‹ La légende d'un peuple (volume 2)Chapitre 66 sur 120 · A ALFRED GARNEAU · texte numérisé non relu

A ALFRED GARNEAU

Pourquoi chanter, ami, lorsque riiomme n'écoute

Que le son du métal, et qu'il va, délirant, Comme un triste insensé, laisser indifférent Ses lambeaux de croyance aux épines du doute ?

Bien longtemps j'ai voulu résister au torrent, M'attacher aux rameaux dont s'ombrageait ma route ; Mais des illusions le baume goutte à goutte S'échappa de mon cœur pour suivre le courant.

A bien des chocs cruels ma lyre s'est brisée ; A lutter sans espoir ma main s'est épuisée ; J'ai fui le sol mouvant qui manquait sous mon pié ;

Et si, barde vaincu, parfois je chante encore. C'est qu'il reste en mon âme une corde sonore Qui vibrera toujours au nom de l'amitié !

Une image ! une image ! et pourtant elle parle !

PlEBRE Valade

A Mme JOSEPH CAUCHON

Madame, vous aimez l'artiste de génie, Ce sculpteur inspiré dont le ciseau savant Sut si bien reproduire, en ce marbre vivant, De vos traits fins et doux la suave harmonie.

Vous l'avez dit : plus tard, quelqu'un viendra souvent, Pour consoler un peu son âme endolorie, Relire, ému, devant cette image chérie.

De votre souvenir le poème émouvant. —

Oui, c'est vrai ; mais lors même où, fruit tombé de l'arbre. Votre fils n'aurait pas ce beau buste de marbre Pour lui parler de vous et de ses premiers jours,

Il saurait retrouver dans les cœurs, chose rare.

Mieux que vos traits charmants dans ce bloc de carrare,

Votre douce mémoire empreinte pour toujours !

Puis, devant tes flots bleus, ô magique Provence. .

E. DE ViLLEDIEU.

A M. DE BERLUC-PERUSSIS,

poète provençal.

Poète, hier, encore, en humant quelques verres I>e votre fin muscat de Provence, — frileux, Je me pris à rêver aux climats fabuleux. Où Ton retrouve encor la chanson des trouvères.

Souffles tièdes berçant de frais papillons bleus. Ciel d'azur, rayons d*or, roses et primevères !. . . Désespérant contraste avec les froids sévères De nos zones qu'attriste un soleil nébuleux I

De vie et de parfums brises exhubérantes !

Aux chansons des oiseaux forêts toujours vibrantes !

Langue au rythme sonore et plein de nonchaloir !

Ces horizons vermeils ! cet hiver chimérique 1 — Dites, n'est-ce pas là quelque monde féerique Où pour être poète on n'a qu'à le vouloir ?

Qu'aimable est la vertu que la grâce environne !

A Chénteb.

POUR L'ALBUM DE Mme H. MERCIER

Avant d'écrire un mot sur cette page blanche, Auprès d'elle, en rêvant, j'ai promené mon œil ; Et, sur ce frais vélin où tant d'amour s'épanche, L'avourai-je ? j'ai craint de trouver un écueil.

J'hésite encore, ainsi qu'un oiseau sur la branche ; Mais, puisque de ce temple il faut franchir le seuil. Je m'exécute, et risque une parole franche, En songeant à celui dont vous êtes l'orgueil.

Car vous aimez, madame, un homme au cœur d'élite ; Votre âme suit son âme en fidèle acolyte, Répandant sur sa vie un vase au doux parfum ;

Et, lorsque l'on vous voit si charmante et si bonne, On sent qu'il a voulu mêler, dans sa couronne, La fleur de poésie aux lauriers du tribun,

A mon avis, l'hymen et ses liens

Sont les plus grands ou des ujaux ou des biens.

Voltaire,

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