jocaste en profite pour l'engager à en faire «s'amie», et à pardonner à Daire. Les deux jeunes filles se jettent aux pieds du roi et le supplient de pardonner. Il ne demande pas mieux, mais il craint de le laisser paraître. Les barons rentrent dans la salle et se portent garants de la fidéhté de Daire, qui demande grâce au roi, tout en niant qu'il soit coupable de trahison. Le roi se rend enfin aux vœux de tous ; Gréon seul murmure entre ses dents, et ne peut se résigner à voir sa victime lui échapper. A l'armée, on veut pendre le fils de Daire, que Ton accuse d'avoir trahi les Grecs. Polynice le sauve en lui donnant un bon cheval et le renvoyant à son père, qui, en reconnaissance, lui envoie de riches présents, en particulier du froment et mille muids de vin alenois * .

* C'est-à-dire d'Orléaas, corruption de oWmow. Cf.. dans les Cris de Paris, de G. de Villeneuve, cresson orlenois, aujourd'hui cresson alénois.

LE UOMAX DE THÈIJES.

Stratagème d'IIippomédon; sa mort (v. 12280-12800).

Hippomédon se demande comment il pourra faire du mal aux Thébains. Discours au roi : «On ne peut affamer Thèbes, puisqu'elle s'approvisionne par mer; il faut donc attirer les Thébains hors de la ville, et pour cela, simuler la retraite, en faisant passer devant les bagages etles valets d'armée et occupant le Malpcrtrus. Hippomédon se tiendra à Tarrière-garde avec 20000 chevaliers pour lutter contre les Thébains, qui ne manqueront pas de les poursuivre.» Le roi accepte ce plan, et on le met à exécution.

Énumération dos forces et des chefs qui vont se mettre en embuscade : Partonopex, Capaneus, Meleacjùs lXq Flgonie, Agenor^ comte iVAnkles, Mlnos, roi de Crète, Laerte de Lacemodoine (im Lacédémone), Plrrus, comte du palais, et son fils Tricolenus {=Tnco\oims,), yl;Ue/ior de Troie, lequel (( ot une gent comité et bloie (Télé gent ne parolent onques) » . enfin un roi à'Aufrlke (= d'Afrique), Salemandre, avec iOOOO Amoraves] HlppomédonîevmQl'd marche avec 20000 hommes. Les Thébains poursuivent les Grecs; mais d'abord le roi Étéocle tombe de cheval et se foule le pied. — Attaque générale. La lutte est vive dans les fossés aux eaux profondes et dans le ht de la rivière, gonflée par les pluies, où les deux partis sont engagés. Étéocle est obligé de se retirer devant Adraste, qui survient avec des forces supérieures. Grand carnage des Thébains. Hippomédon, confiant dans la valeur du cheval de Tydée, qu'il montait ce jour-là, fait des prodiges de valeur au milieu du fleuve, et ne s'aperçoit pas que sa monture se fatigue : il est entraîné par le courant et se noie. — Deuil de l'armée, malgré le succès remporté sur les ennemis. Adraste jure de prendre d'assaut la ville.

Mort de Parlhmopùe (v. 12801-13728).

Cependant Étéocle était très amoureux de Salemandre. Souvent il sortait seul de la ville pour se signaler sous ses

yeux : il tuait un chevalier et emmenait son cheval. Un jour, il était sorti sans armure, avec Drias et AHxandre, le fils de Daire, qu'il aimait beaucoup à cause de sa sœur Salemandre. Antigène et plus de 10000 chevahers le regardaient. Ils rencontrent Parthénopée et son compagnon fidèle Duceus, et Étéocle ordonne à Drias de se retirer, afin de ne pas lutter à trois contre deux. Parthénopée, qui ne voulait pas tuer le roi, à cause de l'amour qu'il portait à sa sœur, se contente de le désarçonner en tuant son cheval; mais Drias, voulant venger l'échec de son seigneur, frappe en pleine poitrine Parthénopée désarmé et le tue, malgré la défense du roi. Celui-ci bande lui-même la plaie de l'infortuné prince. Parthénopée revient à lui et prie Etéocle de ne pas faire prisonnier son amiDuceiis. Étéocle le lui promet. — Dernières paroles de Parthénopée. Nous les donnons ici, afin que l'on puisse comparer l'imitateur avec son modèle.

(v. 13027) Sôr lui se pasme Dacciis,

Flore tant fort que ne pot plus :

« Duceus, fait-il, ne plôrer; 30 Enten moi, tant que puis parler.

A me mère tôt droit iras,

Grief mesage 11 porteras.

Quant èle parlera a toi,

Se tu li dis corn est de moi, 35 Éle môrra de duel, je qui,

Mais tu diras que navrés fui ;

Et pôr içou a lui t'envoi,

Que voel qu ele sace par toi

Son grant damage et sa grant ire.

40 Ne te caut pas si tost a dire,

Son grand duel ne li di ensamble,

Mais petit et petit li amble ;

Bien li pues son mal atemprer,

Foi mes parole del navrer ;

13027, A por lui, BG sor lui; 13034. A et tu diras c. est d. m., BG se tu li dis com iert de moi ; 13035-36, BC E. m. sempres ce croi. Di que navres sui au tornoi ; 13037 aler tenvoi, G a lui tenvoi ; 13041 easaale.

45 Èlo devinera par soi

Et son grand doel et son anoi.»)

— Partonopexsa mère plaint,

De petit li cuers li estaint :

«Mère, fait il, bien me desis 50 Que ja n'en torneroic vis ;

Quant me coureai del venir,

Tu me vausis môlt retenir.

Mais n'estoit cose destinée,

La mors m'estoit chi aprestéc ; 55 Orremenras desconsilliée,

A paine seras jamès liée.

