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remaniement ne peut être antérieur à la fin du xuf siècle; il faut donc renoncer à cette interprétation'.
Les passages cités comme étant des souvenirs de l'Énéas ne sont guère plus concluants : l'allusion à Arachné ^ à propos de la tapisserie envoyée par Sémiramis à Adraste, est une interpolation due au pédantisme de l'auteur du remaniement; le rameau d'olivier, symbole de paix, que porte Tydée dans son message, se trouve dans Stace, et le clerc le moins familier avec l'antiquité devait connaître cet usage ; enfin le proverbe de celui qui tire le serpent du buisson par la main d'autrui, et qui est apphqué par Étéocle au traître Daire, comme à Drancès par Turnus, est il est vrai, également dans une interpolation de B G et dans A un peu plus loin^; mais ce déplacement même, et ce fait qu'il est accompagné d'un proverbe différent dans A et dans BG, enlèvent à ce passage une grande partie de son importance. Les mentions de Troie, si communes au moyenâge, ne constituent pas une preuve irréfragable de l'antériorité du Roman de Troie'' ; cependant il faut en tenir
' D'autant plus que Verziaus qui, si c'était Verceil^ pourrait faire croire à im marquis de Montforrat, se retrouve dans une variante de BG aux vers 12475-6: Aprh cens issi Pliamonde, Qui tint Verziaus ci puis Girondp, où A donne : Après eus issi Palemon, Qui tint Armir et tint Ason. Il n'y a dans tout ce luxe de noms propres que de la fantaisie.
2 Cèle la fist qu'en fu pendue,
Por la déesse qu'oi vaincue (BG interpol. après 1398).
3 Bien sauriez par autrui main Le serpent traire du buisson ;
Sachiez que bien vous connaisson(s), Bien sauriez humer oeus mous (BG interp. après 0979). Cf. A 9088-90 : 7^05 tans voléSy ce m'est aviére, D'autrui naces seïr en cendre, Et d'autrui main le serpent prendre.
^ V. 3245 sqq.: Onquesne fu tex assanlée, Fors la César et la Pompée ; En l'ost de Troie, dont on conte. N'en ot tant prince ne tant conte, où l'on peut voir aussi une allusion au Roman de Jules César, de Jacques de Forest (il y en a une autre, particulière au ms. A, aux vers 14284-6, Del tans César ne del Crassus, Del Alixandre et del Pompée, Ne fu mais tex (jms assanlée) ; — 3633-4, Et tel tumulte et si grant joie, C/onques n'en ot uregnor a Troie (particulier à A) : — 1 3075-6, // n'ara duc deci c'a Troie, Qui ne le prenge de grant joie (la mère de Parthénopée pour femme).
290 l^îî ROMAN DE TilÈIitlS.
compte, surtout en considération de ce fait que l'auteur, par un anachronisme inconscient, fait assister Antenor de Troie au siège de Thèbes, avec une troupe fantastique dont ridée peut lui avoir été inspirée par le Sagittaire Avx Roman de Troie, mais (lui cependant ne lui ressemble guère. Qu'on en juge :
(V. 12483) Antenor, uns ' barons de Troie, Ot une gent cornue et bloie ; 85 Télé gent ne parolent onques.
En Tost érent venu adonques :
Il sont pelu, si ont Ions bès, Escus ne lôr fera ja fès ; Lances portent a trancans fers, 90 Ilobeleûr sont a travers *.
L'autour, du reste, est fa.nilier avec l'antiquité classi- „ue ou plutôt avec les romans imités de l'ant.quite .1 Zl de l'armée de Romenie (v. 5787), du roi Danus (v. ?596) et de Bucéphale (v. 85G8), double souvenu- du «:!! .'..W,-. de mnus (V. 8500) dont la legen e commecellede son épouse Sémiramis (cf. v. 1393 , ctaU populaire au moyen-àge; mais il fait enterrer Nmus . E one^ et Sémiramis envoie à Adraste sa tap.sser. dSTte,ôùelle esfccenséerégner. Nous venons de s.gnale (pa° 289. note 4) deux allusions au Roman de Jules Ceso itune autre au Ro.nan d; Alexandre; il y en a Ç.u u qui se rapportent à la Chanson des Saisnes (v- «-^f^^ ' l la Chanson d; Antioche et à la Chanson de Roland. Pam cesdernières, il en est une, celle où Tydée est compare u neveu de Clmrlomagne [De proesee sembla Rollant), qui ap-
1 RC ftu-loul B) s'aUacheat h rt.Hruiro ici le merveilleux : 12481, R
' Bu (rîiuiouL n, S'» , ,, . 4 c^,.Q' r Tir Fn Vnd sont nanuicTcs
ehnmuc et coic, C ^uarnue el '''"''^jj^iflf ' '^^ ^relchan ont et a Ions
bis C Draz Iraïnans ont et Ions bes; lii88, s.c BC, A Meus ne i n'iJiers : les vers 12489-00 sont iulervertis daas A, BG Jonneut : Ihms tes ont roides, trancans fers. {El) obeleor sont au travers.
