‹ La légende d'Oedipe [microform], étudiée dans l'antiquité, au moyen-âge et dans les temps modernes, en particulier dans le Roman de Thèbes;Chapitre 79 sur 94 · SYNTAXE. XLV · texte numérisé non relu

SYNTAXE. XLV

Qu'on compare, par exemple, cette strophe de P Alexis (89) : A lasse mesre, com oi for aventure ! Ci veijo morte tote ma porteduy^e. Ma longe atente a grant dol est venude. Que porrai faire, dolente, malfedude? Cost grant merveile que li miens cors tant duret, avec ces vers de Troie : Ecuba, mère, quel pecliiè! Tant avreiz vostre cuer iriè. Tant avra ci forte aventure. Et doterose porteûre Asfet, mcre, de tez enfanz (4887-91), et avec ceuxci de Thèbes : Quant ma première porteûre M'a si tolu maie aventure (179-80), et ces autres : Lasse, dist èle, durfeûe 8388, La moie mors èle tant dureSlHl etc.: on seraobliiréde reconnaître qu'il y a là non i)as imitation, mais rencontre fortuite, amenée par la ressemblance des situations et les mêmes ha])itudes de langage.

e. — A côté de ces expressions, qui reviennent assez fréquemment, mais qui laissent cependant voir un certain effort })our arriver à la variété, on en remarque d'autres qui indiquent chez l'auteur une grande recherche de cette qualité du style. Ainsi le nombre des expressions qu'il emploie pour indiquer la mort est considérable :

Jamais neilst raangiè de pain 5908; — Tôtes ses oevres i aciève 2276; — L'ame s'en va, si est fines 3150; — L'ame li est del cors issue 8220 (cf. Troie, 12742-3, Quegiene li face entresaing Par qui l'ame en iert a dire; 13091, L'ame del cors vos estuet rendre-, 19260, Del cors li est li cuers partis; 14203, Mainte ame i ot de cors sevrée-, 18915, Que n'en face des âmes se ivre Toz cels que porrai damagier); — De lui est mais faite la guerre 2466 ; — De vJs, fait-il, est Irive prise 5932; — .1 taj^t ara aiuement, Qui en ferrai par maltalent 2201 -S;— Tant en i gist de deplaiiès, Dont jamais n'èrt (lis. n'iert) vis J. haitics 2365-6; — Cil qui premiers fu conseils Ne sot renoncier en sa 1ère Auquel estut mix de la gerre 10214-6 (cf. BC, interpolation après A 4334, Cui elle ficrt de cèle main, Jamais ne mangera de pain] ; — De maie mort le âst confès 2502 ; Qui les fait môrir desconfès 2540 (cf. Cil kaï mors que onkes prestre N'i vint a tans ne ni pot estre 5899-5900) ;— Or a li quens sa destinée, De lui rest la guerre flnèe, BC, Addition 751-2.

Le Roman de Troie n'est pas moins varié sous ce rapport; outre les exemples cités plus haut, nous relèverons ceux-ci : 1 1 108, Ja fust de lui feniz li geus; 19119-20, Teœ ,m. en versent sur l'areine Dont puis nissu f uns ni aleine i 11089-90, Que jusqu'à poi, s'il n'a die, Porra petit amer sa vie; 18939, Qui puis not mestier esperon ; 2M4Q-bO , Desateinz chiet sôr le s ab Ion Maint qui ne dit n'oïl ne non,

4" Ellipse. — Ellipse du verbe dire implicitement contenu dans

XLVi appendice; — la langue du roman de thkbes.

]e verbe précédent (imitation de la tournure latine) : Soncamberlenc aval envoie^ Pôr savoir dont la noise sort : Isnèlement a lui retôrt (ms. retourt) 1272-4 ; cf. 240, 251 etc.

Ellipse du pronom personnel : Ajirès sa mort s'en velt vengier^ Et as mastins faire raangier 8720-30; — Se ne lôr toi (== le lôr toi) 8752; cf. 8858. 8850 etc.

Ellipse du relatif : Tèles i a par mi sont fraites 8010; Dont il i a plus de ,vij. cens Mort sont et pris en vo affaire 10000; — l^*en escapa que J. sels vis. Que il arriére renvoia. Et a son roi le noîicera 2054-0; — Ses ciel n'est hom, tant le haïst, Et tel doel faire li veïst y Ki ne plourast pôr la dôlour Que la dame mena celjour 201-4, etc.

Ellipse de l'antécédent du pronom relatif au pluriel : Pollinicès semont par moi, Qui de cest plait li sont par foi, Que tout (Via. tuit) en Gresse a lui se viegnent 2035-7.

Ellipse de que conjonction devant une proposition subordonnée : Gardes, fait-il^ li messagiers^ Quici fu ore baus et fiers, N^en voist de ci issi gabant 2077-0; — Riant lôr dist bel li estait Menalipus a fait tel trait ^1^1 S -^ — Ne puet muer ne li anuit ()154 ; cf. 3005. 10430 etc.

