‹ La légende d'un peuple (volume 2)Chapitre 11 sur 120 · A PAMPHILE LE MAY · texte numérisé non relu

A PAMPHILE LE MAY

A l'occasion de son couronnement par l'université Laval.

Poète, on t'applaudit ! poète, on te couronne !

Le laurier du vainqueur sur ta tête rayonne ;

Le passant jette à flots des fleurs sur ton chemin ;

Au tournoi de la lyre on t'a cédé l'arène ;

Ta muse à ses rivaux sourit en souveraine :

Et je ne suis plus là pour te serrer la main !

Pourtant, naguère encor, suivant la même étoile. Nous n'avions qu'une nef, nous n'avions qu'une voile ; Nos luths comme nos cœurs vibraient à l'unisson. Poètes de vingt ans, c'étaient luttes sans trêve: C'était à qui de nous ferait le plus beau rêve, C'était à qui ferait la plus belle chanson.

Nous rêvions, nous chantions, — c'était là notre vie.

Et, rivaux fraternels, sans fiel et, sans envie,

A la muse des vers nous faisions notre cour.

Tu charmais les zéphyrs, je narguais la bourrasque ;

Et nous voguions tous deux, toi songeur, moi fantasque,

L'âme ivre de printemps, de soleil et d'amour.

Nos soirs étaient sereins, nos matins étaient roses, Tout était calme et pur ; nuls nuages moroses N'estompaient l'horizon — ô présage moqueur ! J'aimais. . . et je croyais à l'amitié fidèle ; Tout me parlait d'espoir, quand le sort, d'un coup d'aile, Brisa mes rêves d'or, ma boussole et mon cœur !

L'orage m'emporta loin de la blonde rive

Où ton esquif flottait toujours à la dérive.

Bercé par des flots bleus pleins d'ombrages mouvants.

Et depuis, ballotté par la mer écumante,

Hochet de l'ouragan, jouet de la tourmente,

J'erre de vague en vague à la merci des vents.

Oui, je suis loin, ami I mais parfois les rafales M'apportent des lambeaux de clameurs triomphales ; Et j'écoute, orgueilleux, ton nom que l'on redit. . . Alors je me demande, en secret, dans mon âme. Si tu songes parfois, quand la foule t'acclame, A celui qui jadis tant de fois t'applaudit.

Chicago, octobre li

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