‹ La légende d'Oedipe [microform], étudiée dans l'antiquité, au moyen-âge et dans les temps modernes, en particulier dans le Roman de Thèbes;Chapitre 32 sur 94 · mien privé ai, .j. ermine · texte numérisé non relu

mien privé ai, .j. ermine

Nus hom ne sét plus médecine,

Ne de plaie, ne d'enferté;

Il vous ara môlt tost sané.»

— « Damoisèle, dist Tydeûs, 00 Je n'i remanrai ore plus ;

Mais de vo bien, de vo repos, Aiiés grant merci et grant ios ; Si m'avés fait apparillier Que je pôrrai bien cevaucier.»

95 La pucèle li dist : « Biau'sire ; L'aler ne vous puis contredire.»

fo 42 r'

28C7 afaitie; 28G8 aprocie.

— Garnimens li fist aporter,

Mais aine ne volt les siens muer.

Quant èle voit fin n'i metra, 2900 Par le vregier l'en remena ;

Ses chevaus li fu aprestés,

Et Tydeûs i est montés ;

Puis le baisa et les pucèles,

Qui môlt estoient preus et bèles; 5 II prist congié, si s'en tôrna,

Et a son diu se commanda.

La demoisèle s'en rêvait, 2908 Qui pour s'amour est en dehait.

Préparatifs de guerre (v. 2909-3386).

Tydée arrive à Argos et entre à cheval dans la salle où Adraste tenait « ses plaiz » avec ses barons. Le roi le prend entre ses bras et le descend de son cheval ; puis il le désarme lui-même. A la vue de la blessure qui perce sa poitrine, Adraste s'effraie :

(v. 2942) « Ci a, dist-il, dôlerôs plait, Petit mama^, qui çô vous fist, Son voel, je croi, vous ocesist. »

Déiphyle accourt échevelée, en apprenant la vérité, et exhale sa douleur. Polynice pleure de rage, et tous les barons partagent son émotion. Le roi fait venir un ce ermine», c'est-à-dire un Arménien médecin, qui, au bout d'un mois, guérit complètement Tydée (v. 2931-98).

Par une transition naïve, le trouvère revient à Thèbes. Le chevalier à qui Tydée a laissé la vie va trouver Étéocle et lui raconte ce qui s'est passé. Son discours montre une grande admiration pour Tydée et ne fait point ressortir les efforts des Thébains. Le roi, furieux des reproches que lui adresse le chevalier, répond qu'ils étaient tous

* Je ne connais pas d'autre exemple de ce terme de tendresse appliqué à un homme.

192 LE RO.NfAN DE THÈBES.

des lâchesj des pourceaux, des vaches ou des brebis, et qu'il lui reste assez de bons chevaliers pour se venger. Il lui reproche de ne pas s'être fait tuer comme les autres. Le chevalier réplique qu'ils se sont tous honorablement conduits, mais que les dieux ont voulu venger par leur mort la perfidie et la trahison du roi. Étéocle, furieux, demande son épée pour le tue/ ; mais le chevalier déclare qu'il se croirait déshonoré si le roi touchait à sa personne, et il se laisse tomber sur la pointe de son épée (v. 2979- 3162).

Deuil des Thébains, en apprenant l'issue du combat. Si Étéocle n'avait été leur ((droiturier siro), ils l'auraient immolé à leur fureur. Ils s'informent du lieu où ils pourront trouver les corps de leurs parents et de leurs amis. Le roi leur dit que c'est à Malpertrus : il s'y rendent au nombre de plus de 30,000, et donnent la sépulture aux morts (v. 3163-3226).

Cependant Étéocle et Adraste se préparent à la guerre. L'armée d' Adraste est si grande que:

(v 3245) Oncques ne fu tex assanlée, Fors la Gesar et la Pompée; N'en l'ost de Troie, dont ou conte, N'en ot tant prince ne tant conte.

Courte énumération des chefs et des peuples : quelques vers suffisent au trouvère, au lieu de la riche description de Stace (Cf. Théb, liv. IV). Quand l'armée est rassemblée, Adraste mande Amphiaraiis [Amphlaras), et veut savoir do :ui quelle sera l'issue de la guerre. Le devin, qui a de tous oisiaus sot le latin » , refuse d'abord de répondre ; puis, sur les instances du roi, il déclare que bien peu d'hommes reviendront de l'expédition et que lui-même sera englouti dans un gouffre avec son cheval. Capanée (Capaneiis) accuse Amphiaraiis de lâcheté et de folie : il engage vivement Adraste à profiter de la réunion d'une si belle armée

pour rétablir Polynice sur le trône et venger l'affront fait à Tydée. Le roi se laisse persuader et donne le signal dvi départ (v. 3227-3386).

Hypsipyle et Archémorus ; les Jeux (v. 3387-4302).

