‹ La Légende de Don Juan (volume 2)Chapitre 169 sur 223 · CI'. Mémoires de Moore, t. I, p · texte numérisé non relu

CI'. Mémoires de Moore, t. I, p

o. Cf. l'anecdote rapportée par la comtesse Guiccioli et citée par Moore, t. II, p. 379, Cf. aussi la douleur que lui causa la mort de ses amis Wingfletd el Matthew el celle de Shelley. •• Uno pallore mortale si sparse su! suo volto; le forze gli mancarono, ê cadde sopro una sedia d'appoggio. Il suo sguardo era Bsso '■ taie che mi fece temere per la sua ragione. » (Moore, t. II. p. 381.)

6. Cf. lettre du 21 février 1820 à Murray sur les mœurs vénitiennes.

7. A plusieurs reprises, Byron a regretté de n'avoir pas de croyances déterminées el déclaré qu'il avait plus de confiance dans 1rs croyants que dans les athées (cf. Mémoire», i. II, p. 429). — Cf. aussi ses entretiens à Céphalonie

avec le I»' Kennedy, les réflexions morales citées pai Th. M 'e à la fin des

Mémoires et la lettre du 4 mais 1822.

8. A genius taking upon himself ail shapes, frono Jove down to Scapin (t. II, p. 403).

vie. Devenu boiteux à la suite d'un accident qui suivit de près sa naissance, Byron ne se consola jamais de cette infirmité. Ayant perdu son père de bonne heure, il fut élevé par une mère dont l'humeur s'accommodait si mal avec la sienne qu'un jour ils se soupçonnèrent tous deux d'avoir voulu mutuellement s'empoisonner. Plus tard, ce furent des embarras d'argent, des blessures d'amour-propre, un isolement complet dans la société aristocratique à laquelle il appartenait et où il n'avait point d'amis; une entrée humiliante à la Chambre des lords; des peines d'amour; des échecs littéraires, un mariage malheureux qui lui valut, outre les chagrins intimes, l'hostilité haineuse de ses compatriotes et l'obligea à s'exiler de son pays. La fatalité maligne qui le poursuivait depuis son enfance et qui, avant sa naissance, pesait déjà sur sa race, ne le quitta même pas lorsqu'il chercha à se faire à l'étranger une vie nouvelle. Victime de son ascendance, de lui-même, des événements, du canl de ses concitoyens, Byron ne cessa de souffrir1. 11 y eut sans cesse entre son caractère, ses aspirations et les misères de sa vie une opposition dont le résultat fut de l'aigrir et d'exagérer sa tendance à se montrer pire qu'il n'était, à transformer sa haine de la fausse vertu en ostentation de vice, son indépendance d'esprit en scepticisme, son besoin d'aimer en libertinage; la fierté de sa naissance et la conscience de son génie en orgueil. C'est ce Byron, personnage multiple et fuyant qui, plus ou moins consciemment, s'est peint en Don Juan. Ce héros n'est plus, comme ses aînés, la copie d'une chimère; il est le portrait d'un être réel et très complexe. 11 a bien conservé quelque chose du séducteur fatal, du Childe llarold voluptueux et blasé, du vainqueur généreux, du Conrad qui sauve les femmes dans les villes prises d'assaut, du Caïn sceptique. Mais en passant en lui, ces personnages de convention ont pris des traits plus humains et ont perdu une bonne part de leur invraisemblance.

1. Cf., poiir la façon dont il exprimai! ses douleurs dans l'intimité, les lettres a la comtesse Guiccioli, citées par Moore il. Il, p. 155 et suiv.), le journal du i), du 2\ janvier et du 2 février de l'année 1821; la lettre 'In 11 mai 1821 a Moore, etc.

Don Juan est une synthèse de tous les états d'ame de Byron, de ses rêves, de son humanitarisme, de sa vanité, de ses déceptions, de ses malheurs et de ses haines. En lui le poète s'épanche et se livre : tour à tour enthousiaste, épris de liberté, d'amour; simple et vrai: triste et tendre; puis, dégoûté, amer et injuste.

C'est le Byron des pamphlets sur Pope, sur la British Review, et le Blackwootïs Magazine, aussi bien que l'auteur de Manfred et du Giaour; le Byron généreux qui prenait feu pour l'indépendance des peuples, et le Byron exaspéré par l'injustice des siens; le Byron époux et amant volage, et le Byron tendre père; le Byron fanfaron de vice et d'impiété, ennemi des hommes et de Dieu, et le Byron idéaliste, humain, souffrant de ne pouvoir réaliser son rêve de justice. Que l'on regarde de près ce que fut cet homme contradictoire, exalté par les uns, décrié par les autres, que la plupart ne connaissent qu'à travers les imprécations de Caïn et les dédains douloureux de Childe Harold, et on le retrouvera tout entier dans Don Juan.

Ce poème est le commentaire de sa vie et de sa pensée l'expression sincère des sentiments qu'il éprouvait quand il consentait à rester lui-même, quand il s'adressait à ses amis et qu'il ne paradait point devant le public. A maintes reprises, on y trouve ces douleurs sans artifice ni déclamation dont Moore, Shelley, la comtesse Guiccioli furent maintes fois les témoins : c'est le dégoût des joies de l'amour, le renoncement à toutes les ambitions, la tristesse de sentir son cœur plus vieilli encore que son corps1; ce sont des réflexions mélancoliques sur la vanité du bonheur humain, sur le peu de durée de la vie et la disparition de toute chose sous la faux impitoyable du temps : « Les générations entières des morts sont emportées; les tombeaux héritent des tombeaux jusqu'à ce que la mémoire d'un siècle ail lui et disparu sous la condamnation de celui qui le suit2 ». Ce sont

1. Cf. notamment ch. I, st. 213 et suiv. — Ch. IV, st. il el 12.

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