‹ La Légende de Don Juan (volume 2)Chapitre 155 sur 223 · Cf. lettre du 27 août au même · texte numérisé non relu

Cf. lettre du 27 août au même

7. Byron avait rejoint a Pise la comtesse Guiccioli, auprès de son père, en

octobre 1821. ..... ■• , • ,, ,,

8 h qui quitter Pise à la suite des soupçons donl .1 était devenu l objet et des perquisitions faites chez lui à propos d'une querelle avec un sergent-

major.

o. Cf. lettre du 25 décembre 1822 à Murray.

Depuis son premier voyage, son imagination ne cessait de se reporter vers le « blue I Hympus ». Son attrait pour la Grèce, le désir d'attirer sur lui l'attention, de jouer au héros, le poussaient également à partir. Dès les premiers jours d'avril 1823, il entrait en relations avec le capitaine Blaquière, chargé par le comité qui s'était constitué à Londres d'aller étudier sur place la situation. Dès lors, il ne fut plus occupé que de la question hellénique et de son propre départ. Le poète qui disait un jour à Moore que la littérature n'était point sa vocation, et qui n'avait cessé d'ambitionner, aussi bien en Angleterre qu'en Italie, un rôle politique, se retrouvait homme d'action. Il abandonna la poésie pour se lancer avec passion dans sa nouvelle aventure. En juillet, il quitta Gènes en compagnie du comte Gamba, frère de la comtesse Guiccioli, et se rendit d'abord à Céphalonie. Il y resta longtemps, attendant les événements, et étudiant l'état de la Grèce. Ce ne fut qu'en décembre qu'il put tromper la surveillance de la flotte turque, et débarquer à Missolonghi.

La prolongation de son séjour dans les îles Ioniennes avait fourni matière à «le malicieuses interprétations : on avait prétendu qu'au lieu de se livrera d'héroïques occupations, le poète, confortablement installé dans une délicieuse villa, travaillait à Don Juan. Moore lui avait transmis ces bruits dont il s'indigna fort. Dans une lettre dictée de Missolonghi et datée du 4 mars 1824, il répondait à son ami qu'il n'avait continué ni Dmi Juan ni aucun autre poème. « La poésie, disait-il, à ce propos, au comte Gamba, doit être l'occupation d'un homme oisif; dans les affaires sérieuses, elle serait ridicule1. » Le 18 avril, la fièvre qui emportait Byron interrompait définitivement le poème. Cependant, avant de quitter l'Italie, le poète avait eu le temps d'écrire les premières strophes d'un dix-septième chant qu'il emporta avec lui quand il partit pour Céphalonie. Trouvées dans sa chambre à Missolonghi, ces stances, au nombre de quatorze, furent

I. Poetrj should ont) occupj the idle, and in more serions affaire it would be ridiculous. • (Mémoires du comte Gamba, cités par Moore, t. Il, noie île la page 171.)

remises à M. Ilobhouse et ont été publiées pour la première fois en 1903 par le dernier éditeur John Murray '.

1. T. VI des Poésies, p. GQ8-G12. Lo manuscrit est entre les mains de lady Dorchester, fille de M. Hobhouse. Ces strophes n'ayant pas encore été traduites, je crois intéressant d'en l'aire pour le lecteur une traduction :

I. — Le monde est plein d'orphelins : d'abord ceux — qui sont tels au sens strict du mot; — mais maint arbre isole s'élève plus haut — que d'autres serrés dans les méandres de la forêt; — puis ceux qui ne sont pas destinés à perdre — leurs tendres parents, à peine éclos à la vie — mais seulement la tendresse de leurs parents, — perte qui ne les laisse pas moins orphelins de cœur.

II. — Viennent ensuite ceux que l'on appelle « fils uniques ». — Ils ont beau grandir, ils ne sont jamais que des enfants, puisque le vieux dicton — déclare qu'un lils unique est un enfant pâté. — Mais sans aller trop loin, c'est une loi, à mon avis, — que si leur éducation, par un excès de sévérité ou de douceur — dépasse les extrêmes limites de l'affection ou de la crainte — les malheureux (qu'ils souffrent dans leur cœur ou dans leur esprit) — quelle que soit la cause de leurs souffrances — ils sont bien réellement orphelins.