Ils partent au mois de mai, au nombre d'environ trois cent mille. En traversant les déserts de Némée, l'armée souffre cruellement de la chaleur et de la soif. Détails intéressants : celui qui a de l'eau dans sa bouteille ne dort que d'un œil, de peur qu'on ne la lui enlève. Tydée, « gonfanonnier » des Grecs, va en avant avec ses gens, d'après l'avis du conseil, pour explorer la forêt et voir s'il ne resterait pas quelque source qui ne fût pas tarie ; Capanée le suit avec 30,000 guerriers. Vers la fin du jour, ils arrivent à un (( vregier » magnifique, où ils aperçoivent une belle «damoiselle» qui tenait un jeune enfant entre ses bras. A la vue d'hommes armés, elle s'enfuit; mais Tvdée l'atteint, et, la prenant par la manche de son «bliaut», lui dit en riant : « Damoiselle, vous estes prise »; puis il la prie de leur indiquer où ils trouveront de l'eau. La demoiselle compatit à leur douloureuse situation, et, laissant là l'enfant sur un lit de gazon et de fleurs, elle les mène à la source de Langie. Tydée envoie aussitôt un messager à l'armée annoncer l'heureuse nouvelle. Cavaliers et piétons accourent à l'envi : beaucoup meurent pour avoir bu avec avidité, ou se noient en voulant prendre de l'eau dans le lit même de la rivière ; celle-ci, arrêtée dans son cours par la masse d'hommes et de chevaux qui s'y baignent, remonte vers sa source. Adraste demande qu'on lui amène celle à qui l'armée doit son salut ; il la remercie au nom de tous et lui demande qui elle est. Celle-ci répond qu'on la nomme Ysifille (Hypsipyle) et raconte l'aventure des femmes de Lenne{liQm\\o^). La version du trouvère diffère sensiblement de celle de Stace, et se réduit aux quelques vers qui suivent :

(v. 3695) Cèle respoiU com afaitiée :

« Sire, je suis une esseilliée,

Ysifille m'apèle on.

Par péchié et [non] par raison

Fui de raou règne forsjetée,

De Lenne la ou je fui née.

Une merveille avint en Lenno,

Télé ne vit ne hom ne fème ;

Car les dames pôr lôr outrage

Pôrparlérent une grant rage.

Par mervilleuse traïson,

Ocist cascune son baron ;

Qui n'ot mari, s'ocist son père,

Fil ou cousin, neveu ou frère.

De la vile ért mes pére(s) rois;

Ma mère ért morte .j. poi ançois,

Adont n'avoit mie d'espouse, Et j'ére assés petite touse.

Ne poi avoir en mon côrage

Pôr lôr preiére iceste rage,

Pôr riens qu'èles peussentdire, Que mon père vôlsisse ocire.

La nuit, quant tôs li siècles dort, Furent tôt cil de l'onôr mort, Car cascune ot ocis le suen :

Pôés savoir môlt lôr fu buen.

Od lôr continus que èles tinrent, Droit au palais mon père vinrent; Par la feues tre de la sale Montèrent sus a une escale, Nés pot tenir verels ne serre ; Eu la cambre vont le roi querre, Od lôr coutiaus, qu'érent trancant, Le roi ocisent en dormant.

Grant paôr oi, nés voel atendre ; Bien sai, se me peûssout prendre, De .c. vies ne portaisse une.

Fuiant m'en tôrnai a la lune, Aine ne finai .ij. jôrs entiers ; Que par voies, que par sentiers,

3695 ataitie ; 3696 esseillie; 3698, B et par traïson ; 3699 sui; 3700 de Leaaeles; 37I2giere.

35 A .j. signôr en sui venue.

Qui a bon or m'a retenue.

De ceste terre est rois et sire.

Ne sai s'onques l'ôïstes dire ;

Lugurges a a non li rois, 40 Saciès môlt est preus et côrtois.

.Lenfant a de sa moillier.

Celui li gart, forment l'a cier :

Môlti a bêle créature,

Aine plus bêle ne fist nature.

Râler m'estuet pôr lui garder, 3746 Car je me crien de mesaler.»

Cependant un énorme serpent, qui jetait feu et flamme par les narines, était sorti du bois et avait piqué l'enfant au ventre. Hypsipyle, entendant les cris qu'il pousse, se hâte de prendre congé et court au jardin ; mais elle ne trouve plus qu'un cadavre. Voyant qu'elle ne peut le rappeler à la vie, elle va se réfugier au camp des Grecs et se jette aux genoux de Tydée, le suppliant de la sauver de la colère du roi et de la reine. Tydée la relève avec bonté et conseille à Adraste d'aller plaider la cause de celle qui les a tous sauvés. L'armée marche vers la ville; Adraste se rend au palais, où le roi lui offre l'hospitalité et des vivres pour son armée. Adraste le remercie et le prie de lui octroyer par avance une demande qu'il va lui faire. Le roi lui offre tout ce qu'il possède, excepté son fils, sa femme et son corps.

(v. 3893) Ne mais que tant en met defors Mon fil et ma fème et mon cors.

A ce moment, on vient lui annoncer qu'on a trouvé son fils mort de la piqûre d'un serpent; Lycurgue jure de le venger. La reine accourt au bruit, et, apprenant son malheur, se livre au désespoir. Le roi, dont la douleur est plus digne, lui reproche la violence de son langage : « Les

3746 ca je. '

(lieux, dit-il, ont fait à leur gré ». On ensevelit magnifiquement Venîani (Arc II imolus), a qui plus ert blans com flors de lis )), et l'on met sur son tombeau une pierre où est racontée sa mort prématurée.