Quant issi fors de ma contrée,

Gonvoias moi une j ornée,

Et quant de moi tu dessevras, 60 Enmi .j. pré tu te pasmas.

Très dont plôras tu mon martire,

Et 0 grant doel et o grant ire -,

De ma mort môlt grant doel aras ,

Car jamais vif ne me verras, 65 . Dont dusc' au cuer me tient griement;

Dame, hui ferons dessevrement.

Duceiis, a ma mère di

Que èle prenge tost mari :

Elo a grant tère et grant honôr, 70 Gôrront li sus li boiseôr,

Li boiseôr li feront gerre,

Gastcront li môlt de s:i terre.

Di li que tost prenge signôr,

Ou roi, ou duc, ou aumaçôr :

13046 et son esfroi, DC son g. d. et son grant anoi; 13053, corr. (?) maisestoit; 13055. dosconsillie ; 1305G lie-. Us vers 13057-GG semblent interpolés; ils ne se trouvent qu'en partie dans BC, qui d'ailleurs n'offrent pas ici de meilleures leçons :

lia ! maisnie ficre et doutée,

Com par remain hui esgarée !

Quant je issi de ma contrée,

Nous partismes en une prée,

Tu remainsis iluec pasmée ;

Or en seras plus esgarée,

Quant ainsi es de moi sevrée.

13059 Et quant tu de moi dessevras ; 130G0 ne te pasmas ; 13062 et ton grant doel et ta g. i.; 130G3-G4, vers intervertis dans le ins.\ 13070 courut.... boiseour -, 13074 aumacour.

75 II n ara duc deci c'a Troie

Qui ne le prenge de grant joie ;

Car môlt est preus et bêle [et] sage,

Et est rice de haut parage ;

Et est aussi com fust mescine, 80 Môlt a en li jovene roïne ;

Ne sanle pas estre ma mère,

Ma serôr sanle, et je ses frère.

Ma maisnie salu par toi,

Mon senescal que je môlt croi ; 85 Di lui que départ mon trésor,

A ma maisnie doinst mon or ;

Mon or et me vaisselemente

A me maisnie tôt présente;

Mes dansiax et mes escuiers 90 Hicement face chevaliers.

Or, lor pri que il ne m'ôblient,

Partonopeu tôsjôrs escrient ;

Quant seront mis es grans tôrnois,

Partonopeu crient a vois ; 95 A ensègne men non lôr lais,

Et pôr m'amôr le tiegnent mais.

( Ge lôr pri je en guerredon

Que il tôsjôrs tiegnent mon non ;

Partonopex soit lôr ensègne , 131C0 D'Arcage et de par tôt mon règne ;

Je le pri a tout mon barné

Que ensi soit tout confermé).»

Si fisent il et encor font,

Iceste ensègne en Arcage ont;

Çou est l'ensègne del païs, 13106 Qui très cel tans i est assis.

Parthénopée meurt : douleur de Duceiis et d'Étéocle. Les Thébains accourent et s'informent de la cause du tu-

Après 13090, BC intercalent ces deux vers, qui pourraient bien appartenir à l'original :

Je leur donnai mult en ma vie, Tant com j(3 ting chevalerie.

Les vers 13007-102 semblant interpolés ; ils ne sont pas dans DC.

13093 quant il sont mis; 13094 Partonopex; 13100 rené; 1310G ce tans.

232 11'^ IlOMAN DE THÈnES.

multe. Le roi leur dit qu'il a perdu celui qui seul pouvait amener la paix, et à qui il destinait Antigène. On l'emporte à Thèbes et on le dépose dans un temple. Salemandre cherche en vain à consoler Antigène : elle reste huit jours sur sa couche, abunée dans sa douleur, et meurt le neuvième. Parthénopoe est enterré à côté d'Athon. Étéocle cherche en vain à retenir auprès de lui Ducelis : il ne veut rien devoir à celui qui a causé la mort de son maître ; d'ailleurs il veut accomplir les dernières volontés de son seigneur. Il part, et va d'abord raconter avec force détails à Adraste ce qui s'est passé. Le roi réconforte ses barons .-«La mort frappe également les grands et les petits ; il ne s'agit pas de pleurer les morts (ce qui ne les ferait pas revivre), mais de les venger.» Puis il demande conseil à Polynice et à Gapanée; ce dernier l'engage à attendre au lendemain pour attaquer.

Mort des deux frères ; défaite complète des Grecs (v. 13729-14000).

Au point du jour, la mêlée s'engage avec fureur. Nestor, fils du duc de Castelion, lutte contre Alexis ; description de son ((conroi». Le neveu d'Alexis, ^4^eMor, venge son oncle ; il est tué à son tour par Polynice. Les deux frères se rencontrent ; laissons parler le trouvère :

Pollinicès el front devant Ses chevaliers va conduisant; Etioclet de Tautre part Reconnut del premier esgart.

Il s'entreslongent .ij. arpens, Ja iért li quels qui soit dolens ; Andoi muevent a esperon, Grans cols se donent a bandon, Forment se coevrent ambedui ; Li rois fali, et cil fiért lui Parmi le cors de tel vertu Que del cheval Ta abatu.

13865 Etiocles: 138G8 ert

75 Pollinicès, quant il çou voit Que ses frére(s) cheus estoit, Et que il ért a mort férus, De son ceval est descendus.

Il vint a lui et vit sa plaie,

80 Li sans vermaus del cors li raie ; Pitié en ot, ne pot muer Qu'il ne le voist plaindre et plôrer.

Par mi le cors son frère embrace, Les iex U baisa et la face;

85 Puis li a dit : « Ahi ! biax frère, A mal eiir nos porta mère.

Pur vo fourfait et pôr vo tort Vous ai ici navré a mort ; Car vos aviés tort envers moi,

90 Ce sèvent bien et conte et roi.

Se tenissiés Tatirement Qu'entre nos usent no parent, Et li vostre home et li casé, Et li bôrjois de la cité,

95 Môlt eûssiens bien esploitié ; Or somes andoi engigné :

Car de ce sui môlt malbaillis Que jou aï chi mon frère ochis, Et vos, de çô quem porcaçastes.