\rrLc /« (rq.6e rt'Éléocle) m Babilone. fin .}. sarcu c^^rdcsm^^ Ce IstTlLres et la Mire, Ninus i (ms. Nuneli. BC .j. ro.st)gul. qn.U fist métré.
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partient au remaniement ; le manuscrit donne : De sa prouéee n''ot sanblant.
Nous admettrons donc, à la rigueur, que notre poème est postérieur au Roman de Troie, mais pas de beaucoup, car il y a des allusions aux deux poèmes dans le sirventes de Giraut de Gabreira {Cabra juglar), que quelques critiques datent de 1170*; et comme M. Stock a démontré que le Roman de Troie était antérieur à la Chronique, rien n'empêche de fixer la date du Roinan de Thèbes au second tiers du xii^ siècle, peu après 1150^ Le vocabulaire et la conservation do la déclinaison, en particulier l'absence de 1'^ au sujet singulier dans les noms à accent mobile, comme sire, etc., s'accordent pour confirmer cette date (cf. G. Paris, Roman, VllI, pag. 166).
Revenons maintenant à la question d'attribution. Nous avons dit que la comparaison de la langue du Roman de Thèbes avec celle du Roman de Troie et de la Chronique ne permettait pas d'attribuer le premier ouvrage au môme auteur que les deux autres. Voici en eff'et les principaux résultats auxquels nous a conduit l'étude détaillée que nous avons feite de la langue du Roman de Thèbes dans les trois manuscrits, étude essentiellement basée sur les rimes :
Voyelles ET T3iPHTH0NGUES.— Al et el (=lat. alis) n'alternent que dans l'écriture; al est seul attesté par les rimes ; — an et en -f- consonne ne sont confondus que dans un petit nombre de mots {ialant, tans, ardant, dotant), mais jamais dans des rimes féminines ; — e + i lat. produit le plus souvent / ; parmi les mots de ce genre, empére (à côté i^Q empire) est seul assuré par les rimes {frère 9969 ABC, : emperére 1 0807 A);— i, venant de e long, donne à la rime tantôt i, tantôt oi (rimes caractéristiques : seïr : venir 663 A, veïr: ferir 8763 ABC); — i et oi, provenant de e bref,
^ Voir plus loin, sect. VII. Jj 2.
2 M. Joly place la composition du Roman de Troie entro 1175 ot 1185 : cette date est un peu trop rapprocliée.
OtJ) I.E llOMaN UK THÈIlES.
Îbrof+ gulluralo, aUerneiil dans les trois manuscrits'; ai et cl no sont confondus que lorsqu'ils sont suivis do n ou n mouillée ; - la confusion de o et de c) est excessivement rare (un seul exemple) ; - celle deoi, issu de 0 iau) u, et de ol, issu de e long, i bref, l'est beaucoup moins : 0/ (= audio) : roi 153 A, : voi Si5 K, poi : .oi 5295 A : moi 6257 A (cf. 7042 ABC moi : poi, D jo* : /)oî) • roi 9095 ; «m6«to/ : soi 5G33 ABC; </roù- : vois (=voccm) 427 A; iow: co«- 6127 A, : i^mc (pra)dam) 9618 ABC,: note 12715 A, : convoie 12733 ABC; apoient : proicnl 7013 ABC- fornow: .0*. 13093; soi : anoi 13045; enfin p««ie (lis poine) : 6e.o»ii/«e 6679 liC, où A donne afaire : contraire ; — c»os latin devient i,ms (rime assurée : ciax : ma.r C335 À) mais *ivlus, 'ilius ne donnent jamais que ans. — Notons encore, comme formes caractéristiques en picard : au pour ou, eu, très-fréquent dans A (plus rare dans BL), mais mal assuré par une seule rime : caut ( = colpum : hliaut 13003, où caut est suspect (cf. Marie de France I, 275 cavp, et d'autre part, ici-même, caut {= calidum) : Miaut 5879 ABC); et de plus ie = iée, forme absolument constante dans A, mais qui n'est jamais assurée par la rime-, si ce n'est aux vers 7187-8 A, herbegie : maistrie, ou il est facile de corriger, avec BC, herber,ic-e, maisniée et aux vers 794 1-2, maisnie : compagnie, où ce dernier mot est suspect, rautcui- n'employant que la forme compaigne.
Consonnes — L'i devant une consonne, souvent encore conservée dans l'écriture, ne doit pas être complètement vocalisée (cf. oslals : cevals 2097, biais : cembials 268o, cols : arvols 12G3, valt : haut 5057, etc.). Je ne vois que le mot solus qui fasse exception, comme le montrent les vmQ% ancjoisseus : sels 1045, sels: peilrcus 2431, vtseus .
. Ce mélange de. formes ie+i = i ot ei oi. '=°'""«"„';^f /^j ^St s-accentue au x,.= (voir Thomsen. E+ i en françan m ^on^J-^^^^,
. BG onl queUinos exemples isolés de ce P'-"»"'*"^^^'''.^;"'^™^;» chan^ie 5423 B. et surtout la rime mesnie] emcvome 3273, ou A
coinpl<''tcmeiit.