Alors la reine demande à Adraste de faire rechercher le serpent dans le bois, et promet un riche fief au chevalier qui lui en apportera la tète. On cerne le bois, et Ton trouve bientôt le monstre étendu au soleil sur son rocher. Dix sergents l'attaquent : cinq sont tués par le venin qu'il jette ou parles flammes qu'il vomit, les autres s'enfuient. Alors Vav[hénopèQ{Partonopeus), le plus habile archer de la Grèce, s'avance au premier rang et lui lance une flèche d'acier qui l'atteint au cou, au défaut de l'épaule, ce qui serait au moins bizarre s'il s'agissait d'un serpent ordinaire et non d'un monstre fabuleux. Puis il réclame l'honneur de lui trancher la tête, qu'il apporte triomphant à la reine. Parthénopée reçoit le fief qui avait été promis, et le roi pardonne à Hypsipyle.

Les Grecs célèbrent des fêtes autour de la ville; elles durent cinq jours. D'abord les chefs se livrent au jeu de la palestre ; puis vient le jeu de la a plomée », et enfin les courses de chevaux, dans lesquelles le vainqueur reçoit deux bons chevaux de prix et deux manteaux « ou vairs ou gris ». Notre poète n'a pas donné à ces jeux et aux funérailles d'Archémorus la même importance que Stace. Cependant il entre dans ([uelques détails en ce qui concerne les jeux, et il n'est pas sans intérêt de comparer ce passage avec la riche description du livre IV do la ThôbaUe\ c'est pourquoi nous le donnons ici tout entier.

Les Jeux.

(v. 4137) Dont peiissiés veïrles Grieus Aparilliés de faire gieus.

En .j. pré qui fu grans et larges, 40 Fists'ost conduire li rois d'Arges;

4137 griex.

Puis les commande en sus atraire, Pôr les jus esgarder et faire.

Cil quiérentenl'ost plus mestre Fisent le ju dele palestre :

45 Çou est uns jeus, ce dist l'estore, Dont cil qui vaint amôlt deglore.

Or vous dirai des jueôrs Quéle est lôr paine et lôr labôrs :

Quant en le place sont venu,

50 Si sedespoiilent trestôtnu; Ne remaint sôr ex créature, Kauce, sol 1ers ne vesteûre; D'oile font bien tôt lôr cors oindre.

Puis si se vont ensanle joindre;

55 Luitent a force et a pôoir, Cascuns se garde de caoir.

Li quels qui pue t le sien conquerre, Si que caïr le face a terre, Cil a le los et la côrone,

60 Môlt grant loier h rois li donc. Mais par engien et par savoir Convient illoec vertu avoir, Car cil est vertuex et prous; Qui vencus est etcietdesôus,

65 CUa grant honte et grant anui, Tôt li autre gabent de lui; Qui bien ne se garde et afaite.

Cil a môlt bone paine traite, Quant ses compains desous le met

70 Ou par engien ou par gambét.

Cel ju fisent premièrement, Môlt l'esgardèrentlongement.

Quant parfinés est tôs li gieus, Venus est en le place uns Grieus,

75 Qui lôr aporte une plomée, A mervelle fu esgardée :

.1. espan ot de lé en tour, Et si avoit d'espés .j. dour ; Perciée estoit ens en mi liu,

4145 .j. jeus; 4147 jueours ; 4152 soller ; 4163-6 manquent dans BC ; 4173 gius; 4174 .j. griex; 4177 .1. espaa ot loié eatour ; f emprunte la l'çon de BC.

LE nOMAN DE THÈBES.

80 Et tel convient a icel giu ; La ou èle est en mi perciée, A une corde fort laciée.

Qui la ploméeveut geter, Enmi le place va ester; 85 Le corde prent a ses .ij. poins, Pôr le plomée jeter loins; La plomée contremont liéve, Qui môlt [li] poise et môlt li griéve; Ou H soit bel, ou li soit grief, 90 .ij. fois le gèle entor son cief. Forment redoutent icel giu, Hom qui est foibles n'i a liu.

Si com Testore le raconte, Icil qui celui jeu sôrmonte 95 Est amenés devant le roi ; Ceval et armes et conroi Li fait sempresli rois douer.

Et de lorier bien côroner.

Ains que cil jeus fust deûnés, 4200 Fu li vespres bien déclinés ; Et quant cefu que fine l'ont, Adrastus ses barons semont, Et fait crier par tôte l'ost, Qui ceval a qui ceure tost 5 Envoi poruec, venir le face ;

Et dist qu'il veut que cascuns sace, Cil qui vaintre pôra en cours, Ainçois que passés soit li jours, Ara ij. bons cevax de pris 10 Et ij. mantiax ou vairs ou gris.

Dont veïssiés par le praèle Tant bon ceval aler sans sèle ; Trestôt li plus rice signer Font amener el camp les lôr ; 15 Cascuns i fist mener le suen, Pôr çô c'on voie le plus buen.

Li escuierbien les pôrmainent, De bien aparillier se painent; Bien en i a .Ix. et trois,

M79 perde: 4181 perde; 4182 lade : 4193 BC si com Estaces ; 4^05 A peruec, B pouroc. ^ por euf; 4207 vaiotra.

20 Tôs les a fait nombrer li rois ;

Cascuns de cens molt se traveille,

De conréer bien s'apareille.