13900 Et que vers moi vos parjurastes ; Par vostre orgoel estes chi mors.

De vos n'est mais nesuns confors.»

Etiocles fu molt iriés Envers son frère et côreciès :

5 II sot très bien que mors estoit, Môlt volentiers se vengeroit; Bien sot ke lui convient môrir, Et que mires nel puet garir; Môlt par fu plains de félonie, 10 Son frère velt tolir la vie.

Coi que ses frères li sermone.

Et môlt de coses l'araisone.

13892 qentre; 13894 Et li Vostre de la c. (bourdon) ; 13899 ms. quel; pour la forme quem. cf. Passion, ap. Bartsch. Chrest. 8, 36 ; 13902 nés .j.; — Les vers 13887-900, 13911-2, 13931-2 manquent dans BC; à la place

S'espée traist celéement,

.1. poi se dréce isnèleraent, 15 Del blanc haubert liévc les pans,

Le branc d'acier li mist es flans.

PoUinicès, quant fu férus,

Jus a la tère est lues cheiis ;

Puis li dist : « Frère, tu m'as mort 20 A grant pecié et a grant tort.

Pôr la pitié quej'eucde toi,

Descendi de mon palefroi;

Or m'as ochis en traïson,

Encontre moi as cuer félon.

25 Or define chi nostre guerre,

Ne jou ne tu n'arons la tère.»

Quant cou ot dit, plus ne parla :

Li cuers li part, lame s'en va.

Cil recommence a segloutir; 30 Ou voelle ou non, l'estuet môrir;

Tant sont andoi entremalmis

Il sont andoi illoec ochis.

Adraste fait donner l'assaut. Les Grecs, écrasés par les pierres que font rouler sur eux les assiégés, périssent tous, à l'exception d'Adraste, de Gapanée et d'un simple chevalier, qui, quoique blessé, offre au roi d'aller porter à à Argos la nouvelle du désastre. Adraste y consent, et le chevalier se met aussitôt en route.

des vers 139 13-1 G, ils donnent ceux qui suivent :

Celéement a pris s'espée, Si l'a (lej ouste soi posée ; Son frerc fiert parmi les flanz, A la terre en cliiet li sanz.

Les quatre vers suivants offrent des variantes sans importance. A la place des vers 13931-2, IW ont ceux-ci :

Ore sont mort andui li frère, Et pour le pechié do leur père, Que il onques nul jour n'amérent, Et pour seseulz (]u'il (icfoléreut, Qu'il s'avoit tret j)Our la dolor Que sa mère ot prise a oisour.

Lc^ femmes grecques devant Thèhcs. — Prise de la ville par Theseïis,

duc dAtaines (v. 14001-14620).

Les femmes d'Argos se livrent au désespoir en apprenant lamort de leurs époux, de leurs fils, de leurs frères et de leurs pères. — Les princesses, de leur côté, pleurent la perte de Tydée et de Polynice. A la suite d'un conseil tenu avec les femmes de la cité, elles décident d'aller chercher les corps de leurs parents restés devant ïhèbes.

(v. 14105) Toutes nus pies, escavelées,

En lôr cemin en sont entrées :

Pôr mix aler sont escourciées,

Portent bordons, haces, quigniées,

Portent tinex et grans maçues, 10 Picois, gisarmes esmolues.

De fèmes i avoit grant ost.

Et si n'aloient mie tost,

(^ar d'aler n'estoient aprises;

Les pies ont nus, si sont malmises 15 Par les mon s et par les valées,

Vont dolantes et esgarées ;

Par les cailliax, par les perrois.

Par buissons et par espinois,

Tant vont les lasses, si mal traient, 20 N'a mal en tère qu èles n'aient.

Lôr pies avoient si plaies,

Et si sanglens et si bleciés,

Télé i avoit cui pies esloisse;

Mervelle vont a grant angoisse, 25 Plus i avoit clopes que droites,

A grant mervelle sont destroites.

Môlt par estoit longe la route.

Bien tost fust desconfite toute;

Legiére fust a desconfire, 30 Uns hom en peûst .c. ocire,

Que bien saciés les primeraines

N'atendoientles daeraines,

14107 escourcies; 14108 quignies ; 14123 qui pie-, 14131, que a ici le sens de car. Il y en a plusieurs autres exemples dans notre texte (cf. le provençal classique et les patois actuels du Midi); 14132 uatendroient.

Mais qui mix iiiix en vont devant,

Et les autres les vont siuant ; 35 Do paroles n'i a raison,

Ains vont parlant a desraison.

Et saciés hien a essient,

N'aloient mi(^ coienicnt ;

Aine ne vit on mes itél ost:

40 N'i avoit garde ne provost,

Neconnestable n'iot fait,

Gomment il puet aler, si vait;

Escargaite n'i ot par nuit,

Et tote jôr vont sans conduit ; 45 Aine ni ot fait ariére garde,

Mervelle voit qui les csgarde.

La gent qui sont par les contrées

Guident que soient forcenées,

Car môlt les voient esperdues, 50 Griément nés fièrent des maçues ;

Tuit cil qui vont lùr font grantvoie,

Nul nés destôrbe ne des voie,

Pitié en ont tuit liplusôr,

Gar bien savoient la dûlôr 55 Del roi des Grius qu'est desconfis,

Et des barons qui sont ocbis, Et que ces fèmes les vontquerre, 14158 Pur enfôïr et métré en terre.

