‹ La Légende de Don Juan (volume 2)Chapitre 129 sur 223 · lier mir 'las Leben haï genommcn · texte numérisé non relu

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Wurst, munis de torches, se rendent au cimetière où une table noire chargée de serpents et d'une tête de mort les attend. Autour sont assis des fantômes. Don Pietro les reçoit, et invite à plusieurs reprises Don Juan à se repentir. Le jeune homme refuse d'abord, brave L'Esprit, puis de cruels remords le saisissent et il déplore son long aveuglement, ses folies et ses crimes. Il souhaite que sa vie et sa fin servent d'exemple à la jeunesse. Pour lui, il va mourir condamné à la damnation éternelle et maudissant le jour qui l'a vu naître. Déjà un feu le dévore. Il appelle les furies et un esprit infernal l'emporte.

L'analyse de cette pièce nous montre les éléments divers qui la constituent; ils sont de trois sortes: les plus nombreux se trouvent déjà dans les pièces de Dorimon et de Villiers. Ce sont la marche générale et les événements les plus importants de l'action : au premier acte, le duo d'amour de don Philippe et de donna Anna; la scène jalouse de Don Juan, son entrée furtive chez la jeune fille pendant que le valet fait le guet, la mort de don Pietro, la douleur de sa fille, le serment fait par don Philippe de le venger, le troc d'habits de don Juan et de Hans Wurst et la façon audacieuse dont ce dernier berne les archers. Au deuxième acte, la scène entre Don Juan et les bergères, le monologue de l'ermite, la comédie hypocrite que Don Juan joue avec celui-ci d'abord, avec don Philippe ensuite, puis l'assassinat de ce dernier; enfin la rencontre avec la statue. Au troisième acte, maints détails du premier repas, l'arrivée de la noce villageoise et l'enlèvement de la fiancée, le repas chez l'esprit, les vaines exhortations de celui-ci et les bravades de Don Juan. Notons en passant que la pièce de Vienne ressemble davantage à celle de Villiers qu'à celle de Dorimon : c'est ainsi que Don Juan assassine don Philippe et que, dans les deux repas, 1 auteur reproduit à peu de chose près les détails donnés par Villiers.

D'autres éléments rappellent la comédie de Cicognini et le scénario de Biancolelli. Ce sont les lazzi de la lanterne acte 1''' et la scène fameuse, bizarrement intercalée par l'auteur «le la pièce viennoise entre les deux dîners de Don Juan et de l'Esprit,

dans laquelle Scapin promet une récompense au dénonciateur du meurtrier de don Pietro'.

Enfin l'auteur a introduit quelques modifications de son cru: il a lout d'abord supprimé la scène entre Don Juan et son père, apporté quelques changements de détail dans les scènes où figurent les bergères et la jeune mariée, ainsi que dans les deux repas. Il a ajouté des dialogues comiques entre Hans Wurst et une hôtesse, de longues stances finales qui ne sont pas sans rappeler les regrets et les avertissements de Dondoardo dans la pièce jouée à Zuotz2. Enfin Don Juan ne se contente pas de dépouiller Termite, il le tue.

Les personnages ont subi aussi quelques changements : outre la suppression de don Alvaros, le paysan Philémon et la paysanne Macette sont remplacés par un hôtelier et sa femme. Amaryllis redevient donna Anna comme chez Cicognini, et passe son nom à la mariée ; Philippin, le valet, s'appelle Hans Wurst ; quant à don Pedro son nom s'italianise et se change en Pietro. Enfin l'auteur a ajouté le personnage de Scapin qui rappelle le Fighetto de Cicognini.

La pièce est donc un dérivé direct, soit de Villiers, soit de Giliberto lui-même, amalgamé de quelques éléments empruntés à Cicognini. Je croirais volontiers qu'elle remonte à Giliberto. Il n'est sans doute pas impossible que Kurz ait eu entre les mains la pièce du dramaturge français; mais la liste de ses œuvres ne contient qu'un petit nombre de pièces directement empruntées à la France, et il s'en trouve beaucoup, au contraire, traduites de l'italien. En outre, la pièce arrangée par Prehauser qui, si elle n'est pas celle que jouait Kurz, était certainement connue de lui et l'a inspirée, avail été apportée par une troupe venue d'Italie; le nom de Pietro, celui de Scapin, les nombreux emprunts faits à Cicognini confirment encore cette origine italienne.