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sGus 3005 (cf. volsous : tous 7763), deus : seus 6567. — Le t final est naturellement tombé, excepté dans les mots où il s'appuyait sur une consonne* et où il subsiste encore aujourd'hui ; de plus, il est tombé dans des formes qui Font repris depuis, je veux dire aux 3'°'' pers. du sing. des parfaits en it, dans les cas où il ne s'appuyait pas sur une consonne, et dans fu^ peut-être aussi dans les participes en ut. — L'^et le z sont confondus assez souvent. Citons seulement : ocis : hardis 3095 A, : vis (= vivus) 2271, 2565, 2617, 3989 (ABC), etc., 2953 A, 3001 A, etc., : baillis 695 A, 13897 A, : lumis 3131 et 3137 A, : fenis 3155 A, : cscarnis899X, etc.^; mais : des fais 9105 ABC, : p/«/5 21 A; lis {— lilium) : vis 8361 ABC : mis 3971 ABC; cors (r^cortis) : jors 1593 ABC; haubers : iers 6901 ABC;paï5 : estais 1895 ABC; beneis : mis 7155 ABC; plus : dus ^ (S il ABC; iés : coureciés 921, etc., etc. — Enfin la gutturale est traitée d'une façon toute particulière ^ : les mots où o provient du latin p -i- yot semblent avoir c sitilant, ici comme dans beaucoup d'autres textes ; ce (A, che BC) représente la prononciation che dans les mots où il provient de ce, ci -f- voyelle et dans ceux où il vient de ca à la finale. La prononciation de ca, de ce non à la finale, et de cie issu de ca latin [ms. A) reste incertaine, mais l'auteur prononçait probablement che^ chie.
^ u faut noter ici que ie scribe de A rétablit souveat le t dans les mots terminés en ie, à la rime comme à l'intérieur du vers : peciet : entenet 801, dcspeciei : esrachiet 1029, prchict : esragiet 39, conqiet : haùiet G:)39, coniraloiet (: congié) 27G8, peciet 894, 920, piet 531, 553, 578, 590, congkt 9089, 10874, coucicl 1073. Cf. L'empereur Constant, V 327, in Homania, VI. 163, mangiet : vcrgiet, et Brun de la Montaigne, congiet 1')^ , 3055, chemuchiet 3285, sachiet 3495, embrachiet 3\d\, marchiet (substantif) 3826. U semble qu'il ait voulu ainsi accuser la différence de prononciation entre les féminins en ie=^iée et les masculins en ié. Cette explication semble surtout plausible en ce qui concerne les parlicii'cs passés et le mot pic-, la force de l'analogie a sans doute fait le reste.
- Ce mot olTre naturellement, à cause de sou fréquent emploi daus le poème, un nombre beaucoup plus grand d'exemples de cette confusion du - et de Vs.
'^ Voir l'Appendice, Phonétique.
2iy^ Lli IIOMAN DE THÈIIES.
Flexion - La forme U, au sujet singulier féminin, est assurée à l'auteur par la mesure du vers dans deux exemples où les trois manuscrits s'accordent. - Les noms en o \ en or de la 3'"« déclinaison latine n'ont pas encore pris r. analogique au sujet singulier; les masculins impansvllabiques (comme sire, père) ne l'ont pas non plus. - La f^rme // (peut-être aussi mi) est assurée par la nme a cote de moi, toi, soi, formes constantes. -L'auteur fa.t la d.stmction de ère, ért, etc. à l'imparfait, et de iére, iért, etc., au f„,„r - A la V pers. du pluriel, les formes o/i, ornes, et au conditionnel ou à l'imparfa.t de l'indicatif et du subjonctif iens et iemes, sont également assurées ■,ons est douteux. —La 3'"' pers du plur. del'imparf. dusubj. accentuée sur Pt finale [issant] était connue de l'auteur. - Au parfait même ^Lnne il semble avoir toujours laissé ton^r 1 . du -roupe sr [iren,, non pas isent, islrent, qu offrent les
Imiscrits). -Les imparfaits venant de «!>;-' -uxqm viennent de ebam sont très rarement mélange, (qualie
"ïelf stt les principaux caractères de la langue ^ Roman de Thèhes. La gutturale, nous lavons dit, y est U^ tée on partie comme en picard, en partie comme en ancais ce qui empêche de voir dans notre poème un l?;;'reLnt picarci; d'autre ^K^t, les formes pureinen nicardes veir, seir, ciax, l'article feminm /*, les premières «s du pluriel en ornes, ie.nes, 1^ ^y-r-e ;U.x 2"- pers. du plur. en iés, les futurs on era. hors de la conjugaison, et quelques autres formes --rees corn, celles-ci, par les rimes ou la mesure du vers s oppose t à ce uu'on y voie un texte purement français, ^otons d a. îeut'.iue B et G, manuscrits français, et non picard, comme \ ollront nn certain nombre de formes puremen ;:res, dont plusiem-s sont assurées par les rimes ou p. la mesure du vers; et .■elles mêmes qui ne sont point aui..
. Voir pour les formes qui caractériseat le picard. G. Raynaud, ÉUulc nu- le dLucte picard dans le PonUùeu. Pans, V.eweg. 1876.