Le quatrième jour, après avoir traversé une plaine verdoyante, les femmes voient venir à elles Gapanée et Adraste, qui ne savent que penser du nuage de poussière qu'ils aperçoivent. Sont-ce des jeunes filles venues là pour se divertir, ou des fantômes et des diables? Mais les deux filles d' Adraste l'ont reconnu de loin à sa barbe blanche. Douleur du roi à la vue de tant de misères : il regrette de ne pas être mort devant Thèbes avec ses chevaliers, et

14151 lot si ; si = sil (cil) ; cf. BC sub fin. (ci-dessous, pag. 240) : Ci li dient (pour cil li (lient) tuit que la ceudre, etC, v. 157 : Ci ne sont pas vostre parant. Dans le premier exemple, si est dû à la présence de L'\ suivante. Cf. me' sire. A, v. 647, et régulièrement, se' sire, v. 10532, etc., et au contraiî^e, Saint Alexis, I, 80 c, et tantes, pour e tantes, quoique e y soit régu- Wrement mis devant les consonnes et et devant les voyelles; 14158 tere.

ANALYSE DU TOi^ME. 237

cherche à se percer de sonépée; Capanée l'en empêche. Ils campent la nuit à cet endroit, et, le lendemain, Adraste ne sait comment pourvoir aux besoins de ces malheureuses dans un pays privé de ressources. Tout à coup, vers la droite, il aperçoit dans la plaine une belle troupe de chevaliers et de gens de pied. C'était l'armée du duc d'Ataincs, ThesGus, qui allait mettre à la raison un roi, lequel refusait de lui prêter hommage.

(v. 14285) Del tans Gesar ne del Grassus, Del Alixandre et del Pompée, Ne fu mais tex gens assanlée.

Adraste se jette aux pieds de Thésée et le conjure de faire rendre aux femmes grecques les corps des chevaliers restés sans sépulture. Thésée le relève avec bonté et accède à son désir : il envoie à Gréon, le nouveau roi de Thèbes, deux messagers, Girart et Engelier, pour réclamer les corps. Gréon refuse insolemment de les rendre, et menace les messagers des plus cruels supplices s'ils ne s'en vont au plus vite. Thésée conduit son armée devant la ville et donne l'assaut. Les femmes y prennent part avec leurs armes ; dans leur fureur, elles grattent les murs de leurs ongles. Les Thébains en font un grand carnage. Ici le trouvère se livre à une description d'un réalisme atroce.

(v. 14528) N'en sévent mot, quant la grant piére Huent aval a ambes mains ; 30 Si les fièrent parmi les rains. Ges rains l6r font si clér soner Del cop puet on .j. ours tuer; Mortes les ruent jus sôvines.

Froissent ces dos et ces poitrines.

Jus les abatent esquarées, Vont toupiant jambes levées; Grant escil font de ces caitives, Mais de çou n'ont cure les vives, etc.

Gapanée va à leur secours , mais il a la tête écrasée d'une «roche». Thésée ranime le courage de ses chevaliers; enfin

les femmes réussissent avec leurs pics à faire effondrer une partie du mur. Ici le scribe du manuscrit A (ou de sa source) semble avoir eu liàte de terminer sa copie. On va voir de quelle façon brusque il termine : le récit est à peine indiqué. Le scribe du ms. b (de même pour C) est plus consciencieux, et quoique Tépisode de la sépulture des deux frères et des flammes qui se divisent soit évidemment interpolé, il est permis de croire que certains détails qu'il ajoute appartenaient au texte primitif* ; quant aux vers 14593-4, ils ont été tout simplement oubliés par le scribe de A, ce qui rend les vers suivants inintelligibles. Nous donnons les deux textes l'un à côté de l'autre, en écrivant en italiques ceux d'entre les vers de 1] (C) qui nous semblent pouvoir être admis dans le texte de A.

ANALYSE DU lOÈME.

Ms. A.

14583 D'une tôr li arbalestier

S'en aperçurent tiiit premier

85 As lôr commencent a Imcier :

« Afolé somes, chevalier. » Il les hucent a môlt grant cri :

« Devers les fèmes sont irai.

» Trai, traï, il entrent en s ;

90 » Côrés as fèmes, bones gens, » Vers les nostres ja trestous

[raors, » Côrés as murs, jetés les fors.»

[Li dus en vient a la froture, Dedens entre grant aleûre,]

95 Ensanle o lui trestôt l'empire ; A haute vois commence à dire :

« Orens, orens, franc chevalier, »Et pensés tuit del esploitier.»

Mss. B (C).

D'une tour li arbalestier S'en aperçurent tuit premier ; A cens dedens crient en haut :

« Ce que vous faites rien ne vaut; » Li murs est cassés et froissiez, » A terre en est ja la moitiez.

» Vaincu sommes tout a estrous, » Cil defors sont ceenz o nous. »

Li dux en vient a la freture^ Dedens entre grant aleicre; Toute la seue gent o soi Main ne droit ou palais le roy.

1 Cf. la fin de la rédaction en prose du manuscrit B.N., f^ fr. 301, cidessous, scct. VII.

14583 de sor le tor larbalestier ; 14584 tôt; 14585 As siens commença ah.; 14587 illeshuca; 14501 vostres; les vers 14593-4 manquent dans A ; 14598 tout;

5, (7 est frez et despeciez; 6, 6^ lune moitiez ; 8, DC sont dedenz,

Ms. A.

— « Le fu, le fu », prent à crier, 14600 « Le rue faites embraser. »

Qui donc veïst l'embrasement, Et com li fus art et esprent,

Grant dôlôr avoir en peiist, Et de le gent grant pek eïist.

5 Car ces fèmes et cil enfant Par ces rues côrent ardant; Et ces pucèles et mescines, Povres veves et orfenines, I ardoient a tel dôlôr 10 Com ne se puet tenir de plôr.