Tôs cex enmaine Tydeiis

Al cief del bos el mont desus ; 25 Une loée i a de plaigne,

Tôt sans valée et sans montaigne.

Onques nus d'ans n'i arestut

Desi al bos dont li cours mut ;

Illoec se sont tôt retenu, 30 Mais ne sont pas taisant ne mu ;

Lés.j. boscel seûrement

Se sont aresté voireraent ;

Et cil qui le cours a gardé :

a Môvés, môvés, a escrié ; 35 Esploitiés, dist-il, aies tost ;

Qui ains pôra venir en l'ost,

Cil soit tous fis d'avoir le don. »

A tant s'esmurent li baron,

Par grant vertu pôrprendent terre, 40 Car cascuns veut le don conquerre :

Dont veïssiés cevax destendre,

Et qui ains ains le cours pourprendre ;

Mais as pluisôrs ne valt .j.gant,

Li plus isuiax eu va devant.

45 En cèle rôte en avoit deus

Fors et isuiax et mervilleus,

Les autres passent en poid'eure,

Cil doi venoient al deseure.

Anfiaran estoit li uns :

50 Grans ért et larges et tous bruns,

Isuiax estoit a grant mervelle.

Cil qui sus siet trop se travelle;

Les espérons sentir li fait,

Et li cevax li côrt a ait; 55 Le resne li mist sôr le col,

Et de ce se tint il pôr fol;

Trop l'angoisse, trop tost le maine,

Pôr ce se li fali l'alaine;

Et s'il la resne retenist,

4221 travelle; 422G mûQtaae j 4239 tere; 4245 avoit .ij. ; 4246 mervillex.

60 Tous premerains au cours venist.

Li autres estoit môlt aates, liOnspiésavoit etgambes plates, liC cief ot gros, le col bien fait, Miudre a .iiij. pies ne vait;

65 De .ij. c. livres ért ses pris, Partinopex l'avoit conquis, Gel an devant, en une gerre Que Persan t usent en sa terre.

Tôs estoit noirs, fors .j. des pies;

70 Cil qui sus siet ért vesiiés :

.ij. corgies tint en sa main, Forment li tire tost le frain; Des espérons nel vaut loucier, Dessi qu'il vit lot aprocier:

75 Devers destre le brun costoie, Sel fait aler la droite voie.

Quant ils vinrent bien près de l'ost, Le bon ceval fait aler tost, Des espérons le hurte as flans;

80 Li bruns remest, quiértestans Plus que ne trait uns ars maniers, Puis vint li noirs en l'ost premiers.

Dont fu la noise sempres grans Des chevaliers et des sergans :

85 Gel bon ceval esgarder vont, " Environ lui grant presse font.

Lorsapèle li rois .j. Grieu, Les dons tramet Partonopeu.

Partinopex que côrtois fist :

90 Les cevax et les armes prist, Trestôt dona al escuier, Et s'en fist sempres chevalier; Armes li doue et bon conroi , Destrier ronci et palefroi; Ricement et bien le conroie, A sa loge puis l'en envoie.

Atant sont départi li giu,

98 A lôr loges s'en vont li Griu.

4264 miudres; 4268 tere: 4281 .j. ars; 4285 ce bon; 4287 les grius; 4288 promet partonopex ; 4291 as escuiers; 4292 chevaliers; 4293 lor done; 4295 les c

4296 a ses loge^.

Épisode, du Château de Monflor (v. 4303-5114).

Le trouvère a intercalé ici un nouvel épisode, qui nous donne un avant-goût des grandes luttes qui vont bientôt s'engager devant Thèbes, et en même temps nous montre comment on entendait la guerre au xii® siècle, et de quels stratagèmes on usait.

On vient annoncer à Adraste que les Thébains, au nombre de soixante mille, sont sortis de la ville et marchent à sa rencontre. Le roi accueille avec joie cette nouvelle et donne aussitôt Tordre du départ. L'armée entre en pays ennemi et commence à le dévaster et à prendre du butin. On arrive à Valflorle, devant le château de Monflor^ où commandait un cousin dePolynice, nommé Meleagès.FolY' nice engage son cousin à lui livrer la place, et celui-ci se laisserait facilement persuader, sur la promesse qu'il sera fait seigneur de Monflor; mais ses barons entendent rester fidèles à Etéocle, à qui ils ont juré de bien garder sa forteresse. Meleagès va aux fenêtres avec ses chevaliers, et déclare en leur nom qu'ils ne peuvent livrer le château ; Aquilon ajoute qu'ils ont assez de vivres pour soutenir un long siège. Polynice, qui tenait conseil avec le roi, Tydée et Hippomédon, est d'avis qu'il faut passer outre. Le trouvère a encore accentué la supériorité que le poète latin accorde à Tydée sur Polynice, quand il s'agit de courage. Tydée traite son beau-frère de ce couart », de ce bricon » et de (( musart » : il faut prendre d'assaut cette bicoque avant qu'Etéocle soit instruit de l'arrivée des Grecs. Adraste l'approuve :

