‹ La légende d'Oedipe [microform], étudiée dans l'antiquité, au moyen-âge et dans les temps modernes, en particulier dans le Roman de Thèbes;Chapitre 37 sur 94 · BENOÎT DE SAINTE-MORE PEUT IL EN ÊTRE LAUTEUR · texte numérisé non relu

BENOÎT DE SAINTE-MORE PEUT IL EN ÊTRE LAUTEUR

assurées, se trouvant dans des manuscrits français, fournissent une présomption pour un texte originellement picard ou plutôt légèrement imprégné de picard. En tenant compte des modifications qu'a dû faire subir au texte un scribe artésien, comme l'était Madot, il reste cependant dans le ms. A, d'un côté un petit nombre de rimes qui ne sauraient être françaises, de l'autre un nombre considérable de formes picardes qui sont ou constantes ou à peu près constantes, et pour lesquelles il est difficile d'admettre que le scribe, qui n'avait pas la prétention deremcmier son auteur, ait pu arriver à des changements aussi nombreux, d'autant plus qu'il y a quelque raison de penser que le manuscrit que copiait Madot était français. J'inclinerais donc à croire, et le traitement de la gutturale semble l'indiquer clairement, que le Roman de Thèhes est un texte originaire d'un pays situé à la limite du domaine picard et du domaine français, vraisemblablement vers l'Ouest, au point où la Picardie touchait d'un côté à la Normandie, de l'autre à l'Ile de France, hypothèse que confirme l'hésitation de l'auteur entre certaines formes françaises et les formes picardes ou normandes correspondantes.

Maintenant, s'il s'agissait de tenter la reconstitution du texte, nous devrions, je crois, le considérer comme foncièrement français ; mais, toutes les fois qu'une forme étrangère au français est assurée, soit par la mesure du vers, soit par les rimes, il faudrait certainement la maintenir, et rejeter en note les formes françaises. La question est difficile à trancher pour les formes que ne peuvent assurer ni la rime ni la mesure du vers ; dans ce cas, il serait prudent de rétabhr partout les formes françaises. Il est vrai qu'on n'aurait [)oint ainsi une unité de langue parfaite , mais il ne faut point oublier que l'auteur appartenait à une région intermédiaire ; il n'est donc })as étonnant qu'il se soit parfois inspiré des habitudes picardes, comme le montre, par exemple, la façon hybride dont il a traité la gutturale. Les incertitudes qui planent encore sur certains points nous

21)0 LE UOMAN DE TIIÈBES.

ont décidé à renoncer provisoirement à la reconstitution du texte dans les extraits que nous avons donnés plus haut. Nous nous sommes contenté d'égaliser l'orthographe des rimes, et de faire les corrections indispcnsahles*, en attendant que nous puissions donner une édition critique de

notre poème.

Nous pouvons déjà soupçonner, par ce qui précède, que Fauteur du Romande Thèbes n'est point Benoît de Sahite- More ; un examen rapide des traits caractéristiques que présentent le Romœn de Troie et la Chronique nous convaincra bien vite que la langue de Benoît est sensiblement différente de celle de notre anonvme. Pour abréger, nous suivrons l'ordre adopté par M. Settegast, en complétant ses renseignements par ceux de M. Stock. Nous opposons Troie et Thcbcs, mais dans Troie nous comprenons la Chronique, à moins d'indication contraire.

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