14G09 dolûur.

Mss. B (C).

Le feu fet aporter li dus Et tours esprendre sus et jus.

La ville fu mult tost esprise, N'i remést autel ne église, Tours ne palais en nule guise, Qui tost v.e fust ars sanz devise.

Li dus a fet ses hommes pre^i-

[dre Cens qui ne se veident des f en- 20

[dre ; Touz les a fait encliaenner^ Et puis a Athènes mener; Li rois Créons ne se volt rendre Pour ce le fist il tantost pendre.

As dames fist rendre les cors^ 25 Et ce leur fu midt grans con-

[fors ; A chascun firent sa droiture De servise et de sepidture.

Li dus n'i voulait plus ester, Son erre fesoit aprester, 30

Quant des .ij. frères li souvint; Icil servises le retint :

.1. ré * i fist faire manois, Ainsi le commanda li rois.

14, C Et tout csp.; 19, B Le duc, C Li dus; 24, C le fist erranment pendre ; 26, BC grant; 32, B servise, C servises .

* Ré (== bûcher), de ratis et non de rele (Cf. Lœschorn, Bas norman.

Bolandslied, p. 17. et Fœrsior, Zeitschrift furrom. Philol. I, 4, p. 559).

Ms.A

Mss, B (C).

Dedenz ont les .ij. frères mis, 35 Mes tantost fii li feus devis ; Ne se porent entr'eus sôffrir, Ainz les vit on entreferir, Et durement entrecombatre.

Jusqu'à. iij. fois ou jusqu'à quatre. 10 Li dux en a mult grant mervei'le.

Tout environ soi se conseille.

Ci li dient tuit que la cendre Face d'iluec cueillir et prendre ; Si soit mise dedans un vos *, ^15

Atant sera d'euls .ij. remés.

.1. vessel ot de l'or de Frise, Dedenz ont côle poudre mise; Puis que dedenz fu scellée, Sempres commença la mellée : 50 Dedenz fu la bataille granz, Et ce fu bien aperz semblanz :

Senefiance fu, ce croi, Des .ij. frères de pute foi, Qui onques jour ne s'entramé- 55

[rent, Ne puis la mort ne s'acordérent ; Onques en vie bien ne firent, Neïs cil mort ne se soufi*rirent.

Li vessaus nel pot pas tenir, Hors en estut la poudre issir. 00 Tout ice li dux esgarda, A deables les commanda.

Toîtte sa gent ot aûnée,

35, Z?fremis ; 36,6? Mes sempres fu H fex demis; 38, BC vi ont entref. ; 43 Cilidient,cf./îom.VI.p.45.P. Meyer, Notice sur un ms. bourguignon {Musèebrilann., /lrfrf.l5606);46,C?daux; b\'h1,BC grant : apert semblant ; 59, B le vessel ; G li ves nel i)ot pas retenir, ^ Ves, cf. Marcabrun, Pax in nomine Domini, v. 72 et dernier :

(Et sai gart Peitaus et Niort) Lo seiner qui resors del vas.

(ap. Meyer, Recueil, no 10.)

Ms. A.

Geste estore avons definée, Si coname Tebes fu gastée.

Èle fu môlt d'antiquité.

Et sii ot noble cité.

15 De Rome n'estoit nule cose, Ne ne fu puis en môlt grant pose.

Romulus fu de cel linage, Qui furent mené en servage :

A Ataines furent mené ; Cil fonda Rome la cité.

14619 Et de Troies f. m.; peutcire faut-il corriger simplement Et de Thebes.

Mss. D (C).

Tourner s" en veidt en sa contrée; 0 lui ses prisons en mena, 65

Jusqu'à Atainnes ne fina.

Les dames s'en resont niées, Adrastus les en a tnenées :

Bien achevèrent lôr besongne, Bien i orent sauve lôr pongne ; 70 Et nonpourquant 7nidt dolou-

[sérent Et germentérent etplôrérent, Par la perte de lôr amis Qui tuit ensen hle sont ocis.

Mult en furent puis esgarées "^^ Et dolentes en lôr contrées; Mais quand de ce duel sont

[vengiées, A tous jours en seront mes liées.

En tel manière fu la guerre De Thebes, pour le règne aquerre; 80 Si faitement fu achevée La grans bataille renommée Des .ij. frères et la hayne ; Ainsi la guerre se define.

Destruite en fu et désertée ^^

Toute lôr terre et lôr contrée ; Mult chej painne et grans ahans Et maudison sus les enfans ; Car li pére(s) leur destina, Et fortune leur otroia ; 90

Contre nature furent né.

Pour ce leur fu si destiné.

Qui plain furent de félonie Bien ne porent fère en lôr vie.

Pour Dieu, seingnor, prenez i 95

[cure, Ne faites riens contre nature, Que n'en veingniez a itél fin, Com firent cens dont iç'afin. 98

75, B plus; 76. B lou, G leur; 82, BG grant; 85, G et degastee ; 87, C chai , 95, Z?seiQgnors, G seigQor; 98, BG furent, G ci defin.

LE ROMAN UE THEHEi?.

Section IV.

LES DEUX REDACTIONS

Ms. A.

Les deux rédactions du Roman de Thùbcs et leurs sources.

Les trois manuscrits de la Bibliothèque nationale que nous avons désignés par les lettres A, B, G (v. Scct. II), ne représentent pas un môme original : un simple coup d'œil suffit pour reconnaître que B et G forment une famille à part. Déjà, du reste, M. Paulin Paris [Manusc. fr. de la Bibl. roy., III, 198 sqq.) avait constaté dans A des variantes telles que, dit-il, on pourrait presque le considérer comme représentant un autre ouvrage que les deux autres manuscrits. De nombreux passages, il est vrai, nous montrent les trois manuscrits d'accord vers pour vers ; mais dans un plus grand nombre encore, nous voyons B G abréger A, soit en réduisant 4 ou G vers à 2, soit en supprimant certains détails ; ciueltiucfois, mais plus rarement, il suit le procédé contraire. Les passages suivants, où nous mettons en regard les deux versions, donneront une idée des rapports qui existent entre les deux familles de manuscrits, dans les parties qui leur sont communes.