(v. 4553) Dist Adrastus li gentix rois : « Thideiis*, môlt par es côrtois,

* Le ms. porte Tiocles-, de même aux vers 4671 et 4837. Cette coafusioii vient du sigle T barré, qui se retrouve le plus souvent dans le ms. A, même dans ce passage, pour désigner également Tliideiis et Tiocles (Elhiocles), et que le scribe a mal résolu par inadverlanoe. Cf. v. 7933 Tolomes, et v. 7967 Tol\ également pour Tydeûs,

Miex dois porter côroiie d'or Que rois Nabugodonosor, etc. »

Il faut rabaisser rorgueil de ces chevaliers, qui croient leur château inexpugnable. Il donne aussitôt l'ordre de camper. Description de la tente d'Adraste et des riches tapisseries qui la décorent. Les barons prennent les armes et donnent l'assaut au donjon ( doignon ) ; mais ils ne peuvent réussir à entamer à coups de pierres les fortes murailles (( de marbre bis » . Les assiégés se défendent en jetant de Fcau bouillante sur les assaillants, et lancent des pierres avec les deux « perriéres » qui dominent la tour placée sur la porte du château. De leur côté, les assiégeants lancent le feu grégois, qui épouvante les bourgeois et les chevaliers et met le feu à leurs maisons. La nuit vient, et Tarmée retourne au camp, sans avoir obtenu de résultat décisif.

Alors quatre comtes de Venise proposent au roi de lui faire prendre Monflor par ruse. Polynice prendra 500 chevaliers et ira s'embusquer dans un bois d'oliviers , tout près du château. Tydée, avec mille chevaliers de prix, ira pendant la nuit vers Malpertrus, a deux lieues de là, du côté de Thèbes, et s'arrêtera à Valcolor; au point du jour, il fera avancer ses troupes vers Monflor, et mille cors sonneront à la fois pour faire croire à l'approche d'une armée nombreuse. Les assiégés, croyant que le roi vient à leur secours, sortiront du château. Alors Adraste et le gros de l'armée, laissant les bagages dans le camp et les tentes dressées, feindront la fuite : les assiégés se mettront à piller le camp. Pendant ce temps, Polynice entrera dans Monflor avec sa troupe et sonnera du cor. A ce signal, Adraste reviendra sur ses pas rapidement et surprendra les ennemis occupés au pillage ; ils seront facilement mis en fuite, et, ne pouvant rentrer au château, seront obligés de se rendre.

Le roi accepte ce plan, et il est exécuté point par point. Hippomédon, qui était de garde avec ses hommes cette

nuit-là, veut se distinguer par un trait d'audace : il monte jus(|u'au haut du mur par une brèche faite pendant le jour, et il allait pénétrer dans la place quand un « pautonnier » du château lui lance un carreau, qui le blesse et l'oblige à se retirer vers les siens. Cependant un neveu du comte de Venise s'avance seul jusqu'à la porte du donjon, et apercevant un chevalier, nommé Aquilon, le même qui s'était vivement opposé à la reddition de la place, il se dit neveu d'Etéocle et envoyé pour annoncer un secours de mille chevaliers qui doit arriver le matin du jour suivant: il prépare ainsi la réussite du stratagème et revient raconter sa ruse au roi des Grecs. Tout arrive comme il avait été prévu : Monflor est pris, cinq cents barons sont faits prisonniers, et jetés dans une prison qu'infeste la vermine, sous la tour du château. Meleagès est bien traité par son cousin Polynice, en récompense des bonnes dispositions qu'il a montrées en sa faveur. Le lendemain matin, le roi part, laissant à Monflor une garnison de cent chevaliers avec des vivres suffisants.

Les Grecs devant Thèbes. — Tentatives de conciliation (v. 5115-5744).

Les Grecs dressent leurs tentes devant Thèbes, dans un lieu appelé Valfîorie^ comme celui où ils campaient devant Monflor. Les Thébains s'effraient à la vue de cette belle armée, et Étéocle prend la précaution de fermer luimême les portes, et, de peur des traîtres, met des postes nombreux dans les tours. Il assemble son conseil pendant la nuit pour décider ce qu'il y a à faire : doit-il tenter un accommodement ou résister? Le jeune Àthon {VAtys de Stace) s'indigne en entendant le roi parler ainsi et le traite de lâche ; il servait le roi comme fiancé de sa sœur Ismène, et portait dans les conseils toute la fougue de son jeune âge. «.I. sages hom cousins Platon », que le poète nomme plus|loin le vieil Othon, réprime la fougue imprudente du bachelier ; il conseille à Étéocle de céder à son