III. — Mais, pour en revenir à un sens plus exact — (autant que les mots font l'exactitude), notre notion habituelle — d'orphelins nous fait voir tout de suite une école paroissiale, — un enfant à demi mort de faim, une épave sur l'océan de la vie, — un « homme mulet », comme disent les Italiens; — un sujet de compassion ou de quelque sentiment plus triste encore; — mais, tout bien examiné, on peut admettre que les plus riches orphelins sont les plus dignes de pitié.

IV. — Trop lot. ils sont à eux-mêmes leurs propres parents : que sont — en effet tuteurs, gardiens, et les autres, — en comparaison des créateurs naturels? Ainsi — l'enfant noble en tutelle, un pupille de la chambre étoilée — (je prends le premier exemple qui me vient à l'es prit) — est comme un caneton élevé par dame poule — il effraye, surtout si c'est une fille — la vieille volaille, quand il court tète baissée vers l'eau.

V. — Il est un argument banal — qui coule naturellement de toutes les lèvres, — quand on présente une vérité nouvelle : — "Si vous avez raison. alors, chacun a tort ». — Supposons qu'on retourne cet argument — si souvent, si hautement, si longuemenl allégué : — "Si vous avez tort, chacun a raison », — aurait-on jamais vu tout le monde si parfaitement quitte?

VI. — Aussi solliciterai-je une libre discussion — sur tous les sujets (peu importe la question ou la personne), — car à mesure que les âges succèdent aux âges, — le dernier est enclin à accuser le premier — d'avoir pose sa tète sur une pelote, — sans souffrir des piqûres; parce qu'il ne les sentait pas: — ce qui était un paradoxe est devenu une vérité ou quelque chose d'approchant : exemple, Luther.

VIL — Les sacrements ont été réduits à deux — et les sorcières à néant, bien qu'un peu tardivement — puisqu'il n'y a que peu de temps que le l'ait de bruler des femmes àgees — a été déclare ur pur acte d'impolitesse. — malgré la grande humanité de Monsieur Mallew Haies; — pourtant, à mon avis, certaines vieilles femmes, non pas des sorcières, mais des chiennes qui créent —

des querelles dans les familles, comme certains le -axent ou l'ont su — devraient être encore rôties quoique légèrement. VIII. — Le grand Galilée fui prive de la vue du soleil — pour l'avoir déclaré

446 LA LEGENDE DE ImiN JUAN.

Bien qu'inachevée, l'œuvre était assez avancée pour avoir huile sa signification. Les intentions de l'auteur étaient réali-

immobile; pour l'empêcher de parler — et de dire comment la terre tournait autour de l'orbite solaire, — on mit l'embargo sur ses jambes : on l'empêcha de marcher; — notre bomme était bien près de mourir, quand on voulut bien commencer — à admettre que son crâne n'avail aucun besoin de calfatage. — Mais maintenant, il semble avoir raison; son idée est juste : — c'est assurémenl une consolation pour ses cendres.

IX. — Pythagore, Locke, Socrate... mais on remplirait — des papes aussi inutilement qu'un l'a déjà fait,— des cruels châtiments infligés à toutes sortes de sapes — qui, chacun durant sa vie, lurent tenus pour fâcheux!) — les grands esprits vont plus vite que leurs contemporains : — il faut qu'ils s'y résignent et à bien d'autres choses peut-être; — le sage est assuré, lorsqu'il ne pourra plus la toucher, — d'avoir une obligation posthume sur la postérité.

X. — Si un semblable destin attend tous les géants intellectuels, — nous petites pin< qui suivons une plus humble carrière, — nous devons certes être plus patients devant les petites difficultés de la vie. — Pour ma part c'est ce que je veux faire, du moins de mon mieux. — Ah! si j'étais seulement moins bilieux, mais au diable! — Chaque jour quand je me dispose à devenir ■ totus teres », stoïque, sage — le vent change et .j'entre en fureur.