Ms. A.

5110 Tant cevalciérent que la vinrent,

Saciés raôlt nob'ement se tinrent; Desus la vile descendirent, Lôr très et lôr tentes tendirent; Sons la cité, en Valflorie, La prisent Griu herbogerie.

25 Li os fu grans et mùlt ploniôre, Et li cevalerie fiére ; Môlt i ot très et pavillons, En son mctent lôr gonfanons.

Mss. C(B)'.

Tant chevauchèrent que la vin-

[drent ; Onques ainçois règne ne tindrent;

Sous la cité, en Valflorie, La prisent Grieu herbergerie.

Merveilleuse fu l'os* as Grez, Mult y ot paveillons et trez.

1 Je prends le texte dans C ; mais B ne diirèrc guère que pour l'orthographe, sauf indication contraire,

2 Mss. lost.

5411 Antigène ot a non la maire, France cose ért et de bon aire, Môlt ot bel cors et bôle ciére ; Sa biautcs fu trestôte entière.

15 D'une pourpre inde fu vestue Tôt sainglement a se car nue ; La blance cars parut desous, Car il estoit detrenciès tous De menue detrenceiire,

20 Aval dessi qu'a la çainture.

Vestue fu estroitement, D'un baudrè çainte lasquement; Kauces avoit de bougeran, Sollers bien fais de Cordôan ;

25 Afublé ot .j. bon mantel : De cier orfroi sont li tassel, La liste fu et grans et lèe ; Ricement en fu afulée, Les pans tenoit tôt en travers,

30 Que li costès fu descôvers.

ET LEUnS SOURCES.

Mss. C (B).

Anthigonas ot non l'ainznèe, France, côrtoise et acesmée; Moût ot gent cors et bêle ciére, Sa biautés fu seur autre fiére.

Ja en fable ne en chanson N'orrez famé de sa façon.

D'une pourpre ynde fu vestue Tôt sainglement a sa char nue ; La blanche chars parut dessous, Car il estoit detrenchiés tous De menue detrencheiire, Entresqu'aval vos la ceinture.

Mouts'entravindrentlez coulôrs, C'est li yndes et lez blanchôrs.

Vestue fu estroitement.

D'un orfrois ceinte laschement:

Chaucièe fu d'un barragan.

Et d'uns sollers de Cordouan.

Ses mantiaux, ce m'est vis, fu

[vers^ Et affubla s'en en travers *.

Nous allons maintenant transcrire les 342 premiers vers de A, auxquels correspondent dansBG 136 vers seulement, comme exemple d'abréviation par suppression des détails.

Ms. A.

— Qui sages est nel doit celer, Ains doit pour cou son sens

[môstrer, Que, quant il iért du siècle aies, Tôs jours en soit puis ramem-

[brés.

3 ert.

Mss. B (C)«.

Qui sages est nel doit celer, Ainz doit pôr ce sen sens mous-

[trer, Que, quant il iért del siècle aies, Touzjourz en soit mais ramem-

[brés.

* C et afllublera, B et affubla sen a lenvers..

' Texte de B, avec les variantes deC.

3 BC et quant il ert, C du siècle.

Ms. A.

5 Se dans Omers et dans Platons, Et Vergiles et Cicerons, Fuissent lor sens aie celant, Ja n'en fust mais parlé avant.

Pôr cou ne voel mon sens côvrir,

10 Ma sapienche retenir :

Môlt me délite a raconter, Çou ke digne est a l'amembrer.

Or s'en aillent de tous mestiers, Se il n'est clers ou chevaliers ;

15 Car aussi pueent escouter Comme H asne aharper.

Conter vous voel d'antive estore Que li clerc tiennent en memore, Et conter d'une fiére geste,

20 I^0u on le list, estuet grant feste; De batailles et de grans plais, Onquesplusgrans n'oïstes mais.

De mervilleus confusions, De grans dôlours, d'ocisions,

25 Conte li livres ke on fist ; Or Gscoutés ke il en dist.

Il le fist tout selonc la létre.

Dont lai ne sévent entremétre ; Et pôr chou fu li romans fais

30 Que nel saroit honki fust lais.

De .ij. frères vous voel môstrer Et de leur geste raconter :

Li uns ot non Ethioclès, Et li autres PoUinicès.

35 Edipodès les engenra En la roïne Jocasta ;

1 1 molt est ici, comme dans la plupart des cas , écrit en abrégé (mit); nous ne signalerons que les passages où il est écrit en toutes lettres ; 12 a raconter ; 16 li asncs au harper; 32 gestes; 34 Polliniches, ordinairement écrit Pollinice3,oue/i abrégé ï*o\\

Mss. B (C).

Se danz Homerz et danz Platons 5

Et Virgiles et Quicerons

Lôr sapience celissant,

Ja n'en fust mais parlé avant.

Pur ce ne veul mon sens taisir,

Ma sapience retenir ;

Ainz me délite a raconter

Chose digne pôr ramerabrer.

Or s'en taisent de cest mestier,

Se ne sont clerc ou chevalier;

Car ainssi pueent escouter

Comme li asnes aharper.

A^^ parlerai de pèletiers,

Ne de vilains^ ne de bouchiers;

LES DEUX lŒDACTIOiN

Ms,A,

De sa mère les ot a tort, Quant son père le roi ot mort.