frère une moitié de sa terre, à condition qu'il Je reconnaîtra pour son seigneur. Etéocle, qui n'a demandé conseil que dans l'espoir qu'on le pousserait à combattre, résiste a toute demande d'accommodement. Jocaste le supplie, et ses barons lui font entendre de dures vérités; le roi cède à contre-cœur, et consent à envoyer un messager à Polynice. Il choisit Othon ; mais celui-ci refuse, en donnant pour raison que Tydée doit avoir à cœur de venger la trahison dont il a été victime, et qu'il ne respectera pas le messager d'Étéocle. Les autres seigneurs refusent également d'aller au camp. Alors Jocaste promet d'accompagner le messager ; mais personne ne veut y aller en cette qualité. Jocaste, indignée, déclare qu'elle ira seule avec ses filles. Othon offre d'aller jusqu'au 'pin, où se rendront également les Grecs délégués pour faire la paix, si les conditions sont acceptées. — Description duce conroi ))de Jocaste et de ses filles. — Trois chevaliers, parmi lesquels se trouve Parthénopée, vont à la rencontre des dames. A la vue d'Antigone, Parthénopée en devient amoureux, et, tout en lui faisant escorte, il lui déclare sa passion subite. Antigène, qui au fond sent déjà quelque inclination pour le beau fils d'Atalante , lui répond qu'elle ne peut s'engager si vite, comme le ferait une bergère ou une chambrière, étant fille de roi. Parthénopée lui avoue alors qu'il est lui-même un puissant roi, et les deux jeunes gens charment la longueur de la roule par de joyeux devis d'amour. Adraste se trouvait dans sa tente, en conseil avec Tydée et Polynicc, quand arrivent la reine et les princesses. Polynice embrasse avec joie sa mère et ses sœurs, et le roi les accueille avec honneur. La reine expose les conditions de paix qu'elle est chargée d'apporter. Le roi, après délibération, se range à lavis de Tydée et de Gapanée, qui conseillent la guerre, tandis que Polynice accepterait volontiers l'accommodement. Les chevaliers s'affligent d'une résolution qui va coûter tant de sang, et 28 d'entre eux vont payer de leur vie, dans cette mémo journée, leur fatale légèreté.

Première bataille (v. 5745-6255).

Des écuyers, qui abreuvaient leurs chevaux à la rivière, ayant aperçu une « tygre apprivoisée», qu'ils croyaient sauvage, la percent de leurs flèches. Les Thébains, furieux, sortent de la ville et poursuivent les écuyers, qui donnent l'alarme. La bataille devient générale.

Tydée tue Tenelas dQ Sydome [Sidon), Hippomédon Asilart, et Parthénopée Ymier, dont il enlève le cheval, qu'il envoie à Antigène par un damoiseau. Celui-ci accomplit fidèlement son message et rapporte à son maître les paroles flatteuses d'Antigone, qui l'assure de son amour. Parthénopée, ravi, continue ses exploits. Etéocle aussi se distingue : il transperce Daufrlke, neveu du roi de Salcnike (Salonique). Athon renverse Sarsamar et emmène son cheval. Ismène, qui regardait le combat avec sa sœur et sa mère, l'a reconnu de loin à la manche de robe qu'elle lui a donnée et qu'il porte attachée à sa lance, et elle se réjouit de cet exploit de son fiancé. Polynice tue Aneblon et donne son cheval à Sarsamar, qui court venger sa honte. Gapanée et ses trois mille hommes, tous nobles, font rage à la tête de pont, devant une des portes de la ville : ils noient plus de dix mille Thébains dans un étang qui était au pied des murs. Désolation des assiégés ; ils lancent le feu grégeois sur Gapanée pour l'empêcher d'entrer dans la place.

Etéocle, apprenant les pertes que son armée vient do subir devant la ville, fait recommencer la lutte dans l'espoir de venger son échec. Polynice, entouré de ses hommes, se défend bravement. — Armure d'Athon. — Polynice l'attaque mollement, puis le quitte en lui disant de garder toujours l'amour qu'il porte à Ismène. Gependant Jocaste, qui vient d'apprendre le désastre des Thébains, ordonne à l'écuyer qui lui a apporté ces nouvelles d'appeler Polynice. Gelui-ci fait cesser le combat, et les chefs viennent auprès de la reine, qui supplie son fils d'accepter l'accord proposé. Tydée s'irrite à ces paroles : il exige

qu'EtéocIe abandonne la terre à son frère pendant un an, et il offre des otages pour garantir que Polynice la rendra, Tannée expirée. Adraste est de son avis.

Les princes grecs dans Tlièhes (v. 625G-G546).

Les dames retournent à Tlièbes, reconduites par Polynice, qui escorte sa mère, par Tydée, qui accompagne Ismène, et par Parthénopée, qui adresse à sa mie Antigène de tendres paroles et l'embrasse de temps en temps. Près de la porte d'Orient, ils rencontrent Athon et deux chevaliers, qui les saluent courtoisement. Athon propose d'aller demander un sauf-conduit pour que les trois princes puissent entrer dans la ville. Tydée accepte cette otïre. Athon rapporte le sauf-conduit, obtenu à grand'peine du roi. Ils se rendent tous au palais, où ils trouvent Œdipe sur un lit magnifique, et s'entretiennent avec lui des moyens de faire la paix. Étéocle, furieux d'être obligé de subir leur présence, feint de ne pas les avoir aperçus et va s'enfermer dans sa chambre avec ses amis. Polynice s'humilie devant son père, lui démontre son droit, et lui offre de l'emmener en Grèce avec sa mère et ses sœurs, et de lui abandonner la seigneurie de tous ses domaines. Œdipe fait appeler Étéocle, qui s'indigne et menace son frère, l'engageant à s'éloigner au plus tôt. « En vo cambre gisiés en pais», dit-il à son père, a je garderai vers lui ma terre, car je puis bien souffrir ma guerre». Œdipe trouve dans sa colère des paroles qui ne manquent pas d'une certaine éloquence; on sent à la tristesse qui règne dans son discours qu'au fond il aime encore ses fils, et les malheurs qu'il prévoit dans l'avenir augmentent son découragement et lui font presque maudire les dieux.