XL — Je suis calme, quoique je n'aie jamais eu d'égalité d'àme; — je suis modeste, quoiqu'avec une légère assurance: — je suis inconstant aussi, quoique d'une certaine façon « idem semper »; — patient, mais peu endurant; — gai, mais parfois plutôt enclin à pleurer; — doux, mais de temps à autre une sorte » d'hercules furens » ; —aussi suis-je bien persuadé que si la même peau — ne recouvre qu'un homme au dehors, elle en recouvre deux ou trois au dedans.

XII. — Notre héros était resté au chant seizième — dans i douce situation

au clair de lune. — bien faite pour mettre un homme à même de montrer sa force — morale ou physique : en cette occasion, — sa vertu triompha-f-elle, ou à la lin — sa faiblesse (car il était d'une race prompte a s'enflammer) — c'est

plus que je ne m'aventurerais a le dire: — à moins que quelque beauté ni' me nipe par un baiser.

XIII. — La chose restera problématique, comme toute chose: — le malin vinl et avec lui le déjeuner, h' thé, les rôties — dont chacun prend sa pari mais que personne ne chante. — La compagnie dont la naissance, la fortune, le mérite oui déjà COÙté — plusieurs cordes a ma tremblante lyre — était réunie avec noire hôtesse et mon hôte; — les invités entrèrenl un a un: favant-derniere. Sa Grâce, — le dernier. Don Juan avec son visage virginal.

XIV. — Que vaut-il mieux rencontrer? un esprit, ou personne? — Ci' serait difficile à dire; mais Juan avait l'air — d'en avoir combattu plus d'un: — il elait pale et fatigué; ses yeux supportaienl bravemenl — la lumière qui brillait a travers la fenêtre gothique; — Sa Grâce aussi avait comme un air penaud : — elle semblait pâle et frissonnail comme si elle avait — veillé, ou rêvé plus que dormi.

sées, éi la fin n'aurait fait que prolonger le poème sans apporter d'élément nouveau. Tel qu'il est, l'ouvrage ne manque guère que d'une conclusion. Au point où elles sont interrompues, les aventures de Don Juan n'auraient été que la continuation du passé, la vie la plus variée ne pouvant, en somme, que se répéter elle-même. Les événements humains se déroulent dans une série de cercles plus ou moins semblables. Sous tous les climats, les hommes ont, au fond, les mômes passions, les mêmes vices, et, arrivée à un certain degré, leur étude n'apprend rien qui ne soit déjà connu. Don Juan aurait pu continuer à faire des différents pays de l'Europe le champ de ses observations : il se serait blasé davantage, mais il n'aurait pu que constater l'identité de l'homme avec lui-môme. Eût-il trouvé le Français plus enthousiaste et plus frivole que l'Anglais compassé; l'Allemand plus sentimental et plus matériel, que nous eùt-il révélé d'inédit sur le caractère de ces peuples et surtout sur l'âme du poète dont il n'était lui-môme que le reflet? Et quand, fatigué de promener ainsi par le monde sa curiosité, il aurait voulu se fixer et donner une conclusion à son existence vagabonde, quelle aurait été sa fin? Byron lui-même n'en savait rien quand il mourut, et l'on comprend son embarras. Une vie comme celle de son Don Juan pouvait se terminer de trois façons : brutalement, au cours d'une équipée militaire ou amoureuse; dans la banalité d'un mariage de raison, ou dans un célibat orgueilleux et morose. Don Juan eût sans doute dépassé l'âge où la première de ces fins est vraisemblable. Entre les deux autres, le choix aboutissait à une égale platitude. Peut-être vaut-il mieux pour le héros que ses aventures se soient arrêtées à une escapade nocturne.

