‹ La légende d'un peupleChapitre 10 sur 14 · FRANCE · texte numérisé non relu

FRANCE

C'était après lecs jours .sombres de (Ti-avelotte: La France agonisait. Razaine Ist-ariote, Foulant aux jiit^ds hoiineui- et jintrie et iSernients, Venait de livrer .Mntz anx reîtres alleniamls. Comme un troupeau de loups sorti des steppes russes, Une armée, on iilntôr des hordes de Borusses, Féroces, l'œil en feu. sabro aux dents, viuur contre un. Après mille razzia de Strasbonr*;- à \'e]-duii. Incendiant levs bourgs, saccageant les villages, Ivres de vin, de sang, de haine et de pillages.

Et ne laissant partout que carnage et débris, Xonveaii tléan de Dieu, s'avançaient sur Paris.

V(ds, attentats sans nom, horribles hécatombes, Kien ne rassasiait ces noirs semeurs de tombes. La province, à demi morte et saignée à blanc, Se tordait et râlait sous leur talon sanglant. Seule! et voulant donner un exemple à l'histoire, Paris, ce boulevard de dix siècles de gloire, Orgueil et désespoir des rois et des césars. Foyer d(^ la science et temple des beaux-arts, Folle comme Babel, sainte comme Solyme, En un jour transformée en guerrière sublime. Le front haut, Tarme au bras, narguant la trahison. Par-dessus ses vieux forts regardait l'horizon!

Au loin le monde ému frissonnait dans l'attente: Qu'allait-il arriver ? L'Europe haletante

Jetait, soir er marin. f>ni- nos bords atterré; Ses biilletiiif^ (le plus en ]^]us <lései<pérés. . . On bombardait ParisI

Or, taudis que la France, Jouant sur uu seul dé sa dernière espérance, Se' roidisfîait ainsi contre le sort métdianr. Tu poème naïf, ibmloureux et toucduint S'écrivait en ison nom sur un autre hémisphère. Tandis que d'un œil sec d'autres regardaient faire, — D'autres ])onr (pii la Fi'anc<', ange compatissant, Avait donné cent fois le meilleur de son sang. — Par delà rAtlanti(jue, aux champs du nouveau monde Que le bleu Saint-Laurent arrose de 8on onde, Des flls de l'Armorique et <lu vieux sol normand. Des Français, qu'un roi vil avait vendus gaîment. Une humble nation qu'encore à peine née, Sa mère avait un jour, hélas! abandonnée, Vers celle que chacun reniait à son tour Tendit les bras avec un indidlde auK.ur!

La voix du sang parla; la sainte idolâtrie,

Que dans tout noble cœur Dieu met pour la patrie,

t?e réveilla chez tout-^; dans chacun des logis,

Un flot de pleurs briilant« coula des yeux rougis;

Et, parmi les sanglots d'une douleur immense,

Un million de voix cria : — Vive la France !

Sous les murs de Québec, la ville aux vieilles tours, Dans le creux du vallon que baignent les détours Du sinueux Saint^Charle aux rive^i historiques, lA l'ombre des clochers se groupent vingt fabriques. C'est le faubourg Saint-Roch, où vit en travaillant Une race d'élite au cœur fort et vaillant. Là surtout, ébranlant ces poitrines robustes, Où trouvent tant d'échos toutes les causes justes, Retentit douloureux ce cri de désespoir: La France va mourir !

Ce fut navrant. Un soir.

Un de ces soirs brumeux et sombres de Fautomne

Où la bise aux créneaux cbaute plus uionotoue, De ses donjons, à l'heure où les sons familiers De la cloche partout ferment les ateliers, La haute citadelle, avec sa garde anglaise, Entendit tout à coup tonner la Marseillaise, Mêlée au bruit é-itrident du fifre et du tambour. . . Les voix montaient au loin: c'était le vieux faubourg Qui, grondant comme un flot que l'ouragan refoule, Gagnait la haute ville, et se ruait en foule Autour du consulat, où de la France en pleurs. Drapeau toujours sacré, flottaient les trois couleurs.

