‹ La Légende de Don Juan (volume 2)Chapitre 114 sur 223 · Dryden, Mock Islrologer, le personnage de Wildblood · texte numérisé non relu

Dryden, Mock Islrologer, le personnage de Wildblood

i. Cf. le personnage de Mirabel dans The Way of Ihe World, de Congreve. — Cf. encore des types comme celui du jeune Ranter de Crowne, celui <)<• Suri) surtoul dans The Courtl) Vice; relui de Manl\ dans The Plain-dealer.

•">. Lady Brute dans The Provoked il ife, de Vanbrugh.

sous laquelle se dissimulaient les passions violentes de leur devancier français. Leur Donjuanisme est brutal el repoussant; à l'amour, ils mêlent l'orgie el le meurtre; il leur faut des cruautés horribles, des excès démesurés; leurs voluptés ont un relent des bouges de YVhitechapel. Puant l'ivresse et le meurtre, vomissant dans ses hoquets jurons et obscénités, ignoble, féroce, sans scrupule, tel est, de quelque nom qu'il s'appelle, le Don Juan anglais.

Aussi, quand il arriva de France en Angleterre, le héros n'était-il pas un nouveau venu. Il existait partout dans la littérature comme dans la société. Déjà même, avant que la légende du Burlador fût connue, une pièce des premières années du xviic siècle représentait un personnage dont les mœurs ont avec celles du Trompeur de Séville de curieuses analogies. En 1621, Fletcher, dans ihe Wild Goose-chase (la Chasse à l'oie sauvage . avait déjà peint, sous les traits de Mirabel, un de ces débauchés cyniques dont la littérature de l'âge suivant devait fournir de si nombreux modèles1. Mirabel (the Wild goose) est un monsieur qui a voyagé (a travelled monsieur) el qui, au cours de ses voyages, a eu maintes bonnes fortunes, courant en Italie et en Espagne la brune, dans les pays du Nord la blonde, proclamant bien haut ses victoires, affichant ses trahisons, se posant en blasé à qui les femmes n'en remontrent pas, se riant de leurs pièges et finissant un beau jour par se laisser prendre dans les filets de l'une d'elles, Oriana, qu'il a jusqu'alors dédaignée. Ce Mirabel, « dont les amours sont des vagabonds qui frappent à toutes les portes, goûtentà charpie plat, et ne se fixent jamais -». est surtout

1. il est bon de rappeler, d'ailleurs, que sous le règne de Charles I". les i tes

con Carew, Côwley, Suckling ri d'autres, n'uni rien a envier pour leurs

obscénités aux écrivains de la Restauration. Le scepticisme qui sera a la le

avec la génération suivante existe déjà : en face des puritains, «les Fox el des Bunyan, lord Herberl de Cherbury écrit en 1624 -mi /<<• Verilatc.

2. Mis lovés are wanderers. thoj knock at oach door, And taste oach dish, but are no résidents I, l ■

un fanfaron du libertinage. Il affiche une sorte de psychologie féminine, pleine de mépris pour la femme; il veut passer pour l'homme qui a beaucoup vécu el pour lequel serments <'t trahisons sont également sans valeur. Il est le digne devancier des héros de Wycherley et de Shadwell par la brutalité affectée de son landau;»', par le cynisme avec lequel il expose ses théories el ses procédés à une jeune fille qui lui rappelle ses promesses. Ce qu'il lui a juré, il l'a juré à bien d'autres; cela est sans valeur: ce sont « fautes vénielles, qui ue poussenl pas près de la conscience1 ». dépures bagatelles drilles). Pourquoi d'ailleurs prendrait-il à sa charge une femme quand tant d'honorables époux lui fournissent les leurs en le remerciant pardessus le nia rein''? Le croit-on par hasard entiché d'une vierge? S'il avait du goût pour un tel plat, où en trouverait-il 2? Kl sur ces mots il lire un registre de sa poche, l'ouvre sous les yeux d'Oriana : il contient le nom de toutes les femmes, jeunes tilles ou •■■ prétendues telles » qui furent ses complètes, ci A toutes. dit-il, j'ai fait serment de les épouser, tout comme à vous, sous la même réserve, chose bien superflue d'ailleurs! car, hélas! elles n'eurent aucun scrupule et je jouis de leurs faveurs à ma guise; puis je les abandonnai. Quelques-unes se sont mariées depuis et sont redevenues aussi pures que des vierges;... les autres sont de belles et sérieuses femmes''. » Contentons-nous de noter en passant la grossièreté d'un tel discours s'adressani à une jeune fille. Ce qu'il importe d<- signaler c'est que, par une coïncidence curieuse, l'auteur anglais ait eu, lui aussi, trente ans avant Cico-

1. They are things indiffèrent, whether kept orbroken; Mère venial slips, thaï grov ic>: near tin- conscience II. 1 .

2. 'J li <>u think' si I am mad for enragé pour a maidenhead thou art cozened. < >r, il' 1 were addicted in i haï diet .

i ;ui \ ou tell un' ■■. hère 1 should ha\ e one ' •'{. Dos! thou see this book liere'? Shows a book . Look over ail thèse ranks; ail thèse arc women,

- lads thèse are my conquests :

Ail thèse I swore t" marry, as 1 svore '<> thee,

With the same réservation, and si righteoush :

w iiii i, I need no( have done neither; for, alas, thej raade qo - :rupule, And I enjoi •■ I em ai my will, and left' ''in : Some "i cm an- married since, and were as pure mai Is aj i Vi- "in' conscience, better than the} were bred for; er women.

gnini, l'idée de la fameuse liste; je dis coïncidence, car il n'est pas probable qu'il ait existé, avant 1621, une pièce italienne,

scénario comique on drame religieux, contenant le même trait el que Fletcher aurait pu connaître; d'autre part, ni Cicognini,

ni aucun auteur de scenarii n'ont vraisemblablement connu la pièce anglaise '.