Por chou qu'il furent en pechiet, 40 Furent félon et esragîet ; Thebes destruisent lôr cité, hi H Et gastèrent leur yreté ;

Destruit en furent lôr voisin, Et il ambedoi en la fin.

45 Des .ij. frères or en présent Ne parlerai plus longement; Car ma raison voel commencier,

Mais de .ij. frères parlerai, Et leur geste raconterai :

Li uns ot non Ethioclès, Et li autres Polinicès ; Roys Edipus les engendra En la royne Jocasta ;

23 /^(;E(liapus.

Et de leur aioel voel traitier.

Lour aioels ot non Laïus,

50 Et de Thebes fu rois et dus :

Môlt par estoit de grant parage, Et chevaliers de fier côrage ; Môlt èrt sages et ensegniés.

De toutes pars èrt resoigniès.

55 En pais tenoit toute sa terre, Nus ne li fist sanlant de guerre; Fors et poissans estoit assés.

Mais d'une cose èrt trespensés, Que il n'avoit hoir de sa fème,

GO Qui après lui tenist son règne.

Si se pensa qu'il parleroit A son diu en qui il creoit.

Car volontiers vauroit savoir 20 ■ Se il jamais aroit nul hoir.

05 Encor n'érent pas crestiien, Mais pôr le siècle tuit paiien :

L'un aouroient Tervagan, L'autre Mahom et Apolan ; L'un les estoiles et les signes,

70 Et Manquant les ymagines; Li un fisent ymages d'or, Qu'il pendoient en leur trésor;

G6 tôt.

s ET LEURS SOURCES. 245

Mss.B[C),

De sa mère les ot a tort, 25

Quant ot son père le roy mort.

Pôr le pechiè dont son criiè ; Félon furent et estrangié ; Tebes destruirent lôr cité, Et degastérent lôr régné ; 30

Destruit en furent lôr voisin, Et il ambedui en la fin.

Des .ij. frères or em présent Ne parlerai plus longuement, Quar ma raison veul commen- 35

[cier A lôr aive, dont veul traitier.

Lôr aives ot non Laïus, Qui fu de Tebes roys et dus.

36 C ayol; 37 B lors, Cleur ayeul.

2iG

LE nOMAN DE THÈIiES.

Ms. A.

Mss. B (C).

L'un de keuvre, d'estain, d'ar-

[gent.

Cèles do fust la povre gent.

75 De cou quidoient avoir dons, Et li dius loi' donnas! respons ; Ce n'ért pas voirs, ains estoit

[fable,

Car cou érent li vif diable, Qui les respons a els donoient, 80 Et les caitis en detenoient.

Cou aouroient li paiien, Or sévent il s'il fisent bien.

Lajus .j- ^"^ aouroit, Et nuit et jour le cultivoit:

85 Cou ért Fymage du soleil, YA a celi prist son conseil, A Tymage fist s'orison.

Quant ot finéo sa raison, I*ar le prestre fist sacrefise,

\)0 Que a son diu avoit pramise.

Quant le sacrefise ot finè^ Ses dius lia respons doné.

Que a côrt terme engenrera Un félon fil ki l'ocirra.

05 Li rois fu môlt espôentcs Pour le respons ki fu donés, Et dist qu'il ocirra l'enfant Tantost com il venra avant.

Ne targa mie: après .x. mois, 1 QQ Si comme il est coustume et drois,

76 Et la dedens donnast respons ; 89 sacrefissc; 91 manque dans le ms.; 93 engeeura ; 100 il ert.

As diex ala pôr demander

Quel fil il lui voudront donner; 4ti

Et Apolo li a mandé,

Par un respons qu'il a donné,

Que a présent engenderra

J. félon fil qui l'occira.

A inçois que fust li ans passés, 45

Si fu Edippus engendrez,

Qui puis Vocist pôr son pechiê,

Si conme estoit prophetizié.

Li rois fu mult espôentez

Par le respons qui fu donnez ;

Ocirre commanda l'enfant,

Tantostcomme il vendroit avant.

40 C Que fiu il li voudront donner, B quo a lui vodoront donner-, 42 B raisons, 6' respons; iOZ? li roi. C le roi.

Ms, A.

Dame Jocaste li roïne Un enfant ot sous sa côrtine.

(^)uant li rois sot que il fu nés, .iij. de ses sers a apelés;

J(j5 Pramis lôr a or et argent.

Mais ke il t )st privéement Piengent le fil de sa molliei*, Se 11 voisent le cief trencier.

En la cam])re vont cil tôt droit

|110 Ou li enfes petis estoit ;

Porté l'en ont en son mailloel.

Et la roïne fait grant doel.

Èle demaine grant dôlour :

« Petis enfes, par quel fohuir

|115 »A ocirre t'a commandé

» Li rois tes père sans mon gré?

»Ahi! biaxfix, pôr quoi fus nés?

»Pôr coi fus de ])ére engenrés?

» Pôr quel fourfait et pôr quel

[tort,

fl20 »P6tis enfes, recevras mort?

»Jan'es tu pas fins a putain, » Ne a garçhon, ne a vilain, »N'aincne fesistesmal en terre; »Si vous fait on ja si grant

[guerre

|l25 » Com de trencier la vostre teste. » Lasse! ci a malvaise feste, »C'on fait de vous : hui est li

[jôrs »C'on deùst mander jougleôrs, »Qui venissent joie mener, } » Et harpes et rotes sonner; »Et ces dames et ces pucèles » Dissent harpes et vièles; »Etmandast on ces tumeôrs » Faire beter viautres et ors;

llG pères ; 117biaux; i21janeQ es tu (cf. BO); 131 sqq., brusques changements de construction.

Mss. B (C).

La mère crie, pleure et brait.

Ses poinsdetort, ses cheveux trait .

Pasmée chiet sôr son enfant, ^^ Et demaine dôlour mult grant :

« Lasse, dolente, que ferai ?

