Sermon Sur VHypocrisie
s. i :iiap. des Esprits forts.
'.i. Il est bien probable notamment qui' les Méditations de Descartes et la corre>pondance afférente n'ont d'autre Put que de > venger Dieu •■ des attaques des Libertins.
pour la religion »-l la morale certains individus désignés -unie nom de libertins, que leurs adversaires accusent à la fois d'athéisme et de dérèglement. Les attaques multiples dont ils sont l'objet de la part des représentants les plus illustres el les plus divers du catholicisme prouvent qu'ils ont tenu dans la société du XVIIe siècle une place importante et exercé une influence dont les pouvoirs publics eux-mêmes n'ont pas été sans s'alarmer.
Leur nom de libertins1 indique assez par lui-même ce qu'on leur reprochait : ils affectaient de s'affranchir, de se libérer de toute obéissance envers une autorité étrangère et supérieure à celle de leur conscience. Ils proclamaient l'indépendance de l'individu envers toute règle imposée du dehors, envers toute discipline politique et religieuse établie par le pouvoir de l'État, de l'Église ou de la tradition.
Historiquement, ils venaient d'Italie, d'où leur influence s'était répandue à la faveur des circonstances dans la" France du xvi" siècle. Un de leurs plus rudes et de leurs plus lourds adversaires, le P. Garasse, l'a bien vu2 : ce sont les ouvrages el les doctrines de Pomponacc, de Paracelse, de Machiavel, de l'Arétin, de Cardan, pour ne citer que les plus fameux, qui ont donné l'impulsion première à un mouvement d'idées dont les Rabelais, les Montaigne, les Charron ont été chez nous, avec plus de prudence dans la l'orme et plus de pénétration dans le fond, les adeptes et les propagateurs.
Philosophiquement, c'est dans l'évolution des idées provo-
1. Le P. Bouhours définit ainsi le mot : - Un homme impie qui ne croit rien... quelquefois une personne qui hait la contrainte, qui suil son inclination, qui vit à sa mode, >;m> néanmoins s'écarter des règles de l'honnêteté et < J « ■ la vertu.... - [Remarques nouvelles sur la langue française, 3e édit., 1692, p. 389.)
Il faul noter que. dans la première partie du siècle, le mot ne se dil pas seulement d'un esprit fort, mais, d'une façon plus générale, de toute personne qui tend à s'affranchir de la règle et de l'autorité (cf. le Dictionnaire de Ph. Monet, 1633). Dans la deuxième partie du siècle, le mot ne s'applique plus qu'aux libres penseurs. C'est le sens qu'il ;i chez Molière, chez Bossuct, chez Bourdaloue, chez La Bruyère.
2. Ouvrage cité, I. IX. — On trouve une première manifestation du rôle des
Libertins dans une secte fond n 1625 dans les Pays-Bas par un nommé
i luintin, originaire de Picardie.
quée par le mouvement intellectuel de la Renaissance qu'il i'aul chercher leurs origines : les découvertes géographiques qui ébranlent la croyance en un Dieu créé et mort en un coin obscur de cel univers, étranger clans sa plus vaste étendue au christianisme; l'ivresse des chefs-d'œuvre antiques qui révèlent les splendeurs et les gloires d'une civilisation ignorante de la morale du Christ: les progrès des sciences qui montrent dans les textes sacrés des contradictions avec les faits de la nature; toutes ces causes s'ajoutant aux perturbations politiques, aux .guerres civiles et religieuses, à l'affaiblissement de l'autorité spirituelle du souverain Pontife, provoquent une tendance générale à se soustraire à la domination séculaire de l'Église. On nie la suprématie d'un dogme qui ne satisfait plus les exigences de cette toute-puissante faculté dont l'homme vient de prendre conscience, la raison. Celle-ci ne trouve plus dans la foi une base solide. En même temps les scandales de la cour romaine ayant enlevé à l'ancien dogme une partie de sa force morale, les Protestants d'abord, cherchent en dehors du catholicisme; les libertins ensuite, en dehors de la religion même le fondement de la croyance.
A cet égard les libertins sont les ancêtres des philosophes du xvme siècle. Ils sont libres-penseurs; ils sont athées; et c'est pour cette raison que les jésuites, les jansénistes et tous les défenseurs de la religion se sont unis pour les combattre. Le père Garasse voit en eux des « athéistes qui nient Dieu et blasphèment contre lui »; il leur reproche de prétendre au droit de penser librement, et de nier les mystères au nom de la raison '. Il s'ingénie à réfuter leurs attaques contre la vérité des livres sacrés et se raille de leur prétendu esprit scientifique2. Bossue! croit devoir justifier contre eux la Providence divine qu'ils accusent d'injustice et démontrer cet ordre de l'univers qu'ils s'efforcent de nier". C'est vraisemblablement pour saper par la hase même tout l'édifice de leur doctrine que Pascal s'acharne