‹ La légende d'Oedipe [microform], étudiée dans l'antiquité, au moyen-âge et dans les temps modernes, en particulier dans le Roman de Thèbes;Chapitre 63 sur 94 · XVI APPENDICE ; — LA LANGUE DU ROMAN DE THÈBES · texte numérisé non relu

XVI APPENDICE ; — LA LANGUE DU ROMAN DE THÈBES

7359, OÙ l'on pourrait à la rigueur corriger : destrôsse : rescôsse^ cf. torse = trossé 12328.

Un petit nombre de rimes, inexactes en apparence, deviennent exactes en sacrifiant la déclinaison, ce qui doit être fait toujours quand on a affaire, comme ici, à un auteur soigneux et qui rime bien (cf. G. Paris, Ro7n. III, 120; IV, 282, et Mail, Compnl, pag. 97 sqq.). Les auteurs profîtaienten effet, pour leurs rimes, de l'altération de la flexion qui commençait à se produire dans la langue ; mais il faut noter que c'est toujours le cas régime au lieu du cas sujet, qu'on trouve, ici comme ailleurs chez les auteurs corrects, et non pas le cas sujet pour le cas régime, ce qui est du reste conforme à la forme définitive qu'ont prise la plupart des mots déclinables en français. Voici des rimes qui sont dans ce cas : fit [Z^ pers. sing.) : retom I4I8I, où d'ailleurs retenu, étant prédicat, peut avoir la forme du régime, quoique cette syntaxe soit rare chez notre auteur; cf. cependant llloec le laist on assés vivre ^ Et ja ne s'en voist mats délivre 5G99- 5700, à côté de Sor .j. ceval qui valt .c. livres, Vers la cité s'en fuit délivres 12227-8, et 6ie^ (adverbe) : miVn (prédicat) 1137. A l'intérieur du vers, 1'^ se montre à peu près toujours au prédicat, sauf pour le neutre, ou dans les tournures impersonnelle.?.

N rime exceptionnellement avec n mouillée : signes : iynagines 69 A et essoigne : troue 6755 BC, où A donne ensegne : hoscagne (lis. hoscaigne] ; le premier exemple semble indiquer une prononciation tolérée : sines.

La rime taisent (= taceant) : laissent 5629 ABC est surprenante; mais il faut la rapprocher de tace (= taceat) : face 977, face : 2ilaisel011 etc. (cf. Benoît, Chron.y v. 21183 tace: sace), et aussi de Estace (= Statius) : lojmcc (= Toni^ioç) 9815, et écrire taicent : laissent, où la rime de c doux (pron.*) avec ss n'est plus qu'une licence.

La consonne finale est supprimée dans roi : soi (==soif) 3383 ABC, ©t j^ale f roi : soi 3'iOl ABC; de même dans roi : doi (=digitum) 4985. La forme du mot est légèrement modifiée dans Crète : Milcte (= Milet) 8895, Miçaines : envaines (=en vain)

Il reste les rimes imparfaites suivantes, faciles à corriger ■ viddes (lis. vides] : pluies 5877; grieve : siège 6971 (lis. griegc : siège, et cf. BC, h(\(\'\i\on\ gricge : piège 565 : sic'ge 667); plôrent : (canques il porenl) s' cntracolent 7657, où l'on peut cor-

* Nous désignons toujours ainsi la longue interpolation de BC qui contient la mort de Cajuiuce et le conseil des dieux.

VERSIFICATION

riger avec BC : (Et tant com pueent pôr els) ôrent; andou : vous 6273 (lis. andous].MdÀ^ destorhe : encombre 9583 n'est qu'une assonance; il en est de même de nés : demonstrer 169, de Lenne : fèmc 3721 , et de règne : fème 51. 741. 793 etc. (fréquent, cf. Rom. de Troie, etc.), où il faut peut-être prononcer fène (cf. fenna languedocien, fenno rouergat, etc., à côté du provençal frémo). Ce sont là, je crois^ les seules rimes qui dépassent les licences admises ; enfange : estance (pron. estanche) 7573, esracent (pron. esrachent] : esragent 31SI , messages : sages A (sachesB) , isaces (pron. saches) 1959 B, peuvent à la rigueur être tolérées. Quant aux rimes bâtardes, c'est-à-dire à la fois picardes et fiançaises, elles indiquent une prononciation réelle (voir ci-dessous. Phonétique,

On voit que sur plus de 14600 vers, c'est là un chiffre de fausses rimes insignifiant. Je ne parle pas ici des passages étrangers au manuscrit A, et qui appartiennent à l'auteur du remaniement : les rimes fausses et les rimes inexactes j abondent. En une vingtaine de vers , nous relevons celles-ci : ot : mort BC, serre : vespre B (resne C). père : prée B C, serre : S erse (?) B, S erse (?) : Perse (C) Arrahe : par âge BC; et ailleurs (Addition ', v. 585-6) Tresai^ie : glaive B (glaive : desplaise C), flambe : ame C (flambe: ensemble B), etc. En somme, un peut dire que l'auteur du poème original rimait très exactement, et que son œuvre appartient à la bonne époque de la langue. Ajoutons que l'auteur emploie tour à tour, suivant les besoins de la rime, des formes dialectales différentes, par exemple empire et empére, seïr eiseoir, veïretveoir, otrient et otroient, etc.