D'ailleurs, la conception du sujet ne comportait guère de composition régulière et systématique, formant un tout complet, avec commencement, suite et fin. Un lecteur non informé qui lirait le l)mi Juan de Byron avec le souvenir tics Don ./mm antérieurs chercherait en vain le thème connu, la vieille intrigue, les personnages consacrés : donna Anna, Elvire, la statue du Commandeur. En vain chercherait-il à retrouver Don Juan lui-

môme sous le pseudonyme qui dissimule Byron. Il verrait une longue suite d'événements inconnus et un héros sans filiation directe avec ses prétendus ancêtres; il verrait surtout delà peinture de mœurs, de la philosophie, de la satire, des digressions, des récits, des portraits, des réflexions personnelles : il ne reconnu îtrait plus l'ancienne légende.

C'est que tout a changé : sujet, intrigue, personnages. Dans •un cadre nouveau, l'auteur a mis un nouveau tahleau. A une œuvre dramatique, il substitue tout d'abord un poème divisé en un nombre indéterminé de chants, comprenant une moyenne •de cent à cent cinquante strophes. Il prend son héros dès sa naissance, et le suit pas à pas à travers les mille incidents de son existence, chaque aventure n'étant qu'un prétexe à peindre et à satiriser l'humanité, à faire connaître les idées de l'auteur sur toutes choses: morale, religion, politique, littérature.

Don Juan naît de parents peu faits pour s'entendre et qui ne •tardent pas à divorcer. Son éducation pédantesque, rigide, sous l'autorité d'une mère bigote, d'esprit étroit, a pour couronnement naturel une scandaleuse aventure avec une femme mariée. A seize ans, Don Juan, encore ignorant de l'amour, -est déniaisé par la trop ardente épouse d'un vieux barbon. Découvert dans le lit de la dame, il se sauve, non sans endommager d'un coup de poing le nez du mari. Cette affaire ouvre les yeux de la mère qui comprend enfin que son fils a besoin de connaître la vie autrement que dans les livres expurgés de son précepteur. Don Juan part donc sous la conduite du pédant; mais une tempête vient à propos débarrasser le jeune homme de son encombrant mentor, et après mille dangers de mort, le dépose lui-même évanoui sur une île inconnue. Quand il revient à lui, une jeune fille est à ses côtés. C'est la fille d'un pirate, la tendre Haydée, dont le cœur s'est ému de pitié d'abord, d'amour ensuite à la vue du joli naufragé. Une idylle exquise s'engage et se prolonge entre les deux jeunes gens jusqu'au jour où le retour inattendu du père vient briser un bonheur qui n'a pas su rester innocent. Don Juan enchaîné est transporté

LES PRÉCURSEURS DU ROMANTISME. \m

sur un navire en compagnie d'autres captifs, tandis que son amante meurt de l'avoir perdu.

Conduit à Constantinoplc pour y être vendu, Don Juan est remarqué par une favorite du sultan. Il est acheté et introduit sous des vêlements féminins dans le gynécée. Après une aventure assez leste, au cours de laquelle le héros ne justifie que trop la jalousie de la sultane, il se sauve avec un compagnon d'esclavage, officier dans l'armée de Souwaroff.

Les deux fugitifs vont rejoindre les Russes sous les murs d'Ismaïl. Don Juan se distingue par ses exploits dans la prise de cette ville, et arrache à la mort une jeune Turque. Sa honne mine, la gloire qu'il s'est acquise le font choisir par le général pour porter à l'impératrice Catherine le bulletin de victoire. L'heureuse nouvelle dont il est le messager et plus encore sa grâce, sa renommée, l'élégance de son uniforme touchent le cœur de la souveraine, et il devient son favori.

Bientôt, fatigué par les exigences amoureuses de Catherine, il va se reposer en Angleterre, sous prétexte d'accomplir une mission secrète. Il arrive à Londres, dans ce séjour si vanté de la vertu et de la liberté. Reçu et fêté par la haute société anglaise, il découvre bien vite les vices profonds que cache une façade de « respeclability ». Il ébauche quelques aventures qui s'arrêtent à une escapade amoureuse, la nuit, dans un château. La satire des mœurs anglaises une fois achevée, Byron aurait vraisemblablement transporté son héros dans un autre pays, en France ou en Allemagne, et l'histoire eût continué sans plus de variété.

