T. IV, p
2. Tragi-comédie jouée à Zuotz les 23 el 24 février 1673, par la troupe du 1res illustre seigneur Cap. Fadrick Viezel, où sont représentées l'amour et la
mort, la disparition du comte Othavo, avec d'autres agréments et plaisanteries qui s'y mêlent.
par ce dernier, simplement blessé, de les venger lui et sa maîtresse. Tant de crimes finissent par épouvanter Dondoardo. Il veut fuir quand l'esprit d'Alfonso, « pâle et enveloppé d'un linceul », se présente à lui. A cette vue Dondoardo, par amourpropre, se ressaisit : il se vante d'avoir tué quatre-vingt-dix-neuf personnes et de compléter bientôt la centaine. Puis il invite l'esprit à souper; l'esprit accepte, se rend au festin qui est ici très court, et invite à son tour Dondoardo :
Ce soir, ô Dondoardo,
Tu m'as invité à dîner avec toi;
Demain, je t'invite à dîner avec moi.
Seront présents à ce repas
Le majordome et Isabella1.
Trafoldin, qui n'est pas rassuré, réclame ses gages, mais Dondoardo l'oblige à l'accompagner. Au repas apparaissent en effet les esprits de don Alfonso, de don Claudio et d'Isabella. D'autres esprits entourent Dondoardo et l'emportent dans les flammes, tandis que Trafoldin, resté seul, réclame en vain ses gages. Une dernière scène représente Dondoardo dans les enfers, criant ses tourments et les donnant en exemple aux jeunes gens de mauvaise vie. Quelques épisodes comiques inspirés de Cicognini et dont Trafoldin est le héros, sont intercalés dans ces événements : le valet obligé de monter la garde pendant que son maître pénètre chez Isabella fuit au premier bruit qu'il entend, et raconte ensuite qu'attaqué par les domestiques de don Alfonso, il a laissé son épée dans le corps de l'un d'eux et brisé son casque sur la tète de l'autre. Dondoardo, pour mettre sa discrétion à l'épreuve, joue avec lui la comédie du Barizel, et le drôle épouvanté au seul mot de torture, avoue les crimes de son maître.
Celte œuvre est donc une réminiscence assez précise du Con-
Quaista saira, o Dondoardo, M'hesl invi'lo' a tschnaer con te, Damaun t'invida a tschnaer cou me; Saroo preschaints eir ad a nuolla Al majordomo et Isabella
vitato di pietfa. Sôil que l'auteur n'ail pas eu le modèle sous les yeux, M ait écrit sa pièce de souveniv, soit qu'intentionnellement il ait voulu abréger l'intrigue de Cicognini, il a supprimé de nombreux épisodes. Il a tait de Dondoardonon pas un débauché. mafe un assassin, cl sur ce point, sa conception ressemble à celle de la plupart des imitateurs de Giliberto. La pire' n'a d'ailleurs aucune valeur. Il est bien improbable qu'elle ait été connue en dehors du milieu très restreint où elle a été jouée. Elle n'a pu avoir, par conséquent, aucune influence sur l'évolution de la légende en Autriche. Mais elle apparaît comme une étape, curieuse à signaler, de sa marche d'Italie en Allemagne.
Don Juan a dû être directement apporté dans l'Allemagne du Sud au commencement du xvme siècle, ou même à la fin du xvir. par quelque troupe italienne. La plupart des pièces que nous possédons dérivent en effet d'une autre source que du Don Juan de Molière. Les rares indications historiques qui nous sont parvenues, confirmées par la comparaison avec le texte des deux pièces françaises de Dorimon et de Villiers, permettent d'établir que ces oeuvres, se rattachent à la filiation de Giliberto et de Cicognini. Parmi les versions qui en furent jouées, avec des variantes diverses, quelques-unes ont survécu, grâce auxquelles il est possible de reconstituer sinon avec certitude, du moins avec probabilité, leur origine et leur histoire.