B. Ëlision et Hiatus

L'hiatus, dans les monosyllabes , suit généralement les règles données par MM. G. Paris (Alexis, pag. 131 sqq.) et Mail [Comput, pag. 30 sqq.). Que (conjonction) et ne sont élidés ou non, à volonté, dans la plupart des textes; ici l'élision domine. Voici des exemples d'hiatus : que, 59 A 93. 1436. 3459. 3741. 5562. 9266. 13877. 14102 etc.; ne, 1666 (Ne a roi n'a empereour), 8355 (Il ne me sent n'il ne me voit), 9247 (rare) . D'autres monosyllabes (me, te, se, de, le, la) s'élident toujours. Se^M. si s'éiide à peu près toujours ; je trouve cependant l'hiatus aux vers 5563. 9245. 14397

ï Nous appelons ainsi le long passage interpolé de 754 vers, où il est question du conseil des dieux et de la mort de Gapauée.

XVIII appendice; — la langue du roman de thèbes.

etc. Au contraire, se = sic est très souvent élidé, comme nous le verrons plus loin (V. Syntaxe, 2P).

L'article li, au masculin, admet ordinairement Thiatns, mais on trouve des exemples d'élision : l'tm (siij. plur.) (37. 60, à côté de Hun 71; rautre (suj. plur.) 68; Vuns 219. 1358. 7452. 7485. 7665 etc., à côté de li uns 227 etc.; l'enfes 224, à côté de U enfcs 285. 313; Varchevesques, 3680. 6789, Vengineôr * 11290*, mais larbalestier 14583 peut être corrigé à l'aide de BC (D\ine tour li arbalestier) ; en somme, l'élision de li est rare avec les substantifs. — Li, datif du pron. pers., n'est presque jamais élidé; cf. cependant 2618, Que l'en diras la vérité. Notre affirmation de la page 296 était donc trop absolue.

Je, non élidé, prend presque toujours dans A la forme Jou, Jo, devant une voyelle comme devant une consonne. BC ont quelquetnis Je non élidé devant une voyelle. L'élision est plus rare, et alors les scribes écrivent toujours/; de même pour çou (chou), ço et c\ avec élision.

Que, pronom relatif, est tantôt élidé, tantôt non. Qui semble élidé exceptionnellement dans (jucstz=qîiiest 2685. 14155, où il faut peut-être lire quist (cf. 3751 et 7075), d'autant plus qu'il e?t écrit en abrégé; à moins qu'on n'y voie la substitution de que à qui (voira ce sujet Tobler, Zeitschrift, II, 4, pag. 564i, ce que semblent appuyer des exemples comme celui-ci : C'est Ysmaine qua vous parole 8353; Od lôr coutiatis k'érent trancant 3727; Busc'au fosse k'ert el marois 8616.

Parmi les combinaisons de pronoms, nous citerons J^? (très fréquent), ^2«'5 (= qui les) 3649. 9412. 11273. 11279, quin(=zquien) 270. 10629. 13321, nel (== 7ie le), nés (= ne les) passim ; mais je n'ai point rencontré, parmi ces formes contractées, les pronoms nos, vos; nos (=ne vos) 4737 (Sire, fait il, 7ios sou ferrons, Si vos dirai que nos ferons) est peu clair, et doit sans doute être corrigé, d'après BC, en or, voies soufrés,... que vos ferés.

L'hiatus dans les polysyllabes est toujours admis, selon l'usage, mais rarement pour Ye féminin, excepté dans les mots où il s'appuie sur deux ou plusieurs consonnes, le plus souvent une muette suivie d'une liquide. (Cf. Mail, Comput, pag. 31, et Foerster, Revue des Langues rom., 2« série, tom. V, pag. 94).

Citons des exemples : P avec Ye féminin. Et tante anste métré en crois 6022; La tère oevre et si Venglot; Ensanleonousremanrés 2878. BC sont moins scrupuleux et offrent, soit dans des passa-

* Nous marquons d'un astérisque le numéro du vers, quand le mot djnt il est question se trouve en rime.

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