1. Comme dans le scénario, comme dans le Convitato de Perrucci, Don Juan boit aussi à la santé de donna Anna.

2. Goldoni termine aussi sa pièce par des regrets ri des imprécations du même genre.

DON JUAN EN ALLEMAGNE. 'M-l

L'introduction en Allemagne de la pièce de Giliberto plus ou moins transformée s'explique au début du xvui" siècle par la nature même de cette pièce, qui convenait particulièrement au goût du public et qu'il était facile d'accommoder au genre alors si fort à la mode des ffauptactionen. Ces œuvres hétérogènes, moitié écrites, moitié improvisées, mélanges bizarres de drames et de bouffonneries, de féeries, de chants, de danses, qui empruntaient en les déformant leurs sujets aux théâtres de tous les pays, étaient pour la pièce italienne un admirable milieu d'adaptation. Le Convitato di pietra contenait déjà ces éléments tour à tour dramatiques, merveilleux, bouffons, ces personnages grotesques et surnaturels, ces interventions mystérieuses d'agents d'outre-tombe, ces roucoulements tendres d'amoureux transis et ces facéties grossières qui constituaient la trame habituelle des œuvres hybrides applaudies sur toutes les scènes allemandes. Et c'est ce qui explique le succès qu'obtint la pièce italienne, succès dont témoignent les nombreux avatars qu'elle subit.

Il suffisait de peu de chose pour la germaniser: l'adaptateur n'eut qu'à renforcer l'élément merveilleux; ajouter quelques éclairs, des fantômes, remplacer par un esprit la statue, représentation trop matérielle du mort, donner plus d'importance à la partie musicale, aux chants, aux danses, faire un peu plus de changements à vue et transformer le personnage principal, le valet. Au canevas négligemment développé, il mêla des tirades de vers plus soignés. Ainsi arrangé, le Convié de pierre devint une véritable Hauptaction. L'intérêt ne résida plus dans la peinture du caractère de Don Juan qui fut transformé et devint bien plus un criminel, un assassin de haut parage qu'un volupteux en quête de sensations amoureuses. Ses aventures galantes ne furent plus que la trame de la pièce. L'intérêt fut ailleurs. Il fut dans la féerie, dans le merveilleux des scènes au cimetière ; dans la partie mélodramatique du sujet, dans les enlèvements et les assassinats; dans la variété et le brusque changement des décors : c'est ainsi qu'un même acte se passait d'abord dans une forêt, puis dans un village; soudainement, apparaissait une forôl coiffé-

rente de la première, avec un ermitage ; puis successivement une ville, une auberge, un cimetière1.

Mais, la germanisation de la pièce consista surtout dans la transformation du zani de la comédie italienne, du souple et malicieux Arlequin, qui devint le lourd et grossier ilans Wurst. Ce type populaire de laquais gourmand et pleutre, mélange de ruse iinaude et de niaiserie, se substitua tout naturellement au Philippin de Villiers et au Sganarelle de Molière. Gomme ses aînés, il avait un bon sens vulgaire et un souci de sa sécurité qui faisait un plaisant contraste avec la témérité de son maître. Mais il perdit leur finesse : à leurs vives réparties, à leurs facéties souvent spirituelles, il substitua de pesantes railleries et parfois même des grossièretés ordurières. Son esprit s'épaissit; il amusa le public par sa lenteur à comprendre, par la stupidité de ses calembours, par sa goinfrerie répugnante. La place que, dès la fin du xvne siècle, Hans Wurst avait prise dans les hauptactionen,6ù il jouait le premier rôle et où son personnage était tenu par l'acteur le plus en vogue, devint si importante dans les différents Convié de pierre qu'il finit, comme Arlequin l'avait déjà fait dans les pièces de la Commedia deW Arte, par effacer le rôle de son maître et accaparer tout l'intérêt de l'action. Les événements traditionnels de la légende s'atténuèrent et disparurent même devant les seuls épisodes qui permettaient à Hans Wurst de développer ses plaisanteries.

La pièce de Kurz ne fut pas la seule inspirée par la comédie de Giliberto2. Il nous est parvenu plusieurs titres et sommaires

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