PRÉSENT DE NOCE
A Mme Corinne W***
Un soir, que nous veillions sous les marronniers verts ; Nos voix, dans le jardin, retentissaient joyeuses, Et, noyant mes dix doigts dans vos boucles soyeuses, Entre deux gros baisers, je vous promis des vers.
Depuis lors, j'ai vieilli ; ma vie eut des revers ; Je me berçai souvent d'espérances railleuses ; Mais pour vous, la jeunesse et ses fleurs merveilleuses Par des printemps vermeils ont marqué mes hivers.
Vierge au front rougissant, demain vous serez femme : Je devrais vous écrire un long épithalame ; Mais, hélas I ce n'est plus de mode désormais.
Le sonnet, ce pigmée, a vaincu le colosse. . . Daignez donc accepter celui-ci, car j'y mets Tous mes vœux de bonheur et mon présent de noce.
Madrigaiix et sonnets, amoureuses guirlandes.
H. BrFFEXOIB,
A PAUL VIBEKT
Ce soir, mon ami, les pieds aux chenets, Dont un froid de loup attisait la flamme. J'ai pu savourer tes charmants sonnets, Et, le cœur ému, ma muse t'acclame !
Je ne dirai point que je m y connais ; On prendrait cela pour de la réclame ; Mais en te lisant je te devinais, ,
Et ces beaux vers-là m'ont remué Pâme.
D'aube et de jeunesse ils sont lumineux ; Pourtant du passé, l'on respire en eux Je ne sais quel doux et suave arôme : —
Bercé par leur rythme, on croit, par instants, — Vaine illusion ! — de ses dix-huit ans. Voir passer au loin le vague fantôme !
Dix ans ont passé sur elle,
Dix ans prompts comme l'éclair.
Paul Blaxchemain.