Ellipses diverses : Des rois de Gresse i fist l'estoire. Ceux ['=diQceux] qui sont digne de mémoire (BC. Interpol, après A 5584); — En son escu li dona tal (s.-ent. cop] 7075 ; — Et vos coynyyient? (= Et comment ferez-vous ?) 4727 ; — Terme et respit li prierons (savoir se vaincre le porons) Dusqu'a demain 11307-0.

On peut encore rattacher h l'ellipse l'emploi de la .3"'*' pers. du plur. sans sujet, correspondant au pronom indéfini on, ou k un sujet indéterminé : les hommes : Encor n'érent pas crestiien,.. Vun ao2iroient , etc. 05 A ; En J. bel liu le navré posent, Ceus qui pleurent environ cosent, Arousë Vont 8205-7 ABC etc.

5'* Pléonasme. — Avec le pronom personnel : Pollinicès ses sans li vient 1 1G5 B ; — La moie mors èle tant dure 3787 (C par e'rt tant dure); — Ja nen es tu fins a putain 121 A (où le sens de en n'est pas clair; — Trop en prendés grani signôrie, B'aficier vosty^e jugement 10540; — Il l' avoieyit Juy^é ançois . . . Que s'entr'els deus soyy'oit discorde, etc. 050-61 ; — Dessi qiie mort l'aie a mes poins. Celui qui ochis a ynon fil 3012-3 (cf. 3052 icil, 14078 cil, 11370 et 11450 le, 2063. 3503. 5654. 0767 et 10164 ew, 11133 les etc.) — Ces exemples ne doivent point nous étonner, puisque dans l'ancien style épique on trouve le pronom personnel sujet placé immédiatement après le substantif: S^-Léger 20, Re.c Chielperings il se fud moy^s, etc.

Avec l'adjectif possessif : Bien ses des pluisors lôr côrage

syntaxe.

5209 etc. Ce pléonasme, fréquent seulement en espagnol et en portugais, n'est cependant pas rare en provençal; il l'est davantage en français (cf. Diez, III, (SQ) .

Avec l'adverbe en : en aler (=:a]er) 1711. 5485. 8105 etc.; eyi veyiir 14288 etc. (fréquent), aussi s'en voiir, se venir; en entrer 1807 BC; traiiés eyi la 2204; retoryiés eyit 4529.

Avec l'adverbe la : Devant le maistre tré roial, La descendis rent II vassal 4713; cf. BC, Interpol, après A5584c6^^^, et après A 5647 cil, au lieu d'un substantif exprimé dans la même proposition.

Avec que conjonction : Par issi ke. sejou te lais. Râler ay^ynére tout enpais. Que tu yne pleviras par foi Que tout çou coyiteras le roi. Si coyn avons ici este, Que l'en diras la vérité 2613-8.

Divers : Mais (= si ce n'est) vos aynis tayit sôleynent 6122; — Tydeus, môlt par es cnrtois 4554 ; — Vos dis trop par les aficiés 11133 — La roïne par est ta^t fier e 3813. — Car en l'aige par ot tel presse 3655.

6® Syllepse. — Accord avec le pronom plur'el implicitement renfermé dans l'adjectif possessif : Se Je puis vosty^e cor conquerre. Qui li volés tolir la terre 4461-2, où vostre cors est synonyme de vous, comme au vers 4500 : Ne vostre cors çaiens reçoivre,eic. — Accord avec l'idée du pluriel contenue dans tayit : Tayit gentil hoyyie d'autre terre, Qui érent venu pôr conquerre, 1 véïssiés mort en la pre'e 5051-3 (V. ci-dessous, tant, aux adjectifs).

C'est aussi par une espèce de syllepse du nombre que fait il [dit il] est employé pour /bn^ il [disent il], qui se rencontre aussi, pour annoncer un discours prononcé au nom de plusieurs; par exemple, v. 0287-8, Cil ontpaôr de perdre vie : «Sire, fait-il,.., et ailleurs. Cette construction s'explique par ce fait qu'en réalité il n'y a qn'une personne qui parle au nom de tous.

7'' Nous croyons devoir réunir ici un certain nombre de tournures hardies ou concises et d'mvERSioNs ou constructions remarquables isolées : Mais la desfeyise ne lôr valt Que il ne les pendent en haut 5057-8 ; — Bien me porai vers lui des fendre Que je ne doi son frère prendre (= dire pour ma défense que) 7000- 10 (cf. firfaire, construit avec un régime direct, au Glossaire s. V.) ; Car il ne séveyit aige ou querre 3404 BC (A car ne sévent ou a. q.); — Porté l'en ont dans son mailloel 111 ; — Creon li viex et li voisous Ot .j. ceval liart et rous. Armés à la guise de France D'elme, d' aubère, d'escu de lance. Et fu etc. 7763-7, où le second vers sépare du sujet le participe et les compléments qui suivent ; — Nés laisse aler pas au tôryioi 7389 ; — Ce saciés bien, ne bai ne brun. Que plus isyiiel n'en i a un 7603-4 ; — Malvais plaidier fait a signer 11704, etc.

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