»Doulereus^, que deviendrai?

» Chaitive riens, pôr quoi nasquis?

» Pecherresse, pôr quoi vesquis ? 00 » Homecide comment serai » De mon enfant que je portai ?

» Pôr quel forfait et pour quel

[ tort, » Petis enfes, rechevras mort?

» Ja n'es tu pas fils de putain, G5 » Ne de moine, ne de nonnain.

58 manque dans U ; Ql BC ferai.

Ms. A,

135 » Apparillier ropaissoments, »Et donner rices frarniment?, v>Et caiens faire tel conroi »Com de naissance a til de roi.

»Ci deiist on faire leéce,

140 » Mais ois jôrs nous vientatris-

[téce.

» Et ke diront de si grant guerre » Toutes les gens de ceste terre, » Du roi ki de Tliebes est sire, »De soa enfant qu'il fait ocire?

145 » Et ke diront et roi et conte ? »Li chevalier auront grand honte »C'uns rois a fait tel dyablie, » Conques ne fu dite n'oïe; » Rices dames et orfenines

150 »Batront leur cuers et lôr poi-

[trines;

» Demanderont quans ans avoit, » Que dira on ?— D'un jôr estoit.

» — Que diront? dont merveilles

[oi.

» Nous quidames ke il le roi

155 »Vausistdel règne forsjeter, » Et de s'onnour desyreter, » Et ke il fust de tel eage » Que il peiist mener barnage.

» Cil rois a fait grant dyablie

100 »Et demaine môlt maie vie.

»__Et cil de près kepôroit dire?

»- Li rois se derve, ki ocire »A commandé son premier hoir, »Et nés estoit cel premier soir.

1G5 »Male fiance, puet on dire, »I puet avoir cui il est sire.

» — Ce dira toute créature » Pôr ma petite porteure.

»Biaus fins, vous fr.stes, je croi,

[nés

170 »Pôr mervelles a demoustrer.

1 48 conques mais fust ;

Mss. B [C]

Ms. A.

>^Vosti'e mère en a tel dôlour »Jamais n'arajoie nul jour.

»Qui me pbroit esleechier, »Quant on me tant mon enfant

[ cliier, 175 »Dont jou anuit me délivrai, »Ne onques mais nul ne portai?

»Ahi ! com volentiers morroie !

»Jamais nul jôr n'avérai joie, »Quant ma première porteure 180 »M'a si tolu malaventure, » Que j'ai tous jours si désirée ; » Môlt poi de joie en ai menée.

» Pôr toi sui, fius, si avilliée, » Et jou et toute ma ligniée.

|185 » On requerra, je cuit, ta mort » A ta mère, chou iért a tort :

» Ki a coupes ta lasse mère, »Mais chou a fait tes félons

[père ; » C'est tes père, ki t'engenra, |190 » Ki a tuer te commanda ; »A ocirre t'a commandé.

»Biaus sire fins, estre mon gré.

» Vers les dius veut escaucirer » Et leur respons trestous fauser , |195 »Mais or verrons ki pôra plus, » Ou Apolins ou Laïus. »

MsS' B (C) .

174 cier; 183 avillie; 184 lignio; 180 ert ; 189 peres; 191-2, vers prohablement interpolés-, le ms. les place après les vers 193-6. mais ils ne sauraient cire acceptés qu'à titre de répétition voulue, et doivent par oonséquent être en tout cas placés (iprès le V. 190 (cf. A i\5-6 et B 7^-4). et peut-être terminer le dis- (^ours de Jocaste. Alors les vers

» lia ! douce riens, marte portai, » Mar te i.ourri, mar t'alaitai, ' » Et tes père mar t'engendra, » Qui ocirre te commanda.

» Blasmez serons, filz, de ta mort, » Tes père a droit, et je a tort.

» Il t'a ocirre commandé, [gré.

» Biax très cher iîlz, outre mon » Vers les diex vot eschaucirrer 75 » Et lôr respons a faus prouver, » Mais il ért voirs, si com je cuit, » Ainsi sera comme il ont dit. »

Desôrson fil maine tel plour La royne et tel dôlour.

Li roys fu mult espoentez :

.iij. de ses sers a apelez,

69 et 72 Z?^ pères ; 81,0/*. v. 49 ; 82-6, cf. A 104-8.

Ms. A.

Cil s'en keurentatôt l'enfant, La roïno remésl plôrant :

Souvent se pasme la dolente, 200 Kt, (inant revient, môlt se de-

[niente.

Sôs ciel n'est hom, tantlehaïst, Et tel doel faire li veïst, Ki neplourastpôrla dôlour Que la dame mena cel jour ; 205 Ne mie cel jour seulement,

Maismùltlonctansfistensement.

Mss. B (C).

Promis leur a or et argent, Commande leur privéement Son fil toillenl a sa môllier, 85

Si li aillent le chieftranchier.

(3r s'en tôrnentcil a l'entont, La royne remést plourant:

Sa chicre bat, ses poins detort.

Et deprie les dieux pôr mort. HO

Quant ot assez plaint et plouré,

Batu son.cors et alassé,

Amenuisié sont si souspir ;

Puis si commença a dormir.

La mère est lasse, si s'endort, 05

Et ses fils vait rechoivre mort.

Or verrons nous qui pôrra plus,

Ou Apolo ou Laïus :

Se li enfes est decolez,

Dont est li diex a fax 'provez-, 100 1

S'il eschape des mains a trois,

Paour en puet avoir li rois.

Tant ont li .iij. serf esploitié Ke du païs sont eslongié ; Puis entrent en une forest, 210 Môltloinp:degentetdert^^e5^(?):

La forés ért grans et rubesle, Si habitoit ens mainte beste; Si disoient li serf tuit troi Que la lairont le fil le roi.

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