Une des plus anciennes parmi ces pièces est à Vienne, à la Sladt-bibliolhek '. Elle est intitulée : Das steinerne Gastmahl, oder die redende statua, samt Arie loelche von Hanns Wurst singet nebsl denen Versen des Eremiten und denen Verzweiflungsversen des don Juan bey dessen unglùckseeligen Lebens-Ende (Le Festin de pierre, ou la statue parlante, avec les couplets que chante Elans Wurst, el les vers dils par l'ermite, et les stances désespérées de
I. M. le professeur von Wèilën o bien voulu en faire une copie a mon intention.
don Juan, au moment de sa fin malheureuse). Cette pièce n'a ni indication de date, ni nom d'auteur, mais elle figure dans un catalogue récemment dressé des innombrables pièces composées ou jouées par un célèbre auteur et acteur comique viennois du milieu du xviii'' siècle, Joseph Félix von Kurz1. Ce von Kurz. né à Vienne dans les premières années du xvne siècle"2, se lit connaître à la scène dès 1730 dans des Haitptaclionen sous le nom de Bernardon, personnage à la fois sot et impudent, cousin germain du Scapin italien et du Ilans Wurst allemand. Les pièces composées par von Kurz étaient en partie improvisées ; elles étaient accompagnées de musique ; le comique et le tragique s'y mêlaient. Son Convive de Pierre appartient à ce genre d'oeuvres composites et disparates où excellait la comédie viennoise. Le texte de la Stadt-bibliothek est postérieur à 1730, et sans doute même à 1737, car jusqu'à cette époque Kurz joua en province. Il appartient, soit à la période du premier séjour que raideur fit à Vienne entre 1737 et 1742, soit à celle de son deuxième séjour entre 17oi et 1760. Il est plus probable que la pièce est de 1740, époque du grand succès de Kurz. L'orthographe même du texte et les caractères de l'impression appartiennent plutôt à la première partie du xvur siècle qu'à la seconde.
Cette œuvre se rattache très vraisemblablement à une pièce antérieure aujourd'hui perdue que jouait en 1710 dans les faubourgs de Vienne une troupe d'acteurs allemands dirigée par un Italien, pièce traduite et arrangée par le célèbre acteur Gotllïied Prehauser qui tenait le rôle de don Philippe3. La présence simultanée de ce personnage qui ne se rencontre que dans 1rs
1. Cf., pour ces catalogue; Grundriss von h. Gœdeke, année IS{.):{. t. V. p. 303 et suiv. La pièce est signalée p. 304, n" 2."i. Elle se trouve indiquée ;ius>i dans une note de la page 48 des Theater II iens, I. I, 1899, de von Weilen.
2. Cf. Allg. deutsche Biographie. Article sur von Kurz genannt Bernardon; — F. Raali : Johann Joseph Félix von Kurz, genanal Bernardon, ein Beitrag :ur Geschichte des deutschen Theaïers in /-s1" Jahrundert, Francfort, 1899 : — Von \\ eilen, Euphorion, année 1899, t. VI, p. 350 et suiv. — En 1768, Kurz jouail à Cologne une pièce intitulée : Der Kavulier und die hume. <»/,•/• die zwei gleicher edlen Seelen, pièce qui étail suivie d'un Maschinen-ballei Don Juan. Cf. von We.len, art. cite, p. 361.
:i. Cf. Richard-Marie Werner, DerLaufner don .hum. Préface, p. 71.
dérivés de la pièce de Giliberto, dans l'œuvre de Prehauser et
dans celle de Kurz prouve que ces deux dernières sont sieurs, et nous pouvons juger «le celle qui est perdue par celle qui nous a été conservée. Il n'est même pas impossible, et je le crois pour mon compte, que la pièce inscrite au répertoire de Kurz soit celle de Prehauser. Kurz, en effet, a joué d'autres comédies de cet auteur, el alors que le nom de Bernardon figure à la place ou à coté de celui de llans Wurst dans les œuvres de sa composition, il ne se trouve pas dans la pièce qui nous occupe.
Celle-ci est un canevas assez développé dans lequel sont intercalés tout au long des vers chantés par Hans Wurst (acte Ier), un interminable monologue en vers d'un ermite, et des stances plus interminables encore que débite Don Juan à son heure dernière (acte III . La pièce est en trois actes. Les personnages sont :
DON PIETRO, père de donna Anna.