FEVRIER
Aux pans du ciel l'hiver drape un nouveau décor ; Au firmament l'azur de tons roses s'allume ; Sur nos trottoirs un vent plus doux enfle la plume Des petits moineaux gris qu'on y retrouve encor.
Maint coup sec retentit dans la forêt qui dort ; Et, dans les ravins creux qui s'emplissent de brume, Aux franges du brouillard malsain qui nous enrhume L'Orient plus vermeil met une épingle d'or.
Folâtre, et secouant sa clochette argentine. Le bruyant Carnaval fait sonner sa bottine Sur le plancher rustique ou le tapis soyeux ;
Le spleen chassé s'en va chercher d'autres victimes ; La gaîté vient s'asseoir à nos cercles intimes . . . C'est le mois le plus court : passons-le plus joyeux !
Il chasse vers le Nord l'hiver au fond des bois.
Demotjstier.
Adieu les jours sereins, et les nuits étoilées ! La neige à flocons lourds s'amoncelle à foison Au penchant des coteaux, dans le fond des vallées : C'est le dernier effort de la rude saison.
C'est le mois ennuyeux, le mois des giboulées ; Des frimas cristallins l'étrange floraison Brode ses fleurs de givre aux branches constellées ; Là-bas un trait bronzé dessine l'horizon.
Le vieux chasseur des bois dépose ses raquettes ; Plus d'orignaux géants, plus de biches coquettes, Plus de course lointaine au lointain Labrador.
Il s'en consolera, dans la combe voisine, En regardant monter sur un feu de résine La sève de l'érable en brûlants bouillons d'or.
Lève-toi, lève-toi, le printemps vient de naître.
Louis Bouilhet.