‹ La légende de Croque-MitaineChapitre 11 sur 47 · ES · texte numérisé non relu

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marqua, en sen approchant, que ses mains étaient rouges de sang; il crut s'être blessé, se tâta et s’aperçut que ses vêtements en étaient également imprégnés.

« Voilà qui est étrange, dit-il à son chef, je ne suis pas blessé et cependant regardez mes mains, mes habits. »

L'oflicier prit un falot et, accompagné par le soldat, il recommença sa ronde

Arrivé devant la porte de la chambre de Mourad, il s'arrèta.

en sens inverse. Arrivé devant la porte de la chambre de Mourad, il s'arrêta et remarqua avec stupeur un filet de sang qui prenait sa source dans l’intérieur de l'appartement. Il courut en hâte prévenir le commandant du poste, chargé du service de nuit; celui-ci s’en fut, tout effaré, donner avis de cette découverte au ‘gouverneur du palais, qui en fit part aussitôt au chambellan de service, lequel, n’osant prendre la responsabilité de réveiller le sultan, s'en alla trouver le ministre, qui hors d'haleine, porta cette grave nouvelle à son maître.

Marsille se fit habiller au plus vite.

Päle, tremblant, les yeux à demi ouverts,

les vêtements en désordre il courut chez

Le miisire, hors d'ha!eine.

la sultane. Celle-ci, qui ne s'attendait pas à cette visile et qui n'avait jamais vu son seigneur en pareil équipage,

poussa un cri. À ce cri les cinquante suivantes de garde arrivèrent effarées. En

entendant le récit de Marsille, la belle Hadrama et dix de ses femmes tombèrent pâmées.

« Par les sourcils du Prophète! c’est bien le moment de faire de pareilles singeries ... nous n'avons pas un instant à perdre... celle de vous qui reprendra ses sens la dernière, recevra cinquante coups de verges..…. »

Au même instant tout le monde fut sur pied et prêt à partir.

Le roi, la reine, le ministre, le gouverneur, le chambellan, le chef du poste, l’oflicier, le soldat, les cinquante suivantes, les cinquante gardes du Corps et les eunuques se mirent en marche précédés de vingt nègres porteurs de torches.

Le cortége arriva devant la chambre de Mourad; la porte fut enfoncée. En voyant quelle était la victime, le Roi respira plus librement.

« Ce gouverneur nous a fait une peur! dit la belle Hadrama.

— C’est votre faute, ministre, dit Marsille, en fronçant le sourcil.... Qui vous a donné l’audace de nous troubler pour cela? .

— Seigneur, c’est votre chambellan de service qui est venu me réveiller et me dire que le prince se mourait. Si j'avais pu supposer... »

Le chambellan, voyant sa faveur en dan ger, rejeta la faute sur le gouverneur du palais, qui s’en prit au commandant du poste. Celui-ci accusa l’oflicier de garde, qui fit appliquer sur-le-champ cent coups de bambou au soldat cause première de tout le mal.

Le cortége rassuré allait se remettre en marche, quand la reine poussa un cri.

« Qu'est-ce qu'il y a encore? dit Marsille

en faisant comme tout le monde trois pas en

arrière.

Mon fils est mort!

— Ne VOYyEZ-VOUS pas que la chambre est

vide? on à tué mon fils... il n’y a pas à en douter, je révais chat, quand vous m'avez réveillée... Mon fils est mort! mon fils est mort!

Ce ne peut être que le gouverneur qui l’a tué...

— Vous ne savez ce que vous dites, chambellan, reprit Marsille; et vous,

madame, vous êtes folle. Rentrez dans vos appartements. Quant à vous, gou-

verneur du palais, songez que si mon fils n’est pas retrouvé au soleil levant, vous

aurez les honneurs du pal. Allez, je compte sur votre zèle. »

Marsille rentra chez lui, s'étendit sur des coussins, et dormit jusqu'à neuf

heures, ce qui ne lui était jamais arrivé. Il vit, en ouvrant les yeux, le gou-

verneur du palais, immobile au pied de son lit.

« Ah! vous voilà! m’apportez-vous de bonnes nouvelles ?

— Seigneur, le jeune prince est retrouvé.

__ Eh bien! dit Marsille à la belle Hadrama qui venait d'entrer, vous

voyez que vous étiez trop prompte à vous alarmer. »

La sultane ne répondit rien et essuya une larme.

« Et où avez-vous retrouvé Mourad?

— Dans le bois d’oliviers qui borde le parc.

.… voilà mon aiglon qui essaye ses ailes. Que faisait-il ?

— Le prince dormait auprès d'une lionne el de trois lionceaux.

— C'est impossible, gouverneur!.... Je vous connais, vous ne seriez pas

allé le chercher là.

— Seigneur, la lionne était morte, ainsi que deux de ses petits; le troisième,

le seul vivant, ne pouvant plus teter sa mère, la dévorait.

Le ministre présenta un rapport au sultan.

— Et qui donc avait fait ce beau carnage?

— Moi, » dit Mourad, entrant pâle et sanglant, suivi de deux esclaves qui tenaient son lionceau enchainé.

Marsille se leva, il courut au-devant de son fils, le prit dans ses bras et le couvrit de caresses. L'enfant ne les lui rendit pas; il venait de s'évanouir, épuisé par la perte de son sang et vaincu par la douleur.

Je n’ai pas besoin de vous dire qu’il fut soigné en fils de roi, en vainqueur de lions.

Le ministre présenta, quelques jours après, un rapport au sultan, par lequel il prouvait d’une façon péremptoire que le gouverneur du prince s'était donné la mort.

Marsille sourit.

« Voilà un beau travail, ministre, je tiens à vous en récompenser : c'est

vous qui remplacerez le gouverneur auprès de mon fils. »

Mourad grandit, et sou lionceau ne le quitta plus; partout on les voyait en=

semble, même sur le champ de bataille. Aussi firent-ils en même temps leur entrée

à la passe d'armes de Fronsac.

Vous connaissez maintenant Mourad-Henakyeh-Meimoumovassi; relournons

auprès” de Charlemagne.

Son lionceau ne le quitta plus. (Page 47.)

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Grande fut la surprise des assistants. (Page 50.)

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