Telle est en quelques mots l'inconsistante intrigue dans laquelle se déroule le poème. Il ne reste rien, ou peu de choses, de la vraie légende. Non seulement tous les éléments surnaturels ont disparu, mais la trame même a été modifiée, aussi bieu dans l'ensemble que dans les détails. A peine pourrait-on retrouver quelques réminiscences «lu thème primitif dans la lutte de Don Juan avec le mari de sa première maîtresse1. Mai-

t. Ch. 1.

la scène tragique où le héros espagnol tue le père de sa victime est remplacée ici par un pugilat bouffon, au cours duquel le seul sang versé est celui qui coule du nez de l'époux endommagé. Un souvenir plus direct, encore que les circonstances soient bien changées, est le récit de la tempête et du naufrage de Don Juan échouant évanoui sur une côte lointaine, et reprenant ses sens dans les bras d'une belle inconnue'. En dehors de ces épisodes, rien n'est resté dans le poème byronien de la fable donjuanesque.

Ce renouvellement complet du sujet était la conséquence de la signification différente qu'il avait prise. Ce n'était ni dans un drame, ni dans une légende irréelle empruntée au passé que Byron pouvait faire entrer à la fois le tableau satirique de la société européenne au début du XIXe siècle, et l'exposé de ses propres opinions sur les sujets les plus divers. Une peinture aussi contemporaine que la sienne, des allusions aussi personnelles ne pouvaient s'accommoder dune fable surnaturelle. En outre, la conception du sujet était trop vaste, trop diffuse pour les limites étroites d'une pièce de théâtre. Il fallait une composition flottante, imprécise, qui permît à la fantaisie de l'auteur de s'exprimer à tout propos et à toute heure. Il est naturel que Byron ait l'ait de Manfred un drame : ici c'est un état d'âme nettement défini, c'est une crise qu'il analyse; mais dans Childe Efarold, dans Dmi Juan, c'est une série d'états, c'est une succession de tableaux qu'il présente; c'est surtout une confession quotidienne qu'il fait à son lecteur.

Aussi, ne faut-il chercher dans le poème ni plan préconçu, ni intrigue régulièrement conduite. Quand il commença à écrire, Byron savait bien sans doute ce qu'il voulait faire, mais il n'avait nullement arrêté la suite des événements et des épisodes qui constitueraient la trame de son œuvre. Il ignorait l'enchaînement de son récit, il ne savait pas, lorsqu'il racontait les amours de son héros dans une île de la mer Ionienne, où le <;t| uice de son imagination le transporterait ensuite. En

i. eh. II.

février 1821, c'est-à-dire trois ans après avoir commencé son poème, Byron ne pouvait dire encore comment il le terminerait1. A Murray qui lui demandait le plan de son œuvre, il répondait : « Je n'en ai pas, je n'en eus jamais; mais j'eus ou ai des mafériaux2 ». 11 écrivait quand il était en verve, s'inspirant des circonstances actuelles et des incidents de sa vie. Pour s'excuser d'une de ses nombreuses digressions, il dit simplement : « C'esl ma manière. Tantôt à propos, tantôt hors de propos, j'écris ce qui me vient à l'esprit, sans tarder. Ce récit ne prétend pas être une narration, mais une simple base aérienne et fantastique pour y bâtir des choses communes avec des lieux communs3. » Ailleurs, il reprend : « Sans grand souci de ce que l'on appelle la gloire, mais suivant le regard que je jette sur ce qui convient ou non à mon sujet, et sans me fatiguer par aucun effort à versifier, je bavarde comme je causerais avec quelqu'un, dans une promenade à cheval ou à pied * ». Il composait donc au gré de sa fantaisie 5, sans avoir jamais su quelle serait l'étendue de son poème, ni à quel moment il l'arrêterait. Tantôt il comptait écrire cinquante chants6, tantôt une centaine7; ailleurs il parle de cent cinquante. Tous ces chiffres étaient évidemment jetés en l'air, mais ils prouvent l'indécision du poète. Dans sa lettre du lf> février 18*21, à laquelle il faut sans cesse revenir, car elle

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