C'étail le comte de Schrewsbury (cf. Grammont
3. Cf. 1rs Mémoires de la cour d'Angleterre, par Mme Dunois, t. 11. et les Mémoires de Grammont.
dont les hauts faits dans la débauche et dans le crime ne sont égalés que par l'impudeur de ses poésies licencieuses ; Rochester, qui, pendant cinq ans, s'enivra tous les jours, qui se déguisail en mendiant ou en porteur de chaises pour suivre de basses intrigues et « mettre de la variété dans ses plaisirs » ; Rochester, qui, ne sachant plus quel passe-temps nouveau introduire dans son existence de blasé, imagina de se faire diseur de bonne aventure, charlatan, de s'installer chez les bourgeois de la Cité et d'y séduire leurs femmes; Rochester, qui, pour refaire sa fortune, enleva, un soir qu'elle rentrait avec son grand-père, la jeune Elisabeth Mallet, une des plus riches héritières du royaume, enlèvement qui n'était pas son coup d'essai, car une fois déjà — au temps où il s'était fait aubergiste, et tenait une taverne suspecte — il avait enlevé la femme d'un vieil avare avec 150 guinées appartenant au mari, lequel se pendit de désespoir; Rochester enfin qui, élevant ses pratiques à la hauteur d'un système philosophique, érigeait en maximes ses vices, se faisait l'apôtre du sensualisme, discutait avec les gens d'Église sur la religion, « simple attrape pour les nigauds », sur la morale évangélique, « en opposition en ce qui touche les rapports des deux sexes, avec la nature, et inconciliable avec les lois imprescriptibles de l'humanité ? », et se vantait de convertir les fidèles à l'athéisme et à l'immoralité. Tels étaient les plus glorieux représentants de cette jeunesse frivole, débauchée, sceptique, de ces « Cavaliers » qui exhumèrent les cadavres en décomposition de Cromwell et des siens pour les jeter à la voirie.
La littérature contemporaine fut digne d'eux : sèche, licencieuse, abondante en chansons obscènes, en poèmes pornographiques, en œuvres de toute nature, fables, tragédies, comédies où Dieu, la vertu, le bien sont bafoués; où aucun des principes les plus sacrés de la conscience humaine, aucune des lois de la pudeur ne sont respectés. Tous les auteurs de poésies leurres. de satires, de chansons, Sedley, Mulgravé, Dorset, Rochester, rivalisaient d'impudicité. Dryden lui même, tout grand qu'il est,
i. Cf. la Vie de Rochester, par Burnet, citée par Forgues.
n'est pas à l'abri de la contagion. L»- théâtre n'est qu'une accumulation île drames horribles, d'inventions extraordinaires, de crimes rares, de débauches répugnantes el malpropres. Les personnages ne -<>nt que des libertins, des escrocs, des assassins, tous violents ;'i froid, dénués de sens moral, professant avec cynisme les opinions 1rs plus révoltantes. Que l'on ouvre le répertoire de Wycherley, de Dryden, d'Etheredge, de Shadwell, de Congre ve, de Parquhar, partoul on rencontre quelqu'un de ces maniaques de la corruption. Ils constituent, hommes et femmes, la plus abominable réunion de chenapans que l'imagination d'aucun peuple ait jamais courue. La raison, le sentiment leur semblent étrangers; sensualité et égoïsme, voilà toute leur psychologie. Et ils ne se contentent pas de vivre crapuleusement; ils dogmatisent sur le crime, et doublent la dépravation de leurs sens de celle de leur esprit. L'un vend sa maîtresse après avoir crûment détaillé ses charmes ;'i un compagnon de débauche1. In autre imagine l'amusement de se faire passer pour impuissant et de démontrer ensuite le contraire aux nombreuses femmes que la curiosité lui amène-. Celui-ci fait la théorie de l'infidélité et fixe le délai d'un mois comme terme extrême delà constance 3. Celui-là est faussaire et suborneur'. Tous, gentilshommes et roturiers, ils unissent la bassesse et la grossièreté des gens du peuple au raffinement vicieux des petits maîtres. Tous justifient la définition (pie donne d'eux une femme (jui les connaîl de près : u querelleurs, ivrognes, blasphémateurs el le reste5... »
Un tel milieu convenait plus qu'aucun autre au Donjuanisme, cl en réalité ces innombrables personnages, dont le tbéàlre de la Restauration nous étale les turpitudes, sont au ta ni de Don Juan, mais de Don Juan sans élégance; ils ont perdu la grâce