Celui qui conduisait la marche, un gars au torse D'Hercule antique, avait, sous sa rustique écorce — Comme un lion captif grandi sous les barreaux — Je ne sais quel aspect farouche de héros. C'était un forgeron^à la rude encolure. Un fort; et rien qu'à voir sa calme et fière allure. Et son mâle regard et son grand front serein. On sentait battre là du cœur sous cet airain.

Il s'avaiira tout seul vi^rs le fonctionnaire; Et, d'nne voix tranquille où ;L:rondait le tonnerre, Dit : — Monsieur le consul, on nous ap])renil là-bas Que la France trahie a beisoin de soldats. On ne sait ])as chez nous ce ([uc c'est que la i^uerre; Mais nous soninn^s d'un sanii, qu'on n'intimide Liuère; Et je nie suis laissé dire que nos anciens ()nt NU ce (|ue (•'('■tait que les canons prussiens. Au reste, i)as besoin d'être instruit, que je sacdie, Pour se faire tuer ou brandir une hache; Et c'est la haidic en main (jue nous i>artirons tous; Car la France, ^fonsicur. . . la France, voyez-vous. . , Il se tut; un sanj;lot rt'tic^iiiuait à la j:>orge. Puis, de (Son ])oin«;' In-nni ]f.ir le feu de la forge Se frappant la i»oitrine, où (diacun eût ])u voir D'un scapulaire neuf flotter le cordon noir:

— Oui, monsieur le coiiisnl, reprit-il, nous ne sommes

(^ue cinq cents aujourd'hui; mais, tonnerre! des hommes?

Nous en aurons, allez!... Prenez toujours cinq cents, Et dix mille demain vous ré])ondront : — Présents !

La France, nous voulons éi)ouser sa querelle; Et, lier d'aller combattre et de mourir pour elle. J'en jure par le Dieu que j'adore à genoux, On ne trouvera pas de traîtres parmi nous!. . .

Le reste se perdit, car la foule en démence

Trois fois aux (piatre vents cria: — Vive la France!

Hélas! pauvres grands cœurs! l^ur instinct filial

Ignorait que le code international,

(^ui pour l'âpre négoce a prévu tant de choses,

Pour les saints dévoûmeuts ne confient pas de claus-^s.

Et le consul, qui m'a conté cela souvent,

En leur disant merci, pleurait comme un enfant. (^"')

Donc tout est consommé. Dans notre lière époque, Quand de tous les côtés s'ébranle et se disloque L'enchevêtrement noir des préjugés boiteux; Quand des anciennes lois les vieux codes honteux, Devant l'éclat vainqueur des lumières modernes, Eteignent un à un leurs fumeuses lanternes; Quand on voit tous les jours se dissoudre sans bruit Quelque étai vermoulu d'un régime détruit; Quand de l'humanité la caravane en marche Voit poindre à l'horizon la colombe de l'arche Apportant dans son bec le rameau fraternel;

Quand, secouant partout le joug originel De l'antiqAje union des erreurs et des haines, Les peuples, Tœil tourné vers les aubes lucuhaines, Semblent «e dire enlin, dans un commun accord. Qu'il est un droit plus saint que celui du plus fort; Oui, dans ce siècle où tout s'élève et s'émancipe, Chez nous, au plus flagrant mépris de tout principe De clémence, d'amour, de paix et d'équité, A la face du monde et de la liberté.

Sur le classique sol de toute indépendance, Pris de férocité, gonflés d'outrecuidance, On a vu des guerriers et des hommes d'Etat, Juges, bourreaux, unis dans un même attentat, Au-dessous d'un gibet (pi'un peuple entier renie. Groupés pour savourer un râle d'agonie!

Et voilà ce qu'on fait (piand on est bax)tisé. Qu'on e«t bon orangiste, et bien civilisé!

"-^--^ci^t^jd

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