(v. 6419) Edippus lot, môlt fii iriés :

En haut se dréce sôr ses pies, Sôr .j. des chevaliers s'apuie, De çou qu'il ot mûlt li anuie *

« Signôr, fait il, grant folie oi.

Dementres queaidier me poi, 25 Que je fui sains de ma veûe,

La terre tin g par vostre aiûe ;

Aine ne trôvai prince ne roi

Qui onques sist plain pié sôr moi.

Or ne lairai que ne vos die 30 Et mon pecié et ma folie

Moi mesavintk'ocis mon père,

Et .iiij. enfans ai de ma mère,

.ij. jens vassaus et .ij. pucèles

Qui assès sont jentes et bêles.

35 De cel peçiè qant m'aperçui,

Saciés de voir, dolans en fui ;

Si fui dolans, si me fu grief,

Qu'ans .j. les iex m'ostai del cief.

Grant penitanceen ai pôrtraite, 40 Et ma vie grant paine faite ;

Mainte jeiine et main dur lit

Ai puis sôfert pôr cel deht :

Assès est grans li miens esciex.

Puis adoubai ans .ij. mes fîex ; 45 Si lôr donai tôt mon empire.

Si que cascuns fust .j. an sire :

Ensi l'ordonai devant vous.

Dont jesui ore côreçous.

Or voi k'Etioclès tréstôrne, 50 Si me fait môlt dolant et môrne ;

Forment mesfait et poi me crient.

Quant vers son frère Tonôr tient.

Or vous dirai quels la fins iért :

lii quels qui soit sa mort en quiért, 55 Ou soit a cief ou soit a keue,

Lôr convient prendre maie veue*.

Li diu me béent, bien le voi,

Car, s'il eussent song de moi,

Ja n'ocesisse pas mon père, 60 Ne ne geiisse avoec ma mère.

Bien sa i que si pecières fui,

L'eure fu maie c'a li gui,

6426 aieue; 6428 quiconque-, 6431 mou père ; 6436 en sui ; 6437 qu*il me fu;6i38 ans .j.-. 6453 ert; 6456 lui comment; 6461 p. sui.

* Veue = vota ; c/". Roman de Troie, 745, et voyez Remania, II, 100.

208 LE nOxMAN DE THÈBES.

Et maudite est 1' engeiireiire

Qui fu faite contre nature ; 65 Môlt m'esmervel que tant demeure

Qu'il ne périssent en une heure ;

En pecié furent tôt estrait,

Et par pecié mainent ce plait ;

Peciés les a en mainburnie, 70 Et par pecié perdront la vie.

Or ne sai je mais plus que dire,

Mes du pecié mes cuers sôspire,

Si lôrlairai tout eu ingal, 6474 Gui qu'en prenge ne bien ne mal. »

Cependant un chevalier dont Tydée avait tué ronde descend de la salle où se trouvaient les princes, et excite ses hommes, au nombre do trois cents, contre les chefs des Grecs; il les décide à venir avec lui pour leur dresser une embuscade hors de la ville, dans un petit bois. L'écuyer de Tydéo, qui tenait son cheval devant le perron, entend quelques paroles qui lui font craindre une trahison ; il court prévenir le sénéchal de Tydée : celui-ci fait armer ses hommes et les place non loin de l'embuscade des Thébains. Les princes prennent congé d'Œdipe et sortent de la ville.

Deuxième bataille; mort d'Amphiaralis (v. 6547-7182).

Attaqués par les Thébains, Polynice, Tydée et Parthénopée prennent la fuite, jugeant la résistance inutile.

Les traîtres qui les poursuivaient rencontrent les Grecs embusqués, et un combat s'engage. Les plus rapprochés, dans l'armée assiégeante, s'arment aussitôt; Adraste, voyant les jeunes bacheliers combattre vaillamment, engage les vieillards qui l'entourent à ne pas leur laisser toute la gloire de la journée, et à couper la retraite aux Thébains. De son côté, Athon entend les hennissements

G4G6 .j. eure, notation employée plusieurs fois dans le manuscrit A pour le féminin uneiGïlO perdent.

des chevaux, et, voyant du haut des murs la troupe d'Adraste, il se moque de ces têtes chenues, de ces brebis timides, et se dispose à aller les combattre ; mais ceux-ci poursuivent les traîtres jusqu'aux portes de la ville. — Char d'Amphiaralis. — Le devin est englouti dans un gouffre, comme autrefois Abyron et Datan, non sans avoir fait un grand carnage d'ennemis.

Adraste fait dresser sa tente à un jet de pierre des murailles, et se dispose à détourner la source qui alimente la ville d'eau potable ; mais en apprenant Tengloutissement d'Amphiaralis {Arafiran, Aphiaran) et de mille autres chevaliers, il comprend que les dieux sont contre lui, et retourne à son premier campement.