Quant au Burlador, il fut longtemps ignoré en Angleterre malgré les relations de toute nature qui unissaient les deux nations, et bien que la littérature anglaise, dans la première partie du xvii0 siècle, se soit plus inspirée de la littérature espagnole que de tout autre. L'Angleterre n'a pas échappé à cette tendance générale qui porte à cette époque les écrivains de tous les pays à s'adresser à l'Espagne. Cette nation, malgré ses premiers revers et les germes de décadence qu'elle porte en elle, est encore la grande nation européenne; son influence littéraire rayonne à travers le monde, répandue et soutenue par l'éclat de ses armes. Comme les autres peuples, l'Angleterre connut ses nouvellistes et ses auteurs dramatiques, et leur emprunta d'innombrables modèles, sujets de pièces, personnages, intrigues. Sans doute, il ne faudrait pas exagérer cette influence; elle est plus formelle que foncière; elle porte sur le côté extérieur du drame; les caractères et les mœurs n'en sont pas affectés; à travers des aventures et des imbroglios espagnols, ceux-ci restent profondément anglais 2.

1. La pièce de Fletcher a été imitée par Farquhar dans The Inconstant or the way to win him (l'Inconstant ou le moyen de le vaincre), adaptation en prose (1702). La pièce de Fletcher fut reprise en 1747.

2. Don Quichotte avait été traduit par Shelton en 1612 : peu après, en 1619, les Vovelas exemplares étaient traduites à leur tour, l.os auteurs de tragédies et de comédies du commencement du siècle vont chercher dans Cervantes, Lope de Vega, Tirso de Molina, des sujets el des héros. Beaumont el Fletcher tirent de Don Quichotte, The Coxcomb, The history of Càrdenia; des Vovelas exemplares, The Queen of Corinth, The Tsland princess; des Los Milagros del Desprecio el des Locos de I alencia, The Scornful Lady et The Pilgrim. A la Fuerza de la Sangre el a la Gitanillade Cervantes, Th. Middleton emprunteren 1623, The Spanish Gipsie. A El castigodel Penseque, de Tirso, .laines Shirly prend, en 1634, The Opportuuily- et dans la suite du xvir siècle, les emprunts de même nature sont incessants: Tl i.i- St. Série. Urowne, s'adressent à Moreto ; George Digby, comte

de Bristol, qui fui ambassadeur du roi Jacques à Madrid, s'inspire de Calderon. Sur les indications mêmes de Charles II, sir Samuel Tuke emprunte a LosEmpenos

Quoiqu'il en soit, el en dépit <l<' cette riche importation d'oeuvres espagnoles en Angleterre, il est certain que le Burlador \ l'ut ignoré. Ce fui par l'Italie el parla France que les Anglais connurent Don Juan. L'Italie leur avait déjà fourni de nombreux sujets «le pièces; les pastorales avaient eu à Londres un grand succès; R. Fanshawe, Settle, John Dancer avaient traduit le Pastor Fido et VAminta : Machiavel était lu et imité : W. Haughton lui empruntait The Uevil and his Dame. Les mystères religieux joués dans les églises n'étaient pas moins connus que les Aulosaa amentales espagnols '.

Lu 1662, trois ans après le Don Juan de Molière, et quatre ans environ après celui de Dorimon. sir Aston Cokain (ou Cockavne- . qui avait déjà placé en Italie le sujet de su pièce de Trappoline creduto principe; qui parlait l'Italien et avait beaucoup voyagé dans la Péninsule, introduisait dans sa Tragedy of Ovid un épisode manifestement emprunté à la légende dû Convive de piem*e. Dans celle pièce, où un grand seigneur du nom de Bassanes, après avoir tué l'amant supposé de sa femme, oblige celle-cià prendre dans ses mains le cœur sanglant du mort, un capitaine italien du nom d'Hannibal, exilé pour ses débauches et ses crimes, rencontre un jour, en compagnie de son valet Cacala, un homme pendu à un gibet. 11 a l'idée bizarre de l'inviter à souper. Le mort, après avoir incliné la tête, répond : « Je viendrai3 », ce qui provoque l'effroi de Cacala, personnage dont la pusillanimité et la gourmandise rappellent les mœurs <lc Passa-

da scis horas, de Calderon, Tlie advenlures of five hours; Richard Fanshawe trailuii deux pièces d'Antonio de Mendoza. Killigrew, VVycherley, Steele, Centlivre s'inspirent de Calderon; Dryden, enfin, imite les imbroglios espagnols, l'espril précieux, le grongorisme de Lope el de Calderon, el de ce dernier il tire son Eoening's love.

Pour cette question de l'influence espagnole en Angleterre au xvr el au wir siocle, cf. : Ticknor, Histoire de la littérature espagnole, t. Il: — Sismondi, Littératures du Sud de l'Europe, I. I: — Lewes, The Spanish Drama, II: — Klein. Geschichte des Drama's, t. IX el X: — Farinelli, Spanische Sludien, XX. IS'.ii; Ward, l. Il el III de VEnglish dramalic littérature, édition de 1899.

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