Deuil des Grecs, qui craignent un sort semblable pour chacun d'eux. Joie des Thébains, qui leur crient que les dieux les condamnent. Adraste convoque le conseil et demande aux barons s'ils sont d'avis de rester ou de retourner en Grèce. Le duc de Mycènes {Miçaines) et plusieurs autres seigneurs lui demandent de lever le siège ; mais le comte d^Anicles rassure le roi : les dieux ont assouvi leur haine en frappant le grand-prêtre ; il faut en élire promptement un autre, afin de ne pas rester privés de chef spirituel ; mais avant l'élection, on ira au gouffre en procession, nu-pieds et en chemise, et l'on fera un sacrifice expiatoire, après avoir jeûné, distribué des aumônes et confessé ses péchés. Tous sont de cet avis, maison ne sait qui nommer « evesque )) . Alors un « poète » prend la parole et leur fait un ce sermon » qui, en effet, ne siérait pas mal dans la bouche d'un orateur chrétien : Mélampus, ditil, est trop fatigué ; il faut nommer Olimpius qui, il est vrai, a cent ans et plus, ou bien Tlodamas ; il ne dit pas, comme Stace, que celui-ci soit fils de Mélampus. Tiodamas est élu « sans symonie »; on fait, sous sa conduite, les cérémonies expiatoires à Mahomet, et le gouffre se referme. LesGrecsen sont si joyeux qu'ils vont sur-le-champ attaquer les Thébains.

Troisième bataille ; mort d' A thon (v. 7183-8462).

Énumération des portes et indication des chefs qui y commandent (Cf. Stace, Tfiéb. VIII, 353 sqq., et ici même, repartie). — Les assiégés sortent au nombre de 44,000 environ, et la bataille s'engage. Exploits de divers chevaliers ; mort de Meleaiitier^ , duc de Paile, tué par heûs (Hypsée), et de Diman. Exploits du célèbre archer Amorris. — Le comte d'Arcadie, Alexis^ empoche ses chevaliers de jouter, pendant que les gens de pied [geude, geudons) s'appliquent à tuer leurs chevaux ; il attaque lui-même les gens de pied et leur inflige une dure leçon. Puis il poursuit et frappe avec une baguette un chevalier thébain qui, par forfanterie, s'exposait sans armes défensives, et dont les Grecs se moquaient. — Exploits à^Agénor^ neveu du Thébain Drias^ qui vient au secours de son oncle. Gapanée, désarçonné par les gens de pied, s'en venge terriblement. — Menestée (c.-à-d. Ménécéé) fait prisonnier PancraSj duc de Roussie. — Deux frères, qui luttaient dans les camps opposés, s'entretuent sans se reconnaître; Menestée les reconnaît pour les fils de sa sœur, et fait emporter leur corps à Thèbes. — Exploits d'Alexis. — Créon, armé «a la guise de France », s'embusque dans un «vregier» et surprend la troupe de Polynice, qu'il met en déroute; Polynice, fuyant sur son cheval blessé, est fait prisonnier par deux frères du parti d'Étéocle ; il leur promet pour sa rançon 10,000 marcs. Sur le conseil de l'aîné, les deux frères lui laissent la liberté sans rançon et le prient de^se souvenir d'eux plus tard.

Athon sort de la ville pour aller combattre avec sa « maisnie »; il attaque deux Grecs qui étaient en avant : l'un est renversé, l'autre prend la fuite. Ismène est témoin de cet exploit et s'en réjouit. — Exploits de Tydée : il délivre un de ses cousins, le jeune Afran^ que les «geudons»

1 B Melampus, C Molandus.

emmenaient prisonnier ; son cheval étant blessé, il sort de la presse pour en changer. Gomme il retournait au combat, il rencontre Athon. — Portrait d'Athon :

Athes fu uns mescins môlt grans, Et non peroec n'ot que .xv. ans :

Ses cevex ot crespés et blons, Sôr les espaules auques Ions ; Et ot le cief estroit bendé D'une bende d'un bleu cendé.

Les iex ot vairs, rians et biax, Plains de gaieté comoisiax, Et ot la car autresi blancs Gom est la nois desôr la brance.

Sôr la blançôr, par grant conseil, I ot nature assis vermeil :

Cou est côlôrs qui môlt m\agrée, Blançôrs de vermeil colorée.

La face ot plaine et le menton, N'i avoit barbe ne grenon ; Môlt fu grailles par la çainture, Et ot môlt large enfôrceure.

Il avait commis l'imprudence d'aller à la bataille sans haubert. Tydée s'en aperçoit et se détourne en riant; il l'engage à se livrer aux jeux moins rudes de la galanterie. Athon répond : « Gestes pitiés est coardie », et lui assène un coup violent qui l'étourdit. Tydée, forcé de se défendre, veut le frapper légèrement sur l'écu, mais il ne peut adoucir le coup, et sa lance le traverse de part en part. Tydée pleure son malheur, et Athon reconnaît sa folie et lui pardonne. Tydée le fait emporter à Thèbes sur son écu. Gependant Ismène, qui regardait le combat à la fenêtre d'une tour avec sa sœur, lui vantait les prouesses de son fiancé ; de son côté, Antigone, reconnaissant Parthénopée à la plume de paon qui flottait derrière son casque, faisait l'éloge de son courage. Elle se plaignait de ne pouvoir, comme sa sœur, embrasser et «acoler » son bien-aimé. Sa sœur lui fait part

d'un songe menaçant qu'elle a eu la nuit précédente. Au même instant, elles entendent du bruit dans la ville ; elles se retournent et voient qu'on apporle une civière.

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